‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 89 sur 135 · ER TT · texte numérisé non relu

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compensé des conditions plus voisines de celles du pendule théorique, en rapprochant le centre de gravité du système de ce qu’on nomme en horlogerie le centre d'oscillation. |

Nous regrettons que, dans l'exécution de l’horloge du Palais de l'Industrie, M. Collin ait fait précisément le contraire, en surchargeant le haut de son pendule de masses métalliques qui éloignent notablement ces deux points l’un de l'autre.

Nous signalerons surtout, en regrettant de ne pouvoir les décrire , les dispositions imaginées par MM. Ch. Frodsham, de Londres, et qui permettent de diminuer ou d'augmenter les effets de la compensation pour accommoder ses chronomètres nautiques aux variations extrêmes de température qu'ils peuvent avoir à supporter.

Échappements.

Plusieurs volumes seraient nécessaires pour décrire, même succinctement, les nombreuses variétés d’échappements qui figurent à l'Exposition. Nous nous bornerons à signaler les plus remarquables.

Disons d’abord qu’on peut les grouper en quatre classes très-distinctes : Les échappements dits à repos, parce que, pendant une certaine portion de l’oscillation, le rouage est complétement arrêté; l’échappement dit à recul, parce que le rouage marche dans une direction , au moment où il donne l'impulsion au pendule, et dans la direction contraire pendant le reste de l’oscillation ; l’échappement dit libre, parce que, l'impulsion donnée ;'le pendule ou le balancier est tout à fait indépendant du rouage. Enfin ce dernier” échappement est dit à force constante lorsque le pendule ou le balancier reçoit effectivement toujours la même impulsion , et que, comme, dans les autres échappements, il n’est pas obligé de dégager le rouage , de le mettre en liberté, fonction qu’exerce alors un organe particulier. Chacune de ces classes peut encore se subdiviser en échappements à chevilles, à ancres, à cylindres, à palettes, etc., etc.

Des indications qui précèdent, il résulte évidemment que le meilleur échappement est l’échappement à force constante. Mais l'extrême délicatesse des organes qui le composent en élève considérablement le prix. |

. Le premier échappement de ce genre qui mérite véritable-

ment le nom que son auteur lui a donné, est d'Abraham Bréguet, dont le petit-fils soutient dignement la haute réputation, non-seulement pour l’exécution irréprochable des pièces qui sortent de ses ateliers, et d’heureuses innovations dans l’horlogerie de précision, mais encore par les progrès sérieux que la télégraphie électrique doit à, son intelligente initiative. |

Plus tard M. Paul Garnier atteignit le même résultat en appliquant des conditions de principe à peu près identiques, dans une belle pièce qui figure parmi celles qui composent le trophée de l'horlogerie. Le même trophée contient une magnifique horloge de M. Wagner neveu, comportant également un échappement à force constante que nous recommandons à l’attention des connaisseurs.

M. Verité, de Beauvais, dont nous aurons occasion dé parler plus loin est également l’auteur d’un échappement à force constante, qui figura très-honorablement à l'exposition de 1844, et qui, depuis cette époque, nous en avons la preuve, donne l'heure avec la plus rigoureuse exactitude dans un nombre considérable de pièces du palais de justice de Beauvais.

Si nous signalons un autre échappement de la même classe qu'exposait M. Brosse, de Bordeaux, à la même époque, nous aurons très-probablement épuisé complétement le sujet qui nous occupe : car tous les autres échappements qu'il nous a été donnéd'étudier depuis l'exposition de 1834, mettant à la charge du pendule le dégagement du rouage, arrêté par une force nécessairement variable, lui faisaient dépenser , dans ce dégagement, une force également variable que ne pouvait exactement compenser l'impulsion constante qu'il recevait. On a pu amoindrir, par des dispositions souvent très-ingénieuses, les variations de la perte de force due à ce dégagement, sans pourtant parvenir à les faire disparaitre.

Nous placerons, dans cette dernière catégorie, un échappement à ressorts très-ingénieux de M. Th. Cole, de Londres, où ce dégagement est restreint à un degré remarquable.

Grâce à l'emploi des remontoirs qu'il a variés sous les formes les plus ingénieuses, et à leur parfaite exécution, les ‘autres échappements de M. Wagner neveu approchent éga-

lement très près de la limite théorique. Plusieurs présentent

des conditions aussi remarquables que nouvelles.

La roue d'échappement, dans la presque totalité des apparéils chronométriques, est l’avant-dernier des mobiles sur lesquels s'exerce la force motrice qui y arrive successivement amoindrie, et seulement capable de réparer les pertes de vitesse du pendule. Aussi donne-t-on à cette roue la plus grande légèreté possible. M. Redier a eu l'heureuse idée d'exécuter, en aluminium, le métal le plus léger connu, des roues d'échappement de deux des régulateurs qu'il expose. Espérons que, parmi les qualités encore si peu étudiées de ce nouveau métal, ou de ses alliages, se trouvera celle de résister aussi bien que le cuivre au frottement des becs de l'ancre.

- Nous signalerons également parmi les artistes auxquels cette importante partie de l'horlogerie doit des progres réels, M. Achille Brocot, de la maison A. Brocot et Delettrez.

Isochronisme.

Mille tentatives ont été faites pour obtenir une même durée

dans les oscillations, quelles que soient les variations de la

force motrice sur le dernier mobile. Dans le plus grand nombre, quant au pendule, le problème a consisté à maintenir une même amplitude à ses oscillations. Nous signalerons comme ayant obtenu un résultat très-satisfaisant dans celle direction, M. Loseby, de Londres, qui y est parvenu au moyen d’un ressort très-flexible que rencontre le pendule lorsqu'il atteint une certaine limite, et qui, réagissant sur lui, réduit d’abord la longueur de la course dans une direction et accélère son retour dans l’autre. du

Mais cette disposition, d’ailleurs très-logique, exige une très-grande délicatesse d'exécution et un assez long tâtonnement dans le choix des ressorts et de la position qu’on doit lui donner.

- Nous croyons le problème résolu avec plus de certitude et de précision au moyen des conditions exposées par M. J. Wagner neveu.

Il donne au pendule, par une augmentation convenable de sa longueur, une tendance au retard, constamment combattue par un organe additionnel dont la résistance progressive, dans

des conditions qu'on peut faire varier à volonté, réduit d’abord la grandeur ou la durée de l'arc d'oscillation, et s’accroît ou s’amoindrit en raison mème de la tendance à l'accroissement ou à la diminution de cette même amplitude, puis accélère le retour du pendule dans les mêmes rapports. 1 Dans les spécimens exposés, l’organe additionnel est un pendule qu’il appelle satellite, beaucoup plus petit que le pendule principal qui reçoit l'impulsion et auquel il est articulé. Or, un petit pendule, livré à lui-même, fait ses oscillations dans un temps plus court qu’un grand ; sa solidarité avec ce dernier doit par conséquent accélérer l’oscillation commune, Si l'on considère, d’un autre côté, que les points d’articulation peuvent s'établir sur toute la longueur de chacun des deux pendules ; que, par conséquent, on peut déterminer, à volonté, l'amplitude des oscillations de Fun par rapport à une amplitude donnée de l’autre; et que, dans tous les cas, le nombre de degrés parcourus par le pendule satellite est toujours plus grand que pour le pendule principal ; qu'enfin, pour un poids donné de celui-ci, on peut faire varier à volonté le poids du pendule satellite, on comprendra que, sur trois conditions : longueur, poids et points d’articulation des deux pendules, deux étant données, on peut trouver la troisième satisfaisant aux conditions d’isochronisme pour les grands comme pour les petits arcs. Car, dans certains cas, on peut dépasser de beaucoup la limite, c’est-à-dire obtenir de grands arcs plus rapidement parcourus que les pelits, L'isochronisme des.oscillations d’un balancier circulaire ré- sulte le plus souvent du choix du ressort spirali employé, et surtout de celui des points d'attache des extrémités de ces ressorts, dont l’élasticité, vu leur extrême finesse, es quelquefois sensiblement modifiée par les variations de la température. La maison Lutz, de Genève, fabrique des spiraux, pour montres et chronomètres, qui ont l'incroyable propriété de rester identiques à eux-mêmes après avoir été chauffés sur une plaque d’acier préalablement blanchie et à laquelle on donne un recuit qui dépasse le bleu foncé. L'expérience, répétée un grand nombre de fois par le jury de Londres, et récemment par le jury parisien, a constamment donné le même résultat. Ajoutons que le ressort trempé de nouveau ne présente aucune variation sensible dans son élasticité.

Isochronisme d'un pendule et d’un mouvement continu. i '

Nous avons dit que la condition fondamentale de tous les appareils chronométriques résidait dans l’arrêt régulièrement périodique du rouage, et par conséquent dans le mouvement intermittent des aiguilles indicatrices de la durée des périodes. | ie |

Il était réservé à M. J. Wagner neveu de réaliser un mouvement continu rigoureusement isochrone, et qui plus est, de régler cet isochronisme au moyen des oscillations alternatives d’un pendule; en d’autres termes, de combiner une série de rouages dans des conditions telles, qu’un certain nombre des mobiles sont soumis à la condition d’un arrêt périodique, tandis que les autres, marchant d’une manière continue, sans aucune intermittence, règlent nécessairement leur vitesse sur celle des mobiles qui subissent l’aprêt périodique.

La simultanéité du mouvement périodique et du mouve-. ment continu pour certains mobiles d’un même rouage résulte d’abord de l'application ingénieuse d’un remontoir inventé précédemment par l’auteur, et qui, au lieu d’être remonté à de grands intervalles, l’est à chacune des oscillations du pendule dont il détermine le mouvement par sa descente. Le poids de l'ancien remontoir est remplacé par une cloche suspendue à l'extrémité d’un levier; d’où il résulte que la cloche s'élève et s’abaisse d’une certaine quantité à chaque oscillation du pendule. Un volant à ailettes tourne dans l’intérieur de cette cloche, sous l’action directe’ des mobiles dont le mouvement est Continu ; l'air renfermé dans la cloche se meut donc avec les aïlettes du volant qui le chassent par l'ouverture annulaire que forme l'intervalle qui sépare le bord: inférieur de la cloche d’un plateau horizontal placé au-dessous. Cet air est remplacé, d’une manière continue, par une même quantité, à laquelle une ouverture supérieure de la cloche livre passage, mais qui, n’étant animée d'aucune vitesse, modère celle du volant qui lui communique graduellement une partie de la sienne. Supposant établi l’isochronismedes deux mouvements, admettons une augmentation de la force motrice ; cette augmentation ne produira aucun résultat sur le pendule qui ne reçoit son impulsion que du remontoir:; mais elle forcera

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celui-ci à s'élever plus haut que dans l’état normal, et cette plus grande hauteur sera proportionnelle à l’augmentation de force motrice. Or, une plus grande hauteur du remontoir produit le même résultat pour la cloche, et grandit propor-

tionnellement l’ouverture annulaire servant à l'écoulement de

l'air, qui s'échappe plus abondamment, mais est remplacé par une quantité proportionnelle d’air nouveau dont l’inertie s'oppose à l'augmentation de vitesse du volant, et, si toût est convenablement réglé, maintient l’isochronisme de son

mouvement et de celui des autres mobiles avec celui du pen-

dule.

On voit que ces ingénieuses dispositions sont susceptibles d’utiles et nombreuses applications. Au moyen d’un mouve-

ment continu et rigoureusemeut réglé, on peut pointer sur un

cadran ou sur un cylindre les plus minimes fractions du temps avec l'exactitude la plus rigoureuse, et constater ainsi la véritable durée de nombreux phénomènes dont l’étude avait besoin de ces conditions. Déjà, sous l'inspiration de M. le général Morin, un appareil a été construit pour démontrer directement les lois de la chute des corps au moyen d’un long cylindre vertical, tournant avec une vitesse uniforme, et sur la circonférence duquel un poids tombant verticalement laisse une trace permanente de son passage dans les instants successifs de sa chute.

Ajoutons que, de tous les appareils chronométriques, celuici estencore le mieux disposé pour transmettreélectriquement,

à toute distance, l’heure et ses plus petites subdivisions. Mais

avant de passer à la catégorie des horloges électriques, en assez grand nombre à l'Exposition, ne quittons pas M. J. Wagner sans signaler l'application qu’il a faite, à un rouage de sonnerie, d’une denture hélicoïde qui, dans ses conditions particulières, peut s'appliquer aux engrenages de force, et que nous espérons bien voir employer prochainement à la propulsion des navires par l'hélice, car cet engrenage comportant des pignons même d’une seule dent, permet la plus grande vitesse possible du propulseur avec un très-petit nombre de mobiles. | | Les difficultés que présente l'exécution de ce genre d’engrenages en ont jusqu'a présent restreint l’application pratique. Nous avons vu, avec un vif intérêt, une machine très-

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ingénieuse de M. Deshays, au moyen de laquelle on obtient des engrenages hélicoïdes avec la même facilité que les dentures ordinaires. | |

Au haut de l’un des escaliers du pont de communication se trouve une pièce d’horlogerie qui présente les formes générales d’un fléau de balance. Sur la vitrine on lit ces mots : Cette horloge marche. Cette indication qui fait sourire les passants, est loin d’être superflue : car, malgré l'avertissement, il faut une attention soutenue pour se convaincre que Île mouvement annoncé est réel. Le même écriteau ajoute que cette horloge peut marcher pendant trente-trois ans sans être remontée. Sans nous prononcer sur le mérite d’une pièce que nous n'avons pu suffisamment étudier, nous dirons à M. Thomas que, pendant les trente-trois ans, la pièce aura plus d’une fois besoin d’être démontée pour changer les huiles dont l’épaississement sera d'autant plus rapide, que le mouvement de ses mobiles est plus lent. |

Horloges électriques. |

Les premières conditions sérieuses de l'application de l’électricité de la chronométrie remonteraient à 1838, si l’on adopte les assertions de M. Bain, qui toutefois, n’a pris sa patente en Angleterre qu’en 1841, ou à 1839 si, n'admettant que des documents authentiques, on prend pour point de départ le brevet bavarois de M. Steinhel. ue

En France, et presque simultanément, nous pouvons citer MM. Froment (1846), Bréguet et P. Garnier. Disons cependant que celui-ci nous paraît être le premier qui en ait fait une application publique dans une gare de chemin de fer où une seule pièce d'horlogerie envoie électriquement l'heure à un certain nombre de cadrans.

Parmi les pièces de ce genre qui figurent à l'Exposition, nous signalerons d’abord celle de M. Froment, dont nous allons essayer de donner une idée. :

Au haut du pendule est fixé un petit bras horizontal armé d’une pointe verticale au-dessus de iaquelle se trouve une petite masse suspendue à l’extrémité d’un ressort horizontal, qui repose sur un levier portant un contre-poids en fer doux. Lorsqu'’à l'extrémité de la course, la pointe verticale du pen-

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dule touche la petite masse, le courant s'établit, le contrepoids du levier est attiré par un électro-aimant , et le ressort, livré à lui-même, laisse à la petite masse qui le termine toute son action sur le pendule dont elle accompagne le retour pendant un certain temps. Le contact cesse alors, le courant ne passe plus, le contre-poids du levier retombe et l'autre bras relève le ressort à sa hauteur première. Cette très-petite pièce, indépendamment de ses propres aiguilles, fait marcher à distance les trois aiguilles d’un grand cadran de clocher.

Examinons maintenant l'horloge électrique de M. Verité, de Beauvais. ee

Comme dans son horloge de 4844, les pertes de vitesse de son pendule sont périodiquement réparées, à chaque 0scillation, par l’action d’un même poids, qui prend ici la forme d'une petite cloche métallique et qui se pose sur une pointe placée à l’une des extrémités d’une barrette horizontale fixée au pendule, sans que celui-ci ait aucun dégagement à produire, aucune résistance variable à vaincre. La pointe arrivée au contact intérieur de cette cloche suspendue à un fil métallique très-fin, un courant électrique s'établit, et un électro-aimant abaisse une pièce mobile à laquelle la cloche est suspendue, ce qui laisse à cette cloche toute son action sur le pendule. Lorsque, au retour de celui-ci, le contact cesse entre la pointe et la cloche, le courant ne passe plus ; mais il est rétabli bientôt dans. un nouvel électro-aimant, lorsqu'une seconde pointe, fixée sur l'autre bras de la barrette, vient toucher une autre cloche placée dans les mêmes conditions que la première, et dont les fonctions sont par conséquent les mêmes. |

C'est, comme on le voit, le poids seul des deux cloches qui donne l'impulsion au pendule; et, comme ce poids reste constant, comme la hauteur de leur descente est toujours la même, l'impulsion que reçoit le pendule est constante dans toute la rigueur du mot chronométrique, puisque le simple contact du pendule avec la cloche détermine instantanément les fonctions de celle-ci. F*

Si nous ajoutons que la source électrique à laquelle M. Verité emprunte la force motrice qui détermine l’abaissement des cloches est‘très-faible, qu’elle se compose d’un seul couple d'une extrême simplicité, dont l’action utile peut

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se prolonger plus de six mois sans qu’on ait besoin de s’en occuper, nos lecteurs seront sans doute d'accord avec nous sur le mérite exceptionnel de la pièce que nous venons de décrire.

L'horloge électrique, qui figure parmi les magnifiques pièces d’horlogerie de MM. Detouches et Houdin, est due à la fertile imagination du gendre de ce dernier, \. Robert- Houdin, l’habile et ingénieux sorcier, dont la réputation bien méritée est aussi universelle que l'exposition qui nous occupe. Si cette pièce n’a pas le caractère saisissant de simplicité qu'offre l'horloge de M. Verité, et que nous aurions probablement trouvé très-remarquable dans celle de M. Robert-Houdin sans la présence de sa sœur aînée, nous louerons, sans restriction, les dispositions vraiment ingénieuses qui la distinguent et en font une pièce d'un mérite peu commun, comportant au surplus tous les résultats que nous avons signalés dans l’œuvre de son concurrent, |

L'action des cloches de M. Verité est ici remplacée par celle de deux petits ressorts périodiquement bandés d’une même quantité par deux électro-aimants, et dont la réaction donne l'impulsion au pendule.

M. P. Garnier, par une heureuse application de l’échappement à force constante dont nous avons parlé plus haut, a également réalisé les conditions d’une horloge purement électrique, en donnant à un électro-aimant la mission de relever périodiquement le poids qui donne l’impulsion au pendule.

Enfin nous indiquerons, comme envoyant électriquement l'heure à deux Cadrans, l’horloge même du Palais de l'Industrie, exécutée par M. Collin.

Après avoir signalé les points saillants ét pour ainsi dire exceptionnels de l'exposition chronométrique, il nous reste à parler des fabricants qui se sont bornés à se distinguer par l’excellente exécution de leurs produits ou par quelques conditions de détail d’une moins grande importance.

Disons d’abord que parmi les exposants déjà nommés, aucun ne doit être exclu de la catégorie que nous abordons, et que les pièces exécutées par eux ne le cèdent à aucune autre en qualité ou en élégance.

En grosse horlogerie, nous signalerons d’abord M. Gourdin de Mayet (Sarthe), dont les pièces intelligemment composées

sont d’une exécution assez remarquable pour se passer de cette coquetterie de frisé, tout au plus tolérable dans les pièces de petites dimensions, et qui a le grave inconvénient, en offrant à là vue un papillotage qui l’éblouit, de déguiser la pureté des formes et le mérite des ajustements.

Nous dirons de M. Collin que son horloge du Palais de l'Industrie offre un ensemble des plus élégants , d’une symétrie irréprochable, digne en un mot du monument qu’elle décore; mais qu’il est à regretter que le court espace de temps qu'il annonce avoir été employé à sa composition el à son exécution, lui ait fait fendre des dents de roues dont les faces ne sont pas parallèles à l'axe, et qui ne touchent les ailes des pignons ou les fuseaux des lanternes que par une arête qui y laisse une trace bien marquée; qu'enfin le défaut de concentricité entre la grande roue qui commande les cadrans destinés à indiquer l'heure relative de différents pays, rend l’engrenage de celte roue trop fort sur certains points, trop faible sur d’autres. Nous l’engagerons, lorsque le temps le lui permettra, à faire disparaitre aussi le trémulement fâcheux de son rernontoir au moment où il arrive soit au bas soit au haut de sa course, et qui se communique jusqu’à là roue d'échappement.

En copiant les dispositions si intelligentes et si économiques employées par M. J. Wagner neveu pour appliquer la fonte aux sonneries des horloges publiques, M. Blin aurait dû pousser l’imitation jusqu’au bout, en laissant sur la face libre des pignons le collet qui, chez le premier, donne à la denture une solidité plus grande. Les horloges de fonie de M. Hudde ont le même point de départ. Nous ne sommes cependant pas absolument convaincus que ses axes en fonte présentent toute la solidité désirable.

L'horlogede M. Petry présente cette singularité d’un balancier circulaire appliqué à une pièce fixe. Les conditions de son échappement nous ont paru remarquablement ingénieuses, mais nous avons quelque peine à croire que ces conditions réalisent l’économie annoncée sur l'emploi du pendule ordinaire.

Dans l'horloge de M. Hirt, la sonnerie des quarts remonte le mouvement proprement dit. Cette disposition ne nous paraît pas nouvelle en tant que but. Nous remarquons aussi un peu de complication dans son échappement. |

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Nous n’émettrons pas d'opinion sur le mérite des échappements en corne de M. Galle. C’est au temps seul à prononcer, Nous dirons seulement qu’il a été précédé dans cette application par M. Duclos, auteur de ces pendules en carton qui ont si longtemps figuré dans le passage Vivienne.

Enfin les pièces de M. Dorléans nous ont paru d’une exécution très-convenable.

Après un commencement d'établissement dans l'Annexe, M. Bernardin, au moment où nous écrivons, remonte sur le palier du grand escalier sud du Palais une immense pièce qu’il désigne sous le nom d’horloge astronomique, et qui est recouverte d’un nombre considérable de cadrans donnant chacun une indication distincte.

Les horloges monumentales venant de l'étranger sont peu nombreuses à PExposition ; la plupart n'ÿY marchent pas ou sont placées de manière à ne pouvoir être examinées.

Nous pouvons indiquer toutefois comme: présentant: des conditions d’une exécution convenable l'horloge de M. Mannkardt, à Munich, placée dans l’axe de l'Annexe, celle de M. Bennet, à Londres, occupant la même position dans la partie anglaise ; et celle de M. Weiss, de Gross-Glogau (Silésie), placée dans la galerie nord de l’Annexe.. Cette dernière présente une disposition de remontoir à barillet caché dans un pignon, qui n’est pas nouvelle en principe, mais qui offre un caractère original.

Petite horlogerie,

L'espace et surtout le temps nousmanquent pour établir les distinctions plus ou moïns exactes, mais consacrées entre . l'horlogerie dite de précision et celle du commerce; ét, comme

les noms que nous allons citer ont tous acquis une honorable réputation par la qualité de leurs produits, nous eroÿons ne pouvoir mieux faire que de suivre à leur égard l’ordre alphabétique du catalogue.

Nommer MM. Berthoud , c’est rappeler un nom justement célèbre ét toujours dignement porté. Nous avons déjà fait la même rémarque à l’occasion de M. Bréguet,

Nous reproduisons iei le nor dé M, Ach: Brocot, comfiie aus

teur de quantièmes non moins variés qu’ingénieux dans leurs ‘combinaisons et qui donnent les lunaisons à moins d’une tierce près par mois. Nous ajouterons que la maison Brocot et Delettrez se distingue aussi par la beauté et l'élégance de ses bronzes d’art.

M. Brocot aîné, frère du nt: se recommande également par l'excellente qualité de ses produits.

Dire que M. Dumas, de Saint-Nicolas, est le digne successeur de M. Motel, son beau-père, pour la fabrication des chronomètres et des pièces de précision, c’est nous dispenser de toute autre formule d’éloge.

La réputation de M. Jacob, également de Saint-Nicolas, est trop bien établie depuis longtemps dans la même carrière pour que nous ayons besoin de le signaler autrement que par son nom,

Les pièces de précision , exécutées par M. Raby, acquéreur de la fabrique d’horlogerie de Versailles, jouissent d’une réputation méritée.

M. Redier, dont nous avons déjà fait connaître les heureuses applications de l’aluminium, se distingue non-seulement par la parfaite exécution et l'élégance de ses pièces de précision, mais encore par l'immense fabrication de petits réveille-matin à bas prix qui, en y comprenant des pendules portatives, presque toutes destinées au marché anglais, s'élève annuellement au chiffre énorme de 35 à 40° 000 pièces.

Les compteurs à pointage de M. Rieussec se recommandent toujours par leurs prix modérés et leur bonne exécution.

Enfin nous terminerons cette nomenclature des exposants français par M: Henri Robert qui s’est fait depuis longtemps une réputation méritée dans la construction de ses pièces tant de précision qu'à l'usage civil.

Nous sommes bien moins renseignés sur les produits chronométriques des nations étrangères. Toutefois, nous avons pu en étudier suffisamment quelques-uns pour en donner à nos lecteurs une appréciation motivée.

Dans la partie anglaise nous pouvons, sans craindre d'erreur possible, signaler M. Ch. Frodsham come le représentant le plus éminent de la chronométrie britannique. Sa maison fondée par le célèbre Arnold, a conservé, sous la direction de son père et la sienne, les bonnes traditions du maître, qui, dans

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les mains du possesseur actuel, se sont, en même temps que

ses propres découvertes, formulées en règles pratiques que M. Ch. Frodsham a généreusement livrées à la concurrence du monde entier, au moyen de tables dont la publication est assurément un bienfait pour l’horlogerie de précision. Nous engageons ses Confrères à examiner, avec le soin qu’elles méritent, les ébauches de ses balanciers compensateurs où se retrouvent toutes les phases successives de leur exécution. |

Indépendamment de la bonne exécution de ses pièces, M. Cole, déjà nommé, se distingue surtout par l'originalité, l'élégance et le bon goût des accessoires qui les décorent.

Nous n’avons également que des éloges à donner à MM. Aubert et Klaftenberger, Davis, Frodsham et Baker, Nicole et Capt, Poole, etenfin Webster dont les produits ‘soutiennent dignement la réputation de l’horlogerie anglaise, |

L'horlogerie suisse est représentée par 76 exposants qui . pour la plupart ont une réputation bien méritée. Dans l’impossibilité d’assigner un rang à chacun d'eux, pressé que nous sommes par le temps et l’espace, nous signalerons comme les plus remarquables, par l'importance de leur fabrication et l’excellence de leurs produits, MM. Pateck, Philippe et Cie, à Genève, et E. Audemars, au Brassus, canton de Vaud.

Dans les États sardes, nous appellerons l’attention des connaisseurs sur les magnifiques produits de l'École royale d'horlogerie, dirigée par M. Benoit, ancien fondateur de la fabrique de Versailles,

En Bavière, nous indiquerons à la curiosité de nos lecteurs, moins l’horloge dite polytopique de M. Henle, de Munich, qui au moyen de dispositions longtemps employées avant lui, donne l’heure actuelle pour un grand nombre de lieux divers. que la notice fort originale qu’on trouve souvent au bas de cette pièce, et qui a pour but de prouver l’existence simultanée de trois jours consécutifs de la semaine pour certains lieux découverts par des navigateurs , les uns venant de lOrient, les autres de l'Occident.

Dans l'exposition autrichienne, nous signalerons l’importante fabrication de la maison Suchy et fils, à Prague, qui alimente de pendules la presque totalité de l'Allemagne.

Enfin, nous retrouvons en Danemark le nom célèbre de

Jürgensen, dont le fils nous paraît soutenir dignement la réputation. |

La plupart des produits dont nous venons d'entretenir nos lecteurs ne constituent pas, dans les mains desexposants, une véritable fabrication dans le sens ordinaire du mot. Un trèspetit nombre exécutent la totalité des pièces qui entrent dans une pendule où dans une montre. Le blanc, c’est-à-dire le mouvement entier, moins l’échappement, leur est fourni par des fabricants dont les produits vont maintenant nous occuper. |

La maison Japy , de Beaucourt (Haut-Rhin), occupe évidemment le premier rang dans cette fabrication par l’abondance incroyable de sa production, par le bas prix et la bonne qualité de ses produits, qui trouvent de nombreux débouchés dans le monde entier.

Saint-Nicolas d’Alliermont, village des environs de Dieppe, est le rival de Beaucourt. Mais la fabrication y est divisée en un certain nombre de maisons, parmi lesquelles la plus considérable, en même temps que l’une des plus en réputation, est celle de MM. Borromée Délépine et Candey, qui ont acquis l'établissement justement célèbre de Pons, fondateur de cette fabrication à Saint-Nicolas.

Parmi les autres maisons de cette localité dont il nous a été donné d’apprécier les produits, nous citerons MM. Dumas et Jacob déjà nommés, et Cailly aîné.

À Besançon, nous citerons MM. Ferrier et Bataille aîné; à Montbéliard, MM. Marti et Vincenti; et à Berne (Doubs) M. Japy fils.

Nous allons dire quelques mots d'une espèce d’horloges qui, par leurs dimensions, tiennent le milieu entre l'horlogerie monumentale et celle dont nous venons de nous occuper. Elles portent le nom de comioises, parce qu’elles se fabriquent en Franche-Comté. Leur marche est généralement très-bonne : et, placées au haut d’une gaîne, elles figurent fréquemment, dans beaucoup d'appartements en guise de régulateurs. Le catalogue ne nous a révélé que deux exposants de cette catégorie , ce sont MM. Bailly-Comte, père et fils, à Morez (Jura), qui jouissent d’une réputation méritée, et Mine veuve Reydor et fils, de la même ville.

Il nous reste à parler d'une dernière espèce d’horlogerie

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dont l'énorme fabrication fait vivre un nombre considérable d'habitants du grand-duché de Bade et du royaume de Wurtemberg ; il s’agit des coucous de la forêt Noire, qui malgré les droits d'entrée et la distance, se vendent à un bas prix incroyable dans les villages du monde entier. Le plus grand nombre s'exécute en bois : axes, roues et pignons, pivots en fil de fer, échappement en tôle pliée à la pince, et cependant elles donnent l'heure avec assez de précision pour régler convenablement les travaux du cultivateur.

Parmi les dix-huit exposants de ces deux nations qui figurent au catalogue, un seul accepte franchement le mot coucou, et cinq désignent leurs produits sous le nom d’horloges de la forét Noire. Le mot horloge caractérise presque tous les autres. Nous ferons cependant une exception pour M. Kaltenbach, à Furtwangen (Fryberg), dans le grand-duché de Bade, qui expose des pièces de marine.

Instruments de précision.

Les différentes industries qui concourent à la confection des objectifs achromatiques sont en général représentées chez tous les opticiens. Nous citerons d’abord, comme pièce marquante, l'objectif achromatique de M. Lerebours, appartenant à l'Observatoire impérial de Paris. Cet objectif de 37 centimètres de diamètre et de 8,80 de foyer est destiné au bel instrument parallactique que M. Brunner finit en ce moment, et qu'il est bien à regretter de ne pas voir figurer à l' Exposition.

Après cet objectif, nous citerons ceux de moindre dimension qui sont destinés aux lunettes. M. Bardou a exposé des objectifs montés, c’est-à-dire des télescopes réfracteurs dont la bonne qualité est généralement appréciée : il y a des lunettes de ce genre depuis 2 mêtres et plus de foyer jusqu'aux plus petites dimensions; des quantités considérables en ont été fournies par lui aux corps d'officiers des diverses armées en Orient.

Pour les lunettes de petites dimensions, un artiste très-habile, M. Bertaud, a exposé des produits bien appréciés par les hommes compétents. Ces produits ne sont pas seulement des verres objectifs, mais toutes autres espèces de verres et de cristaux employés en optique, Cette même spécialité de

la taille des cristaux, pour la polarisation, a fondé la supériorité de la maison Soleil, qui s’est en quelque sorte emparée du monopole de ces produits.

M. Duboscq, aussi successeur de M. Soleil, mais pour la partie instrumentale, a exposé tout ce que l'optique possède de plus nouveau : son saccharimètre pour mesurer la richesse saccharine des sirops , au moyen de la lumière polarisée , son colorigrade par extinction, ses polarimètres, le photomètre polarisant de M. Babinet, l’héliostat de M. Silbermann, modifié à nouveau par l'auteur, les stéréoscopes par réflexion et par réfraction, enfin tous les appareils et instruments d'optique scientifique et industrielle sont fabriqués par cet habile constructeur, |

M. Radiguet, si renommé pour ses verres plans parallèles, en a exposé quelques spécimens.

Il faut encore citer M. Jamin comme constructeur d'objectifs pour appareils photographiques. Il est parvenu, par le choix de la matière employée et celui des courbures, à mettre l'opérateur à l'abri du défaut de coïncidence entre le foyer optique ou de l'image nette, et le foyer chimique qui convient à la netteté de l'action sur les substances impressionnables; ces foyers sont en général très-distincts.

Nous avons remarqué d'excellentes lunettes parmi les objets exposés par M, Steinheil, de Munich. Leur essai nous a, une fois de plus, certifié le talent de cet habile artiste.

Dans l'exposition anglaise, cette spécialité n’est pas séparée des instryments dans lesquels les verres sont employés.

On sait que, parmi les sciences d'observation, l'astronomie est peut-être celle qui pousse la précision le plus loin ; aussi, les instruments qu’elle emploie demandent l'étude la plus élevée de la part du savant et l'habileté la plus complète de la part du constructeur. Plusieurs instruments figurent à l’'Ex- position , soit à l’état de modèles, soit à l’état de machines £é= rieusement exécutées et prêtes à fonctionner.

Ces instraments sont des télescopes réfracteurs de diverses dimensions; ces lunettes, quand il s’agit de préciser la direction de leur axe par rapport aux lignes et aux plans auxquels l'astronome rapporte ses observations, ont besoin d’être montées de manière à pouvoir déterminer sur des cadrans divisés chacune des positions qu’ils occupent, L'instrument

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est un cercle mural, ou cercle méridien, ou lunette méridienne, quand la lunette ne peut se mouvoir que dans le plan méridien , par suite de la fixité des deux supports de son axe horizontal. L'instrument est appelé théodolite ou cercle astronomique , lorsque les deux supports sont montés sur un plateau horizontal, mobile autour d’un axe vertical ; dans ce cas le plateau lui-même est divisé et se nomme cercle azimuthal.

Enfin si l’appareïl était incliné sur l’horizon de manière à rester constamment parallèle à l’axe terrestre, il s’ensuivrait que le cercle, divisé perpendiculairement à cet axe, serait parallèle au plan de l’équateur ; ce cercle divisé se nomme alors cercle équatorial, et l'instrument, dans son ensemble, se nomme équatorial ou parallactique.

L'exposition française n'offre aucun instrument de la première espèce.

Quant à la deuxième, M. Siéinier: a exposé un grand cercle | astronomique dont les cercles sont fixes, dont les vis d’arrêt portent, sur un autre cercle concentrique, un cercle droit, | de manière à n’exercer sur celui-ci aucune pression; les cercles sont divisés de cinq en cinq minutes, les micromètres mesurent la seconde et laissent estimer le dixième de seconde.

Le même artiste a encore exposé un autre modèle de ce genre, mais plus petit; ce dernier permet lé retournement de | l'axe horizontal avec son cercle et sa lunette; la précision qu'apporte ce retournement dans ces observations est presque

incroyable; en effet, une seule petite série d'observations

ainsi faites a donné, à très-peu près, le même chiffre que la

moyenne de dix mille observations faites avec de grands in-

struments qui n’ont pas la faculté de pouvoir être retournés.

Cet instrument, fixé dans le plan du méridien, remplace le À cercle mural. ,

Il est regrettable que M. Brunner n’ait pas été autorisé à exposer le grand instrument parallactique qu’il achève pour l'Observatoire de Paris: il eût bien figuré à l'Exposition par sa bonne confection et ses dimensions colossales; sa lunette, qui doit recevoir l'objectif de M. Lerebours , aura 8",90 de longueur. Le pied, en fonte, a 6 mètres de “hauteur et près de 4 mètres de largeur dans le sens du méridien, Les cer-

cles divisés, ont 1",80 de diamètre, et sont entièrement coulés d’une seule pièce : limbe , rayons et moyeu en bronze, ont partout une même épaisseur ; afin de prévenir les inégalités dans la dilatation, un soin particulier a présidé au moulage.

L'exposition de M. Brunner est encore remarquable par la méthode qu’il emploie dans le mesurage des bases; sa disposition des deux règles de Borda, son “aboutissage et son alignement méritent d’être étudiés.

Nous avons encore à citer en France ét dans la nef, une lunette parallactique de M. Sécrétan, de 24 centimètres de diamètre et de 4 mètres de foyer, placée au milieu de six tiges parallèles, reliées entre elles par des tirants; les extrémités de ces six tiges sont à chaque bout prises dans une pièce métallique qui se termine par un tourillon ; l’axe de rotation est situé parallèlement à l’axe de la terre, ses extrémités sont appuyées sur deux collets, fixés chacun sur son massif spécial en granit, un mouvement d’horlogerie fait mouvoir l'axe.

M. Froment n’a jusqu'à présent exposé qu’un petit théodolite, mais sa division, comme on sait, est parfaite. Le miroir qu'il a exécuté pour M. Foucault, pour la détermination de la vitesse de la lumière, tourne au moyen d’une turbine à vapeur, sous haute pression, avec une vitesse de douze mille tours à la seconde.

D'autres instruments, que M. Froment a construits, servant à la démonstration de la persistance du mouvement de rotation d'un mobile homogène autour de son axe, sont pareille ment exposés. M. Foucault démontre directement, par cet appareil, que le mouvement continue dans le plan même de la première oscillation.

Nous citerons encore ici, en fait d'instruments de ce genre, les cercles sextants et octants de M. Védy et de M. de Gravet, qui gardent le degré de supériorité que les. maisons dont ils sont les successeurs avaient acquis.

M. Porro, dont les produits sont placés Due le jardin, achève d’y installer un instrument équatorial, une lunette zénithale cathyalitique d’un décimètre d'ouverture, un instrument méridien, des lunettes, et divers autres appareils de son invention, que nous regrettons de n'avoir pu examiner encore.

Signalons cependant une ingénieuse combinaison de pris-

mes, au moyen de laqueile un très-petit appareil devient immédiatement, entre les mains d’un naturaliste, un excellent microscope ou une très-bonne longue-vue. Appelons également l’attention sur le mécanisme non moins ingénieux qui détermine le mouvement de la grande lunette, et qui nous paraît appelé à recevoir de nombreuses applications industrielles. Il se compose de deux axes qui peuvent se commander sous tous les angles, depuis 0 jusqu’à 90°, et dont les rapports de’vitésse peuvent être quelconques, depuis 0 jusqu’à l'unité.

Passons maintenant à un autre groupe d'instruments d’optique.

M. Nachet expose des microscopes de première ‘puissance et de diverses dispositions, permettant à plusieurs personnes à la fois de voir un même objet : il en a ainsi à deux, trois et quatre corps, se réunissant par la réflexion sur des prismes placés sur l’objectif combiné unique. “ÿ

Il a poussé la confection des objectifs de microscopes jusqu'aux moindres dimensions ; ainsi, un de ses objectifs composés à été combiné avec des lentilles de deux tiers de millimètre de diamètre et un quart de millimètre de distance | locale : ce jeu unique est donné aux collections du Conserva- | toire des arts et métiers. | M. Oberhauser présente aussi des microscopés de très-bonne qualité; il a apporté des dispositions propres à pouvoir exami- É ner les objets dans le vide : cette disposition offre de grands avantages dans certaines circonstances. :

‘ Dans l'exposition de M. Chevalier figurent des microscopes, un théodolite, des appareils d'optique pour la démonstration, et des instruments de météorologie parmi lesquels un baromètre étalon bien construit.

Les successeurs de Gambey tiennent à honneur de conserver, dans leurs instruments divisés, théodolites, cercles répétiteurs, boussoles de variation, la supériorité qu'avait acquise l'illustre chef de cette maison.

M. Dumoulin a réalisé un instrument applicable aux grands nivellements ; cette machine, destinée à relever le profil d’un terrain, se charge elle-même d’en tracer une exacte représentation , sur laquelle on peut inscrire toutes les observa-

. tions de distance et de hauteur. :

Nous ne pouvoris décrire cet instrument enregistreur, mais on comprend qu’à l’aide d’un pendule qui conserve une posi+ tion verticale, et d’un mouvement de papier, commandé par une roue, il soit facile de réaliser, sous diverses formes, les conditions qui viennent d’être indiquées.

Dans la division anglaise, le modèleen vraïe grandeur du cercle méridien de l'observatoire de Greenwich, mérite une attention toute particulière. Ce premier observatoire de l'Angleterre n’est pas au milieu de la capitale, comme celui de Paris, mais à quelques lieues de Londres, à une distance jugée suffisante pour que toutes les influences d’un grand centre de mouvement soient à peu près éteintes ; de plus, un sol solide et un horizon bien découvert font de Greenwich un lieu parfait pour toutés les observations stationnaires d'astronomie et de météorologie. Dans cet observatoiré, les instruments sont isolés les uns des autres; chacun est logé dans un pavillon spécial.

Le cercle de Greenwich présente des dispositions particulières dont on peut saisir l'ensemble sur le grand modèle en bois, mais dont les détails sont plus apparents sur les divers modèles à demi-grandeur qui Paccompagnent.

Cet instrument, dont nous avons indiqué l'usage, est com posé comme il suit : sa lunette traverse le milieu de l’axe de suspension horizontal , les deux bouts de la lunette s’équilibrent l’un l’autre. Le cercle divisé est monté sur l’axe à la droite de la lunette ; un cercle pareil, mais non divisé, est à la gauche; il sert de contre-poids et porte les vis d’arrêt. L’axe porté, vers les deux tourillons, sur deux anneaux, suspendus chacun à un bras de levier dont l’autre extrémité porte un contre-poids qui contre-balance le poids de l'instrument qui arrive seulement à toucher ses collets sans les charger.

L’axe roulant est creux, il porte un objectif et des répères dont une lunette fixe, à distarice, peut certifier l'invariabilité.

Pour certifier d'autre part l’horizontalité de la lunette, et, par suite, le zéro effectif de la division du cercle, deux lunettes horizontales, pareilles à la précédente, sont en avant et en

arrière de l’instrument, à la hauteur exacte du plan horizontal,

passant par l’axe des lunettes collimatrices qui, ainsi que les supports de la lunette, sont établis sur des massifs de pierre de taille bien fondés sur le sol. Cet instrument à une lunette

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d'environ 3 mètres, son cercle a 4",60 de diamètre. Une disposition spéciale est apportée à cet appareil pour permettre la visée par réflexion sur bain de mercure; ce bain est porté sur le côté d’un parallélogramme que l'observateur peut faire mouvoir facilement et amener au point voulu; dans ce cas, après avoir fait l’observation par réflexion , on fait l’observation directe et l’on obtient un angle double et une correction d’horizon. |

L'éclairage des divisions du cercle est bien disposé; six microscopes à vis micrométriques sont destinés à la lecture , et cet appareil mérite, par son importance , une étude spéciale.

La lunette parallactique de M. Cooke, ainsi que celle de l'observatoire de M. Hartwel, sont représentées par des modèles réduits à une petite proportion; l'instrument de M. Hartwel est figuré avec tout le relief de son observatoire.

Les ingénieurs hydrographes ou de la surveillance des côtes (coast surwey) d'Angleterre ont exposé deux de leurs règles, pour mesurer les bases des triangulations, chacune de 4 yards ; des thermomètres indiquent la température des règles, et des microscopes accouplés pointent sur les talons saillants horizontaux des bouts en présence. Ces microscopes sont à mouvement micrométrique. Les niveaux de pente de la forme de ceux d’Egault, de petits et des grands théodolites de Nairne, une lunette méridienne et son cercle à système pour retournement, sont le bagage des instruments pratiques de ce corps, nous disons pratiques, car ils portent tous la trace d’un long service, preuve de leur bon emploi. Ils sont accompagnés des travaux graphiques, gravés sur cuivre, des matrices, planches et feuilles imprimées des cartes et plans qu'ils ont servi à relever. .

L'institut polytechnique de Vienne a placé dans la nef une lunette méridienne de 4",80 de longueur, munie de deux cercles divisés, chacun de 50 centimètres de diamètre; l'instrument est établi sur deux massifs de pierre; il nous paraît bien conditionné pour un observatoire particulier. Cet instrument est fait par M. Starke qui expose encore d’autres instruments de géodésie bien exécutés. |

Parmi les instruments pour les sciences se trouve l’appareil de M. Bianchi, adopté pour mesurer la densité de la poudre de guerre; c’est par le poids du mercure, dont on jauge le vo-

lume par différence dans le réservoir qui contient ce liquide, qu'on arrive à trouver la densité d’un poids déterminé de poudre.

Le nouvel appareil de la pr des soies et autres matières filamenteuses de M. Persoz trouve nécessairement sa place ici. La soie étant une matière très-hygrométrique , il est devenu nécessaire, vu son prix élevé, de la vendre, en tenant compte de son état de sécheresse ; à cet effet des échantillons sont pris dans la masse, pesés d’abord ; puis mis dans une étuve chauffée à 105 degrés et pesés dans ces con— ditions, après un séjour suffisamment prolongé ; la différence entre les pesées indique le poids d’eau que la soie contenait primitivement ; il est facile alors, par une règle proportionnelle, de déduire, du poids du ballot, le poids d’eau qu'il renferme.

Un grand nombre de machines et d'appareils de physique figurent à l'Exposition. MM. Fabre et Kunemann, successeurs de M. Pixii, présentent une machine pneumatique, composée par M. Silbermann jeune, et qui offre de grands avantages dans des expériences compiexes, vu qu’elle est disposée de manière à correspondre à deux récipients à la fois, et qu’elle permet l'introduction et la sortie simultanée de divers gaz. Une collection de tuyaux et d'instruments d’acoustique dont quelques-uns sont nouveaux, tels que le polycorde sur lequel toutes les expériences acoustiques des cordes peuvent se réaliser; une machine électrique dont le plateau est en caoutchouc vulcanisé , etc. ; enfin une pile hydro-électrique à un seul liquide dont la construction est bien entendue. |

MM. Breton frères exposent une quantité d'appareils électro-dynamiques ad soit à l’enseignement, soit à la médecine.

M. Collardeau soutient la réputation de ses aréomètres, thermomètres et autres instruments en verre.

M. Fastré, qui s'occupe spécialement des baromètres et des thermomètres , en. a exposé plusieurs d’une construction excellente. La graduation des tubes est parfaite.

M. Golaz a spécialisé son industrie en exposant les divers appareils pneumatiques employés par M. Regnault dans ses recherches sur la dilatation de Pair et des autres gaz, sur celle du meraure , etc.

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M. Ruühmkorff exposé des appareils d’un genre nouveau qui ont pour but l'application de l'électro - magnétisme à l'étude de son action sur les autres corps de la nature. Cet babile constructeur à imaginé un appareil d’induction qui produit des courants d’ étincelles d'électricité statique, provoquées par l’électricité de la pile.

M. Walferdin expose le résultat de ses longues recherches sur la thermométrie, au point de vue de la météorologie et des expériences délicates. Citons son thermomètre à maxima à déversoir, qui permet de faire servir la même échelle à toutes les distances de l'échelle thermométrique quoiqu'il ne porte qu’un petit nombre de degrés, divisés en centièmes. Son thermomètre à minima offre les mêmes avantages que le précédent. Ces deux instruments ont par lui été réunis en un seul.

Citons encore ses thermomètres, métastatique à mercure, différentiel à alcool, hypsométrique remplaçant le baromètre pour les mesures de hauteur, etc.

M. Walférdin remarquant que le thermomètre à mercure peut indiquer depuis — 40, témpérature de congélation de ce liquide jusqu’à 360 de son échelle, terme de son ébullition, à ainsi une course de 400 degrés centésimaux , et comme la température de—40 existe à peine dans les régions les pius froides de la terre, c’est-à-dire jamais dans les régions habitées , il trouve que les observateurs, pour éviter les signes et — de notre échelle centésimale feraient mieux d’éerire 9 au droit de — 40 mercure fondant, 40 au point de la glace fondante, 440 à l’eau bouillante et 400 au point du mercure ‘ bouillant.-En avançant ainsi l'échelle de 40 degrés toutes les observations deviendraient positives, ce qui éviterait aux observateurs une foule d'erreurs provenant de l’interprétation seule des signes. Cette considération ne nous paraît pas suffisante pour changér les points fixes consacrés par l'usage; mais l’instrument a l’avantage d’être d'accord avec le thermomètre à air depuis le commencement de son échelle jusqu’à près de 100 degrés au-dessus de l'eau bouillante; l'avance qu’il prend jusqu’à l’ébullition du mercure est seulement de 10 degrés. Or pour cette dernière portion, peu employée du reste, on est toujours tenu d’avoir une table de réduction. Nous conseillons aux hommes de science de visiter cette exposition , car elle est curieuse à d’autres titres encore.

À L’EXPOSITION UNIVERSELLE. ait

On trouve en Angleterre les maisons suivantes :

M. Th. King expose des microscopes de grand prix. M. Pillischer et MM. Smith et Beck n'exposent non plus que ce qu'ils ont de mieux en microscopes. Mais nous n’avons pu essayer ces instruments.

Les appareils météorologiques français sont peu nombreux.

M. Du Moncel expose une série d'appareils enregistreurs “électro-dynamiques ; ces appareils s'adressent déjà à plusieurs genres d'observations, tels que les phénomènes thermométriques et anémométriques. À l’exception des précédents instruments, l'Exposition est relativement pauvre en France en instruments de météorologie. C’est en Angleterre encore qu'il nous faut voir les appareils les plus intéressants.

La Société britannique pour l’avancement des sciences a institué un observatoire météorologique à Kew, près de Londres, pour la vérification des instruments de précision, magnétiques et météorologiques; elle à exposé ces divers appareils, fort remarquables tant dans leurs détails que dans leur ensemble. Il est très-utile pour le météorologiste surtout de visiter ce bel ensemble d'appareils tantôt automoteurs ou enregistreurs, tantôt ordinaires, c’est-à-dire pour observation directe, tantôt enfin pouvant fonctionner des deux facons, et dont l'invention appartient à grand nombre d’autéurs.

Les instruments enregistreurs sont ou photographiques ou à style. L’une des séries comprend les appareils de M. Brooke, qui appartiennent au Conservatoire des arts et métiers de Paris; pour les thermomètres, la lumière fixe d’un bec à gaz frappe la tige du thermomètre qu’elle traverse pour aller ensuite frapper la feuille de papier photogénique qui doit recevoir l’impression. Mais comme chaque division du thermomètre forme un obstacle au passage de la lumière, cette division se trouve marquée sur le papier ; et comme le mercure de la tige empêche aussi la lumière de traverser, le sommet de sa colonne sera marqué sur le papier par la limite de l’action éclairante ; quant à la succession de l'observation, elle est obtenue parce que la feuille de papier Sensible se trouve entraînée sur un cylindre qui fait un tour en 24 heures et reçoit ainsi l’observation non interrompue pendant tout ce temps. Le baromètre a une disposition analogue. Les boussoles de variation diurné, de variation de

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force horizontale et de force verticale, nécessaires pour l'étude des forces magnétiques terrestres, portent chacune un miroir, sphérique sur lequel tombe la lumière d’un bec fixe ;

cette lumière, après sa réflexion sur le miroir, tombe sur un

système de lentilles cylindriques qui la concentre derrière eux sur le papier sensible disposé comme pour le thermomètre. Pour 6 appareils différents , il y a 3 cylindres tournants qui portent le papier photogénique , qui après les 24 heures d'observation est traité comme à l'ordinaire, pour faire venir et fixer l’impression qu’il a reçue.

Une disposition remarquable, parmiles instruments pa Fr À par l'observatoire de Kew, distingue un anémomètre nouveau de M. Robinson, qui donne la vitesse du vent. Il consiste en un axe vertical dans lequel sont fixés 4 rayons égaux, à l’extrémité de chacun desquels se trouve une calotte hémisphérique : ces 4 calottes sont comme 4 cuillers dont les manches seraient fixés à l’axe. Ce système à tout vent a une action rolatoire toujours proportionnelle à l’intensité du courant. Divers appareils de ce genre enregistrent de différentes manières.

Dans la montre de M. Eliot, on trouve quelques instruments d'observation, parfaitement exécutés, particulièrement

pour la pratique des ingénieurs.

M. Adie expose un grand nombre d'instruments météorologiques, baromètres, thermomètres, etc.

Ainsi que nous l'avons dit, ces instruments sont réunis sous le natronage de l'observatoire de Kew, qui a repr ésenté d’une façon complète la disposition en plein air, mais dans leur cabine à jalousies, de tous les appareils thermométriques, hygrométriques, psychrométriques, etc.

On voit parmi eux de curieuses solutions trouvées par M. Ronald pour l'enregistrement automatique des hauteurs barométriques au moyen de la photographie. :

La majeure partie des appareils enregistreurs sont à mouvement continu; fort peu ont un mouvement périodique; sans aucun doute, les premiers sont de beaucoup préférables aux derniers, quoique ces derniers l’'emportent de beaucoup encore sur les'observations isolées, faites par les observateurs eux-mêmes.

On voit encore dans cette colleëtion l’'anémomètre de Robinson, les baromètres étalons d’Adie, de Newcomen, et une

très-belle collection de boussoles d'observateur , faites par Jones, par Baron et par d’autres constructeurs.

Cette réunion de plus de deux cents appareils forme le plus bel ensemble d'instruments météorologiques, et sera pour les hommes de science un des faits les plus considérables de l'Exposition. |

Dans l'exposition prussienne, nous avons remarqué un baromètre enregistreur péricdique de M. Hempel ; et parmi les instruments de Geissler à Bonne, des hygromètres, des vaporomètres et des thermomètres hypsométriques ou pour mesurer les hauteurs; dont les degrés sont divisés en mille parties.

Les cartes, modèles et documents d'astronomie, de géographie, de topographie et de statistique, sous le point de vue de l’enseignement, sont assez largement représentés à l'Exposition, particulièrement les cartes. L’imprimerie impériale a son pourtour extérieur tapissé de cartes géologiques, de cartes générales et particulières, elc., dont les modèles Jui sont fournis par l’école des Mines et le dépôt de la guerre. On y remarque surtout une carte de France au quatre-vingt millième, qui est l’ensemble des cartes partielles exposées à côté. Le ministère de l’agriculture , ‘du commerce et des travaux publics a pareillement exposé des atlas de nivellement et autres extraits des documents des ingénieurs des ponts et chaussées.

M. Bauerkeller a produit de très-belles cartes en relief ou gaufrées, en couleur, très-propres à l’enseignement de visu.

En Angleterre, nous trouvons plusieurs reproductions galvanoplastiques de cartes gravées, ce qui permet d’extraire de l'original telle ou telle carte spéciale. L’Autriche , l'Institut impérial militaire de géographie à Vienne , présentent aussi de belles cartes d'ensemble; nous dirigerons spécialement l'attention sur celles de la direction de statistique administrative, faites d’après le système de M. Streffleur. Ces cartes forment des reliefs , mais avec des couches de niveau à échelon; ces diverses couches ont des teintes diverses , afin de mieux faire apercevoir, dans les nivellements généraux, les points de niveau. On comprendra de quelle utilité de pareilles cartes doivent être pour le tracé des grandes voies de communication. D'autres ont été faites par diverses administrations dans des vues spéciales, en représentant par des courbes

plus ou moins accidentées, des données statistiques de toute nature. | |

M. Bardin, chef des travaux graphiques à l'École polytech. nique, a exposé un très-grand nombre de reliefs en plâtre servant à l'enseignement du dessin en général ; parmi ces plans en relief, à diverses échelles, pour l'étude de la topographie, quelques modèles sont mis à l'effet par des teintes et des couleurs qui font illusion, tant ils sont parfaits.

Un grand nombre d'études de stéréotomie représentent avec une netteté parfaite les diverses surfaces des corps réguliers ainsi que les pénétrations des uns par les autres; enfin des études des quatre grandes espèces de roches, sont des miniatures de pans de montagnes soigneusement relevés et réduits à une échelle, qui permet de saisir d’un seul coup d’œil tout le caractère des diverses roches.

M. Silbermann jeune a exposé une très-grande suite de tableaux représentant des appareils nouveaux en expérience ei un grand nombre de tableaux de chiffres qui en résument les résultats; ses tableaux peints à l’huile représentent , soit les phénomènes optiques de diffraction ou de polarisation, soit ceux tout aussi Curieux et aussi instructifs de la météorologie ; composés pour le cours de M. Regnault, professeur de physique au Collége, de France, ces modèles constituent le plus bel ensemble que possède l’enseignement des sciences physiques.

Un autre exposant, M. Mabrun, a fait des tableaux ânalo— gues pour l’enseignement de la mécanique.

Enfin , MM. Armengaud, Fouché, A. Leblanc et Robert ont exposé à divers endroits des tableaux représentant les plans d’un grand nombre de machines industrielles. La plupart de ces dessins sont d’une rare perfection.

Si dans la majeure partie des États étrangers, le matériel de l'enseignement élémentaire fait défaut à l’exposition, l’Angleterre a cependant compris sa tâche et elle a exposé un très-grand nombre de modèles pour l’art du dessin, à tous les degrés et pour tous les genres; ces modèles sont pris dans ses écoles de 1851. Quelques modèles gradués de sculpture accompagnent pareillement cette collection, à laquelle sont jointes des photographies, sur animaux vivants de toute espèce, et un très-grand nombre d’autres pour servir à l'étude de l'histoire naturelle ; ainsi que des modèles parfaits d’ani-

maux pour le dessin; la réussite de ces épreuves ne laisse rien à désirer.

On voit aussi, tout auprès, diverses collections de figures géométriques en fil de métal et nombre d’autres en relief, servant pareillement à former le coup d'œil de l'èleve dessinateur; ces figures rappellent entièrement la méthode de Ferdinand Dupuis, si bonne dans les résultats rapides, obtenus à Paris et partout où on lui en demandait l'application.

TR

industries concernant l'emploi économique de la chaleur, de la lumière et de l’électrité.

Fabrication des allumettes chimiques. La fabrication des allumettes chimiques, qui est aujourd’hui très-étendue , tire son origine de l’emploi du phosphore découvert en Allemagne, vers 1680. Après avoir passé par un grand nombre d’améliorations, elle paraît enfin être arrivée à un haut degré de perfectionnement. Ainsi les allumettes bien fabriquées ne produisent plus d’explosion en s’enflammant et ne projettent plus au loin des parcelles de phosphore dont les brûlures sont si cuisantes ; les causes d'incendie sont ainsi considérablement réduites. Ces précieux progrès résultent de la suppression du chlorate de potasse; le soufre lui-même, qui paraissait être indispensable à l’ignition du bois et dont l'odeur est si insupportable, à été remplacé par l'acide stéarique fondu. Le fait le plus important qui soit, à cet égard, révelé par l'Exposition, consiste dans cette nouvelle préparation qui ne s’en. flamme que quand elle est frottée sur une surface spéciale lement imprégnée de phosphore rouge.

Il n’est pas sans intérêt de suivre le mode de fabrication de ce modeste produit, l’un des plus énergiques principes de mouvement et de vie des innombrables créations de l’esprié humain, amoncelées dans l'Exposition. On place les allumettes dans des cadres où elles sont fixées pour être transportées en plus grand nombre à la fois, et on les. dépose ainsi sur des

plaques en fonte, assez chaudes pour faire légèrement roussir le bois; ce résultat obtenu, on les transporte immédiatement sur d’autres plaques ou bassins plats pour les plonger de 3 ou 4 millimètres dans l'acide stéarique fondu au bain-marie, dont une certaine quantité s'élève, par leffet de la capillarité, dans le tissu ligneux. Après refroidissement, on plonge les allumettes, dans une composition, étendue à froid sur une table de marbre et obtenue par le mélange, au bain-marie, de phospore , de colle forte ou de gomme , d’eau, de sable fin et de diverses matières colorantes, telles que celles qui ont servi à produire les dessins exposés par divers fabricants.

Les allumettes sont ordinairement livrées au commerce après la dessiccation; mais, dans cet état, elles doivent être conservées dans des endroits secs. Pour les mettre plus complétement à l'abri de l'humidité, on a recours à une dernière opération, qui consiste à recouvrir la pâte phosphorée qui garnit leurs extrémités d’une couche d’acide stéarique, formant un léger vernis.

L'exposition de l’Aatriche, où l’industrie des-allumettes est exploitée sur une échelle si vaste, qu’on estime à vingt mille le nombredes ouvriers qui y travaillent, présente deséchantillons très-remarquables en ce sens qu’ils sont le résultat de la fabrication journalière; le bois de l’allumette est travaillé avec soin et la cause première tient au bas prix de la main-d'œuvre. Ce travail, qui exige un peu d’habileté, se fait manuellement, car les machines à tailler les bois ronds sont encore peu répandues. C’est dans cette partie de la fabrication des allumettes seulement, que le consommateur peut prétendre, surtout en France, à une plus grande amélioration dans les produits.

Cette industrie est épecntés en Autriche par tés fabriques de MM. Samuel de Majo, A. M. Pollak, J. Preshel et N. Rœmer, à Vienne ; MM. W. Suda et Cie, à Brünn, CI. de Bretton, à Zlin, et B. Fürth, à Schüttenhofen; en Suède, par celle de Jonkoping, et, en France, par celles de MM. Ziegler et Cie, à Remelfing ; Couturier et Cie, à Sarreguemines (allumettes rondes à 12 cent. le mille jusqu’à 65 cent.), et pour les

allumettes de fantaisie; MM. Merkel, Éliot et Sigle, à Paris. __ Combustibles déstinés au chauffage économique. — Fabrication des houilles agglomérées, L’extraction du charbon produit

une grande quantité de menus fragments, dont, il y a quinze ans, les exploitations de mines trouvaient difficilement le débouché, en raison de l'impossibilité de les brûler sur les grilles des fourneaux en usage.

Ces établissements ont dirigé leurs recherches sur les moyens d'utiliser avantageusement les menus charbons, et divers procédés ont donné naissance à l'exploitation des péras artificiels ou houilles agglomérées.

Les procédés consistent tous à laver et cribler mécaniquement les houilles menues pour en extraire les parties schis-

teuses et terreuses, à les concasser uniformément après

qu elles ont été lavées et égouttées , et enfin , après avoir été séchées à l’air, à les mélanger à chaud, à 200° environ, avec 8 parties de brai ou goudron de houille; à l’aide d’un four circulaire dont l’intérieur est constamment en mouvement. Ce mélange est transporté à bras ou mécaniquement dans des moules de diverses formes, puis soumis à l’action de presses hydrauliques puissantes. Ce moulage produit un contact intime entre la houille et le goudron, et l’adhérence augmente encore par le refroidissement.

Les houilles agglomérées ont ordinairement plus de consistance que la houille naturelle, et, à cause de leurs formes régulières , elles tiennent à peu près deux dixièmes moins de place ; leur prix est peu élevé, elles se brûlent très-régulièrement en produisant moins d’escarbilles et leur combustion plus complète doit donner plus de chaleur que la houille seule qu'elles contiennent. La conservation ne demande aucun soin ; les déchets qui consistent dans les résidus provenant de la casse des fragments au moment où on les brûle, sont trèsfaibles et ces différents avantages les font rechercher pour le service de la marine,

La France présente à l'ExDoS on les plus beaux échantillons de ces produits. On remarque, en effet, un bloc de près d’un mètre cube et les fragments d’un autre exposés par la Société des houilles de Saint-Etienne , dont usine Ro d'agslomérées est située à Givors.

Les mines de la Chazotte, à Saint-Etienne, préééntent aussi des échantillons très-remarquables par leur compacité et leur brillant. Ce sont des cylindres de 8 centimètres produits à raison de 5000 kilogrammes à l’heure, par une opération conti-

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nue sous une pression de 150 atmosphères et avec une force motrice de 35 chevaux.

Le prix de 30 francs la tonne est marqué sur les produits de ces deux usines.

Vient ensuite la Belgique représentée par MM. Dehaynin père et fils, à Montigny-sur-Sambre, et par M. Van Cutsen van Neerdingen, à Molenbeek-Saint-Jean-lès-Bruxelles, dont les charbons sont solidifiés sans l'emploi du goudron et méritent à ce titre un examen particulier.

Fabrication du charbon végétal moule. Cette industrie, qui date de quelques années seulement , est due à M. Popelin- Ducarre; elle consiste à utiliser les débris de différentes matières carbonisées et agglomérées sous forme de petits cylindre; de dimensions semblables au charbon de bois, en employant le goudron provenant des usines à gaz pour relier les débris entre eux. Cette fabrication , qui possède des analogies avec celle des houilles agglomérées. est particulièrement remarquable par les procédés de moulage et de carbonisation auxquels elle a recours. Le rôle du goudron y est différent : non-seulement il participe à l'adhérence des particules, mais encore et surtout il suffit en partie, par la combustion des vapeurs de ses carbures d'hydrogène les plus volatils, à la carbonisation elle-même, en laissant jusqu’à 25 parties de son poids de charbon.

Les opérations comprennent le broyage, le mélange, le moulage, le séchage, la carbonisation et l’étouffage qui s’exécutent toutes par des moyens mécaniques. Les débris de matières combustibles employés sont ordinairement la poussière de bois, le poussier de charbon de tourbe provenant des: fonds de bateaux et magasins, les résidus des usines à gaz et: des magasins de coke, et le charbon des brindilles des forêts, des bruvyères , ete., qui demande, pour être utilisé, une carbonisation spéciale, mais largement compensée par une densité d'environ 33 pour 100, et qui est toujours plus régulière que celle du charbon de bois ordinaire.

Les matières premières de la fabrication des charbons ag glomérés par moulage et par carbonisation, qui se composent

uniquement de goudron et de charbon pulvérulent, donnent

lieu , suivant la proportion du goudron et la nature des résidus des caarbons employés, à des produits de qualités diffe-

rentes ; ainsi, la première qualité de ces charbons est produite par le mélange des poussiers de charbons de bois durs contenant le moins de cendres et de 50 à 60 pour 400 de goudron, qui laisse encore, après la carbonisation, près du quart de son poids de carbone pur dans le charbon moulé ; la seconde qualité se compose de résidus de poussiers de différentes origines et de 40 pour 4100 de goudron de houille ; viennent ensuite les résidus de tourbe, de coke, qui produisent plus de cendres, mais donnent une combustion encore très-régulière.

Aux cendres laissées par les charbons végétaux moulés, on

reconnait qu'il entre dans leur composition une certaine quantité d'argile qui atteint parfois jusqu'à 25 pour 400, et c’est sans doute à cet agent, qui subsiste dans un grand état de division, qu'est due: la propriété conservatrice du feu que possèdent ces charbons.

L'économie présentée par leur aiplo: en a répandu rapidement l’usage; et l'Exposition nous montre que cette industrie a déjà acquis une grande extension par le nombre des usines qui fabriquent actuellement ce genre de combustible.

MM. Popelin, Ducarre et Cie exposent des charbons moulés de leur fabrication courante, des charbons purs pour les piles électriques et at modèles de machines et de fours à carboniser.

MM: Testelin et Cie, Magniadas et Cie, Ad. Caron et J. Millochan présentent aussi à l'Exposition des échantillons de ces produits. |

Fabrication de la tourbecondenséeet séchée, etdelatourbecarbonisée. La tourbe est une substance très-combustible, brune, spongieuse et tendre, qu'on trouve en amas considérable dans les terrains marécageux. Elle est présque toujours recouverte d'une couche de terre végétale ou de sable , et s'étend ordinairement sur de grands espaces de terrain. Les tourbières sont formées par l’accumulation de débris de végétaux disposés en couches horizontales séparées quelquefois par des nappes de limon ; elles forment assez souvent des terrains sur lesquels on ne peut marcher sans enfoncer, et présentent par-

fois l'aspect d’iles flottantes à la surface des eaux. La couche | extérieure est d'une consistance spongieuse et lâche ; plus :

bas, la tourbe est noire et compacte, et, vers le fond, les végétaux sont entièrement décomposés et forment une espèce

de pâte assez liquide. La tourbe paraît se reproduire inces-

-samment, mais on ne connaît pas encore le mode de sa for-

mation.

L'exploitation ordinaire consiste à débiter cette matière avec

la béche, en briques qu’on fait sécher à l'air en les dressant et appuyant l’une contre l’autre pour qu’elles égouttent ; on

les range ensuite par tas et on les retourne de temps en

temps, puis on les dispose en meules au fur et à mesure qu’elles sont sèches. Quand la tourbe est en bouillie, on la met dans des moules où on la bat et la pétrit le plus souvent

avec les pieds.

Le chauffage de la tourbe est peu coûteux ; on n’en connaît pas d’autre dans certaines parties de la France, de la Hok lande, du Hanovre, de la Westphalie, de l'Écosse et aussi du nord de l'Amérique; mais la tourbe a l'inconvénient de dégager beaucoup de fumée, de donner une odeur très-fétide et d'occuper trop de place, à cause de sa faible densité, pour être transportée sur d’autres lieux de consommation que ceux avoisinant les points de son extraction.

Les améliorations ont consisté dans l’application de moyens propres à comprimer ou condenser la tourbe naturelle et dans ceux de sa carbonisation en vases clos. On est ainsi parvenu à des résultats manufacturiers très-importants et l'on obtient maintenant du charbon de tourbe excellent et à bas prix qui s'emploie en grande quantité, même pour les besoins domestiques.

Parmi les échantillons de ce produit, déposés à l'Exposition, on doit surtout remarquer les tourbes condensées et séchées, les échantillons de tourbe travaillée et polie, de tourbe carbonisée et d’agglomérés d’anthracite et de tourbe de M. Challeton, à Clermond-Ferrand; les tourbes carbonisées de MM. Chabert et Cie, à Saint-Just-des-Marais , en France ; les briques de tourbe comprimée, de M. Kinesford, en Angleterre, et les tourbes naturelles de M. Scobell, à Montréal, au Canada.

Fabrication des bougies. L'industrie de l'éclairage au moyen de l'acide stéarique appartient entièrement à la France, C’est aux travaux de nos chimistes et de nos manufacturiers que chacun doit de ne plus se servir de ces sales chandellés de suif qui éclairaient nos pères; grâce à la chimie, la plus

pauvre famille est mieux éclairée maintenant dans son taudis, que Louis XIV dans Versailles.

Les acidés gras dont on fait les bougies s’obtiennent par deux procédés différents, par saponification et par distillation ; parlons du premier procédé qui est le plus anciennement connu.

C’est aux beaux travaux de M. Chevreul qu’on doit les premières idées nettes sur la constitution des corps gras. C'est lui qui le premier a pensé à isoler les acides pour en faire des bougies ; mais à côté du nom de M. Chevreul il faut placer celui de M. de Milly qui, le premier, a rendu les procédés industriels et qui a tant contribué, en France comme à l’'É- -tranger, à la création de l’industrie stéarique.

Pour obtenir les acides gras, on saponifie le suif par la chaux, on décompose ainsi cette matière grasse en acides gras combinés à la chaux et en une matière soluble dans l’eau, la glycérine, qui n’a pas encore reçu grande application. Celte combinaison des acides gras avec la chaux est décomposée par l’acide sulfurique, on obtient ainsi du sulfate de chaux et les acides gras du suif qui sont au nombre de trois ; l’un est -tout à fait liquide, l'acide oléique; les deux autres sont solides, l'acide margarique et l’acide stéarique. Le mélange des trois acides est soumis à la presse, l'acide oléique s'écoule, les acides solides restent donc seuls, il n'y a plus qu’à les fondre, à les laver et à les couler dans des moules dont l'axe est occupé par des mèches tressées, préalablement plongées dans une dissolution faible d’acide borique. |

Ce procédé donne des produits très-beaux, mais il ne peut s'appliquer aux matières grasses de toutes sortes, non plus qu’à certaines huiles, comme l'huile de palme que l'Afrique fournit cependant en grande quantité et à bon compte. Pour obtenir l'acide stéarique ou l'acide palmitique au moyen de ces différentes matières, il faut employer un autre procédé dû en grande partie aux beaux travaux de M. Frémy, sur la saponification sulfurique. |

En traitant les suifs ou l'huile de palme par l'acide sulfurique, on décompose ces matières grasses de la même façon qu’en les traitant par la chaux. Les acides gras isolés sont distillés au milieu d’un courant de vapeur d’eau surchauffée ; les produits débarrassés de l'acide oléique à l’aide de la presse sont lavés et peuvent être livrés à la fabrication.

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L'acide oléique que nous avons vu éliminé par l’action de la presse est employé depuis quelque temps à la fabrication des savons. | |

Maintenant que nous sommes au courant des procédés, passons rapidement en revue les produits exposés dans l’An-

nexe, qui renferme toutes les matières grasses propres à

l'éclairage.

L'Angleterre a exposé à l’entrée de l'Annexe, à gauche, une vitrine plus riche qu'élégante, dans laquelle on remarque, outre de fort belles bougies et de gros pains de savon, des échantillons d'huile de palme successivement modifiée sous l'influence des acides, jusqu’à la séparation complète de l'acide palmitique, qui joue dans cette huile le même rôle que l'acide stéarique dans les suifs. Au reste, presque toutes les fabriques qui distillent, emploient l'huile de palme: les vitrines des fabricants français (MM. de Milly, Poisat, Moinier et Jaillon) renferment également de. beaux produits obtenus avec cette huile de palme. Une des fabriques les plus importantes dans laquelle on distille cette huile est celle de.M. Motard, à Berlin. Cet habile industriel ne se sert que de ce procédé, et son exposition est remarquable sous ce rapport, car il est parvenu, malgré les difficultés, à de très-beaux résultats. M. le docteur Motard est Français, ancien associé de M. de Milly, et c'est un des hommes qui ont le plus contribué à la création de cette belle industrie stéarique.

L'Autriche est représentée par trois ou quatre grandes maisons, celle de Milly Kerzen, qui porte encore le nom de fabrique de l'Étoile, celle d’Apollo Kherzen, dont la grande pyramide s'élève au milieu de l'Annexe; celle d’Himmelbauer fournit aussi de beaux produits, parmi lesquels on peut remarquer un buste de l'Empereur en acide stéarique, qui n’est pas remarquable seulement par la difficulté vaincue.

La Belgique et la France ont exposé de fort beaux échantillons d'acide stéarique, entourés de faveurs blanches, roses, tricolores, etc., qui sont placés dans la galerie sud de l’Annexe. Leur examen ne pouvant rien nous apprendre de nouveau, nous ne devons pas nous y arrêter.

En dehors des acides gras obtenus par la saponification et la distillation, M. de Milly expose des acides bruts, saponifiés avec une quantité de chaux extrêmement faible, 4 pour 400

du poids des graisses au lieu de 44 à 15 pour A 00 ; de là, on le voit, une grande économie, non pas tant de chaux, ce qui se-

rait peu important, que d'acide sulfurique, ce qui l'est beau-' coup plus.

On comprend, en effet, que le savon calcaire produit renfermant une quantité de chaux moindre, il faudra une quantité d'acide sulfurique moindre aussi pour le décomposer.

A côté de ces produits obtenus plus économiquement, nous en trouvons d’autres qui sont dus à un perfectionnement apporté récemment à la production des acides gras par distillation. Lorsqu'on traite les graisses par l'acide: sulfurique, il arrive ordinairement que cet acide agit trop énergiquement sur une partie de la matière, il se forme des composés noirs, dus à la désorganisation des suifs, et c’est autant de perdu ; M. Fremy est arrivé récemment à-empêcher cette action trop énergique, à mieux régler l'opération, de façon à diminuer considérablement ou même à supprimer entiérement les pertes dues à cette action trop vive de l’acide sulfurique.

Dans le coin à gauche de la vitrine de M. de Milly se trouve un grand flacon d'acide sébacique, acide gras solide obtenu | en grande quantité par.M. Bouis. Cet acide peut déja servir utilement dans la fabrication des bougies et leur donne une dureté et un brillant plus grands; ikempêche la cristallisation |

trop rapide, et,.à ce litre, il est avantageusement mélangé aux acides mous et:trop cristallisés provenant de la distillation ; il remplace la cire que les fabricants étaient obligés d'employer pour arriver aux mêmes résultats.

Eafin, à côté de cet acide sébacique se trouve un flacon d'alcool caprylique, un corps complétement nouveau celui-là, et qu’on doit encore à M. Bouis. Cet alcool s'obtient en distil- Jant de l'huile de ricin au contact d’une dissolution de soude très-concentré: l'alcool caprylique distille et l'acide sébacique se trouve dans les produits fixes. Quand les droits qui pèsent encore sur l’entrée de l'huile de ricin en France seront levés, la fabrication de cet alcool propre à l'éclairage, propre à dissoudre les résines qui entrent dans la confection des vernis, cette fabrication, ‘disons-nous, aura réellement une grande importance, et c’est une nouvelle conquête industrielle qui vient s'ajouter au mérite scientifique du travail de

. M. Bouis. |

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