‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 95 sur 135 · PRE · texte numérisé non relu

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rayons qu'elle émet, la lumière traversant une lentille à échelons doit rester intense et avoir une portée considérable.

Les phares sont composés d'une ou deux lentilles de cette espèce, quand ils sont de simples feux de ports, ét de plusieurs disposées en polygone pour les feux de premier ordre. Dans les deux cas, les lentilles sont mises en mouvement autour de la lampe par un mécanisme d’horlogerie , de manière que les faisceaux de lumière qu’elles produisent sont successivement amenés sur chaque point de l'horizon; en laissant d’ailleurs entre eux des intervalles moins :umineux ils forment ainsi des éclats et des éclipses de lumière dont la durée régulière et déterminée sert à distinguer uu phare d'un feu accidentel ou d’un autre phare voisin.

Ordinairément pour les feux de ports, les lentilles mobiles se meuvent autour d’un cylindre composé d'échelons sembla-

- bles à ceux de ces lentilles, mais disposés circulairement au-

tour de la lampe et superposés les uns aux autres. Le système des verres de ce cylindre ramène et projette la lumière du foyer en couches horizontales, de manière à former autour du phare un-anneau lumineux constant, dans lequel se meuvent des segments de lumière plus éclatante, résultant de la concentration des rayons de cet anneau par les lentilles mobiles qui les rencontrent et produisent les éclats périodiques.

Le dôme et la partie inférieure des phares sont formés d’anneaux prismatiques de verre, tellement inclinés, qu'ils réfléchissent horizontalement toute la lumière qu'ils reçoivent de la lampe et forment aussi des nappes lumineuses fixes. On fait maintenant les lentilles à échelons de la hauteur des phares et se réunissant à la partie supérieure pour former le dôme ; les éclats et les éclipses ont lieu alors dans toute cette hauteur. :

Le palais de l'Exposition renferme plusieurs phares remarquables , celui du ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, construit par M: H. Lepaute , sous la direction de MM. Reynaud et Degrand, et que l’on voit fonctionner au sommet de la tour qui s'élève dans le transept, semble atteindre la limite des perfectionnements que l'on puisse faire subir à ces précieux appareils; viennent ensuite ceux de M. H. Lepaute dont l'exposition renferme, en outre, diverses dispositions de lentilles, ceux de M. Sautter

et Cie de Paris, et enfin, le phare à feu fixe de MM. Chance frères, de Birmingham.

Production et emploi de l'électricité. — Piles électriques.

Les piles électriques sont des appareils destinés à former une source constante d'électricité. Ces appareils sont basés sur la propriété que possède toute réaction chimique de dégager une certaine quantité de ce fluide, et ils doivent satisfaire à la condition de produire la réaction ca pable d’en donner la plus grande quantité possible d'une manière continue.

Une inlinité de corps peuvent donner lieu à cette réaction et servir ainsi à la construction d’un nombre considérable de piles différentes.

Parmi celles que l’on emploie généralement, la plus énergique et la plus simple est celle de Bunsen. Elle se compose d’un pot de faïence, ou de verre, rempli d'acide sulfurique

étendu d’eau, et contenant un manchon de zinc qui est plongé

aussi dans le liquide; dans l’intérieur du manchon de Zinc, on place un vase poreux en terre cuite qui laisse communiquer lentement le premier liquide avec l'acide azolique concentré qu’il contient lui-même, et dans lequel plonge un cylindre de charbon préparé.

L'existence du zinc, de l’acide sulfurique et de l’acide nitrique dans le même vase, détermine une réaction chimique particulière, dont le résultat physique principal est Ja formation de deux électricités différentes ; celle qu'on appelle positive se rend au charbon qui prend alors le nom de pôle positif, et l'électricité négative vient sur le zinc ou pôle négatif, Si on adapte à chacun de ces pôles un fil conducteur, soit par exemple un fil de cuivre , et qu’on réunisse l'extrémité libre de ces deux fils, il s’établira immédiatement un Courant électrique. |

On remplace quelquefois le charbon par une lame de platine, el les acides par d’autres liquides , mais c’est toujours le même résultat , et en définitive la pile précédente est celle qui, jusqu'à présent, mérite la préférence, lorsqu'on veut obtenir des effets énergiques et constants, tels qu'on a besoin pour l'éclairage électrique ou pour les moteurs,

La pile F Daniell est aussi d’un usage très-fiéquent, mais

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alors seulement qu’on désire un courant faible, très-régulier et prolongé, ainsi qu’il est utile pour la télégraphie électrique et la galvanoplastie. Cette pile est composée également d’un pot. principal contenant le manchon de zinc et l'acide sulfurique étendu ou une dissolution de sel marin, mais le vase poreux contient, au lieu d’un charbon, un cylindre creux de cuivre rouge baignant dans une dissolution saturée de sulfate de cuivre et portant des fragments de ce sel destinés à remplacer constamment celui qui se dissout. Il se produit une réaction un peu différente de la précédente, mais donnant lieu au mêmeé résultat, c’est-à-dire production des deux électricités; le zine est toujours le pôle négatif, et le cuivre, qui remplace le charbon, est le pôle positif.

On réunit ordinairement une quantité plus ou moins grande de l’un ou l’autre de ces appareils pour constituer une pile plus puissante dans laquelle alors chaque pot n'est plus qu'un élément.

Outre les piles de diverses espèces et peu différentes de celles connues jusqu’à ce jour, lExposition en présente quelques-unes qui paraissent assez nouvelles. Ainsi, la pile électro-hydro-dynamique de M. Chenot fonctionne sous l’influence des liquides à haute température’, la batterie galvanique, de grande dimension de MM. Jedlik, Esapo et Hamard, dans laquelle les vases sont formés de pâte de coton à poudre, semble annoncer des résultats particuliers; enfin M. Grove fait voir un exemple de sa pile dont les données sont si singu-

lières et les effets si surprenants.

Éclairage électrique.

La pile électrique est la source de lumière la plus intense que nous possédions. Si on approche , en effet’, les extrémités i libres des deux fils d'une pile assez puissante, mais en laissant TEA eutre eux un petit intervalle, le courant, quoique le circuit | ne soit pas ainsi complétement fermé, franchira cet inter-

ei valle et se montrera sous l'apparence d’étincelles excessive-

1 ment brillantes, se succédant rapidement et produisant unc | lumière vive et continue. Mais c’est surtout à l’incandescence | des extrémités des fils rapprochés que l'on doit cette lumière, | | * Pour utiliser ce phénomène à l'éclairage on a ajouté, aux ia

extrémités des fils conducteurs, deux baguettes de Charbon dur et compacte. Ce sont ces charbons assez rapprochés l'un de l’autre pour livrer Passage au Courant, qui deviennent incandescents et donnent naissance à une lumière éblouissante. Une autre difficulté s’est présentée dans l'emploi de l’éclairage électrique : celle de régulariser l’écartement des charbons. Il faut, en effet, que celte distance soit toujours la même, et il n’en peut être ainsi ordinairement, car, outre 1n légère combustion que les charbons éprouvent, et que l’on éviterait d’ailleurs en les plaçant dans un vase où le vide serait fait, il y a volatilisation et transport du charbon d’un pôle sur l’autre, | Plusieurs appareils ont été proposés pour obtenir entre les charbons une distance toujours égale. Ils sont composés en principe d'un électro-aimant intercalé dans le circuit et agissant sur un mécanisme qui a pour mission de relever continuellement les charbôns l’un contre l’autre, à mesure qu'ils se volatilisent. Cet électro-aimant est un Morceau de fer doux que le fil métallique entoure plusieurs fois en passant, et qui est seulement aimanté, lorsque le circuit est établi. Il est fortement aimanté quand les charbons se touchent parce que le courant passe facilement, ou plus faiblement quand les charbons s'éloignent, et par suite, susceptible de deux ac-

tions différentes qu'on utilise pour obtenir la réeularité de Ja lumière.

Les expositions de MM. Dubosq, Delcuil, Breton et Loiseau

en France, offrent divers systèmes de ces appareils qui sont particulièrement remarquables,

Galvanoplastie, dorure et argenture galvaniques.

La galvanoplastie est une heureuse application de Ja propriété qu'ont les courants électriques de décomposer les sels métalliques. Elle consiste simplement à déposer une couche de métal sur toute substance conductrice de l'électricité, ou rendue conductrice au moyen d’un enduit, tel, par exemple, que la plombagine. Cela se fait en fixant au fil venant du pôle négatif d’une pile, la pièce à recouvrir de métal ou à galvaniser, et au fil du pôle positif une plaque du métal à ap-

pliquer; puis; en plongeant ces deux fils avec les objets qu'ils

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portent pendant un certain temps, dans une dissolution saturée d'un sel contenant ce métal en combinaison. Le courant se trouvant ainsi fermé, car la dissolution doit être conductrice de l’électricité, il y a décomposition du sel; le métal de ce sel va se déposer lentement sur le pôle négatif, c’est-à-dire sur la pièce à recouvrir; l'acide et l'oxygène se portent sur le pôle positif où est la plaque, attaquent et dissolvent les surfaces de cette plaque pour remplacer en partie, dans la dissolution, 18 métal déposé. Après cette opération, la pièce | à galvaniser se trouve recouverte d'une couche métallique d'autant plus solide et résistante, que le dépôt se sera formé | avec plus de lenteur et plus de régularité dans le courant | électrique.

| On agit pareïllement avec les métaux qui peuvent entrer dans une combinaison soluble et dont la dissolution est con-

Fl ductrice de l'électricité. |

| C'est par ce procédé, en effet, qu’on dore et argente tous les métaux, qu'on recouvre d'une couche de cuivre plus ou moins épaisse, les empreintes en creux, prises sur les mé-

L j dailles, bas-reliefs, etc., qu’on peut aussi reproduire avec FA une fidélité parfaite le travail de ciselure le plus délicat, les {l l ornements les plus compliqués et multiplier à l'infini les Xe œuvres des grands artistes. | | Hi: . Les galeries de l'Exposition nous présentent dans tout leur | | | parcours des preuves incontestables de cette merveilleuse facul-

| té. De nombreux bas-reliefs, des trophées d'armes, des bustes, | des statues même sont à chaque pas autant de sujets d’admi- À ration. On distingue surtout les statues de MM. Elkington | Ra Mason et Cie de Londres, le bas-relief les Willis, de RAI M. Kress, à Offenback, les compositions de fleurs et les in- | sectes de M. Piedallu, de Rennes; une poignée d'épée de ! M. Delacourt, un grand bas-relief d'argent de M. Wollgolds, | à Berlin, et divers échantillons remarquables de broderies , dentelles et passementeries métalliques de M. Marion, de Paris.

Moteurs électriques.

Lorequ’un courant électrique rencontre dans le circuit qu’il

parcourt un morceau de fer doux et s'y enroule un grand nombre de fois , ce morceau de fer , comme on l’a vu précé-

demment, est instantanément aimanté, quelquefois même avec force, et cela tout le temps que le courant est établi, puis retombe avec la même instantanéité dans son premier état d'indifférence aussitôt que le circuit est rompu. Ce morceau de fer doux est recourbé en fer à cheval, et autour de ses extrémités s’enroule plusieurs fois le fil conducteur , recouvert de soie pour éviter toute déperdition d'électricité. IL présente ainsi l'aspect de deux bobines réunies auxquelles on donne le nom d’électro-aimant.

C'est cet électro-aimant qui est le principe sur lequel repose l'établissement des moteurs électriques. Sa fonction, dans ces appareils, consiste uniquement à attirer par instants une pièce de fer doux appelée armature, qui ne peut s’en approcher complétement. A chaque attraction ce fer s’avance vers l'électro-aimant, lequel, perdant aussilôt sa puissance, lui laisse continuer en sens inverse le mouvement qu'il a reçu, mais qui, reprenant ensuite son action attractive , le ramène du premier côté pour lui faire produire ainsi un mouvement continu de va-et-vient.

Tantôt , au lieu d’être ramené à sa première position par le même électro-aimant, l’armature se trouve, après son passage, sous l’influence d’un second qui la fait arriver de la même manière sur un troisième, et, en continuant ainsi, elle exécute un mouvement de rotation.

D'autres fois encore , le fer doux, attiré par intermittence , communique un mouvement de va-et-vient à un balancier qui, lui-même, fait tourner un volant ; c’est l'impulsion que -ce volant possède qui relève le fer après chaque attraction pour le rendre propre à subir l'influence d’une attraction nouvelle, ou bien c’est un second électro-aimant qui, lorsque le premier a fini son action, attire un second fer doux placé à l’autre extrémité du balancier et relève le premier fer.

Dans ces divers systèmes , le mouvement produit se charge lui-même de réunir ou de séparer les deux fils conducteurs pour établir ou rompre le passage du courant et donner ou retirer à l’électro-aimant son pouvoir attractif.

Peut-être est-il réservé à ces sortes d'appareils un avenir plus brillant, mais jusqu'à ce jour les résultats obtenus ne laissent pas entrevoir la possibilité de leur faire acquérir une importance assez grande pour offrir une nouvelle ressource à

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l'industrie ; tous les moteurs électriques actuels ne servent guère, en effet, qu'aux besoins de la science, pour l’exécution de certaines expériences demandant beaucoup de précision. La dépense occasionnée par les acides et les métaux de la pile, qui surpasse de beaucoup, pour la même force, celle du combustible des plus faibles machines à vapeur, est une des causes principales qui retarde leur développement, et si de grands perfectionnements doivent survenir, on peut supposer qu'ils seront presque uniquement apportés à la production de l'électricité.

Tous les moteurs exposés se rapprochent dn même principe et montrent combien de dispositions différentes on peut adopter pour arriver au même résultat ; toutes les combinaisons mécaniques semblent avoir été mises en œuvre pour produire le mouvement rotatif.

Parmi les moteurs que présente l'Exposition, on distingue ceux de M. Froment, remarquables autant par la perfection de l’exécution que pour leur fonctionnement régulier, depuis longtemps connu , et les nombreuses variétés de moteurs de l'invention de M. Dézélu. Deux surtout sont remarquables : dans l’un l'électricité est distribuée par une détente

fort ingénieuse ; l’autre fonctionne indifféremment sous pression ou dans le vide.

Télégraphes électriques.

La vitesse avec laquelle l'électricité parcourt les fils métalliques, et qu'on suppose de plus de 400000 kilomètres par seconde, est la cause première qui a fait penser à l’établissement des télésraphes électriques ; mais ce n'est que récemment qu’une nouvelle propriété des courants ayant été découverte, l'on à pu réaliser avec succès cette pensée et obtenir des résultats surprenants, dépassant tout ce que les premiers essais pouvaient faire espérer. |

Cette propriété, sur laquelle reposent les téiégraphes actuels, est celle qu'ont les courants électriques de donner l’aimantation à un morceau de fer doux tout le temps seulement qu'ils l'entourent. Ce fer doux est replié ordinairement, de manière à présenter la formé d'un fer à cheval, et on enroule un grand nombre de fois, sur ses extrémités, le fil conduc-

teur dans lequel passe le courant, et que l'on recouvre de soie pour éviter la déperdition de l'électricité. On obtient ainsi une sorte de donble bobine que l’on appelle électro-aimant.

Les télégraphes électriques se composent donc en principe : d’une pile placée à une station, d'un électro-aimant placé à une autre et d’un fil conducteur venant d’un des pôles de la pile jusqu’à l’électro aimant, puis, revenant ensuite à l’autre pôle en formant ainsi un circuit pour le passage du courant. À la première station de départ, on ferme ou on ouvre le circuit et on établit ou on détruit à volonté le courant; en même temps et par ce fait, à la station d'arrivée, l’électroaimant prend ou perd l’aimantationet devient capable de produire un effet mécanique que l’on peut appliquer à faire mouvoir un petit système quelconque. Le fil conducteur, au sortir des bobines, n’a pas besoin de revenir au second pôle de la pile, il suffit de le mettre, ainsi que le pôle qui lui correspond , en communication intime avec le sol qui, étant conducteur de l’electricité, se charge de fermer le circuit.

Ces éléments des télégraphes sont invariables et les appareils différent seulement entre eux par le système de fermeture ou d'ouverture du circuit, c’est-à-dire par le manipulateur et par le système de signal que l’on fait produire à l'électro-aimant à l’aide du récepteur. |

On peut rapporter les télégraphes électriques à trois types principaux : le télégraphe à cadran, le télégraphe à signaux et le télégraphe écrivant.

Dans le télégraphe à cadran, le premier imaginé par M. Wheastone, le courant quittant le pôle positif de la pile se rend dans le manipulateur, à une lame de cuivre, formant ressort et s’appuyant continuellement sur l’une destreize dents d’une roue métallique; il passe ensuite dans une seconde lame faisant également ressort, mais dont l'extrémité est une lame tellement taillée, qu’il n’y a contact avec les dents de la roue qu’à un certain moment de leur passage et séparation tout le reste du temps, de là, circulation et interruption du courant. De cette seconde lame, le courant passe dans le fil qui le mène à l’autre station dans le récepteur : là, il entre dans les bobines d’un électro-aimant qui attire alors un petit levier, ou armature en fer doux, mobile autour d’une de ses

extrémités et portant une fourchette à son autre bout. Ce

levier ainsi attiré par l’électro-aimant, lorsque le courant passe, reprend, aussitôt que ce dernier est rompu, sa position primitive que tend à lui faire conserver l’action d'un petit ressort; il résulte ainsi un mouvement de va-et-vient du levier et de sa fourchette, lequel mouvement transmis, par cette fourchette, sur une roue à rochet de treize dents, détermine enfin la rotation d’un aiguille placée sur l’axe de la roue et qui se meut sur un cadran divisé portant les vingt-cinq lettres de l'alphabet et un espace vide pour les repos.

On comprend qu’autant de fois le courant est établi, ou rompu, autant de mouvements, soit d'aller, soit de retour, exécutent le levier et sa fourchette, autant de demi-dents, si l’échappement est convenablement disposé, passe la roue à rochet, et autant de lettres indique Paiguille.

Pour établir ou interrompre le courant, il suffit simplement de faire marcher la roue métallique du manipulateur qui se charge, par le contact et la séparation alternative de ses dents et du ressort à came, de fermer ou d'ouvrir le circuit; on fait passer ainsi autant de demi-denis qu'on veut montrer de lettres. On ajoute, à cet effet, sur l’axe de cette roue du manipulateur, une aiguille qu'on manœuvre à la main sur un cadran semblable au précédent, de manière que les aiguilles des deux stations étant au même point, si l'on fait passer un certain nombre de lettres à l'aiguille du manipulateur, celle du récepteur de la station en franchira le même nombre ; en sorte que les aiguilles des deux stations indiqueront toujours, au même instant, la même lettre.

Pour avertir l'employé d’une station qu'une dépêche va lui être transmise, on adapte à cette station une sonnerie, que cet employé doit introduire dans le circuit aussitôt qu’une correspondance est suspendue. Cette sonnerie porte une détente, mue par un opens à la manière des télégraphes.

La forme et les ds poétnts du télégraphe de M. Wheastone ont été modifiées avec quelques avantages; M. Bréguet a changé, par exemple, la fonction de l’électro-aimant dans le

récepteur, en employant son effet à retenir ou à laisser tour-

ner la roue à rochet, sollicitée à ce mouvement par un mécanisme d'horlogerie spécial. La roue dentée du manipulateur à également été remplacée par un disque. mobile sur l’axe de

l'aiguille et portant une rainure circulaire régulièrement sinueuse, dont les sinuosités s'avancent vers le centre à chaque deux lettres et dans laquelle s'engage l'extrémité d’un levier’; cette extrémité suit les sinuosités lorsque le disque est en mouvement, et s'avance ou se recule à chaque lettre, en transmettant ainsi le même mouvement à l’autre extrémité du levier, celle-ci vient alors presser l’un ou l’autre de deux ressorts placés de chaque côté, et ferme ou ouvre le cireuit, ce qui produit encore une action différente de l'électro-aimant pour chaque lettre. EU

Dans un autre télégraphe dû à M. Froment , le manipulateur a été transformé en une caisse à clavier portant autant de touches que de lettres. Un arbre placé dans cette caisse tend continuellement à tourner par l'effet d’un mouvement d’horlogerie, et à entraîner dans sa marche la roue qui ouvre ou ferme le circuit; mais il est retenu par un cliquet, que la simple pression, sur une touche quelconque, relève d’ailleurs. Sur le contour et dans la longueur de cet arbre, sont disposés en hélice, autant de petites cames que de touches , et chacune de ces cames buttant sur la touche correspondante que l’on abaisse pour laisser l'arbre libre d'exécuter son mouvement, arrête, après une fraction de tour, ce même mouvement et celui de la roue, à un point particulier de leur circonférence et détermine ainsi un certain nombre d'intermittences du courant. Quant au récepteur, il est resté ce qu’il était dans le télégraphe primitif.

Le télégraphe à cadran a été profondément modifié dans ces derniers temps par M. Siemens. Son télégraphe est disposé pour envoyer aussi bien que pour recevoir une dépêche, et l’on peut avec un seul appareil répondre à chaque instant à celui qui parle, où lui demander la rectification d'une erreur. La disposition consiste donc, en deux cadrans exactement semblables, analogues au récepteur du télégraphe ordinaire et placés chacun à l’une des stations; l’armature, pareillement attirée par l'électro-aimant, fait, à chaque vaet-vient, passer une demi-dent de la roue à rochet, et par suite une lettre à l'aiguille. Mais l’arrivée de l’armature sur l’électro-aimant détermine, par une pièce spéciale, la rupture du circuit et aussitôt cette armature qui est iirée c:nstamment par un ressort, revient à sa première position. Ce

second mouvement rétablit le courant , l'attraction se fait dé nouveau sentir, et ainsi de suite, de manière qu'il y a une alternative continuelle d'aller et retour, qui se traduit en une rotation très-rapide de l'aiguille sur le cadran. Les appareils des deux stations, communiquant par le fil conducteur, concourent simultanément à la fermeture et à l’ouverture du même circuit et leurs aiguilles marchent rigoureusement ensemble; si on vient alors suspendre la marche de l'une d'elles, en restant sur une lettre, il en résultera le prolongement d’un passage ou d’une interruption du courant, qui arrêtera nécessairement la marche de l’autre sur la même lettre; de là, la possibilité de correspondre. M. Siemens a aussi disposé cet appareil pour être accompagné d’un mécanisme lui permettant de donner la dépêche imprimée.

Le télégraphe à signaux de M. Bréguet, adopté par l’administration des lignes télégraphiques de France, fait paraître au lieu de lettres les mêmes signes que ceux autrefois en usage dans la télégraphie aérienne. Il n’est pour ainsi dire que la réunion de deux télégraphes à cadran ordinaires, car si l’on suppose deux de ces télégraphes manœuvrés en même temps, et disposés pour faire produire à leurs aiguilles indicatrices, mobiles aux extrémités d’une ligne noire peinte sur le cadran du récepteur, huit positions dans un tour au lieu de vingt-six qu’exige l'alphabet, on aura l'idée principale du télégraphe à signaux.

On emploie généralement en Angleterre un télégraphe à signaux, fondé sur l’action des courants électriques sur les aimants naturels. Il consiste en une aiguille d’acier verticale, aimantée, s’inclinant à droite ou à gauche par l'effet de l'attraction d’un courant électrique qui l’environne et dont on change alternativement la direction, en amenant, par un mécanisme très-simple, chacune des extrémités du fil établissant le circuit, tantôt sur un pôle, tantôt sur l’autre de la pile. L’aiguille aimantée transmet tous ses mouvements à une aiguille indicatrice placée sur le même axe à l'extérieur de la boîte renfermant le système, et dont les nombres d'oscillations à droite, à gauche ou combinés, forment autant de signes conventionnels. Quelquefois on profite des oscillations de l'aiguille extérieure pour la faire frapper sur deux timbres

de sons différents et placés de chaque côté. L’audition peut alors suppléer à la vue pour la réception de la dépêche.

Les télégraphes écrivant présentent une supériorité incontestable sur ceux à cadran et à signaux par l'avantage qu'ils possèdent de laisser des traces ou des empreintes de la dépêche transmise. Divers appareils ont été construits pour atteindre ce résultat et parmi eux, celui de M. Froment se distingue spécialement par l'exactitude de son fonctionnement, la netteté et la forme des signes tracés. Le récepteur se compose des bobines électro-magnétiques ordinaires, d'une

armature portant un crayon et d'un mouvement d'horlogerie:

amenant lentement, par l'intermédiaire de petits tambours, une bande étroite de papier sous le crayon; le mouvement de va-et-vient, résultant de l’action de l’électro-aimant et donné à l’armature et à son crayon, fait tailler et avancer en meme temps à mesure qu’il s’use, ce crayon sur le papier, pour qu'il y appuie constamment. Ce mouvement combiné avec la marche du ruban de papier, donne lieu à une série de petites lignes tranversales, très-distinctes, liées une à une par leurs extrémités et formant des dentelures. Lors d'un arrêt, l’armature et son crayon restant stationnaires, ilse produit sur la bande nne simple ligne longitudinale, partant du groupe obtenu, et se brisant, pour former une nouvelle série de dentelures, aussitôt qu’on donne un nouveau signal. En convenant d'avance, que la quantité des lignes transversales, renfermées dans chaque groupe, servira à déterminer la lettre ou l’idée qu’il faudra attribuer à ce groupe, on comprend qu'il ne s'agisse plus, pour transmettre une idée, que d'ouvrir ou de fermer successivement le circuit, autant de fois qu'il est besoin de lignes transversales pour l'exprimer. |

Le manipulateur se compose d’un disque mobile sur son centre et portant un certain nombre de boutons manœuvrables à la main; à quelque position que soient ces boutons, ils sont toujours chacun en face d’un des numéros fixes, marqués

autour de leur disque à partir de 0, et en continuant la

suite des nombres 1, 2, 3, 4, etc., de manière qu’un bouton étant amené au 0, en tournant en sens inverse de la graduation, on aura fait passer devant ce point autant de boutons que le chiffre fixe, placé en face du premier, indiquait d’u-

PS . ue =

OUT ra

nités. Sous ce premier disque il y en a un second qui tourne avec lui et joue le même rôle que la roue dentée des télé- \\ graphes ordinaires; c’est-à-dire, qui laisse passer ou inter- {i\ rompt le courant, et comme chacune de ces actions a lieu au | passage de chaque bouton devant le 0, il suit qu’autant de r | boutons l’on fera passer devant ce point fixe, autant de fois [1 le circuit sera fermé ou ouvert. Il suffit donc de tourner le | premier disque d’un nombre de boutons égal à celui des lignes | que l'on veut faire entrer dans un groupe, ou, en d’autres | termes, amener, au point fixe 0, le bouton placé en face le | numéro représentant le nombre de lignes à tracer, pour faire paraître sur le ruban de papier la représentation de la lettre } ou de l’idée qu’on veut exprimer. Les arrêts indispensables | pour reprendre un autre bouton donnent lieu à la petite ligne | longitudinale utile pour séparer les groupes; de plus grands | arrêts, pour séparer les phrases, donnent une ligne plus longue.

Le télégraphe écrivant de M. Morse est d’une disposition assez simple. Les signes sont des traits plus où moins longs accompagnés d'un ou plusieurs points, et formant, par les | diverses combinaisons dont ils sont susceptibles avec ces points, des groupes séparés anxquels on attache une signification quelconque. Ces traits et points sont obtenus par l’enfoncement plus ou moins prolongé d’un poinçon métallique, faisant office de crayon, sur une bande de papier, comme dans le système de M. Froment; seulement l’un des tambours sur lequel passe cette bande est élastique, ou mieux, porte une rainure circulaire dans laquelle le poinçon s'engage et oblige le papier à se gaufrer. Ce poinçon est fixé au bout du levier dont l'armature subit l'action de l’électroaimant, et il agit seulement sur le papier, lorsque cette armature est attirée. En fermant le circuit plus ou moins longtemps, on peut, d’après cela, faire marquer, par le poinçon, des lignes plus ou moins longues et des points. Ce télégraphe a subi de nombreuses modifications et transformations, généralement assez peu importantes et sans avantages marqués.

Les services que rendent chaque jour les télégraphes électriques ont porté la plupart des savants et des constructeurs | à rechercher des moyens nouveaux pour simplifier et étendre les ressources des appareils destinés à la transmission des

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signaux. L'Exposition universelle montre que tous les pays | sont préoccupés au plus haut degré de rendre général l'emploi de cette belle découverte, l’une des plus grandes du siècle.

Par l'examen rapide des nombreux appareils exposés, on re- | connaît que les télégraphes à cadrans ne sont plus guère em- | ployés , et que partout la tendance est portée presque exclusivement vers l’usage des télégraphes écrivants. L’Angleterre seule reste stationnaire à cet égard ; elle semble ne pas tenir à modifier son mode-.de correspondance qui, d’ailleurs, est très- | simple et consiste, comme'‘on le sait, à se servir des télégraphes magnétiques. Les lignes télégraphiques françaises em- | ploient encore les signaux; cependant elles commencent aujourd’hui à se servir des télégraphes à dépêches écrites ; la plus grande partie de l'Allemagne et des États-Unis se servent depuis longtemps de ce dernier moyen de transmission de dépêches. 14

La France, l'Allemagne et la Suisse offrent les appareils dont la construction est la plus parfaite ; on trouve, en effet, les divers types de télégraphes établis sur les principes déjà

.Connus, mais avec des modifications de tous genres, dans les expositions de MM. Froment, Bréguet, P. Garrier, en France; Gurlt et Cie, en Prusse; Brüggmann, à Brême; J. Berg, et Sœærrenden, en Suède ; dans celles de la compagnie Eastern- Railway; de MM. Dering, Henley, en Angleterre, et Hipp, en Suisse.

Mais les plus grands perfectionnements apportés à la télégraphie électrique, et qui ont des caractères tout à fait nouveaux, sont dus à l'invention de M. le docteur Gintl, de Vienne, qui, le premier, a eu la pensée, par des combinaisons toutes spéciales, déduites des résistances diverses qu’on peut faire éprouver à l'électricité dans son passage par les électro-aimants , et de l'introduction de piles locales dans un même courant, de transmettre, dans les deux sens d’un même fil, deux dépêches à la fois. Les appareils de M. Gintl sont exposés par les ateliers impériaux du télégraphe de Vienne.

M. Wartmann, de Genève, a construit aussi des appareils destinés à produire les mêmes efiets ; mais, de tous, ceux de | M. Siemens, de Berlin, se distinguent par des modifications | importantes, anporlées à l’idée de M. Gintl, qui ont fait

acquérir à leur fonctionnement une exactitude rigoureuse.

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L'imagination reste confondue quand on voit ces télégraphes transmettre dans le même instant deux dépêches dirigées en sens inverse, et qu'on suppose, au premier abord, devoir se croiser dans le même fil. On donne de ces nouveaux appareils diverses explications qui ne permettent pas encore d’être fixé sur la nature des phénomènes qui s’accomplissent.

Sonnerie électro-télégraphique, applications diverses de l'électricité, fils électriques.

Tous les télégraphes précédents applicables aux grands services publics n'offrent plus les mêmes avantages lorsqu'il s’agit de les faire servir à l’industrie et aux besoins domestiques; il faut dans cette dernière circonstance des appareils d’une pratique facile et d’une disposition peu coûteuse.

M; Mirand, de Paris, est arrivè à ce résultat depuis long temps cherché : il présente à l'Exposition une sonnerie électro-télégraphique d'une grande simplicité, qui a déjà de nombreuses applications et qui est destinée à en recevoir un nombre bien plus considérable. Son apparcil peut servir dans tous les grands établissements : usines, hôpitaux, hôtels, etc. ; dans les maisons particulières pour correspondre à tous les étages ; il peut aussi être appliqué dans les chemins de fer, pour faire correspondre sur un convoi le mécanicien avec le garde-frein du dernier wagon, et dans la marine pour la transmission des ordres d’une extrémité à l'autre des navires ; il comble enfin une lacune laissée par la télésraphie électrique et d’une importance assez grande, en ce sens qu’elle consiste à mettre l'emploi de l'électricité à la portée des besoins de tous les jours.

Le principe de cette sonnerie est l’action directe de l'électro-aimant sur la tige portant le marteau, de manière à faire frapper à celui-ci un coup pour chaque attraction. A l’aide de moyens de communication et de transmis-‘ion ingénieux, on peut établir une correspondance en attribuant d’avance une signification particulière aux combinaisons que l’on peut produire, de coups de marteau simples et de roulement. Les appareils de M. Mirand sont incontestablement remar-

quabies, autant par leur extrême simplicité que par leur | exactitude et le peu d'entretien qu'ils réclament. : | On distingue encore dans les différentes applications de l'électricité aux sciences et à l’industrie, l’anémographe pour mesurer la direction, la durée et la force des vents; un régu- | lateur de la température et un système de communication entre les trains des chemins de fer, de M. du Moncel; l'électro-trieuse de M. Chenot, construite par M. Froment pour la séparation du fer dans les minerais; l'appareil électro-dynamique et celui électro-médical de M. Breton; ceux de M. Deleuil et de M. Beckking, en Hollande ; et enfin l'appareil électro-magnétique de M. Henley, en Angleterre, pour faire sauter les mines.

Les fils employés pour établir les circuits. électriques sont de plusieurs espèces , ils sont généralement de fer galvanisé pour les circuits aériens, de fer ou de cuivre et recouverts d’une couche assez épaisse de gutta-percha pour les circuits souterrains, et présentent une construction un peu plus compliquée quand ils sont destinés à traverser les mers. Dans ce dernier cas, tous les fils d’une même direction sont recouverts chacun de gutta-percha, puis réunis dans une enveloppe générale de la même substance et constituent ainsi un cylindre unique ; enfin, un certain nombre de fils de fer assez gros entourent ce cylindre en formant une hélice très-allongée, et de manière à faire présenter à l’ensemble l’aspect d’un câble métallique.

Les fils destinés à former les électro-aimants sont de différents métaux, mais le plus ordinairement de cuivre rouge, recouvert de soie pour les très-petits diamètres, et de coton pour les plus gros, afin de les isoler complétement et de transmettre, sans déperdition, l'électricité qu'ils sont destinés à propager.

La fabrication de ces derniers fils est représentée particulièrement par M. Prud’homme, de Paris, qui expose une série d'échantillons comprenant tous les diamètres usités. Les expositions de MM. Newal et Cie, Kupper et Cie, en Angleterre , et Felten et Guilleaume , en Prusse, nous montrent la collection complète des modèles de câbles déjà posés et de ceux qui doivent bientôt franchir la Méditerranée, de l'Italie en Afrique: |

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Arts chimiques, teintures et impressions, industries des papiers, dés peaux, du caoutchouc, etc.

Il y a soixante ans à peine que les nombreuses recettes disséminées dans les usines métallurgiques, dans les teintureries, dans les officines des pharmaciens, se sont réunies en un faisceau qui a constitué la chimie: si, jetant un coup d’œil en arrière, On examine le chemin parcouru dans ce court espace de temps par cette science si jeune encore, on sera émerveillé des découvertes industrielles auxquelles elle a donné naissance; on comprendra tout ce qu’elle pourra faire sortir du Champ si vaste qui s’ouvre devant elle.

Quelques années après que la grande école de la fin du xvu1* Siècle, que Scheele, en Allemagne, Pricstley et Cavendish, en Angleterre, Lavoisier, Guyton de Morveau, Berthollet, en France, avaient fondé la chimie scientifique, plusieurs grandes découvertes industrielles vinrent montrer la fécondité des nouvelles doctrines.

Au commencement du siècle, Berthollet découvrait le blan- Chiment du chlore pour les tissus et Le papier ; Leblanc fabriquait la soude artificielle, la soude, cette matière, de première

“utilité, employée en si grande quantité par les verreries, les

savonneries, etc.

Plus tard, M. Chevreul, dans ses magnifiques travaux sur les corps gras, donnait le premier l'idée de remplacer les chandelles de suif par ces belles bougies sléariques, que M. de Milly arrivait bientôt après à fabriquer économiquement. L'éclairage au gaz, l’épurage des huiles venaient s'ajouter à cette nouvelle industrie et métamorphosaient complétement l'aspect de nos cités.

L'art de la teinture faisait de nombreux progrès ; une nouvelle matière, le caoutchouc, d'abord employée timidement, affecte bientôt les formes les plus diverses, se prête aux usages

les plus variés sous l'influence des modifications que la chimie lui fait subir.

La pharmacie, armée de nouveaux médicaments énergiques, arrive à supprimer complétement la douleur dans les opérations chirurgicales à l’aide de l’éther et du chloroforme, ces agents aussi merveilleux que redoutables.

Enfin, en même temps que la science agronomique se constitue avec les nombreux travaux de M. Boussingault, le grand problème de la conservation des viandes, c’est-à-dire l’alimentation à bon marché, fait chaque jour de nouveaux progrès et arrivera bientôt, sans doute, à une solution complète.

L'importance et l'éclat de ces découvertes, qui se sont succédé si rapidement, le nombre d'hommes éminents qui poursuivent ces recherches , l'intérêt toujours croissant qui s’attache à ces travaux, font croire que la chimie, qui en est encore à son début, nous réserve de nouvelles créations aussi fécondes qu'inattendues.

Les produits chimiques et pharmaceutiques, sont presque entièrement placés dans la galerie sud de l'annexe, à l’exception des flacons peu nombreux des Anglais qui sont déposés au rez-de-chaussée.

L'exposition des produits chimiques est tout à fait remarquable par le nombre et la beauté des objets qui la composent; quelques-uns d’entre eux étaient tout à fait inconnus, et beaucoup d’autres n'avaient jamais paru en masses considérables.

L'Angleterre nous a semblé un peu au-dessous de sa réputation et de ce qu’elle aurait pu nous montrer; il est possible, au reste, que cette partie de son exposition soit encore incomplète, au moment ou nous écrivons. |

À part quelque sels de lithine peu connus en France, et qui sont en quantités relativement considérables, nous n'avons rien trouvé de bien remarquable. | ;

Son prussiate jaune n’est pas plus beau que celui que tout le monde à exposé (tous les fabricants de produits chimiques en ont mis un ou plusieurs échantillons); mais il présente cependant un intérêt particulier parce qu'il est fabriqué par une méthode parfaitement en harmonie avec la richesse. de l’Angleterre en combustible, et avec son respect pour toutes les matières propres à donner des engrais. En France, on obtient

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le prussiate en calcinant, dans des appareils de fer, avec du carbonate de potasse, du charbon animal très-riche en matières azotées, et provenant de cornes, de vieux cuirs, etc. Les Anglais procèdent différemment, ils ont monté, à Newcastle, une fabrique où le produit s'obtient par l’action directe de l'azote de l'air sur du charbon imprégné de carbonate de potasse; on combine ensuite le cyanure de potassium formé avec du carbonate de fer, pour faire le prussiate jaune. C’est ainsi qu'on obtient le beau sel cristallisé qui sert surtout à la fabrication du bleu de Prusse; le haut prix du combustible empêcherait probablement le procédé anglais d’être économique chez nous; il est fâcheux qu’il en soit ainsi, car la fabrication du prussiate jaune consomme annuellement plus de trois millions de kilogrammes de matières animales qui pourraient être utilement employés par l’agriculture.

En parcourant la galerie sud de l’annexe, nous rencontrons d’abord les produits allemands, Autriche et Prusse, devant lesquels nous devons nous arrêter longtemps; au point de vue scientifique, cette exposition est peut-être plus riche que la nôtre.

La manufacture royale de produits chimiques de Échos beck , près de Magdebourg (Saxe , royaume de Prusse), nous montre, entre autres produits curieux ; des métaux alcalins en masses considérables.

Il n’y a pas cinquante ans, pendant que la France soutenait la grande guerre contre les Anglais, l’Académie des sciences décerna,. malgré la rivalité des deux nations, le grand prix des sciences physiques à sir Humphry Davy, pour avoir le premier décomposé les alcalis caustiques, la potasse et la soude, et en avoir extrait deux métaux, le potassium et le sodium. Le chimiste anglais préparait à peine quelques décigrammes des nouveaux corps. Gay-Lus:ac et M. Thénard en fabriquèrent bientôt de plus grandes quantités, et chaque

collection put alors avoir une petite parcelle des nouveaux métaux , dont les prix étaient encore extrêmement élevés.

M. Brunner, puis enfin M. Deville sont arrivés à nous donner

ces métaux en telles masses et avec tant de facilité, que le

sodium pourra servir de base à une industrie, au lieu d’être, comme il était encore il y a six mois, un produit fers laboratoire et de collection.

Il est fâcheux que ces métaux soient conservés dans l'huile de naphte, qui ne les préserve qu'imparfaitement de Poxydation; aussi présentent-ils une couleur terne et grisâtre : tandis que s'ils étaient placés dans le caprylène, nouvel hydrogène carboné découvert récemment par M. Bouis, ces métaux conserveraient la belle couleur argentée qui les caractérise.

On peut voir encore dans l'exposition que M. Macquart, de Bonn (Prusse Rhénane), a réuni aux produits photographiques et daguerriens, acide actique, acide pyrogallique, collodion , brôme, une série d'acides très-intéressante : acide butyrique, acide lactique, acide valérianique et de plus quelques produits rares, tels que l'huile des hollandais, le chloroforme de M. Shonebeck, un échantillon d’acide phosphorique vitreux de la plus belle apparence.

Nous trouvons dans l'exposition du docteur Lamatsch , de Vienne , une remarquable collection d’éthers composés obtenus en masses Considérables. C'est là ce qu'aucun fabricant français n'a montré, Il appartenait en effet à l’Allemagne, qui a tant contribué à faire progresser la chimie organique, de montrer qu'elle fabrique avéc facilité tous les produits qu’elle emploie journellement dans ses recherches.

Les autres produits chimiques du docteur Lamatsch sont encore préparés avec beaucoup de soin et même arrangés avec un Certain goût, ce qui est assez rare chez nos voisins du Rhin.

L'exposition de M. Seybel, à Liebin semblé aussi digne de remarque. |

La Belgique nous apparaît avec les nombreux produits du zinc, que son sol lui fournit en si grande abondance, et qu’elle a su si habilement exploiter. Parmi tous les objets fabriqués avec ce métal , l’oxyde connu sous le nom de blanc de zinc est le seul qui nous regarde. Ce composé est maintenant employé comme couleur. Il ne présente pas les graves inconvénients de la céruse, il ne noircit pas aux émanations sulfurées, il se travaille sans risques pour la santé des ouvriers, landis que la céruse occasionne ces terribles maladies connues sous le nom de coliques de plomb , et qu'on est bien souvent impuissant à guérir. Ce blanc de zinc se fabrique maintenant en France en grande quantité : tout le monde

g, près Vienne, nous a

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a pu voir aux environs d’Asnières la belle usine que la société des mines de zinc de la Vieille-Montagne y a établie. te

Cette société a encore exposé quelques échantillons de verre à base de zinc qui paraissent aussi beaux que le cristal. mais qui ne pourront de longtemps entrer dans les usages domestiques ; l'oxyde de zinc ne se vitrifie pas par le sable comme l'oxyde de plomb, mais par l’acide borique, dont le prix est encore considérable.

A côté du zinc, nous trouvons dans l'exposition belge le cadmium, qui est beaucoup plus rare, et qui fournit une belle couleur jaune quand il est combiné avec le soufre.

M. Bassé, de Cureghem-lez-Bruxelles, a une belle série d’huiles préparées pour l'horlogerie , la conservation des métaux , ù pour les machines et les filatures.

Arrivons en France, où se remarquent plusieurs produits d’une haute importance, en première ligne l’aluminium, ce nouveau métal si récent et si vite populaire. M. Rousseau en a exposé une petite quantité, mais on a réservé pour le Panorama la plus grande partie de ce qui est déjà fabriqué ; des lingots se trouvent sur un meuble de velours adossé au mur circulaire , et quelques objets fabriqués sont placés dans l'exposition de M. Christofle. M. Sainte-Claire Deville a publié , il y a six mois à peine, les procédés qu'il a employés pour obtenir des quantités notables d'aluminium, qui avait été, au reste, déjà isolé depuis longtemps par le chimiste allemand Wœbhler. - PAL A

L'aluminium peut se tirer des aluns, qu’on fabrique, comme l’on sait, avec des schistes, qui sont très-abondants à la surface du globe. Ainsi les minerais sont très-communs ; malheureusement l'extraction est difficile et assez compliquée. L’alumine une fois extraite des aluns, il faut la transformer en chlorure : cette opération peut encore réussir en grand, bien qu'elle présente des difficultés ; enfin ce chlorure d’aluminium , qu’au reste M. Deville a exposé à côté de ses lingots, est décomposé par du sodium, un de ces métaux alcalins dont nous avons parlé déjà, et dont M. Deville a perfectionné l'extraction en vue d'obtenir l'aluminium. Cette décomposition du chlorure d'aluminium par le sodium ne marche pas encore avec toute la régularité désirable. Quoi qu’il en soit ; nous avons bon espoir; l’argent ne fait pas dé-

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faut à M. Deville , un auguste personnage y à pourvu. Nous espérons donc qu’on arrivera à transformer en opération industrielle l'opération de laboratoire qui a donné l'aluminium existant déjà. à

Supposons donc le métal obtenu en grande quantité et à bas prix (maintenant il est aussi cher que l'or), examinons ses propriétés. Il est d’une légèreté extrême, c’est là sa principale qualité; il ne fond qu’à une température élevée (son point de fusion est voisin de celui de l'argent) ; il est encore doué d’une sonorité spéciale qui permettra de l’employer utilement dans la fabrication des instruments de musique. Voilà bien des avantages: mais, il faut le dire, lorsqu'il est travaillé , il perd beaucoup de son brillant, si nous en jugeons du moins par les trois petits objets fabriqués qui se trouvent dans l'exposition de M. Christofle : sa couleur gris foncé rappelle plutôt celle du zinc et celle de l’étain que celle de l'argent ou du platine; enfin a-t-il une ténacité, une dureté suffisantes pour être employé aux usages habituels des métaux, c’est ce dont il est permis de douter. Quoi qu'il en soit, il serait imprudent de rien préjuger ; ce travail est entre des mains habiles, entreprenantes, qui ne laisseront pas péricliter l'œuvre qu’elles ont déjà si bien commencée.

Pour en revenir à M. Rousseau, nous trouvons encore dans son exposition un bel échantillon de sesquichlorure de chrôme, un beau corps violet qui jouit de la singulière propriété d’être insoluble dans l’eau pure et de se dissoudre en quantités indéfinies, quand cette eau est additionnée d’une quantité extrémement petite d’un composé, très-voisin, de protochlorure de chrôme.

L'ensemble de cette vitrine est très-satisfaisant , les choses y sont bien classées, sans embarras, sans clinquant; on y remarque encore de beaux échantillons d'acide gallique et d’acide pyrogallique, dont la photographie consomme maintenant de si grandes quantités. | M. Rousseau prépare maintenant en grand l'acide hydrofluosilicique qui était assez rare il y a encore quelques années, etqu’il peut donner à 40 fr. les 400 kilos. On nous assure même que les prix baisseront encore.

MM. Véron et Fontaine ont exposé les beaux sels de cobalt de M. Fremy, du valérate de potasse en quantité consi-

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dérable, de l’urée parfaitement blanche et cristallisée. Près d’un pain de sel ammoniac gigantesque, nous trouvons dans l'exposition de Cournerie de Cherbourg un grand flacon de brome, de l’iode len lames larges comme deux doigts, des iodures de potassium parfaitement cristallisés ; tous ces produits ont pris depuis peu une grande importance dans la pharmacie et dans les arts photographiques.

MM. Agard , Prat et Cie ont exposé les produits que M. Balard à su tirer des eaux mères des salines de la Méditerranée, par une méthode aussi simple qu'élégante.

M. Plisson a exposé une série de produits intéressants fabriqués sous la direction de M. Henri Buffet; ce ne sont pas des produits de choix et cela n’en vaut que mieux ; il est plus intéressant, en effet, de savoir ce qu'on peut acheter que de voir des produits rares fabriqués spécialement en vue de l'Exposition. Nous avons remarqué dans celte même case un siphon pour les acides, très-commode et qui évitera bien des touries cassées et bien des jambes brülées; le petit modèle d'appareil pour la distillation de l'acide azotique est bien conçu, et il présente une stabilité qui doit aussi prévenir les accidents.

M. Wittmann expose de l'acide phosphorique vitreux trèspur , de l'acide benzoïque très-cristallisé et de beaux échantillons d’iodure, de mercure et de plomb.

Nous trouvons à côté du prussiate jaune qui se rencontre à chaque pas, du cyanure de potassium dont la fabrication présente de l'intérêt, maintenant que ce sel est employé en grande quantité dans les fabriques de dorure et d’argenture ou de cuivrage par voie électrique. Quelques-unes de ces nouvelles industries donnent de remarquables produits, témoin l'exposition de M. Christofle; quelques-unes aussi donnent des produits d’une grossièreté un peu trop primitive, témoin les deux soldats de zinc recouverts de cuivre de M. Eug. Paillard.

Bien que nous soyons moins riche que les Allemands en produits organiques rares, nous pouvons citer la remarquable collection. de la série acétique de MM. Bobée et Lemire. Les acétates , l’acide acétique cristallisable , l’acétone, l'esprit de bois s’y trouvent en quantités considérables.

M. Leroy de Vitry-le-François expose aussi un beau flacon

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