‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 97 sur 135 · RS · texte numérisé non relu

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terre et en Amérique; la France ne consommait que £ de cette énorme production,

Papiers.

On peut juger approximativement l’état de prospérité d'un pays par la consommation plus ou moins grande qu'il fait de certains produits. Parmi ceux-ci, le papier peut être considéré comme donnant des indications fort exactes. Ce n’est, en effet, que lorsque les premiers besoins matériels sont satisfaits qu’on songe à s’instruire des choses passées et actuelles, qu’on achète des livres et des journaux ; il y a donc un intérêt réel à étudier la marche qu'a suivi le développement de cette industrie qui est maintenant arrivée à une production énorme qu’elle dépassera encore bientôt. |

Les Chinois se servent, de toute antiquité, d’un papier dit papier de riz, qui-est formé par des bandes de la moelle d’un arbre particulier découpées en lames héliçoidales parallèlement à l’axe de la plante. | :

Le papyrus d'Égypte fut employé pendant toute l'antiquité à la fabrication du papier ; l'emploi de ce produit se constate même encore en Europe au x: siècle: des bandes de fibres de papyrus étaient entre-croisées, puis battues, pressées et séchées, suivant là finesse des fibres employées et la perfection du travail; le papyrus était employé à différents usages, le hicratique était notre papier superfin; le saïtique, la qualité moyenne; enfin le tenaïtique était surtout propre aux emballages. |

En Europe, avant l'introduction du papier de coton , de lin et de chanvre qui nous arriva d'Orient, comme presque tous les germes de nos industries actuelles, on se servait du parchemin (peau de mouton), ou du vélin (peau de veau) dont la solidité et la durée sont si remarquables.

L'Italie et l'Espagne, qui avaient au moyen âge plus de relations que le nord de l'Europe avec les Arabes, commencèrent à fabriquer le papier vers le xri° siècle. . Er tar

Ce ne fut qu'au xrv° siècle que cette industrie prit naïssance en France. Comme il fallait faire concurrence aux peaux Si bien préparées dont l’usage était général, on fut obligé de se Servir de chiffons blanchis par des procédés plus lents que |

ceux que nous employons aujourd'hui, mais en même temps moins dangereux pour la solidité des fibres végétales ; on collait le papier à la gélatine, et on obtenait ainsi des produits d’une solidité remarquable, comme on peut le voir dans les anciennes éditions, qui ont conservé ce ee nous leurs qualités primitives.

Actuellement, tous les papiers sont: fabriqués avec de vieux chiffons de chanvre, de lin et aussi de coton ; on emploie encore en Angleterre et en France, mais suuteiié dans celte premiere contrée, une grande quantité de résidus des fabriques de cordes.

En Angleterre, la quantité de chiffons produite annuellement, quis'élève cependant à 82 millions 500 000 kilogrammes, est loin de suffire à la fabrication, aussi l'importation estelle de 8 millions 424000 kilogrammes , dont la moitié provient des villes Anséatiques.

Les papiers anglais seraient d’une mauvaise consistance si la grande quantité de vieux cordages et de toiles d’emballage qui entrent dans la fabrication, ne venaient compenser la masse énorme de coton consommé dans la Grande-Bretagne, masse qui se transforme entièrement en papiers. .

: En France, en 4849, d’après M. Antoine Firmin Didot, auquel nous empruntons tous ces chiffres intéressants !, on n’em ploie que 63 millions de kilogrammes de chiffons, nous avons moins de toiles d'emballage et de cordages, mais comme le linge de chanvre et de lin est plus abondant, nos matières premières sont supérieures à celles des Anglais. Nous trouvons dans la quantité de chiffons produite en France et en Angleterre la preuve que nos populations sont décidément moins aisées. L'Angleterre consomme annuellement par tête 3 kilogrammes de linge ; en France, 2 kilogrammes seulement.

L'exportation des chiffons est prohibée en France; l'importation ne s'élève qu’à 4 million 605093 kilogrammes. Par rapport à l'Angleterre, l'importation est dans la proportion

de 4 à 5. |

On emploie deux, méthodes bien différentes pour transformer les chiffons en papier, l’une connue sous le nom de

4. Travaux de la Commission française à l'Exposition de Londres de 1851.

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fabrication continue, c'est la plus récente et celle qui donne maintenant les produits les plus nombreux ; l’autre, déjà ancienne, mais encore employée dans certains pays el qu’on nomme fabrication à la cuve où à la main.

Occupons-nous d'abord de la fabrication continue.

Les chiffons sont d’abord triés en diverses catégories, suivant leur propreté et leur provenance; ils serviront à faire des produits de valeurs différentes.

Les premières opérations, qui portent le nom de lessivage et de rinçage, ont pour but de débarrasser les chiffons des matières étrangères qui les salissent; le lessivage se fait ordinairement au moyen de cristaux de soude qu'on rend caustiques au moyen de la chaux.

Les chiffons: déjà lessivés sont soumis à Paction de cylindres armés de dents qui déchirent et séparent les fibres , et qui commencent la confection de la pâte, cette opération porte le nom de défilage. Pendant le défilage, les chiffons sont complétement lavés, et on peut procéder à leur blanchiment, qui se fait au moyen du chlore; on emploie cet agent énergique presque toujours liquide à l’état de chlorure de chaux, l’usage du chlore gazeux est réservé à certaines pâtes spéciales. C'est au chimiste français Berthollet qu'on doit l'application des propriétés décolorantes du chlore au blanchiment du papier. La pâte blanchie est soumise au broyage, pendant laquelle elle se lave complétement et prend de lhomogénéité ; les dernières traces de chlore étant enlevées par les sulfites alcalins, la pâte est colorée ou soumise immédiatement au collage, quand on veut l’employer blanche. En Angleterre, ce collage se fait à la gélatine ; en France, on emploie de préférence une colle dite végétale, formée de colophane dissoute dans de la soude caustique à laquelle on ajoute de la fécule et de l’alun ; il se forme une combinaison insoluble qui est la base de ce procédé de collage.

La pâte liquide et décolorée que nous avons obtenue doit êtreenfin transformée en papier; elle va d’abord passer au travers de grilles métalliques où elle se tamise en se débarrassant des parties parfaitement broyées qui formeraient des inégalités qu’il faut éviter. La pâte tamisée est placée sur des toiles métalliques, où elle s’égoutte, se feutre et prend de l'adhérence. C’est à ce moment que se font les filigranes par

des dessins que portent les toiles métalliques, ou au moyen d’un cylindre sur lequel les dessins sont tracés en relief, La pâte refoulée aux endroits où elle a été en contact avec ces dessins prend dans ces points une épaisseur moindre; en opposant le papier à la lumière il sera facile de voir les caractères lumineux se détachant sur un fond plus opaque. Elle passe ensuite entre des rouleaux recouverts de drap qui expriment l’eau dont la pâte se débarrasse complétement entre les cylindres sécheurs : ceux-ci sont en fonte et chauffés au moyen de la vapeur qui circule dans leur intérieur.

Le papier terminé est confectionné, mais il doit être encore soumis à différentes opérations avant d’être livré à la consommation : il doit être lissé, satiné ou glacé. On obtient ces deux premières qualités en faisant passer entre deux cylindres plus ou moins rapprochés les feuilles de papier placées eliesmêmes entre des feuilles de carton : toutes les aspérités du papier disparaissent dans ce nouveau frottement, et on obtient le poli que demande la consommation; le poli extra, le glacé, ne peut s’obtenir qu’en faisant passer le papier entre des feuilles de cuivre ou de zinc. |

L'invention de la machine à papier ne date que de Ja fin du xvm siècle ; ce fut à Essonne, dans la papeterie de François Didot, que furent faits les premiers essais de.la machine à papier continu. |

Les circonstances politiques forcèrent Didot à aller en An- gleterre chercher des moyens de construire son appareil. Ce fut seulement en 4809 que la machine fonctionna régulièrement. En France, la première fut établie à la papeterie de Sorel, près Anet, en 4840. | La fabrication du papier à la main est encore en usag dans les pays peu avancés, et même chez nous pour fabriquer certains articles spéciaux. Ainsi jusqu'à présent on ne peut fabriquer autrement les papiers buvards, les papiers à filtrer non plus que les papiers à lavis, qui exigent le collage à la gélatine par l’ancien procédé, collage qui ne s'exécute que lorsque la feuille est fabriquée.

Il est rare maintenant, même dans le procédé de fabrication à la main, qu'on soumette les chiffons à la fermentation putride connue sous le nom de pourrissage, où à la pile, comme dans le nouveau procédé, on blanchit au chlore et on

termine la pâte aux bocards, système de maïillets qui, soulevés par des coins, retombent à intervalles égaux sur la pâte et la triturent complétement.

La trituration terminée, un ouvrier en place les produits sur une forme composée d’un cadre rectangulaire de bois, muni dans toute sa longueur de fils de laiton assez rapprochés; au moyen d'un mouvement de va-et-vient, il étale sa pâte sur sa forme et la distribue à peu près également; la feuille, d'abord égouttée légèrement, est retournée sur une feuille de feutre, un second feutre est placé au-dessus de la feuille de papier, puis encore du papier et encore du feutre, jusqu’à ce qu’on obtienne une pose, qui est alors soumise à l’action de Ja presse. Le papier séché à l'air libre est collé, puis apprété et livré à la consommation. |

Nous venons de voir que la fabrication du papier reposait exclusivement sur les chiffons. La masse énorme de ces matières importées déjà en Angleterre , prouve qu'il y à en ce pays une inégalité manifeste entre la production des chiffons et la demande pour la fabrication du papier. Cet état de choses ne fera qu'augmenter encore; les populations s’éclairent de plus en plus, il leur faudra des journaux et des livres plus nombreux. Il serait donc de toute importance de trouver un procédé économique pour transformer en pâte à papier Certains végétaux abondants soit en France, soit même à l'étranger. Jusqu’à présent on n'avait pas pu y réussir, les frais de défilage et de blanchiment surtout étaient trop considérables. On nous assure cependant que MM. Yelli et Louvié viennent de résoudre le problème, et qu’ils vont exposer des papiers obtenus avec des plantes communes et non encore employées, telles que les joncs des marais, le jonc à paillassons ou scirpus, le typha ou roseau, le sparganicum ou ruban d’eau. Il n’est pas besoin d'appuyer sur les avantages énormes que procurerait cette nouvelle industrie qui permettrait à la papeterie de prendre tout son essor et de n'être plus arrêtée par la production des chiffons nécessairement limitée. La fabrication du papier à bon marché est certainement un des problèmes dont la solution serait des plus avantageuses pour l'instruction et la moralisation des classes pauvres.

Les papiers sont exposés presque tous dans la galerie nord de l'Annexe. |

Les produits exposés devaient être et sont en effet remarquables, mais rien de bien nouveau n’a frappé nos regards.

MM. Firmin Didot exposent des échantillons obtenus à Paide d’un blanchiment plus rapide : le nouveau procédé consiste à faire arriver dans la pile à blanchir un courant d'acide carbonique qui décompose le chlorure de chaux et met le chlore en liberté ; l’action est ainsi plus rapide. ;

La papeterie du Marais et de Sainte-Marie montre un grand nombre d'échantillons de papiers‘filigranés pour valeurs ; celte spécialité prend maintenant une grande importance, puisque c'est la seule chose que la photographie ait de la peine à reproduire exactement , et que, c’est seulement à l'aide des filigranes qu'il est possible de distinguer un billet de banque réel d'un billet imité par la photographie.

MM. Blanchet frères et Kléber, à Rives (Isère), exposent une belle collection de papiers à la cuve et à la mécanique; cette maison a la spécialité de cartons préparés avec des matières animales pour les gargousses d'artillerie.

Angoulême conserve sa vieille réputation, M. Chetenet s’est attaché aux papiers de filigrane.

MM. Lacroix, les lauréats de la Charente , exposent encore des produits remarquables.

Le Puy-de-Dôme: reste fidèle au papier à la cuve avec M. Gombeyre Thouvuilhas. Les Vosges réunissent les deux fabrications.

M. Glenisson et Van Genechtew, d'Anvers, envoient des papiers de toutes sortes. M. Godin de Huy, sur la Meuse, expose des rouleaux formidables de plus d’une lieue de longueur. La machine à fabrication continue explique au reste la fabrication de cette feuille de papier gigantesque.

La Bavière, la Prusse , l'Autriche envoient de bons produits auxquels il serait trop long de nous arrêter. En Angleterre, la fabrique de M. Hoollingworth, à Maidstorne (Kent), envoie une collection complète de tous les genres de papier.

Le ministre du commerce anglais a exposé aussi une série de produits, dans lesquels passent les cordages de rebut pour être transformés en papier d emballage. |

M. Louis Pielte, au Pont-d’Oie, près Arlon (Belgique), exgose une belle collection de papiers de paille. Le Journal des fabricants de papier, imprimé sur papier de paille pur, pré-

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sente un grand progrès sur les papiers fabriqués sans: chiffons.

Nous empruntons encore à l'excellent rapport de M. Firmin Didot quelques chiffres sur l’état de la fabrication du papier chez les différentes nations qui ont envoyé des produits à PExposition.

L'Afrique et l’Asie ne possédaient, en 1851 , qu'une papeterie chacune , l'une près du Caire, l’autre près de Smyrne. L’Amérique du Sud n’en a pas.

La production annuelle de l'Angleterre a été de 62 960 000 kilogrammes en 1850, représentant une valeur de 70 millions de francs. L'Écosse produit 44 300009 kilogrammes, et l'Irlande un peu plus de 3 millions de kilogrammes.

Les Royaumes Unis possèdent 403 machines sans fin et 409 cuves. |

En France, nous avons 210 machines et 250 cuves, et nous ne produisons annuellement que 41 680 000 kilogrammes ; c’est donc 30 millions que la Grande-Bretagne produit de plus que nous.

Le Zollwerein possède 890 papeteries ayant 440 machines à papier fabriquant environ 25 200 000 kilogrammes. -

L’Autriche fabrique 43 millions de kilogrammes et la Suisse en fabrique autant, qu’elle consomme entièrement chez elle.

Si on admet comme réel ce que nous avons dit au commencement de cet article, en réduisant la comparaison à la France et à l'Angleterre, nous trouvons que chaque habitant du Royaume-Uni, l'exportation étant déduite des deux parts, consomme 2 kilogrammes 5 de papier, tandis qu'en France chaque habitant n’en consomme que 4 kilogramme.

Ainsi la nation anglaise serait dans une position matérielle deux fois meilleure que la nôtre ; ces chiffres n’ont pas une valeur absolue, mais en rapprochant ce qu'ils indiquent de ce qui ressort de tous les autres objets de consommation, on voit de la façon la plus nette que l'Angleterre est dans un état de richesse et de prospérité bien supérieur à celui de la France.

Tabacs.

On attribue généralement à Jean Nicot l'introduction du tabac en France ; cependant Thivet, qui visita l'Amérique

bien avant Nicot, réclame la priorité dans un gros in-folio publié en 4517 :

« Je me puis vanter avoir esté le premier en France qui a apporté la graine de cette plante, et pareillement semée, et nommée ladite plante l'herbe angoumoise. Depuis, un quidam qui ne fit jamais le voyage, quelques dix ans après que je fus de retour, lui donna son nom. »

Quoi qu'il en soit, jamais une plante n’a eu une destinée aussi accidentée que le tabac. Au xvir° siècle, Urbain VIII excommunie les priseurs ; les empereurs de Russie leur coupent le nez, le sultan Amurath IV condamne les fumeurs à mort, et malgré ces persécutions ou peut-être à cause d’elles, la consommation du tabac va toujours en croissant avec une rapidité extraordinaire. Depuis, les gouvernements, au lieu de proscrire l'usage du tabac, s’en sont faits marchands, et la France à elle seule a gagné aux impôts établis sur cette matière, en cinquante-neuf ans, de 4811 à 4850, plus de deux milliards !

Le tabac estune plante annuelle qui sereproduit par semailles; celles-ci se font ordinairement à la fin de mars; au bout de deux mois les plantes sont assez fortes pour être transplantées: lorsque les feuilles commencent à se couvrir de taches jaunes, le moment de la récolte est venu, on coupe les feuilles ou les ges, on les fane et on les sèche pendant plusieurs mois, on réunit alors les feuilles en manoques de dix à douze, eton en forme des masses, recouvertes de planches légèrement pressées. Nous ayons à l'Exposition de nombreux échantillons de ces manoques; la manufacture impériale des tabacs de Vienne en montre une belle collection, remarquable surtout par la longueur des feuilles.

Quand le tabac est arrivé à cet état, il est trié en diverses catégories, suivant la fabrication spéciale à laquelle il est destiné.

Les tabacs présentent des propriétés très-diverses, suivant les espèces; le principe actif qu’ils renferment, la nicotine, se trouve en quantités très-variables aussi : nos tabacs français en contiennent de 6 à 7 pour 400, tandis que le Maryland n'en renferme que 2 pour À 00.

Nos tabacs à priser et à fumer sont toujours des mélanges de différentes espèces; les cigares sont au contraire souvent fabriqués avec des espèces uniques.

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Nos manufactures françaises font un tabac à priser qui jouit d’une grande réputation. Il se fabrique en grandes masses de plusieurs milliers de kilogrammes à la fois; on choisit pour cette fabrication des tabacs corsés commele Virginie, et des tabacs forts comme ncs tabacs français. Le premier donne l’arome, les derniers produisent le montant.

Les feuilles de tabac, après avoir été mouillées avec de l’eau légèrement salée, sont hachées, puis réunies en masse de quatre mètres de haut sur quatre à cinq mètres de large; ces masses fermentent lentement , une partie de la nicotine se détruit en dégageant des sels ammoniacaux; on active ou on ralentit cette fermentation en permettant ou empêchant le contact de l’air. Au bout de cinq ou six mois on démolit les masses; et on procède au râpage au moyen de grands moulins analogues à des moulins à café.

Le mélange des diverses espèces de tabac, Fhabileté avec laquelle on a fait marcher la fermentation conduisent à une réussite plus ou moins parfaite; un bon tabac à priser doit présenter de la force qui est produite par les sels ammoniacaux, et en même temps du montant qui est dû à Ja nicotine.

Pour fabriquer le tabac à fumer on hache les feuilles après les avoir écotées, puis on les sèche d’abord sur des tables de tôle, dans lesquelles circule de la vapeur à 120 degrés; cette opération produit le frisé que ne donnerait pas une dessication à l’air libre; le tabac est ensuite séché dans des chambres où règne une température de 20 degrés.

Notre tabac ordinaire à fumer, notre caporal jouit à l'étranger d’une grande réputation ainsi que notre tabac à priser.

On ne fabrique en France que les cigares inférieurs du prix de 5 et de 40 centimes ; tous les cigares plus chers sont achetés tout fabriqués à l'étranger.

Les feuilles employées à la fabrication des cigares sont de deux espèces : les feuilles d'intérieur et les feuilles pour robes ; celles-ci doivent être aussi grandes que possible et avoir belle apparence.

Les feuilles d'intérieur, légèrement humides afin d’être souples, sont réunies par la cigarière de façon à leur donner à peu près la forme d’un cigare ; elle les entoure d’abord d’un morceau plus grand qu’on appelle cape, puis de la robe qui

recouvre le tout, et dont elle contourne l'extrémité qu’elle fixe

au moyen d’une goutte de gomme.

Les cigares doivent être fumés aussi secs que possible ; aussi le gouvernement les laisse-t-il assez longtemps dans des boîtes avant de les livrer au commerce; les débitants les conservent eux-mêmes pendant plusieurs mois, et enfin les amateurs achètent leurs cigares parfois plusieurs années d'avance; dans les pays du Nord, surtout en Belgique où les tabacs ne sont pas soumis à une régie comme en France, il n’est pas rare de rencontrer des collections de plusieurs milliers de cigares.

Nous trouvons dans un article intéressant de M. Frémy,

longtemps professeur à la manufacture des tabacs de Paris, les chiffres suivants, pour la vente en 1847: :

6774000 kil. de poudres; 10 349 000 de tabacs à fumer ; 44 000 roles minces filés ; 281 000 gros roles ;

7685 carottes à ràper ;

435 339 carottes à fumer ;

175 000 cigares havanes ; 515 408 cigares français.

Le produit brut de la vente a été de 145 779 000 fr. Le bénéfice net, de 85 900 000 francs.

Il résulte de la comparaison de ces chiffres à ceux de plusieurs années précédentes, que la fabrication de la poudre est à peu près stationnaire, que celle des tabacs à mâcher et à raper tend à décroître, que celle du tabac à fumer et des cigares augmente considérablement.

En Algérie, la culture du tabac commence à faire de rapides progrès et pourra devenir une grande source de richesses pour cette colonie, les achats qu’y fait le gouvernement, s’accroissant d'une façon remarquable chaque année ; ainsi, en 4845, les achats avaïent été seulement de 85 190 kil., tandis qu’ils s’élevaient à plus de 400 000 kil. deux ans après , en 1847.

Au Palais de l'Industrie, l'Algérie a envoyé quelques échantillons de cigares et de tabac exposés à l'extrémité de la galerie sud de l'Annexe. On comprend qu’il est difficile d’apprécier la valeur de ces produits à travers les caisses qui les

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renferment, mais nous avons admiré la prodigieuse variété d'espèces de cigares exposés ; ce serait peut-être un exemple à suivre pour nos manufactures impériales dont le catalogue n'est pas varié. |

L'Allemagne a de belles expositions de tabac, et il devait en être ainsi; la douce ivresse du tabac convient spécialement à la rêverie de nos voisins du Rhin ; la manufacture impériale de Vienne a, dans le bas côté nord de l’Annexe, une fort belle et fort grande vitrine.

Les tabacs prussiens sont représentés par sept exposants qui ont de petits cigares jaunes et clairs pour dames, et de formidables et noirs régalias pour les hommes sérieux.

Les États-Unis d'Amérique ne nous envoient aucun échantillon de tabacs, cependant nous importons de ce pays des quantilés considérables de produits de choix: en 27 ans, de 1821 à 1847, les États-Unis ont vendu à l'Europe pour #70 millions de tabac. : |

| Caoutchouc.

On désigne, sous le nom de caoutchouc, un principe immédiat contenu en dissolution dans le suc laiteux de plusieurs plantes de l'Amérique du Sud et des Indes Orientales. Ce sont surtout les grands arbres de la famille des orties et des euphorbes qui le fournissent en plus grande abondance. A Java, à Assam, à Sincapore, le caoutchouc se retire de différents figuiers et particulièrement du ficus elastica. Au Brésil et à la Guyane, on l'extrait du siphonia cahucha. C’est même de cette dernière variété qu’il tire son nom. |

Pour se procurer le caoutchouc, les Indiens pratiquent sur l'écorce de ces arbres de profondes incisions, tout autour du tronc, depuis la base jusqu'aux branches les plus élevées, et ils reçoivent dans des callebasses ou dans de grandes feuilles ployées en bonnet le suc laiteux qui s’en écoule. Abandonnée à elle-même, cette séve s’épaissit peu à peu par suite de la lente évaporation de l’eau qu’elle renferme, devient visqueuse et collante, et finit par se figer en une matière solide éminemment élastique.

Comme une pareille évaporation exige beaucoup de temps, Surtout quand il s’agit de solidifier une grande masse de

liquide, il arrive souvent que pour la rendre plus rapide , les naturels du pays confectionnent des moules en terre qu'ils immergent successivement, et un grand nombre de fois, dans le suc convenablement épaissi. Lorsqu'ils jugent le dépôt de caoutchouc assez abondant, ils brisent le moule et en font sortir les fragments par une ouverture ménagée. C’est du moins ainsi qu'est préparé le caoutchouc en poires, qu’on trouve dans le commerce.

Malgré les incertitudes qui règnent encore sur la date réelle à laquelle le caoutchouc fut conou en Europe, il paraît que ce fut un certain Fresneau qui en fit la découverte à Cayenne ; cependant, c'est véritablement du célèbre Lacondamine qu’on reçut, en 1751, la première description scientifique de cette substance. :

Tel qu’il nous est expédié de l'Amérique et de l'Asie, le caoutchouc contient. beaucoup d’impuretés. L'espèce noire suriout, qui nous arrive de Java, est souillée de pierres et de débris de bois qui la rendent tout à fait impropre à la fabrication. On épure maintenant le caoutchouc en le faisant passer dans les broyeurs mécaniques, dont M. Couturier, mécanicien, expose un petit modèle dans la galerie des machines du Palais de l'Industrie. |

Le broyeur se compose de deux cylindres cannelés disposés horizontalement et animés d’un mouvement circulaire, de sorte que le caoutchouc brut qui a subi l’étreinte de ces puissantes machines se trouve débarrassé des pierres, et converti en une feuille rugueuse qu’une courte ébullition dans un bain alcalin suffit pour épurer entièrement. En comprimant fortement, dans ua cylindre de fonte, un grand nombre de ces feuilles, on les soude ensemble de manière à en faire des blocs cylindriques d’une grande homogénéité qui servent ensuite de matière première aux objets de fabrication.

La matière transportée sur la machine à couteau horizontal dont M. Guibal est l'inventeur, ou sous le tranchant du couteau circulaire exposé par M. Couturier, on en fabrique à volonté les feuilles qui sont employées dans la confection des étoffes, ou les rubans qui sont plus tard convertis en fils.

C’est aussi avec succès qu’on fait usage de caoutchouc dissous dans certaines huiles essentielles, pour enduire les surfaces des tissus légers, et les rendre imperméables à l’eau

sans en augmenter sensiblement le poids, ni en altérer la souplesse. |

Malgré les résultats déjà acquis, l'industrie du caoutchouc était néanmoins condamnée à périr à cause de l’état instable des objets qui sont confectionnés avec cette substance. Le caoutchouc, en effet, se durcit par le repos et le froid, et se ramollit par le maniement et la chaleur. Tel produit qui trouvait son emploi en été devenait donc inutile dans une saison moins chaude. Cette restriction était un inconvénient qu’il fallait conjurer, puisqu'il paralysait la nouvelle industrie dans son essor même. On y parvint fort heureusement à l’aide de la vulcanisation. On appelle ainsi une opération qui consiste à immerger les feuilles de caoutchouc dans un bain de soufre fondu. L'agent chimique se combine en petites proportions au caoutchouc, et en mitige les propriétés de manière à le rendre aussi insensible aux chaleurs tropicales qu'aux hivers les plus rigoureux.

Les usages du caoutchouc vulcanisé sont immenses. On en fait des tampons de machines, des rondelles pour cylindres, des courroies, des tuyaux de toute dimension, des appareils chirurgicaux, des coussins électriques, des robinets, des fils, des rouleaux, des ressorts, des vêtements de toute espèce, etc., etc. Ç

En forçant la vulcanisation, c’est-à-dire en ajoutant à une pâte de caoutchouc le cinquième environ de son poids de fleurs de soufre, et chauffant le mélange à 450 degrés, M. Goodyear vient de nous doter d'un nouveau produit dur et rigide comme le marbre, et susceptible aussi d’un beau poli. Les applications variées auxquelles il a su faire concourir sa précieuse découverte nous font pressentir un bel avenir pour cette industrie naissante.

On peut en juger déjà par la brillante exposition que possède au palais des Champs-Élysées la Compagnie qui exploite ses procédés. C’est avec étonnement qu'on admire ces manches de couteau sculptés, ces crosses de fusil ornées de sujets moulés avec art, ces jumelles de théâtre et mille autres articles d'optique et de tabletterie, autrefois l’apanage de l'ébène et du buffle, aujourd'hui entièrement confectionnés avec le caoutchouc durci de M. Goodyear. On y remarque aussi, faits avec la même substance, des meubles richement dorés,

des bijoux montés de perles fines, des plats à dessins chinois, des instruments de musique, tels que violons et clarinettes , des candélabres, une machine électrique très-remarquable, et dans un ordre de produits plus usuels, des cravaches et des cannes très-flexibles, plusieurs instruments de chirurgié, des poudrières et autres objets de chasse: diverses mesures métriques, des mollettes à imprimer, des bobines et des naveltes, des peignes ordinaires et des peignes à tisser, rempla- Gant avec avantage les mêmes instruments en fer, si oxydables par l’air humide.

M. Goodyear expose aussi des planches de caoutchouc durci destinées au doublage des navires et qui, par leur bas prix et leur légèreté pourront, dit-on, être substituées aux feuilles de cuivre actuellement en usage.

La librairie n’a point été oubliée dans cette riche collection, et l'on peut apprendre l’histoire de la fabrication merveilleuse qui nous occupe dans un livre imperméable, dont les feuillets en caoutchouc vulcanisé sont revêtus d'une élégante reliure en même matière durcie. Quoiqu'il soit à regretter qu'une pareille innovation arrive quatre mille ans après le déluge, nous n'appelons pas moins sur elle l’attention des baigneurs qui aiment à goûter dans l'onde les plaisirs de la lecture.

La Compagnie américaine présente également une intéressahte exposition de caoutchouc simplement vulcanisé. Il s’y trouve des cartes géographiques imprimées , des étoffes et des vêtements divers, et parmi les jouets d’enfant , des chiers et des oiseaux donnant de la voix par la simple pression des doigts sur le corps. Il y a également de somptueux matelas à eau chaude. à |

Enfin, le service militaire y possède des tentes imperméables et des pontons d'une confection très-soignée.

Cette Compagnie, dans sa féconde initiative, ne s’est pas contentée de trouver les moyens de soulager le souffrant, d’égayer l’enfance, de mettre à l’abri des dangers de l’inondation le manuscrit du poëte ou les archives des peuples, elle a aussi pensé à venir en aide à certaines infirmités. Le nouveau système de chaussure qu'elle a créé en est la preuve irrécusable, et, hätons-nous de le dire, l'énigme la. plus subtile pour tous les curieux qui l’admirent. Les rondelles en

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caoutchouc gris qui sont disséminées dans la semelle des bottines font naître véritablement les conjectures les plus bizarres, à tel point que beaucoup de personnes se figurent être en présence de porte-monnaie suspendus avec artifice à la partie de l'habillement la moins susceptible d’être oubliée et celle aussi qui dans la foule ne redoute point l'invasion d'une main étrangère. Pour d’autres esprits ce système est une véritable mystification. C'est même notre opinion aujourd’hui que nous avons appris que ces rondelles ne sont que des soupapes qui ventilent l’intérieur de la chaussure, par la pression que le pied, en mouvement, exerce sur elles.

Quant aux bateaux dits de sauvetage ou insubmersibles, s'ils n'ont point à redouter l’impétuosité des vagues, au moins nous paraissent-ils craindre l’angle du récif ou la dent de quelque hôte marin. Si curieux qu’ils soient, ils ne peuvent cependant rivaliser avec celui que M. Edmiston , de Londres, a fabriqué et que tout le monde voudra voir. Il fant d’ailleurs reconnaître que notre alliée d'outre-mer a montré cette fois, dans son exposition de caoutchouc, une réserve à laquelle elle ne nous avait pas toujours accoutumés , et que s’il n’y a que deux ou trois exposants anglais qui soient entrés dans la lice, au moins ce sont autant de champions qui peuvent rompre une lance. Le Palais de l'Industrie n’a, en effet, rien à opposer, pour le bon marché uni au confortable, aux paletots imperméabhles de M. Wansbrough : vêtements de bon goût que nos lions des boulevards s’honoreront de porter cet hiver. Confectionnés avec une étoffe orléans de couleur trèsvariée et une doublure d’une imitation de drap gris ou marron fort heureuse, ces par-dessus contrastent très-agréable-

ment avec l'aspect monotone des caoutchoucs français.

En Belgique, au moins, les manteaux imperméables que nous payons à Paris 48 à 20 fr. ne valent que 8 fr., et

c’est là, pour la fabrication belge, un véritable progrès qu’il

est juste de signaler.

Le Prussien, au contraire, paraît tenir à ses vieilles habi. tudes ; il aime son roi et même son parapluie à en juger par l'exposition de Berlin qui ne possède a peine, parmi ses nombreux articles en caoutchouc, qu’un vêtement pendu dans langle obscur d’une vitrine. L'application de la gomme élas-

tique est cependant très-bien comprise dans ce pays. Les feuilles, les tubes et la plupart des cylindres en caoutchouc vulcanisé de MM. Woigst et Winde, de Berlin, sont d'un beau travail, et le portrait de l auguste martyr de Sainte-Hélène est d’un heureux effet comme moulage. Les dimensions des pièces exposées montrent en outre que cette industrie a déjà pris un grand accroissement, et qu’elle pourra un jour se montrer la rivale de l’industrie française ; à la condition, toutefois, de réformer ses procédés de vulcanisation , car si son travail est intelligent pour la confection des articles qu’elle livre au commerce, il laisse beaucoup à désirer dans la préparation dela matière première. Le caoutchouc vulcanisé de MM. Woigt et Winde, et Fonrobert, renferme un excès de soufre qui le rend cassant, et c’est pour cette raison que les feuilles et les tubes de leur exposition se déchirent sous l’influence d’une faible traction. Les grosses pièces elles-mêmes, quoique d’un beau grain, se laissent entamer par l’ongle , épreuves que ne redoutent point, par exemple , les pièces semblables de M. Guibal, dont la matière vulcanisée est d’une souplesse incomparable. |

Les sinuosités que présentent les parois des tuyaux de gros diamètre, accusent également dans cette importante branche de l'industrie l'emploi de moyens de fabrication encore bien primitifs, et confirment l'opinion qu’on se fait de l’ensemble de l’exposition prussienne: qu’elle se trouve aujourd’hui dans la grande voie du progrès, à l’étape même où les produits français s'étaient arrêtés il y a six ans.

Ces assertions paraîtront incontestables à tous ceux qui visiteront la riche exposition de la France. (Galerie du quai, côté de la Seine, premier étage, colonnes 58-63.)

Il n'y a personne qui n’admirera ces articles parisiens qui ont valu à leurs auteurs, MM. Guibal et Rattier, une réputation européenne si justement méritée. Nulle part on ne trouve plus de coquetterie ravissante, dans les jarretières de femmes coloriées comme les fleurs.

Et cette richesse d'effet obtenue avec si peu de chose est tellement inhérente à la production française, qu’on la rencontre même dans les objets d’un usage vulgaire. Les chaussures, les casquettes, les coussins de M. Guibal , sont infiniment supérieurs aux mêmes articles prussiens, et cependant,

chez l’un comme chez l’autre, c’est toujours du Caoutchouc, du fil et de la toile réunis ensemble.

Toutefois, la partie sérieuse et nouvelle de l'exposition. française ne consiste pas tant dans les formes et l'aspect brillant des objets, que dans l'amélioration de la matière première elle-même, et l’étendue de ses applications. Le caoutchouc vulcanisé des producteurs français est vraiment un produit remarquable qui diffère essentiellement du caoutchouc dur et sec fabriqué, il y a quelques années, par les. mêmes fabricants. M. Rousseau-Lafarge en expose sous forme de tampons et ressorts de wagons, de clapets de machines à vapeur , etc., les échantillons hors ligne, et MM. Aubert et Gérard en ont envoyé de grandes masses également hien dignes d’aitention. Les caprices de la fantaisie ont, à leur tour, trouvé en MM. Barbier et Deaubrée, de Clermont-Ferrand, des interprètes intelligents, car à côté d’une exposition sérieuse de caoutchouc filé, il y à une multitude de gourdes et de blagues à tabac ornées de chinoiseries coloriées, toutes. filles de la potichomanie. Symbole de la gaieté, elles invitent naturellement à la danse et personne n’exposait plus à propos des chaussures que MM. Hutchinson et Henderson : leurs. produits sont d’ailleurs d’une confection délicate et très-soignée; notre seule crainte, c’est qu’ils ne rencontrent que peu de pieds assez mignons pour les chausser, excepté cependant. pour la colossale botte d'honneur qu’ils exposent dans le Pa-. lais et dont Perrault, dans ses Contes des fées, a depuis. longtemps indiqué l'emploi.

Les tissus imperméables ne sauraient être omis dans cette longue nomenclature, puisqu'ils constituent la branche Ia plus imposante du caoutchouc manufacturé. Nous signalerons donc avec plaisir les riches étoffes de tenture de MM. Hutchinson et Henderson, et, parmi elles, la grande toile peinte que: le public admirerait beaucoup moins si elle ne représentait pas l’un des brillants faits d'armes de notre brave armée d'Orient.

Quant aux vêtements en caoutchonc, ce sont toujours ceux. de MM. Rattier et Gaibal qui ont conservé le monopole de la distinction. |

Préparation et conservation des substances alimentaires.

Le règne végétal et le règne animal fournissent un trèsgrand nômbre de matières alimentaires que l’industrie transforme de mille manières, pour le plus grand profit des consommateurs et du commerce. De ces matières, les unes peuvent être consommées dès qu’elles sortent des mains de. l'industrie, ou sont dans un état qui leur permet d'attendre plus ou moins longtemps la convenance de l'acheteur ; les autres, au contraire, ne conservent les qualités qui les äistinguent que durant un temps quelquefois fort court, et il faut les préserver de toute altération jusqu’au jour où on les utilise.

De là deux opérations industrielles distinctes : la préparation et la conservation des substances alimentaires. De là aussi deux divisions, deux titres sous chacun desquels il convient de classer les produits que renferme cette classe.

Les substances alimentaires qui n’exigent qu'une simple préparation, celles qu'on n’est pas obligé de soumettre à des procédés spéciaux de conservation, peuvent se rapporter à quatre groupes principaux : les produits tirés des céréales et des plantes féculentes; les sucres; les vins, alcools et liqueurs ; les chocolats, cafés et thés.

Les substances alimentaires qui constituent des conserves se peuvent distinguer aussi en quatre catégories : Conserves de fruits, de légumes, de ragoûts, de viandes.

Malgré le nombre considérable et l'importance commerciale de ces substances diverses, nous ne pourrons en parler que d’une manière générale et par aperçu sommaire : cela, pour deux raisons. |

Tous ces produits ne se cachent pas seulement derrière les vitrines, ils s’enferment dans mille enveloppes difiérentes, boîtes, bouteilles, flacons, tonneaux, que le visiteur ne peut

ouvrir. Or, pour juger du mérite de ces matières destinées à l'alimentation, il faut connaître le procédé à l’aide duquel elles sont obtenues, il faut aussi apprécier e gustu la valeur propre de chacun d’eux. La dégustation même ne suffit pas toujours ; l'analyse chimique est souvent nécessaire pour déterminer la richesse des produits, celle des farines, par exemple; l’expérience, et une expérience prolongée, est quelquefois indispensable, notamment pour les conserves.

D'un autre côté, la description des procédés de préparation où de conservation des substances alimentaires font l'objet tout particulier d'un volume de la Bibliothèque des chemins de fer, auquel nous devons naturellement renvoyer les lecteurs.

Notre tâche se borne donc nécessairement à caractériser

Chacun des grands pays qui figurent à l'Exposition, par la

nature de produits spéciaux qui le distinguent: à fournir quelques renseignements sur l'importance industrielle de quelques substances ; à compléter le volume que nous venons de citer ; par l'indication des procédés nouveaux qui offrent quelque intérêt,

En raison de l'importance tout actuelle de la question, la conservation des viandes appellera principalement notre attention.

Aucune série n’est plus nombreuse que celle où viennent se ranger les produits multipliés tirés des céréales et des plantes féculentes : farines de. toute espèce, gruaux et grésillons, grains décortiqués et pilés, gluten cranulé et en feuilles; pâtes alimentaires indéfiniment diversifiées pour potages, purées, crèmes: pâtes d'Italie, macaronis, nouilles, vermicelles, semoules; fécules, amidons, dextrine, glucose ; Sagou, tapioca, pains de toutes natures, biscuits de toutes sortes et de toutes formes ; biscuits de mer, de Reims, biscuits glacés; petits-fours, pâtisseries sèches. ; l’'énumération est impossible. | Lt

Il'est également difficile de nommer toutes les sortes de vins, tous les mets en conserves qui ont été envoyés à l’Exposition ; les noms sans la dégustation ne diraient, d’ailleurs, pas grand’chose. - |

Ce qu'il est facile de remarquer c’est que, pour la beauté des farines, et pour la variété des transformations auxquelles

emploi des céréales peut donner naissance, la France avec

l'Algérie se place au premier rang. Le Canada et la Guyane anglaise font honneur aux îles Britanniques pour leurs farines et leurs fécules. La Prusse et l’Autriche, l'Espagne et les villes Anséatiques ont aussi de beaux échantillons.

Les pâtes alimentaires des États-Sardes, celles de la Toscane surtout sont d’une finesse étonnante, et qui justifie bien la réputation proverbiale de l'Italie en ce genre. La France seule peut lutter avec ces produits dont les autres pays ne sont pas riches.

Les États Américains, nos colonies et les colonies de nos voisins ont-des produits féculents particuliers, empruntés à des plantes de leurs zones. Ainsi la république Mexicaine présente des fécules de Janipha Manihoc, ou cassave; d’Arrow-root, fournie par les racines, ou plus exactement par les tiges souterraines du Marantà arundinacea et autres plantes, même par le Janipha Manihoc que nous venons de nommer ; des sayous, que peuvent fournir beaucoup de végélaux , tels que le Cycas circinalis, l’Areca oleracea, nommé chou palmiste aux Anülles, le Phœænix farinifera, V' Arenga saccharifera, les Sagus farinifera et Rumphii, c'est-à-dire des plantes de la grande et belle famille des Palmiers ou de celle des Cycadées, qui lui est voisine.

Outre ses cassaves douces et amères qu'elle nous offre en tranches sèches, en farine, en fécule, en pains , la Guyane anglaise présente encore des matières féculentes nombreuses tirées de diverses espèces d'ignames , de la patate douce, de la banane, de la mangue, et d’autres plantes encore. Tous ces produits sont étudiés avec soin au point de vue hygiénique, économique et commercial; on sent que les colons anglais se préoccupent beaucoup des moyens d'utiliser les produits naturels et facilement obtenus dans leurs colonies.

Quelques mots suffiront pour faire comprendre l'importance de ces végétaux sous le chat tropical, et même comme objet d'importation.

On peut récolter à l'hectare vingt-quatre mille kilogr. environ de racines fraîches qui donnent la cassave; cette récolte produit huit à neuf mille kilogr. de farine, six à sept. cents.kilogr. de cassareep, sucre épaissi de la plante, trèsusité comme condiment, surtout pour préparer le pepper-pot des Indes Occidentales, et enfin plus de deux cents kilogr.

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