‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 86 sur 135 · ALES · texte numérisé non relu

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sec et humide, c’est-à-dire réunissant les deux conditions du relief en blanc et de la couleur. M à aTS)

Mais ce qui nous a le plus intéressé, au double point de vue des résultats obtenus et du mérite remarquäble des moyens employés , ce sont les appareils destinés à l'impression et au contrôle des billets de voyageurs sur les chemins de fer.

Beaucoup de ces billets représentent une valeur assez élevée, et on conçoit la sollicitude des administrations pour un service aussi important, les mesures prises pour assurer une prompte et régulière distribution , et les précautions contre le détournement, la contrefaçon ou la falsification de ces billets.

Dans le principe, on s’est servi et on se sert encore, dans quelques gares, d’une bande de papier détachée d’une souche, portant un numéro d’ordre, la désignation de la classe et les noms des stations de départ et d'arrivée.

À ces bandes de papier on a substitué des billets ou petits carrés de carton imprimés et numérotés en feuilles par les procédés typographiques, puis découpés ensuite. Alors, comme avec le système précédent, les erreurs de composition étaient fréquentes et le contrôle fort laborieux sinon impossible. Mais c'était déjà un progrès. Le prix de revient de ces cartons élait de 5 fr. 50 c. le mille. | |

Un mécanicien anglais, M. Edmondson , eut le premier l'idée d’une machine destinée à l'impression et au numérolage successif des billets découpés à l'avance. Cetté machine fut immédiatement adoptée même sur le continent, parce qu’elle permettait, dans les bureaux mêmes de la gare, l'impression de 8 à 40 000 billets par jour.

La France ne devait pas longtemps rester, sur ce point, tributaire de l'Angleterre. M. Lecoq, remplaçant ces procédés insuffisants par une intelligente et fort jolie machine qui figure à l'Exposition, a donné à chaque compagnie les moyens d'imprimer elle-même dans ses bureaux les billets nécessaires à sa circulation. | Rires :

A l’aide de cet ingénieux appareil, les cartons de billets, découpés à l’avance par une machine spéciale, Sont imprimés et numérotés simultanément, à la vitesse de 40 000 par heure, soit en moyenne 70 000 par jour, par une seule personne et sans fatigue. Le prix de l’impréssion et du numérotage s’est

par là abaïissé à 2 fr. 35 c. le millé; économie dont on comprendra l'importance, si l’on considère que beaucoup de compagnies consomment annuellement de 5 à 6 millions de billets. Ajoutons que leur ihpression comme délicatesse et netteté ne laissé absolument rien à désirer.

Les billets une fois imprimés, il fallait les compter et vérifier l'exactitude du numérotage. L’ingénieur anglais pourvut à ce besbin par un petit appareil qui fut d’abord jugé suffisant, mais qui aujourd'hui ne peut soutenir la comparaison avec celui auquel M. Lecoq a confié les mêmes fonctions. Celui-ci noh-séulemeñt compte et vérifie les billets ; mais encore applique, sur là tranche de chacun; une portion de lettre ou d’un dessin dont l’ensemble résulte de la superposition régulière des billets comptés et contrôlés, et qui, tout en rendant un Conipte rigoureux de la place qu’occupait chaque billet dans le travail du numérotage, permet de reconnaître immédiatement toute soustraction ou substitution de billets. Le produit de cet appareil est double de celui de la machine à imprimer, soit 430 à 140 000 billets par jour. :

Après l'impression , ls numérotage et le contrôle rigoureux dés billets vient l'opération la plus délicate du service; nous voulons parler de la distribution des billets aux voyageurs, distribution qui doit être instantanément précédée de l'application, sur chäque billet, de la date du jour et du numéro du train en partance: Il ne s’agit rien moins que de datér ét distribüer; en quelques minutes, plusieurs centaines et quelquefois un millier de billets. M. Lecoq y a pourvu au moyen d'appareils qui peuvent dater jusqu'à 4800 billets en 40 minutes, avec la même délicatesse de lignes que le fait sa maächine à imprimer.

Comme tous les appareils typographiques, celui-ci exige des soins particuliers de nettoyage , faute desquels tout leur mérite disparaît. Il laissait done à désirer sous ce rapport, puisqu'on ne pouvait pas le confier aux mains du premier venu. $ 17

Tout récémment, M. Lecoq y a pourvu au moyen d’un autre appareil qui, avec une rapidité au moins égale, applique en creux, dans le corps même du billet; à l’aide de carac-

tères tranchants, une impression aussi distincte que celle de,

ses premières machines. L'administration y trouve encore une

nouvelle et plus sérieuse garantie contre la falsification ou la contrefaçon des billets.

Enfin nous terminerons cette revue rapide de l’exposition de M. Lecoq par l'indication d’une autre machine non moins ingénieuse, au moyen de laquelle il frappe en creux , sur de petits blocs de métal, les caractères qui, dans l'impression des billets, apparaissent en blanc sur fond coloré.

Les machines de la Prusse et de l'Angleterre n’atteignent pas le même degré de perfection.

Fonderie de caractères. — La fonte des caractères typographiques paraît tendre à sortir enfin des habitudes de la routine, où elle semblait retombée après le gigantesque, mais presque stérile effort de la fonderie polyamatype.

L'Exposition nous offre plusieurs appareils destinés à fondre mécaniquement les caractères. Celui qui, en France , paraît l'emporter quant à présent, est celui de M. Derriey , qui conserve le moule traditionnel , dans lequel un piston injecte la matière en fusion. On paraît reprocher à l'emploi de ce moule l'inconvénient de ne pas se débarrasser de lui-même des portions de métal qui, sous la pression du jet, se logent dans les joints; ce qui diminuerait la rapidité de la fonte en obligeant l’ouvrier à un nettoyage fréquent.

Ce reproche ne peut pas s'adresser à l'appareil de M. Johnson, de Londres, qui fonctionne dans l'Annexe, parce que toutes les pièces qui forment le moule, se séparent complétement quand la lettre est fondue, et se nettoient d’elles-mêmes dans léur mouvement de séparation.

M. Derriey est également l'inventeur d'appareils pour couper les filets d'après des angles variés, pour former des figures diverses, notamment dans les encadrements ornés. On lui doit également l'invention de cadrats cambrés permettant l'exécution de figures rondes , ovales et serpentées, de toutes grandeurs , qui offrent d’utiles ressources à la typographie.

Nous signalerons également, comme très-ingénieuses , les machines de MM. Melin et Doré, au moyen desquelles les vieilles interlignes sont converties très-rapidement en espaces de tous les corps. Leur appareil permet aussi l'exécution rapide des onglets de tous les angles et des filets dits systématiques.

Enfin, M. Cardon, de Troyes, expose une machine qui a

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pour but la fabrication de caractères dont la tige est en métal typographique , mais dont l’œil est en laiton. La machine ne fonctionne pas, et c’est la vue seule des caractères exposés qui nous a renseigné sur son but, le Catalogue désignant l'exposition de M. Cardon sous le nom de presse d'imprimerie.

Composition mécanique des caractères typographiques. — Les premières tentatives pour produire mécaniquement la composition des caractères typographiques paraissent remonter, du moins pour la France, à une quinzaine d'années.

On sait que, dans les conditions ordinaires, cette opération consiste à prendre un à un, avec la main, ces mêmes caractères placés dans des boîtes appelées cassetins, à les ranger côte à côte dans une espèce d’équerre en fer nommée composteur ; puis, lorsque cette équerre est remplie entre les deux talons qui limitent la ligne, à la justifier, c’est-à-dire à lui donner sa longueur précise en augmentant ou diminuant régulièrement l’écartement des mots, au moyen de petits parallélipipèdes moins hauts que les caractères et qu'on appelle des espaces. Les lignes sont successivement placées les unes à côté des autres sur une galée , espèce de cadre à rebords où elles finissent par former des pages qu’on dispose ensuite dans un châssis de fer, où elles sont fortement serrées, de manière à ne former qu'un bloc de toutes les nombreuses pièces qui composent cet ensemble qui prend alors le nom de orme.

En 4842, M. le baron Séguier rendait compte, à l’Académie des sciences, de l'invention de M. Gaubert, qui faisait alors grand bruit et dont on ne parle plus aujourd'hui.

D'après le rapport, l'opération s'exécutait au moyen de deux machines, la première appelée distributeuse, la seconde composeuse.

Les fonctions de la distributeuse consistaient à séparer tous les caractères d’une forme , et à classer tous ceux de même espèce dans les conditions qui permettaient à la composeuse d’en faire une nouvelle forme. Jetés pêle-mêle sur un plan incliné garni de canaux, ces caractères arrivaient à un organe formé de plusieurs aiguilles qui, s’appuyant sur chacun d'eux, exploraient toute la surface qui leur était présentée , en s’enfonçant dans des crans qui servaient à distinguer

chaque caractère. Si celui-ci se présentait convenablement , c'est-à-dire sur le côté où les crans désignaient son espèce, il était immédiatement conduit à son récipient spécial et placé dans la position exigée par la composeuse. Si, au contraire, il se présentait dans une position anormale, les aiguilles, qui ne rencontraient qu’un cran dit de retournement , l’envoyaient sous d’ autres organes qui le retournaient et le conduisaient à sa destination.

Les caractères, convenablement disposés par la distributeuse, étaient placés sur la composeuse, Un clayier , dont les touches correspondaient à un récipient spécial, en faisait sortir les caractères un à un lorsque cette touche était attaquée par le doigt ; et chacun allait prendre le rang qui lui était assigné par l ordre même dans lequel les touches étaient attaquées.

La composeuse de M. Delcambre, qui figure dans la nef, réalise les diverses conditions que nous venons d’ énumérer. Elle avait déjà paru aux expositions de 1844 et de 1849.

La distributeuse exige la lecture des paquets à distribuer , qu'une pédale promène au-dessus d'une rangée de rainures dans chacune desquelles l'ouvrier fait tomber le caractère c qui lui est attribué.

Si nous sommes bien renseigné, ces deux appareils ne fonctionnent encore que dans li imprimerie de M. Delcambre.

Ses machines rencontrent une sérieuse concurrence dans l'appareil simultanément compositeur et distributeur exposé par M. Sôrensen, de Copenhague. À la vérité, il exige, comme l'appareil Gaubert , des caractères de formes spéciales, c’ 'està-dire comportant des crans dont le nombre et la position différencient chacun d’eux. Tous ont cependant en commun un cran en queue d’aronde placé à à la même hauteur,

L'ensemble extérieur de l'appareil est un cylindre vertical formé de l'assemblage de tiges de cuivre, correspondant, en nombre, à celui des | caracières et laissant entre elles un certain espace.

Le cylindre se compose de deux parties dont la supérieure est mobile et tourne sur la partie inférieure, au moyen d'une pédale dont les conditions sont telles que, dans le mouvement de rotation, :le cylindre supérieur s'arrête un instant, à chaque coïncidence de ses rainures verticales avec celles du cylindre inférieur.

. La composition à distribuer est placée dans les rainures du cylindre Vertical, dont une des faces porte une languétte à queue d’aronde qui se loge dans le cran de même forme pra tiquée sur le corps du caractère. Celte même languette règne sur toute la longueur de chaque rainure du cylindre inférieur. Mais l'entrée de ces rainures porte une garde analogue à celle des serrures, c’est-à-dire qu'elle est découpée de mapière que ses saillies correspondent exactement aux crans de l’un des caractères employés, de sorte que ce caractère seul peut s'y introduire lorsqu'il passe sur cette garde, dans le mouvement périodique du cylindre supérieur, et que chaque caractère trouve dans ce même mouvement la rainure qui lui est propre.

Supposons maintenant le cylindre inférieur convenablement garni de caractères occupant leur rainure spéciale, et le cylindre supérieur chargé de caractères à distribuer. Le compositeur se place devant un clavier disposé au bas de l'appareil, et ses doigts appuyant successivement sur les touches correspondant chacune à un caractère spécial, font sortir celui-ci de sa rainure d’où il s'engage dans un canal qui le mène à un grand composteur , où , comme dans les appareils pe ee décrits, il occupe le rang que lui ont assigné es doigts du compositeur qui, manœuvrant en même temps sa pédale, opère la distribution des caractères placés au haut du cylindre.

Les caractères qui servent à l'Exposition, au fonctionnement de cet appareil sont loin d’être neufs, et nous avons pu lire , sur une ligne qu'ils formaient, qu'ils proviennent de Pimprimerie du Journal de Copenhague, le Fædrelander, où fonctionne la machine de M. Sôrensen. | | De même que les deux autres machines que nous avons décrites, celle-ci présente l'inconvénient sérieux d'une justification manuelle , ce qui atténue notablement les avantages qu'elles présentent au point de vue de la rapidité de la composition. Machine à imprimer les tissus. — Parmi les machines à im.primer les tissus, nous appellerons particulièrement l’aiten tion des visiteurs de l'Exposition sur celle de MM. André Kæchlin et Cie, de Mulhouse , parce qu'elle est le type de celles qu’on emploie généralement dans les, fabriques d’Alsace. Elle peut imprimer simultanément quatre couleurs.

La netteté de l'impression dépend en grande partie de la perfection avec laquelle on construit cette espèce de machine, dont la solidité est une condition essentielle, surtout en ce qui concerne les points d'appui des cylindres gravés qui exercent chacun une pression indépendante de celle des trois autres. Cette disposition a été pour beaucoup dans le succès de la machine , qui diffère encore des divers systèmes employés en France et en Angleterre par les conditions au moyen desquelles sont commandés les cylindres.

Au lieu de placer les roues dentées sur les axes mêmes des cylindres, MM. A. Kœæchlin et Cie ont préféré placer celles-ci sur des arbres de rallonge qui portent chacun une boîte d'emmanchement. Ce dispositif permet de donner aux roues un grand diamètre, et par conséquent de trouver plus facilement le rapport exact à établir entre les différents dessins gravés sur les quatre cylindres. Ces arbres de rallonge sont placés dans un bâti spécial où sont disposées deux poulies motrices fixe et folle qui, au moyen de deux courroies, peuvent transformer la rotation uniforme de 150 tours par minute, qu’elles reçoivent du moteur, en deux vitesses différentes. Deux manchons de débrayage permettent en outre deux autres vitesses. Il résulte de cette disposition que l’on peut, pendant la marche même de la machine, lui donner l’une ou l’autre des quatre vitesses dont ce mécanisme permet de disposer.

Ce n’est que comme spécimen d’application directe du moteur à la machine que MM. Kæchlin y ont joint une petite machine à vapeur d’une simplicité remarquable et dont ils se seraient probablement passé si, au moment du montage, ils avaient élé bien certains de pouvoir disposer à leur gré de la force et de la vitesse qui leur étaient nécessaires.

La machine exposée a fonctionné à l'Exposition en imprimant deux couleurs seulement, parce que l’emplacement qu'elle occupe eût rendu difficile l'impression à quatre couleurs. Mais pendant le peu de temps qu'elle a travaillé presque incognito, attendu le peu de bruit qu’elle fait, elle a imprimé 30 000 mètres de calicot et de. jaconas appartenant à MM. Dolfus-Mieg , qui ont également fourni les imprimeurs , les couleurs et les cylindres gravés. ;

On concevra sans peine qu’une machine qui imprime

5000 mètres en douze heures ne fonctionne pas tous les jours, ni du matin au soir, à l'Exposition, d'autant plus que les produits qu’elle y donne ne pouvant, faute d’étuves, y être séchés à mesure de leur confection, sont fabriqués en pure perte.

MM. Dolfus-Mieg possèdent, à Dornach, près de Mulhouse, douze machines du même système que celle dont nous nous occupons. Lorsque ces douze machines fonctionnent, elles peuvent imprimer par jour 60 kilomètres de tissus.

Machines à sculpter.

A l'extrémité ouest de l’Annexe fonctionnent deux machines autour desquelles s’empressent les visiteurs que n’a pas rebutés une promenade de 4200 mètres. Ce sont les machines à sculpter de M. Blanchard, de Boston.

L'une d’elles produit, sur marbre, des bustes; l’autre, des médaillons de même matière. Dans toutes deux, le modèle en bronze recoit un mouvement de rotation que la machine imprime également au morceau de marbre à travailler, de manière que tous deux font leur révolution exactement dans le même temps. Un système de leviers équilibrés porte sur un point une touche ou pointe mousse qui repose sur le modèle, et, sur un autre point, une espèce de foret tournant avec une grande rapidité. Les leviers sont tellement combinés que chaque mouvement de la touche est reproduit par le foret, mais diminué de grandeur. Supposons-les réduits au quart. Si l’on fait tourner le modèle et le morceau de marbre, toutes les saillies que la touche rencontrera la soulèveront; elle s'abaissera quand elle se trouvera sur une dépression. Or, comme tous les mouvements de la touche sont répétés, mais réduits au quart, par le foret, celui-ci pénétrera tantôt plus, tantôt moins dans le marbre, et laissera, sous sa trace, les mêmes saillies et lesmêmes dépressions que la touche aura rencontrées sur le modèle ; et, comnie à chaque tour de celui-ci, tout le système de leviers s’est déplacé d’une petite quantité, de manière que la touche et le foret décrivent une spirale autour du modèle et du marbre, le résultat final est la reproduction , au quart, sur le marbre, du modèle en bronze.

Nous ne pouvons partager l'admiration que cause cette ma-

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chine aux visiteurs de l'Exposition, parce que nous savons de visu que nous ayons beaucoup mieux en France.

Les machines de M. Collas, dont l'exposition de M. Barbedienne montre les magnifiques produits, sont assurément plus exactes dans leurs résultats parce qu ’elles sont beaucoup

moins compliquées, et ne comportent qu'un très-petit nombre

d'articulations d’une précision et d’une délicatesse infinies. Ajoutons que pour travailler le marbre et même l'acier (car il reproduit j jusqu aux coins des médailles), le modèle peut n'être qu'un plâtre à peine effleuré par la touche. L'exposition de M. Sauvage prouve également que les machines à sculpter françaises n’ont rien à redouter de la concurrence amé-

ricaine.

À cette occasion, nous croyons devoir rectifier une erreur qui $ est beaucoup propagée depuis l'ouverture de l'Exposition. On attribue aux seules machines de M. Sauvage la propriété d'exécuter directement les rondes bosses, et l’on prétend que M. Collas est obligé de découper soù modèle en fragments assez petits pour ( être disposés sur ses machines à l'état de bas-relief. Ces conditions étaient effectivement celles qu 'appliquait M. Collas il y a une vingtaine d'années; mais nous pouvons affirmer que, depuis plus de quinze ans, il obtient directement les rondes bosses qu'il exécute entièrement d’une seule pièce, lorsque les formes s’y prêtent, les busles, par exemple, ou par tronçons, lorsqu'un membre de la statue ou une draperie s'interpose entre la touche et une autre portion de la pièce à reproduire.

Il n'est pas plus vrai, comme on le prétend encore, que ies machines de M. Sauvage n ‘exigent aucune section du modèle ou de la copie ; les nombreux joints qu’on peut constater dans les pièces de son exposition y donnent le démenti le plus formel.

Enfin, et comme dernière rectification d’assertions sans fondement, nous dirons que, comme celles de M. Sauvage, les machines de M. Collas peuvent donner des copies plus grandes que le modèle, parce que, comme lui, iln ’a qu'à mettre l’un

à la place de l’autre , et qu’en outre, ce que ne ferait peut-

être pas M. Sauvage, il peut donner à ses produits les dimensions exactes de l'original.

Nous n’ayons pas vu les machines de M. Sauvage, mais

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nous avons trop bien étudié celles de M, Collas pour croire qu elles al être surpassées en précision . k

Machines diverses.

Le travail du cuir se trouve représenté par les machines à refendre de M. Salomé et de M. Schuloff, destinées à faire, par uve espèce de dédoublage, avec des peaux de vaches, des cuirs fins à l'usage de la carrosserie et d’autres industries analogues; par les machines à rebrousser de MM. Rabatti et Rettig et de M. Chaumont, qui opèrent mécaniquement le travail jusqu'ici si pénible du rebroussage , enfin par la machine à rebattre de M. Bérendorf, travail “destiné à augmenter la souplesse du cuir.

L’éjarreuse de M. Chaumont a pour but de préparer le poil de lapin propre au feutrage.

La peau est, en effet, couverte de deux espèces de poils, l’un très-fin et ayant au plus haut degré la qualité feutrante, l’autre gros et se refusant complétement à à ce travail. C’est ce dernier qu'il s ‘agit d'éliminer; M. Chaumont y arrive en soumettant le poil à deux lames marchant en sens contraire et se rapprochant assez pour enlever les gros poils, tandis que les plus fins passent dans l intervalle. E

Pour les préparations du papier, nous avons deux piles à triturer les chiffons, l'une à M. Gratiot, l'autre à M. Vormz. Toutes deux sont fondues d’une seule pièce, et sont exposées uniquement comme travail de fonderie.

La machine papier de M. Lhuillier est extrèmement intéressante comme spécimen remarquablement exécuté d’une de nos industries nationales. Elle ne présente pas, du reste, dans sa construction, de caractère s écial. On sait que cette machine, à laquelle est livrée la p te, fournit à l’autre extrémité des rouleaux de papier bte terminé.

Nous terminérons cette revue par l'indication des machines employées dans la fabrication du chocolat.

M. Hermann en expose une série complète qu’ accompagnent des machines à broyer pour les substances pharmaceutiques et pour les produits vénéneux.

Mais c’est surtout dans l'exposition de M. Devinck que nous trouverons des machines ingénieuses qu pèsent, moulent et

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transportent les tablettes de chocolat à un autre appareil qui les enveloppe absolument comme le ferait l’ouvrière la plus habile.

M. Devinck se plait à reconnaître qu’une grande partie de ces inventions est due à son contre-maître, M. A. Daupley.

CLASSE VIT Mécanique spéciale et matériel des manufactures de tissus.

La septième classe comprend toutes les machines spécialement destinées à la filature et au tissage, c’est-à-dire à la transformation en fils des matières premières, connues sous la dénomination générique de matières filamenteuses, et à la transformation de ces fils en tissus de toute espèce, unis ou façconnés. | |

Avant de nous occuper de ces machines, qu'il nous soit permis de rappeler en quelques mots l’origine de ces deux industries au point de vue mécanique. La filature automatique, dont les procédés ont acquis aujourd’hui un si haut degré de perfection, est cependant une industrie assez récente. Ainsi que le dit M. Alcan dans son ouvrage intitulé : Essai sur les malières textiles, ce ne fut qu'en 1760 que les Anglais, voyant l'accroissement que prenait leur commerce d'étoffes, tant avec les pays voisins qu'avec les colonies américaines, sentirent le besoin de produire un plus grand nombre de fils et cherchèrent à construire une machine qui, mue par un seul ouvrier, en produisit plusieurs à la fois, résultat que le rouet, jusque-là seul en usage, ne permettait pas d'obtenir. C’est alors que fut imaginé le célèbre métier appelé Jenny ou Jeannette, qui, perfectionné peu à peu, nous donne aujourd'hui le métier Mull-Jenny self acting opérant d’une manière entièrement automatique l’étirage, la torsion et le renvidage du fil. Le grand nombre de produits que l’on put obtenir nécessita bientôt des perfectionnements analogues dans les machines à préparer. On remplaça donc, pour le cardage et les

autres opérations préliminaires, le travail à la main par le travail mécanique et la filature automatique fut inventée.

Le manque de fils avait, comme nous l'avons dit, nécessité ces différents perfectionnements. La grande quantité de fils qu’ils permirent de produire fit chercher les moyens de les employer, et l’on substilua, pour les étoffes unies, les métiers à tisser mécaniques aux métiers ordinaires. Ce fut encore en Angleterre que cette industrie prit naissance.

Le tissage façonné, au contraire, tel qu’il se pratique aujourd’hui, est d’origine toute française, et les travaux de Vaucanson et de Jacquard sont assez récents pour qu'il soit inutile de les rappeler.

Ces préliminaires une fois posés, commençons la revue des machines de la filature et du tissage exposées par les différents pays, en suivant l’ordre de la classification générale.

Les peignes, les cardes, les rots, les semples, les canettes, bobines, broches, etc., sont disséminés dans tous les points du Palais.

Ainsi, tandis que pour la France, une partie de ces produits est au palais principal , et l’autre à l'Annexe, dans la galerie des machines, l'Angleterre, la Belgique, les ont placés tous avec leurs machines, et la Prusse dans la section des produits de la galerie du quai. Du reste ces éléments, qu'il est impossible de faire fonctionner, sont difficiles à juger et nous nous bornerons ici à citer quelques noms, qui ont acquis à bon droit une grande célébrité industrielle et commerciale. Tels sont pour la France MM. Scrive frères et Miroude, dont les importantes fabriques de rubans de cardes fournissent la plus grande partie de nos établissements de filature ; MM. C. Peugeot et Cie, fabricants de cylindres cannelés et de pression, broches, plates-bandes pour métiers, bouchons, crapaudines et appareils de transmission par engrenages pour donner le mouvement aux broches ; et M. Fleury, fabricant de cylindres de pression.

Il y a en outre un grand nombre de peignes à lin, peignes à tisser, rots, broches, etc.

Dans l'exposition étrangère, nous avons remarqué en Prusse des rubans de cardes bien travaillés, et nous citerons comme fabrication nouvelle ceux de M. Risler, d’Aix-la-Chapelle, dans lesquels le cuir est remplacé par une bande de

350 VISITE caoutchouc vulcanisé ; l’Angleterre à envoyé aussi un grand nombre d'éléments de filature, parmi lesquels des rubans de cardes de M. W. Horsfall, de Manchester, dont les pointes sont montées sur un fort tissu de lin; l'un de ces rubans à travaillé pendant treize ans dans la filature de M. Feray à Essonnes, sans altération sensible. # S Ainsi que nous l'avons dit, la filature automatique du coton est d'invention anglaise, et,'depuis le moment où elle a été imaginée, l'Angleterre n’a cessé de rester à la tête de cétte industrie; à tel point que nos filateurs acceptent difficilement, aujourd’hui encore, des machines fabriquées dahs d’autres pays- Aussi les Anglais ont-ils, comme nous le verrütis, üne exposition de machines de filature presque exclusivement composée de machines à coton: . | DA Ed Occupons-nous d’abord de là partie frañtäisé. L'Alsace

nous offre un grand nombre de machines pour les préparations

et la filature du coton, machines sur lesquelles nous reviendrons bientôt. Le | En dehors de cette exposition, nous feñconirons péll de machines de cette catégorie. | ÉTÉ | M. Lecœur expose; collectivément avec M. Danniéry, uñe grandé carde débourreuse. L'invention de M. Lecœur a poür but d'augmenter la production de là carde, et d'après lui, dé la doubler, Sous les cylindres Cannelés se troûve une traverse à couteäu, qui facilite le nettoyage du coton, ét la sürfäcé de cardage est considérablement augméniée. Le but dé M. Dannery est de remplacer le débourrage à là main dés cha: peäux, qui offre de graves inconvénients, par le débourrage mécanique ; il parvient à faire cette opération d'une mänièré satisfaisante en débourrant plus souvent les chapeaux les plus rapprochés de l’alimentation, qui sont naturellement ceux dans lesquels se logent le plüs les impüretés. En somme, la machine de M. Lecœur, avec le perfectionnement de M. Dannery, est une chose intéressante, dont l’industrie du coton peut tirer un parti sérieux: | Rs M. Clenet présente une carde à coton, dont le mécanisme est le même que celui de toutes les cardes; et qüi n’a d'aütre particularité que d’être conduite directement pat üne petite machine à grande vitesse de M. Flaud.

M. Dübrüté fils expose aussi uné carde à côlofi dont les

cylindres et le grand tambour sont en fonte et qui est bien exécutée. | 7

M. Dänguy jeune nous montre un rota-frotteur et un banc d'étiragé. Le rota-frotteur est muni d’entonnoirs de sortie et conduits d'arrivée mobiles et faciles à changer, pour perretire le frottage en gros, en moyen et en fin. Il est en outre perfeetionné dans sa construction par la disposition des brosses qui font pression sur les rouleaux d’étirage. |

Le banc d'étirage est à huit rubans, et fait un étirage de 1 à 42. Les rubans viennent se réunir sur une table inclinée, d’où ils tombent dans une boîte de laquelle on les dirige al troisième et dernier passage. Ces deux machines sont bien exécutées. 10" CRT UP | |

MM. Gallet et Dubus exposent un métier Mull-Jenny, de 432 broches pour le coton, dont le système de commande depuis la poulie motrice jusqu'aux tambours commandant les broches, est entièrement par engrénages, ce qui régularise la tension des broches en annihilant les effets de contraction et d'extension, produites par les variations hygrométriques de

l'air, Le mouvement de renvidage est obtenu à l’aide de deux roues hélicoïdales, afin de rendre cette opération moins fatigante. Enfin les chaînes à la Vaucanson qui conduisent le chariot sont mises en mouvement exclusivement par des roues dentées; de cette manière il n’y a pas de glissement, la vitesse du chariot est toujours régulière, et l’on peut facilement la varier au moyen de changements d'engrenages.

Le métier de MM. Gallet et Dubus est bien exécuté, et présente, comme on le voit, un grand intérêt. Il est regrettable qu’il ait dû être placé en dehors des machines en mouvement, et que l'on ne puisse, par conséquent, juger de son travail. cs |

Dans la partie étrangère, nous ne trouvons de machines à coton que dans l'exposition anglaise. Là, par exemple, cette industrie est largement représentée, et offre tout l'intérêt d’un ensemble complet de fabrication.

MM. Dobson et Barlow, de Bolton, exposent deux machines brevetées de M, Evan Leigh; l'uné est une carde dont les chapeaux se nettoient seuls, et l’autre une mächine à réunir, au moyen de laquelle on obtient une nappe pour le second passage, nappe composée de cinquante à soixdnite rubans.

352 NISITE.

M. J. Mason, de Rochdau, présente un banc à broches en gros avec rebords brevetés, des plateaux diviseurs, un frein et un mouvement à dégager ; les broches font 800 tours à la minute; un banc à broches en fin avec ces mêmes éléments, les broches faisant 4200 tours à la minute; un métier continu, une Carde à coton et un étirage:il expose en outre un métier à tisser mécaniquement des étoffes de grande largeur.

MM. J. Elce et Cie exposent un batteur à un seul volant, une carde, un laminoir à quatre têtes, six rubans; un banc à broches en gros de 48 broches; un banc à à broches en fin de 80 broches; deux métiers Mull-Jenny self acting dé 340 broches chacun entièrement pareils ; enfin un métier continu de 160 broches et deux dévidoirs à compteurs.

L’exhibition de MM. Platt frères, d'Oldham, se compose d’un assortiment complet de filature de coton. Nous allons donner l’énumération et l’explication de ces machines, d’ après l’exposant lui-même, afin de faire comprendre le travail du coton :

Are et 2e Opération. Batteur-étaleur : l’ouvreur divise et nettoie le coton après le passage par des cylindres alimentaires, en le soumettant à l’action des volants; les boutons sont rejetés en dessous, et la poussière enlevée par un ventilateur; par l’action du batteur-étaleur, le coton se trouve battu et nettoyé à un degré supérieur et réuni en masse.

3° Opération. Carde en gros : purifie le coton et en aligne les fibres, qui sont disposées en rubans.

4° Opération. Machine à doubler : réunit plusieurs rubans en une seule nappe large et unie qui s ‘enroule sur une ensouple.

5° Opération. Carde en fin : achève le travail de la carde en gros, et forme un ruban plus fin.

6° Opération. Banc d'élirage : étire les rubans accouplés de la carde en fin et les dispose en rubans encore plus fins; six têtes, huit rubans.

7. Opération. Banc à broches en gros de 28 broches: continue l'opération de l’étirage, et donne à la mèche une légère torsion, en l’enroulant sur des bobines.

8° Offert Banc à broches, intermédiaires de 68 broches : double la mèche en gros, l'étire et lui donne la torsion en lenroulant sur des bobines de plus petite dimension.

9e Opération. Banc à broches en fin de 88 broches : double la mèche en moyen, l'étire et lui donne plus de torsion en l'enroulant sur des bobines plus petites.

10° Opération. Métier à filer self-acting de 200 broches : étire la mèche en fin, la transforme en fil, et la dispose sur des bobines en forme de canettes.

11° Opération. Métier continu de 412 broches : employé quelquefois en place du métier Mull-Jenny pour filer les numéros forts. Enrouleles fils sur des bobines à disques. -

12° Opération. Métier continu doubleur. de 92 broches : réunit et tord ensemble deux ou plusieurs fils pour faire des fils plus forts. |

13° Opération. Métier à retordre self-acting de 200 broches : double et tord ensemble deux ou plusieurs fils, en les disposant Sur des canettes propres à être employées au tissage. i

MM. Platt frères exposent aussi une machine à émeri pour aiguiser les tambours et chapeaux de cardes, et deux métiers mécaniques à tisser, l’un pour le calicot, l’autre pour la futaine,

Terminonsici la revue des machines de la troisième section, et disons que cette industrie, qui n’est représentée que par la France et l'Angleterre, a, sauf les machines de MM. Schlumberger, peu de progrès à enregistrer. Les machines anglaises, qui toutes sont d’une très-bonne exécution, n'offrent, comme perfectionnement, qu’un intérêt médiocre, et l’on peut exprimer le regret que ces machines ne se distinguent que par leur construction, du reste vraiment remarquable, leur ensemble et leur heureuse disposition, qui fait bien voir les opérations successives de la matière.

Nous croyons devoir étudier dans leur ensemble les machines de l'exposition collective du Haut-Rhin, sans faire rentrer chacune d'elles dans la spécialité à laquelle elle appartient. Cette exposition, quoique composée de machines à destinations diverses, présente en effet un intérêt d'ensemble que n’offrirait plus, à beaucoup près, chacune d'elles détachée du groupe que les constructeurs ont désiré former.

Le département du Haut-Rhin est sans contredit l’un des plus industriels de France, et la construction des machines de filature y a acquis un degré de perfection qui nous permet

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enfin de lutter avec l'Angleterre, dont nous avons été si long-

temps tributaires.

M. André Kœæchlin expose, en outre de sa locomotive, un batteur étaleur à deux volants, muni, à la sortie du coton, d’une double paire de cylindres cannelés, à vitesses difiérentes, destinés à produire un commencement d’étirage. Cette machine, qui n’a du reste rien de particulier, est remarquable par sa grande solidité et le soin avec lequel elle est construite. Le même constructeur présente aussi une ma-

chine à imprimer à quatre couleurs, mue par une machine

à vapeur horizontale, qui travaille avec une grande précision.

Nous rencontrons ensuite l’épurateur à coton de M. G. A. Risler. Cette machine, destinée à remplacer la carde, est munie de quatre cylindres alimentaires, et forme trois rubans qui viennent se réunir en un seul. Elle a subi, depuis l'Exposition de Londres où elle a obtenu la grande médaille, un perfectionnement qui consiste en ce que le coton qui n’a pas été pris par les deux premiers peignes, et qui est resté sur le grand tambour, est repris par un troisième placé en dessous, et travaillé de nouveau. Le ruban formé par le troisième pei-

gne est généralement d’une qualité inférieure aux deux autres, et peut être dirigé sur une autre bobine, afin de le séparer de ceux-ci. L'épurateur fait en douze heures 90 à 100 kilo-

grammes de coton bien ouvert et mieux nettoyé qu’à la carde

ordinaire, avec économie de déchet et de main-d'œuvre.

Elle est construite par M. A. Kæchlin avec tout le soin possible.

‘M. Léopold Muller fils expose ün banc à broches à com= pression de 120 broches, système ordinaire; un Mull-Jenny et un métier continu de 220 broches pour la filature de la laine peignée, où la commande ordinaire de broches est rem-

placée par son système d’engrenages coniques, dont chaque

broche est rendue indépendante et peut être arrêtée instanta= hément par la simple pression. Ce système, qui exige moins de force que les commandes par cordes à boyaux, a l’incon= vénient de produire un bruit insupportable. Aussi MM. C. Peugeot et Cie ont-ils eu l’idée de le modifier ‘en remplaçant les deux engrenages coniques par une série de quatre engre nages, deux coniques et deux droits; de cette. manière on peut faire en bois la roue droite qui commande le pignon, ét

les deux roues coniques engrenant avec une vitesse beaucoup moindre, le bruit est considérablement diminué. |

M. Stamm présente un banc d’étirage finisseur à pots tournants pour le coton; un métier continu à filer d'un côté et à retordre de l’autre, de 224 broches, et un banc à broches à compression , de 120 broches. Ce banc à broches n’est pas muni de la cuirasse ordinaire , qui empêche le coton de tomber dans les engrenages. Toutes ces machines sont, du reste, bien construites.

L'exposition de M. F. J. Grün se compose d'un batteur étaleur, une carde à coton, une carde à laine peignée, un bobinoir réunisseur pour la laine-et un dévidoir.

Le batteur est à un seul volant, avec commencement d'étirage, comme celui de M. A. Kæchlin. Le tambour de la carde à coton est un tambour en fonte, fondu d’une seule pièce avec les deux croisillons, ce qui constitue une assez grande difficulté vaincue. La carde à laine est construite avec des cylindres en stuc et n’a rien de particulier. Le dévidoir est muni d'un système de va-et-vient destiné à distribuer également le fil. Toutes ces machines sont construites avec un grand soin.

M. Stehelin expose un métier Mull-Jenny self=acting de 504 broches, système ordinaire.

M. Th. Loos présente une carde à coton dont l'alimentation se fait au moyen d’uncylindre cannelé tournant sous une auge en fonte; le coton est pris entre le cylindre et l’auge, qui sert en outre à recevoir les matières étrangères rejetées par la carde. Le grand tambour est en stut comme dans tôutes les cardes exposées par les constructeurs de l'Alsace.

M.-G. Bornèque expose deux métiers à tisser, l’un à deux, l’autre à quatre couleurs. Ces métiers sont munis de cartons de Jacquard en bois, dont les trous portent des chevilles. Ces chevilles, de différentes longueurs, soulèvent alternativement des leviers qui font mouvoir la boîte contenant les bobines, de manière à lancer la bobine qui doit faire le travail. On peut donc, par ce moyen, tisser une étoffe à plusieurs couleurs, sans se préoccuper du dessin, Ce système n’est, du reste, ap-

plicable qu'aux étoffes à carreaux ou à bandes dans le sens de Ja trame. |

MM. Nicolas Schlumbergér et Cie exposent trois assorti-

ments complets dé préparations de filature. Le premier est

destiné au travail des matières courtes soies, le second à celui des matières à soies moyennes, et le troisième aux préparations des matières longues soies.

L’assortiment destiné aux matières courtes soies, c’est-àdire au coton et à la laine peignée à filaments courts, se compose de cinq machines, une carde, une peigneuse, un banc d'étirage, un banc à broches et un métier à filer self-acting.

La carde est une carde à hérissons, c’est-à-dire le système ordinaire des cardes à laine peignée, dont tous les cylindres sont en stuc.

La peigneuse est construite dans le système ordinaire des peigneuses Heïlmann, système qui consiste à travailler la matière par mèches, et dont la substitution à la peigneuse Collier, substitution due en très-grande partie à M. N. Schlumberger, a modifié d’une manière radicale le peignage et la filature. Celle-ci est à six têtes et à mouvement continu.

Le banc d’étirage comprend trois passages. Le premier avec coupe-nappes mécanique et basculeur, et dégrenage automatique. Le deuxième est à couloirs et à pots oscillants. Ces pots oscillants remplacent les pots tournants pour opérer la

distribution régulière ‘de la matière. C’est une boîte rectangu-

laire portée sur des roues qui réposent sur un chemin de fer; cette boîte reçoit un mouvement alternatif d’un pignon engrenant tantôt au-dessus, tantôt au-dessous d’une crémaillère. Cet appareil, généralement substitué par M. Schlumberger

. aux pots tournants, donne d'excellents résultats.

Le troisième passage est un étirage dans lequel la matière vient s’enrouler sur des rouleaux presseurs, et où la compression a toujours lieu au même point par le moyen d’un ressort qui appuie constamment la matière sur le rouleau.

Dans le banc à broches mi-fin de soixante-quatre broches, le mouvement progressif du chariot est donné par un double disque sur lequel vient frotter une poulie à bande de cuir qui monte à mesure que la bobine s’emplit, et diminue par conséquent la vitesse. L’ailette de la broche, au lieu d’être creuse comme le’ sont ordinairement les ailettes de ces machines pour le coton, est pleine et parfaitement lisse, Le fil passe par deux œils, l'un en haut, l’autre à l’extrémité de lune des branches, et est constamment pressé contre la bobine au moyen d’un ressort intérieur.

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Le métier à filer automate compte cinq cent quatre broches, dont les mouvements sont singulièrement doux, comparés à ceux des métiers ordinaires. Cela tient à un système nouveau à friction plate qui permet d'éviter les secousses et les mouvements brusques que produisent les métiers munis d’arbres à excentriques.

L'assortiment destiné à la filature des filaments moyens sert spécialement au travail des laines moyennes, telles que les laines mérinos. Il se compose de sept machines qui sont :

Une nappeuse, qui n’est autre chose que la peigneuse Poupillier perfectionnée.

Un déméloir, d'invention nouvelle, qui dresse et parallélise parfaitement les brins de la laine, de manière à préparer au travail de la peigneuse, et cela au moyen d’un cylindre garni de dents en hélice, à barrettes sortant et rentrant alternativement pour faciliter le délivrage de la matière. Une peigneuse, du système Heïilmann, munie d’une pince à doubie centre qui permet de rapprocher plus ou moins le peigne fixe de la pince, et par conséquent de peigner des laines plus courtes, ce qui augmente la production.

Trois bancs d’étirage, dans lesquels se trouve l'application d'une idée dominante que M. Schlumberger applique d’une manière complète et exclusive à la filature de la laine peignée, et qui est, afin d'obtenir un étirage plus complet, de remplacer le premier cylindre supérieur par un cylindre à cannelures profondes, et le cylindre inférieur par un hérisson dont les dents sont disposées de telle sorte que les cannelures du cylindre supérieur engrènent entre les denis du hérisson, de façon à y faire entrer la laine aussi profondément que possible, Ce système se trouve reproduit dans les trois bancs d’étirages dont nous nous occupons. Le premier est un étirage à quatre têtes, avec couloirs et pot oscillant ; le second un étirage à bobines et à compression ; et le: troisième un étirage avec frottage en gros et bobines comprimées. C'est une espèce de banc à broches en gros à bobines horizontales. EE

La septième machine de cet assortiment est un banc à broches frotteur, de trente-six broches. Ce banc à broches présente une particularité remarquable. Comme il est destiné au travail de la bourre de soie de deuxième largeur, c'est-à-

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dire des déchets de bourre de soie donnés par la peigneuse, aussi bien qu’à celui de la laine, et que la bourre de soie n’æ pas besoin de torsion à ce moment du travail, les ailettes peuvent à volonté, et par un simple mouvement de débrayage, tourner ou ne pas tourner de manière à “opérer, suivant la matière, avec ou sans torsion.

L'assortiment destiné au travail des matières longues soies doit préparer spécialement les laines longues, les étoupes, la bourre de soie longue, et enfin le lin et le chanvre coupés en deux ou trois, et ramenés à la longueur de l’ étoupe. Il secompose de cinq machines : un déméloir, une te és un étaleur, un banc d’étirage et un banc à broches:

Le déméloir est construit suivant le même principe que sal dont nous avons parlé; il alimente la peigneuse qui est toujours une peigneuse Heilmann, et qui est munie d’un tambour nappeur à palettes dentelées dans lesquelles les étoupes sont poussées et entrées à fond par un cylindre cannelé afin de faciliter la sortie régulière de la matière.

L'étaleur est un étaleur à aills, à deux rubans, avec apbli: cation de doubles rouleaux d’appel.

L'étirage est un étirage à deux têtes, à six ruban avec application de doubles roulearte d'appel. |

Le banc à broches est un banc de quarante bobines, à gills, avec le système d'aitettos et de mouvement du chariot ordinäire,

L'exposition de MM. Nicolas Schlumberger et Cie est, en somme, la plus complète de toutes celles des constructeurs de machines de filature. Il est presque superflu d’ajouter que ces machines, parfaitement entendues, sont, en outre, admirablement exécutées. M. Schlumberger a, comme M. Mercier, l’avantage d'être en même temps constructeur et filateur, et ces deux conditions sont, évidemment , aussi i favorables que possible,

Ajoutons que M. Schlumberger est Pan des principaux promoteurs de l'industrie-de la filature dans le Haut-Rhin, dont nous venons d'examiner les produits ; que cette industrie, qui a pris un si grand essor, lui doit un‘ nombre considérable de perfectionnements importants, et nous aurons rendu justice à un de nos industriels les plus éminents et les plus honorables, Disons enfin que l'exposition de MM. Schlumberger brille

au milieu de celle de l'Alsace, et vient rehausser encore l’éclat de cette partie, déjà si remarquable, de l’exposition française.

La filature mécanique du lin et du chanvre n'existe véritablement que depuis 1810, c’est-à-dire depuis l'invention de la peigneuse imaginée par Philippe de Girard. |

La première opération que subit le lin est le rouissage; puis viennent le battage et le teillage. Nous avons à PExposition plusieurs machines à teiller, et entre autres celle de: M. Ch. Mertens, de Gheel (Belgique), et celle de M. Farinaux jeune, de Lille.

La machine de M. Ch. Mertens est entièrement nouvelle. Le lin est conduit par une pince faisant chaîne sans fin, entre deux cuirs sans fin, munis de baguettes en bois qui le battent et enlèvent la partie corticale; puis il est repris par une deuxième pince, au moyen d'une seconde machine semblable, tournée en sens contraire , qui teille la partie qui était tenue par la première pince. Le lin, en sortant de cette machine, est parfaitement teillé.

Dans la teilleuse de M. Farinaux jeune, le lin est prisentre deux cylindres en fonte , cannelés et tournants, dont le plus petit placé à la partie supérieure, a en outre un mouvement de va-et-vient destiné à enlever la paille. Puis il est conduit entre deux autres cylindres cannelés en bois, avec mouvement circulaire, qui achèvent le travail.

Nous n’avons pas vu le travail de cette machine, mais nous doutons, à sa simple inspection, qu’elle opère le nettoyage aussi bien que celle de M. Mertens, dont les produits sont vraiment remarquables.

Après le teillage, le lin subit l'opération du peignage. Nous rencontrons dans l'exposition française les peigneuses de M. Ward et de M. Lacroix, et dans Pexposition anglaise, celles de MM. Combe et Cie, de Belfort.

La machine de M. Lacroix est destinée au peignage des lins coupés en deux ou trois, où les pinces, au lieu d'être poussées les unes par les autres, sont conduites par un mécanisme spécial, et tournent en avançant, au lieu d'avancer d’abord et tourner ensuite. De plus, les porte-pinces sont doubles, ce qui permet de peigner en même temps deux poignées de lin.

M. Ward expose trois machines à peigner le lin, L’une de

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ces machines est destinée au travail du lin long, l’autre à celui du lin coupé moyen, et la troisième à celui du lin coupé en plusieurs morceaux. | | 2

Ces trois machines sont construites dans le même esprit, c'est-à-dire que toutes trois sont. à peignes tournant dans un seul sens, et à mouvement de rotation des pinces, destiné à permettre le travail de la matière des deux côtés. La construc-: tion en est soignée. diet oi

MM. Combe et Cie exposent deux machines à peigner, l’une les lins longs, et l’autre les lins coupés; le système de ces deux peigneuses est le contraire du précédent, c’est-à-dire que ce sont les peignes qui ont un mouvement cireulaire alternatif, afin de pouvoir travailler le lin dans ces deux sens, tandis que les pinces ont simplement un mouvement rectiligne. Ces deux machines sont bien construites, et nous préférons ce mode d’o-. pérer au précédent, qui a l'inconvénient d’eyméler un peu le lin au moment où la pince se retourne. . |

MM. Windsor frères, de Lille, exposent une grande étaleuse pour lin long ou chanvre, offrant quelques perfectionnements de détails ,-puis un assortiment de préparations pour le lin coupé en trois et quafre, et devant être filé des n° 80 à 450. Cet assortiment se compose de :

1° Une étaleuse à quatre rubans;

2° Un premier étirage à deux têtes, huit rubans chacune b

3° Un second étirage, deux têtes, dix rubans chacune ;

4° Un troisième étirage, deux têtes, douze rubans chacune ;

5° Un banc à broches de soixante broches.

Toutes ces machines comportent des frotteurs en bois mobiles sous les rouleaux. Le banc à broches est muni d’un cône de friction, marchant sans courroie. Ces machines sont établies dans de bonnes conditions de construction et de vente courante, | | |

Le métier à filer le lin, de M. Vennin Dérégniaux, n'offre rien de particulier. |

Enfin, la marine impériale nous a envoyé deux machines, l’une à filer le lin, qui opère à la fois l'étirage et la torsion, et l’autre à tresser les cordages. Ces deux machines sont, sans doute, très-intéressantes, mais elles ont l'inconvénient d'être

construites d’une manière fort lourde, et d’avoir déjà plus de vingt années de date. si Aer de LE

Outre ces machines ; nous rencontrons l’assortiment pour la

filature des matières longues soies de MM. N. Schlumberger

et Cie, dont nous avons déjà parlé.

Les machines destinées au travail de la laine se divisent en deux catégories bien distinctes : la filature de la laine peignée:

et celle de la laine cardée. La laine peignée, destinée au tis-

sage des mérinos, des cachemires d'Écosse, et en général des

étoffes rases, exige des fils d’une régularité parfaite, et dont les éléments soient aussi paralièles que possible. C’est, comme nous le verrons, la grande différence qui existe entre le peigné et le cardé.

La France est presque seule représentée pour celte industrie, dont on a tant cherché, depuis quelques années, à modifier les éléments. La tendance aujourd'hui la plus générale est le peignage par mèches, inauguré par Josué Heïlmann. Nous rencontrons, dans cette voie, la peigneuse de M. Hector Collette, qu’un déplorable accident à enlevé à l’industrie, au moment où il venait de mettre la dernière main à son œuvre. Cette peigneuse est formée d’un grand plateau circulaire tournant, muni à sa circonférence de trois rangs de peignes; sur trois points de la circonférence sont placés d’autres peignes animés d’un mouvement circulaire, perpendiculaire à celui du plateau. La laine, livrée par mèches aux peignes du plateau circulaire, au moyen d’une alimentation à mouvement alternatif, est reprise par l’un des peignes de côté, passe successivement entre les dents des trois peignes, et'est rendue aux peignes cireulaires qui la livrent entre des rouleaux délivreurs, d'où elle s’enroule sur une bobine, tandis que la blouse est enlevée des dents du peigne par une brosse, qui la fait tomber dans une boîte destinée à la recevoir. Une conduite de vapeur permet de chauffer les peignes, condition essentiellement avantageuse, et la division du cercle peigneur en trois zones munies d'éléments identiques, fait que l’on peut travailler à la fois trois couleurs différentes. La machine de M. Collette mérite donc, à tous égards, les éloges les plus sincères; son mécanisme est ingénieux et simple, et rend le travail facile à comprendre. |

La peigneuse de M. Collet fils n’est autre chose que le système déjà connu de M. Poupillier, qui n'a jamais donné un peignage complet. Elle travaille sans faire de blouse.

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M. Vigoureux expose un bobinoir. Le perfectionnement consiste essentiellement dans une disposition spéciale, par suite de laquelle plusieurs mèches passent en même temps, sans se réunir ou se mêler pendant le travail, dans le même peigne et sur le même buffle frottoir, et enfin s’enroulent toujours distinctes et sans mélange sur la même bobine. Les avantages de cette machine sont de faire autant et mieux avec un matériel beaucoup moins considérable, et par suite, coùtant infiniment moins cher, et exigeant moins d’espace, de force motrice et de surveillance. Cette machine, d'un véritable intérêt, a été exécutée dans les ateliers de M. Pierrard Parpaite, avec tout le soin que ce constructeur apporte à ses travaux.

MM. Bruneaux, père et fils, de Rethel, exposent un bobinoir finisseur. Cette machine, d’une longueur totale de 12,80, est bien construite, et offre dans le travail des perfectionnements sensibles. |

M. Pierrard Parpaite présente un assortiment d'appareils destinés au peignagé mécanique de la laine, des étoupes, de la bourre de soie, etc., avec l’application d’un système nouveau dénommé étireur à mouvement progressif.

L'invention du système consiste dans la combinaison d'un mouvement progressif, communiqué à des barrettes ou porteaiguilles indépendantes, au moyen de deux plateaux mobiles à rainures curvilignes, et de deux courbes excentriques fixes. Les peignés barrettes garnis d’aiguilles sont commandés de maniere à s’écarter de plus en plus les uns des autres depuis l'entrée jusqu’à la sortie de la matière qui vient sortir d’une manière continue hors des rangées d’aiguilles, au point où celles-ci ont acquis leur maximum de vitesse. Cette opération s'effectue par un étirage qui achève de dresser les filaments, déjà préparés par le déméloir.

M. Pierrard dispose le même appareil en tête de chaque passage d’étirage de filature, en remplacement des peignes circulaires et des gills généralement en usage. D'après l’inventeur, cette application permet de travailler la matière filamenteuse avant et après le peignage, et de diminuer le nombre des passages avant la filature. Les produits des machines de M. Pierrard ne nous ont pas paru répondre complétement au programme. La laine est bouchonneuse, et jusqu'ici ces ma-

chines ne semblent pas faire un travail supérieur à celui des anciens systèmes. Nous devons cependant savoir gré à M. Pierrard de ses efforts persévérants, et des progrès qu'il a fait faire au travail de la laine peignée.

Dans l’exposition étrangère, nous ne trouvons qu’un banc à broches en fin pour la laine peignée de M. Hartmann, de Chemnitz (Saxe-Royale). C'est un banc à broches ordinaire, d’une bonne construction.

La laine cardée doit servir au travail des étoffes feutrées et foulées. Aussi les conditions de bonnes qualités du fil sontelles toutes différentes de celles qu’exige Je fil de laine peignée. |

Pour celui-ci, en effet, il est, avant tout, nécessaire de paralléliser les filaments et de ménager leur longueur, afin d’obtenir un fil droit et aussi uni que possible, tandis que l’usage de la Haine cardée exige, avec toutes les conditions ordinaires de régularité , que les filaments soient enchevêtrés les uns dans les autres, pour conserver le plus possible à la matière sa propriété feutrante. L’étoffe devant, en outre, être tirée à poils, il est nécessaire que les fils présentent autant de pointes que possible, afin que le tissu soit plus garni de poils à sa surface. |

Après le désuintage et le lavage qui se font de la même manièré pour les peignés et les cardés, la laine est séchée, soit par les moyens ordinaires, soit au moyen d'un hydro-extracteur où appareil à force centrifuge ; l’appareil exposé par M. Tulpin, de Rouen, dont il a déjà été parlé, remplit toutes les conditions désirables, tant au point de vue de la transmission du mouvement que par la supériorité de sa construction.

La laine en sortant de la machine contient encore #0 à 45 pour 100 d’eau; elle est séchée, soit dans un séchoir à air chaud, soit à l'air libre, soit enfin dans une machine où l’on fait agir simultanément le chauffage et la ventilation.

La matière subit alors l'opération du battage, puis celle de Féchardonnage. La première machine échardonneuse introduite en France en 1846 est due à MM. Sykes et Ogden, d'Huddersfield, qui exposent, dans la partie anglaise, un spécimen de leur système, perfectionné par l'augmentation du nombre de lames de peignes sur le eylindre principal. Le but

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de cette addition est d'augmenter le travail de la machine, tout en diminuant son volume.

M. Laoureux, de Verviers, cessionnaire du brevet de MM. Sykes et Ogden pour la Belgique, exposent deux machines de ce genre, dont l’une est la reproduction à ‘peu près exacte de l’ancien système des inventeurs, et dont l’autre a subi une modification qui consiste à remettre en travail les chardons qui contiennent encore de la laine. Ces deux machines sont d’une construction médiocre.

L'échardonneuse dont nous venons de parler a le grave inconvénient de briser les filaments de la laine. MM. Houget et Teston, autres constructeurs de Verviers, ont cherché à atténuer ce résultat fècheux en ajoutant deux cylindres échardonneurs à lames dentelées en hélice. Cette machine remet également en travail les chardons qui entraînent de la laine, et le tambour principal est armé alternativement de lames et de dents, afin de commencer l’opération du louvetage. La construction en est soignée comme celle de toutes les machines de MM. Houget et Teston.

Après le battage et l’échardonnage, la laine subit l’opération du louvetage. Suivant la qualité de la laine, le louvetage a lieu une ou deux fois. Les laines courtes et douces ne sont passées qu'une seule fois au loup, après avoir été graissées d'environ 20 pour 400 d’huile d’olive ou de colza, ou, mieux encore, d’oléine. Le loup de M. A. Mercier, de Louviers, comporte toutes les conditions voulues de solidité et de bonne construction ; la disposition des dents en spirale sur le grand tambour, et l'alimentation au moyen de deux paires de rouleaux cannelés avec vitesses différentes permettent d'ouvrir la laine d’une manière uniforme et satisfaisante, qui facilite le cardage et ménage les garnitures de cardes.

L'opération qui suit le louvetage est le cardage. Nous trouvons dans:la galerie des machines un assez grand nombre de cardes : MM. Verken, d’Aix-la-Chapelle, exposent un assortiment complet composé d’une carde briseuse avec cylindre et tambour en bois, d'une carde repasseuse avec cylindre et tambour en fonte, et d’une carde boudineuse, à un seul peigneur, avec cylindre et tambour en tôle. Cette carde produit des boudins sur deux points différents, au moyen d’un peigne à intervalles réguliers qui en opère la division, système

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qui ne réussit généralement qu'avec des laines fines ayant des filaments réguliers et d’une longueur moyenne; La construction de ces machines n'offre, du reste, rien de particulier. L’exécution en est convenable:

MM. Houget et Teston présentent aussi un assortiment complet de cardes à laine, dont tous les cylindres sont en fonte. Ce système a l'inconvénient d'augmenter inutilement le poids de la machine , les petits cylindres en bois pouvant parfaitement être établis dans de bonnes conditions. La carde boudineuse de MM. Houget et Teston est une carde à deux peigneurs. Elle est munie d’un système d’étirage dont la pratique n’a pas, jusqu'ici, démontré l'utilité.

M. Grünn expose une Carde pour le travail du cardé peigré, dont nous avons déjà fait mention.

M. Vimont, de Vire, expose un métier continu destiné au filage de la laine cardée. Jusqu’à ce jour, les métiers Mull- Jenny à étirage ont seuls été employés dans cette industrie; le métier de M. Vimont est donc une chose toute nouvelle, et il nous est impossible de juger de son importance avant que ses résultats soient connus. |

Nous avons déjà parlé du loup de M. À. Mercier ; examinons à présent les autres machines qu'il expose, composant un assortiment complet de filature de laine cardée. |

La laine, à sa sortie du loup, est portée sur la toile sans fin, partagée en deux parties égales, et placée derrière le grand tambour de la carde briseuse, et vient former à la sortie deux rubans qui s’enroulent sur une bobine. Soixante de ces bobines sont placées derrière la carde repasseuse , et produisent à leur tour deux rubans qui s'enroulent sur deux bobines. Ces bobines sont elles-mêmes placées, au nombre de soixante, derrière la carde boudineuse et fournissent chacune un ruban à la sortie de celle-ci, après avoir passé sous les rouleaux à mouvement de va-et-vient qui opèrent le frottage, La carde boudineuse est une carde à deux peigneurs.

Le fil, à sa sortie du cardage, est travaillé par un métier Mull-Jenny, à simple vitesse, de deux cent dix broches. Ce métier, d’une construction spéciale pour ce genre de filature, est d'une grande simplicité, et permet d'obtenir, sans tâtonnement et avec une grande spa la fnesss: de fil et la torsion demandées.

. Les bobines, produites par le métier en gros, sont réunies au nombre de vingt-cinq sur de longues bobines qui sont placées sur le métier en fin, et qui peuvent lui fournir une quantité de laine suffisante pour un travail de deux jours.

M. Mercier expose deux métiers en fin de trois cents broches chacun. Ces métiers sont à double vitesse et à mouvement d’étirage mécanique, se modifiant au moyen de pignons de rechange, suivant les divers genres de laïnes et les différentes finesses de fils, et peuvent être conduits deux à deux par un seul ouvrier, avec l’aide de deux rattacheurs. De même que le métier en gros, ils sont munis de compteurs de livraison et de torsion , numérotés de manière à calculer, avec assurance et sans tâtonnement, la finesse et le nombre de tours de torsion à donner aux fils.

Comme complément de son assortiment de filature, M. Mercier présente deux dévidoirs à échantillonner, qui donnent exactement le numéro du fil après le passage à la carde boudineuse et les passages aux métiers à filer en gros et.en fin.

Il présente enfin une carde avec avant-train pour la préparation de la laine peignée, dont le principal mérite est de ménager les filaments de la laine, mais que nous ne pouvons juger, au point de vue du travail , cette machine n'étant-pas encore en fonction.

L'exposition de M. Mercier doit enfin comprendre un métier mécanique à tisser les draps et nouveautés, qui, s'il réussit, comme permet de l’espérer la réputation justenfent

acquise du constructeur, résoudra un des graves problèmes

économiques de ce genre de tissage.

Pour résumer en quelques mots l'impression que nous a produite l’exposition de M. Mercier, nous dirons que l’on reconnaît facilement que ces machines sont établies par ‘un homme qui comprend à la fois la construction et da filature. Elles sont disposées de manière à faciliter le travail, et comme elles doivent l’être dans une filature bien entendue. La double profession de cet industriel lui a permis de :con- Struire des machines qui répondent parfaitement aux besoins de l'industrie à laquelle elles sont destinées, en même temps qu'elles offrent toutes les garanties désirables de solidité et de bonne construction. Enfin, M. Mercier a su conserver, comme nous devions nous y attendre, le rang qu’il.a conquis

à l’Exposition de 4849.et à celle de Londres, où il a obtenu la grande médaille. »

M. Th. Chenevière expose, dans le même emplacement que M. Mercier, une carde boudineuse et un métier à filer en gros.

La carde de M. Chenevière est construite en vue d’une idée assez originale pour laquelle ont été pris déjà plusieurs brevets et un entre autres par M. Bournot, de Rouen. C’est une carde boudineuse , à un seul peigneur, à loquettes continues produites par la réunion de huit à dix rubans et destinée à faire des fils jaspés suivant une loi déterminée. Si l’on veut, par: exemple, obtenir un fil contenant un dixième de laine noire et neuf dixièmes de laine blanche , on alimente la carde

avec un ruban de laine noire pour neuf rubans de laine blan-

che, produits dans les mêmes conditions, et la loquette que l’on obtient est formée dans les proportions voulues, avec une régularité, pour ainsi dire , mathématique.

Le métier à filer en gros est un bély de quatre-vingts broches, filant à grand écartement, et muni, à cause de cela , de cylindres et rouleaux de pression cannelés , afin d'éviter le glissement des fils pendant l’étirage, glissement que produirait la grosseur du fil.

Ces deux machines, qui sortent l’une et l’autre des ateliers de M. Mercier, sont exécutées avec le même soin et la même entente que celles qu’il a exposées lui-même.

L'industrie de la soie, abandonnée, dans les contrées séricicoles, aux ouvriers des campagnes, est restée longtemps en souffrance. Ce n'est que depuis ces dernières années que quelques personnes, industriels, savants et ingénieurs com-

prirent combien cette industrie était arriérée, et songèrent à

la relever, les uns en perfectionnant, comme d’Arcet et Camille Beauvais, le mode d'éducation du ver à soie ; d'autres, comme MM. Robinet, Guérin-Menneville, E. Péligot, en étudiant sa structure et les phases diverses de son existence; d’autres enfin, en cherchant des moyens plus rationnels de travailler la soie. De ce nombre, est M. Alcan, l’habile professeur du Conservatoire, qui; de concert avec M. Limet, imagina un procédé de filage par lequel, s'aidant du vide pour imbiber le cocon, et perfectionnant les moyens mécaniques, il arriva à tirer de ce cocon une quäntité de soie de 40 pour 400

supérieure à celle que l’on obtenait ordinairement, en diminuant d'autant la -quantité de frison, a ‘il obtient d’ailleurs d’une qualité supérieure.

Aujourd’hui, le but que doivent se proposer surtout les filateurs, c'est de dévider la soie directement sur les bobines propres au tissage, sans la faire passer par les diverses opérations qu’elle subit dans les procédés en usage.

Bien des essais ont été tentés pour atteindre ce résultat. De ce nombre nous devons citer l'appareil de M. Meynard, de Valréas, qui fait circuler la soie, avant de l’amener à la tavelle, dans une étuve chauffée à la vapeur , destinée à la sécher parfaitement. Nous craignons que M. Meynard n'ait pas complétement rempli le but qu'il se proposait, la soie devant parcourir dans cette étuve un grand nombre de circuits, et ne pouvant, par conséquent, être menée assez vite pour produire un travail suffisant sans se casser ni se nouer, et l'étuve

fermée ne permettant pas de rattacher facilement les bouts et

de voir le travail. La difficulté paraît cependant avoir été complétement levée, et c’est encore à M. Alcan qu'est dû ce progrès. On peut voir dans la vitrine de MM. Maillard et Cie, à la galerie supérieure du Palais de l'Industrie, des soies d’une très-belle qualité, dévidées directement sur bobines. Malheu- reusement ce procédé, qui n’est pas encore connu, ne peut être donné ici. Mais nous espérons que bientôt le public sera appelé à l'apprécier, et nous ne doutons pas qu'il ne soit accueilii par les industriels comme il mérite de l'être. L’Exposition nous offre aussi quelques appareils destinés à la filature de la soie, tels que ceux de M. Michel, dans la partie française, et dans la partie étrangère des machines venant de la Lombardie. Ces machines ont sur les appareils ordi-

naires l’avantage d'une bonne exécution et de quelques per-

fectionnements mécaniques, mais ce sont toujours les anciens systèmes de filage, qui ne présentent aujourd’hui qu'un intérèt assez médiocre.

La corderie n’est représentée que par le métier de la marine impériale, dont nous avons déjà parlé. Quant aux machines de MM. Moiselet, Gautron, etc., c’est toujours le système connu de bobines à axes tournants, où les fils se réunissent sur un axe commun, dont la rotation leur donne la torsion nécessaire, système que l'on peut voir travailler dans la plupart

des fabriques de passementerie. Pour l'ourdissage, nous ne rencontrons que quelques machines assez insignifiantes.

Les machines de M. Deshayes, pour fabriquer les cordons de montre, les bourses, les filets, offrent au contraire un : intérêt tout spécial. La première, destinée à faire les cordons de montre, exécute le travail mécanique que font les enfants avec un moule; l’autre est une amplification de celle-ci, qui permet de faire en quelques minutes une bourse parfaitement terminée, avec la fente, la forme et les dimensions ordinaires, Ces deux machines, très-bien construites, fonctionnent avec une régularité et une précision parfaites.

Depuis quelques années on a cherché à régénérer les fils provenant des tissus usés. C’est le but du défilochage, industrie qui s'opère chimiquement ou mécaniquement. Le travail chimique est destiné aux étoffes mélangées dans lesquelles entrent une matière animale et une matière végétale, telles que laine et coton, ou soie et coton, etc., et dont on veut conserver la matière animale, c’est-à-dire la soie ou la laine, qui a toujours une valeur plus grande que le coton ou le lin. Plusieurs moyens ont été proposés pour parvenir à ce résultat; presque tous reviennent à détruire la matière végétale au moyen de l’acide chlorhydrique , qui n’attaque pas la matière animale. Ce procédé, dû à M. Leloup, donne des produits remarquables, que l’on peut voir au Palais de l’Industrie dans la vitrine de MM. Leloup et Izart Cousins.

L'opération mécanique consiste presque toujours en une espèce de louvetage, qui déchire le tissu et le désagrége. IL y a dans l’exposition française deux ou trois machines de ce genre, qui n'ont rien de particulier. Quel que soit, dureste, le mode de fabrication, l'opération une fois terminée, la matière doit être remise en œuvre pour être de nouveau transformée en fils.

On sait à combien d'emplois variés se prête aujourd’ hui le caoutchouc. Il n’y a cependant dans l'Exposition aucune machine destinée à sa mise en œuvre, à l'exception des modèles de M. Couturier, qui représentent huit machines destinées à l’épurer, à le triturer, à le diviser en fils, à régénérer les déchets. Ces modèles sont bien exécutés et fonctionnent convenablement, malgré leurs petites dimersions.

Nous arrivons aux métiers pour le tissage uni et le tissage

faconné. Les métiers à hautes lisses étant complétement absents de l'Exposition, nous n’aurons à nous occuper que des métiers à basses lisses.

Le tissage mécanique des étoffes unies est, comme nous l'avons dit, d’origine anglaise, et les métiers établis en Angleterre sont généralement meilleurs et plus estimés que les métiers français. Cela tient essentiellement, d’après nous, à leur construction plus solide ; les Anglais ayant à meilleur marché les métaux, et principalement la fonte, qui est l'élément essentiel du bâti d’un métier mécanique, lui donnent plus de poids que nous ne faisons. Aussi l'Angleterre a-t-elle envoyé un grand nombre de ces machines, tandis que, à part ceux de M. Bornèque, dont nous avons parlé, nous n’en rencontrons aucun dans l'exposition française.

Ceux qui sont exposés par les Anglais sont extrêmement remarquables, tant par leur stabilité que par l'entente de toutes les pièces. Il y a, entre autres, un métier à tisser la toile à voiles de MM. Ch. Parker et fils, de Dundee, dont tous les éléments sont calculés et exécutés avec une parfaite intelligence et une extrême précision.

Au contraire du tissage mécanique pour les étoffes unies, le tissage façonné est d'invention toute française. M. Marin nous montre, à l'appui de cette assertion, une série de modèles représentant l’histoire de cette industrie. Le travail de M. Marin se compose de neuf machines qui font connaître les phases qu’a traversées la partie mécanique du tissage façonné depuis 4606 jusqu'à nos jours. Énonçons en quelques mots cet abrégé historique.

1606. Premier métier à la grande tire, monté à Lyon par Claude Dagon. | |

4747. Machine inventée par J. B. Garon, supprimant un “tireur de lacs.

1725. Invention de Basile Bouchon qui imagine le papier percé, et met ses ‘aiguillettes en communication avec ies cordes du semple. | “on |

1728. Falcon coordonne le papier percé, l’aiguillette et le crochet; fixe ce crochet par son extrémité supérieure à la corde du semple, en lui faisant faire fonction de continuité,

1746. Vaucanson supprime le semple, la rame et le cassin qui entraînaient une masse de cordes, et un tireur de lacs

pour les faire mouvoir, au moyen d’une mécanique placée sur le métier; fait marcher le métier par une pédale au moyen. de l’aiguillette, du crochet, de la griffe, d’un cylindre et d'un carton percés de trous; fait fonctionner seuls la navette, le battant, les lisses, en employant des cames mues par une manivelle; enroule l’étoffe par un régulateur à vis sans fin.

1775. Ponçon invente une petite mécanique armée de cavacine et de lamettes qui s’abaissent en enlevant les ligatures, par le mouvement de bascule de l’alléson fixé au plancher.

1798. Versier étend la puissance de la His Ponçon, en employant d'autres moyens plus compliqués,

1804. Jacquard, après plusieurs essais infructueux, remplace, dans le métier Vaucanson, le cylindre par un prisme percé de trous, le carton cylindrique par un carton sans fin; modifie les éléments principaux du métier, et imagine la cé lèbre machine à laquelle il a donné son nom.

4854. M. Michel améliore le métier Jacquard en l’armant d’un crochet à double tranche, qui, par son élasticité, favorise le dégriffement des crochets de leurs lamettes, sans produire ni bruit ni frottement.

1854. M. Bonelli invente le métier électrique. Le modèle exposé est du système de M. Pascal.

Nous avons laissé parler l’exposant, nous n’entreprendrons pas de le réfuter; nous dirons seulement qu'il est fâcheux que le travail s'intéressant de M. Marin n’ait pas été exécuté, au point de vue matériel, avec tout le soin désirable,

La tendance la plus générale en ce moment est de remplacer, dans le tissage façonné, les cartons du métier Jacquard par du papier continu, ce qui produit une économie notable. Une des grandes difficultés à vaincre pour mettre ce système en pratique, réside dans l’extensibilité du papier en contact avec l'air humide, cause incessante d'erreurs, les trous du papier pouvant ne plus se trouver en correspondance avec ceux de l’étui à crochets. Cette difficulté paraît avoir à peu près disparu, et l’usage des métiers de ceite nature chez quelques-uns de nos principaux fabricants de châles, nous fait espérer que ce perfectionnement est aujourd’hui un fait acquis.

. {y a dans l'Exposition plusieurs machines qui résolvent

ce problème. Ce sont principalement les machines de MM. Acklin, Bertrand Espouy, et Junot et Blanchet. |

Le système de M. Acklin est depuis assez v+ ime déjà appliqué chez M. Deneyrousse, et c’est en l’employant qu'il fait ces beaux châles spoutinés que l’on peut admirer au Palais de l'Industrie. Dans ce métier, les crochets sont manœuvrés au moyen d’aiguilles placées au-dessus d’un cylindre percé de petits trous sur lequel roule le papier continu percé de trous correspondants. La réduction des trous est telle que le carton ordinaire du métier Jacquard est remplacé par une bande de papier dix à quinze fois plus petite, ce qui augmente encore l’économie que procure la substitution du papier.

La machine de M. Blanchet opère à peu près de la même manière, seulement le cylindre remplaçant le prisme du métier ordinaire est en cuivre et percé de trous beaucoup plus grands que ceux de M. Acklin, ce qui nécessite l'emploi d’aiguilles plus fortes. Le papier employé par M. Blanchet est ce papier d'emballage connu sous le nom de papier goudron. La machine possède en outre un système de rouleaux sur lesquels vient circuler le papier de manière à lui donner à tout instant une tension égale. Ce métier fonctionne dans de bonnes conditions.

Le système employé par M. Bertrand est très-différent des deux précédents. Le prisme percé de trous de Jacquard est aussi remplacé par un cylindre en bois dont les trous convergent vers le centre; mais là des aiguilles viennent, comme dans les métiers ordinaires, butter latéralement contre ce cylindre recouvert de papier percé. La boîte élastique est en outre remplacée par une simple planchette qui, à chaque coup de trame, vient frapper contre les extrémités des crochets et détermine leur entrée ou leur non-entrée contre le cylindre. Cette machine a donc l'avantage sur les deux autres de ne rien changer au montage ordinaire que le prisme percé, et, à ce litre, nous pensons que si, comme l’affirme M. Frédéric Hébert fils, chez lequel elle fonctionne, elle donne d'aussi bons résultats, nous devons la considérer comme la plus avantageuse. | |

Ces différents systèmes reviennent à peu près, comme il est facile de s'en convaincre, à la machine de Vaucanson,

dans laquelle le carton entourant le cylindre, et qu'il fallait enlever et renouveler à chaque instant, est remplacé par un papier continu qu’il n’est pas nécessaire de renouveler. Ainsi l'invention de Jacquard fut un perfectionnement de celle de Vaucanson, perfectionnement qui consiste à rendre le travail plus continu, et les inventeurs actuels ont cherché à réunir et.à confondre les deux systèmes, afin de faire jaillir du contact de ces deux grands génies une étincelle plus brillante.

D'autres constructeurs, comme M. Nicolle et M. Lacroix, ont cherché un autre perfectionnement qui consiste à équilibrer les plombs que lon est obligé de lever pour faire l'ouverture de la chaine à chaque coup de navette. . | |

Dans la machine de M. Nicolle, il y a une double griffe ct doubles crochets. L'agencement est tel que, lorsque d’un côté on lève un certain nombre de crochets, le même mouvement fait baisser de l’autre un nombre de crochets égal au premier. De cette manière le travail de l'ouvrier est considérablement allégé, surtout pour un tissu à deux ou trois couleurs seulement, où le nombre de fils à lever par: duite est très-considé- rable. F9 DATA LE

M. Lacroix place la machine Jacquard sur un levier mobile qui lui permet de faire l’ouverture des fils en dessus et en dessous, moitié par moitié. La partie des fils qui descend fait équilibre à la partie qui monte, de manière que l’ouverture s’opère pour ainsi dire d'elle-même. Cette machine qui fonctionne mécaniquement présente encore un autre caractère nouveau et important. Les plombs sont remplacés par des fils de caoutchouc. On obtient par là une économie notable, une plus grande facilité de montage et la tension se règle plus aisément. En outre on supprime le plomb dont les émanations, dues au frottement, sont éminemment nuisibles à la santé des ouvriers.

La plupart des constructeurs de métiers à mailles ont envoyé leurs produits à l'Exposition. MM. Motte et Berthelot en présentent l’un et l’autre une série assez nombreuse destinée au travail des bas, des chaussettes, jupons, etc. Ces métiers ont reçu quelques perfectionnements de détail dont il est difficile de nous occuper ici.

M. Rousselot expose aussi un métier circulaire établi d'après son système qui diffère des autres par la construction de

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ses roues de cueillement et la manière de les placer sur le

métier. Son petit modèle commandé par le Conservatoire des arts et métiers est construit à grosse jauge et d’un diamètre convenable pour fabriquer les chaussettes en laine drapée, dites sans coutures.

M. Poivret présente un métier circulaire à fais les cachenez, où se trouve l'application d’une idée toute nouvelle. C'est un métier circulaire, dit métier à broches, dans lequel deux

fils sont enroulés sur des aiguilles à crochet, et où un autre

crochet vient à chaque tour du plateau enlever l’un des fils et le placer au-dessus de l’autre. Ce métier produit par jour dix à quinze douzaines de cache-nez ; il est établi avec goût et précision.

Letravail du tulle est représenté par le métier capéeé par la société des tullistes de Saint-Pierre-lès-Calais, métier qui est certainement une des pièces les plus remarquables de l'Exposition, tant par l’heureuse combinaison des éléments

que par l'exécution parfaite de la machine. C'est un métier à

tulle bobin perfectionné , avec application du système Jacquard. Cette machine mise en mouvement par un petit moteur à vapeur ad hoc, fait mécaniquement les tulles Rues sur une largeur de gu, 50.

Nous trouvons également dans l'exposition française trois métiers à filets dont deux, celui de M. Zambeaux pour la fabrication des filets de luxe et celui de MM. Réponty et Cie pour les filets de pêche, sont construits d'après le système Pec-

queur, tandis que celui de M. Ratte en diffère en ce que le

métier Pecqueur fait le filet en long, tandis que celui de M. Ratte le fait en travers. Ce métier est, comme celui de M. Zambeaux, parfaitement exécuté.

Quant aux métiers à broder, nous en rencontrons un dans la galerie anglaise qui n’est autre que celui de Heilmann légè-

-rement perfectionné. Gette machine a l’inconvénient d’exiger

uné certaine somme de travail à la main ; ceile de M. Barbe Schmitz, au contraire, placée à l'entrée de la partie française, travaille d’une manière tout automatique. Il est fâcheux que le cadre de cet ouvrage ne nous permette pas d’en indiquer les détails qui en font, malgré la barbarie de l’exécution , une de nos machines les plus intéressantes.

Il‘est presque superflu de dire que les machines à coudre

sont en très-grand nombre dans les galeries française, anglaise et américaine. L'invention de toutes ces machines est originaire d'Amérique. Trois systèmes sont en présence : le point de chaînette, le point indécousable et le troisième formant une espèce de tissu. Nous remarquons principalement dans l’exposition française la machine de MM. Journeaux et Leblond, dite translucide, et dans la partie américaine toutes les machines placées à l'extrémité de la galerie du quai, devant lesquelles le public est constamment attiré , et qui montrentréunies les différentes méthodes employées. Le perfectionnement et l’application usuelle de ces machines touchent, du reste, à une question du plus haut intérêt, car elles sont destinées à améliorer la position véritablement pénible des ouvriers employés aux travaux de couture , travaux extrêmement fatigants, tout en diminuant sensiblement les prix de main-d'œuvre et en faisant des coutures pour ainsi dire indestructibles, ï | |

Parmi les machines à apprêter, la partie qui se trouve le plus largement représentée est celle qui concerne les apprêts du drap. Le drap subit en effet, après le tissage , des apprêts nombreux et indispensables à sa qualité ; ce sont principalement le foulage , le lainage et le tondage. |

Le foulage a pour but de développer la propriété feutrante des laines cardées, exclusivement employées dans le tissage du drap, et le résultat d’un bon travail est une retraite régulière et déterminée de l’étoffe dans tous les sens de sa surface et une augmentation d'épaisseur proportionnelle ; sans diminu-

‘tion de l’élasticité naturelle. On ne peut obtenir ces condi-

tions que par le rapprochement des fils, qui doivent être resserrés de telle façon que les espaces laissés par les dents du peigne, lors du tissage, disparaissent complétement. Pendant longtemps le foulage s’est fait par des machines composées essentiellement d'auges dans lesquelles était placé le drap qui était foulé par des pilons mus au moyen de cames. Ce système, vicieux à plusieurs points de vue, a été remplacé par celui des machines opérant le foulage par la pression de cylindres rotatifs dont nous avons plusieurs spécimens. Les fouleuses de M. Malteau et celle de M. Legros sont des fouleuses

ordinaires, de cette nature, avec pression sur les cylindres

par des poids et des leviers, Ce système de pression a l'in-

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convénient d'être difficile à régler. Le foulage , trop précipité au commencement de l’opération, devient trop lent à la fin.

M. Desplas a remplacé les poids et leviers par des ressorts métalliques dont l’élasticité règle la pression qui augmente d'intensité à mesure que le tissu augmente d'épaisseur, et rend la régularité du travail indépendante du plus ou moins d'intelligence de l’ouvrier. Cette machine permet d’opérer sur les draps les plus légers et les plus forts.

MM. Houget et Teston, de Verviers, cessionnaires du brevet de M. Desplas, pour la Belgique, ont exposé une fouleuse du même système, à laquelle ils ont ajouté quelques perfectionnements. Le cylindre supérieur, en cuivre, au lieu d’être en bois, est cannelé, ce qui remplace en partie le battage des anciens foulons. Il y a de plus, en avant, deux cylindres cannelés verticaux, destinés à opérer le déplissage. Le drap, placé dans un double fond, n’est amené qu’au fur et à mesure de l’avancement de l'opération. Cette machine est bien construite et dans de bonnes conditions de travail.

En parlant des fouleuses, nous ne pouvons résister au désir de dire quelques mots des ingénieuses machines de M. Laville, pour la fabrication des chapeaux de feutre. La première est destinée à condenser le poil et à donner à la matière une forme conique. Le poil est amené par une toile sans fin à une brosse tournant à très-grande vitesse, qui se projette par l’orifice d’une trémie sur un cône percé de trous, tournant trèsdoucement, dans l’intérieur duquel un aspirateur produit un vide imparfait. Le poil-s’attache aux parois du cône et forme une espèce de tissu que l’on plonge dans l’eau bouillante, pour lui donner de l’adhérence, puis le feutre est porté à la machine à fouler; on s'arrange de manière à placer entre les rouleaux des épaisseurs à peu près égales, ce que l'on fait en mettant les formes l’une sur l’autre en sens contraire, la partie supérieure étant toujours beaucoup plus mince que la partie inférieure. La machine à feutrer se compose de deux rangées de cylindres en feutre serré, disposés en quinconce l’une sur l’autre, et entre lesquels s'engage l’étoffe. Ces cylindres sont animés d’un mouvement très-lent de rotation et d'un mouvement de translation, qui opèrent ce feutrage. Les cylindres inférieurs trempent dans un bassin plein d'eau

chaude, et une boîte supérieure, munie de plusieurs robinets, permet aussi de verser de l’eau chaude sur le tissu, condition indispensable au feutrage. Le tissu se rétrécit de plus en plus, en passant plusieurs fois dans cette machine, et arrive à l’état convenable pour être mis sur forme; opération qui se fait à la main. M. Laville a fait en outre quelques améliorations à cette machine, et s'occupe encore de la perfectionner, de manière à en faire un appareil pouvant répondre aux besoins de l’industrie drapière.

Le lainage a pour but de démêler les poils que détalgbe le foulage à la surface du tissu, et que l’action persistante et prolongée des foulons froisse et mêle dans tous les sens. Lorsque l’étoffe est lainée, c’est-à-dire lorsque les filaments sont rangés, et pour ainsi dire peignés, aussi parallèlement que possible, à la surface du tissu, l’étoffe est dite tirée à poils.

Nous trouvons dans l’exposition française quelques machines à lainer, et entre autres, celle de M. Beck-Deparrois, dont la construction est véritablement remarquable.

La partie travaillante des machines à lainer est un cylindre garni de chardons. Bien des tentavives ont été faites pour remplacer les chardons naturels par des éléments mécaniques. Ces tentatives étaient restées jusqu’à présent sans résultat. M. Nos-d’Argence paraît avoir résolu le problème. Ses bresses , exposées à côté de la machine de M. Beck-Deparrois, sont composées d'un tissu de caoutchouc vulcanisé, garni de pointes en laiton, par conséquent moins oxydables, dont l’extrémité offre la parfaite imitation du crochet du chardon naturel.

Des attestations d’industriels, et plusieurs récompenses décernées à M. Nos-d’Argence, nous permettent de penser que ces chardons métalliques donnent un bon résultat, et dans ce cas, son invention a une véritable portée.

Dans la partie étrangère, nous remarquons une laineuse de M. Gessner, d’Aue (Saxe), dans laquelle le système de tension de lPétoffe est obtenu à l’aide de deux séries de petits cylindres à axes inclinés, et tournés en sens contraire. La tension est parfaitement régulière, et peut être variée suivant les besoins. La machine laine en six endroits différents, et peut ainsi faire beaucoup plus d'ouvrage que les machines ordinaires. L’exécution est remarquable.

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Les étoffes communes seules, telles que les couvertures,

les castorines, restent tirées à poils. Les tissus fins, comme les draps, subissent au contraire, après le lainage, l'opération du tondage, dont le but est de couper et égaliser les fibres qui ont été amenées à la surface par le précédent apprèt, afin dé faire présenter au tissu un duvet égal et d’une longueur à peine sensible.

Ce travail se faisait autrefois à la main , au moyen de longs ciseaux, appelés forces, dont la manœuvre, extrémement difficile et pénible, exigeait des ouvriers très-robustes et habiles. La mécanique est venue remédier à cet état de choses , et les anciennes forces sont universellement remplacées par des tondeuses mécaniques , dont l’élément principal est un cylindre garni de lames hélicoïdales, tournant à grande vitesse sur le tissu, dont on peut le rapprocher plus ou moins, suivant le genre de drap à tondre et la période du travail. L'étoffe doit être ; en outre, parfaitement tendue, pour éviter les accidents que pourraient causer un pli ou l’interposition d’un objet étranger. |

La première tondeuse mécanique fut la tondeuse transversale, inventée par Collier, dans laquelle le cylindre portelames chemine sur le drap. MM. Houget et Teston ont exposé une machine de cette nature, qui vient compléter leur exposition , déjà si remarquable.

M. Thomas , de Berlin, présente également une tondeuse transversale , bien exécutée, dans laquelle on trouve quelques perfectionnements de détail, pour régler la tension du tissu et la distance entre la table et le couteau.

Ce système a un grand inconvénient ; le travail est intermittent, et il y a une perte de temps notable, Aussi, Collier lui-même chercha à l'améliorer et parvint à rendre l’opération continue, en rendant fixe tout l'appareil tondeur, et faisant passer le drap sur la table, entre les lames tranchantes. |

La tondeuse, ainsi construite, est la tondeuse longitudinale, qui, perfectionnée depuis, a presque totalement remplacé la précédente, |

Plusieurs de ces machines sont exposées. Nous citerons

dans la partie française celle de MM. Schneider et Legrand, et dans la partie étrangère, celle de M. Troupin de Verviers,

et de M. Verken, d’Aix-la-Chapelle, dont nous avons déjà mentionné l’assortiment de cardes à laine. .

Nous terminerons ici la revue des machines de filature et de tissage , regrettant que le cadre de cet ouvrage ne nous ait pas permis de nous étendre sur cette partie dont l'intérêt est incontestable , et nous ait forcé d’abréger considérablement bien des détails qu’il eût été désirable de donner.

Arts de précision. — Industries se rattachant aux sciences et à l’enseignement. — Poids et mesures. — Appareils divers de mesurage et de calcul,

Bien que les poids et mesures soient peu nombreux, ils offrent cependant un intérêt particulier dans la collection appartenant au Conservatoire impérial des arts et métiers. On y trouve des mètres et des kilogrammes rigoureusement conformes aux prototypes déposés aux archives de l’État. Cette conformité a été obtenue au moyen de méthodes et d’appareils dus à M. Silbermann, et qui permettent d'apprécier directement, dans le vide, des fractions de deux à trois centièmes de milligrammes. Les kilogrammes ont une densité uniforme de 8, ce qui donne 125 centimètres cubes pour le volume du kilogramme. Nous signalerons un comparateurbalance de M. Silbermann, exécuté par M. Bianchi, pour obtenir le rapport exact entre deux mesures , soit par exemple entre le mètre et un pied étranger. Nous allons essayer d'en donner une idée. Les deux mesures sont placées sur le fléau d’une balance spéciale très-délicate, de manière à se toucher sur l’arête du couteau central; puis les couteaux des deux plateaux sont amenés à coïncider exactement avec l’autre extrémité de chaque mesure. On établit d’abord l’équilibre au moyen de poids quelconques ; puis on place un kilogramme dans le plateau qui appartient à la mesure étrangère, et on rétablit l'équilibre par le poids nécessaire dans l’autre plateau. Ce dernier poids, exprimé en fractions de kilo-

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