PAU LVI THIOWII.I.E EST RESTÉE FRANÇAISE
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Il avait tenu à donner à son père ce témoignage de respect el d'admiration. Qu(*l([ues semaines après, un inspecteur des inscriptions lunéi'aires venait lui annoncer, au nom du préfet dt* la Seine, que ces mots : Par lui Thionville est j'estée française ne pourraient fiffurer sur lépitaphe afin de ne pas blesser TAllemagne. Victor Hugo s'emporta. Le préfet en fut averti, et, quelques jours après, lui fit annoncer que lépitaphe serait respectée.
— Un paysage : Crépuscule.
A mon cher et vaillant ami Paul Meurice, Hauteville-House. Guernesey, P"" janvier 1850.
Sur le panneau (face à la porte d'entrée) se trouve un des plus grands et des plus beaux dessins de A ictor Hugo, le plus grand qu'il ait fait : Le Burg à la croix. Les amis de Paul Meurice ont pu le voir et ladmirer pendant de longues années dans son cabinet de travail de la rue Fortuny. C'est un de ses souvenirs les plus précieux, les plus chers et les plus anciens.
Comment Victor Hugo eut-il lidée de faire ce dessin? Un jour, un de ses amis qui s'intéressait passionnément à son œuvre artistique vint le trouver <'t lui dit :
— Vous faites des dessins très curieux, très originaux, mais trop petits; pourquoi n'en feriez-vous pas un grand?
— Un grand dessin ! moi, je n'en ai jamais fait, je n'ai même jamais pensé à en faire un! Un grand dessin I comme vous y allez! ce n'est pas une petite ailaire. 11 faut on avoir le temi)s et le pouvoir.
— Bast! vous? mais vous f»*rez tout ce que vous voudrez. Essayez.
C'était en 1848. A'ictor Hugo après avoir demeuré |M-ovisoirement rue de l'Isly, près de la rue du Havre, habitait rue de la Tour d Auvergne; à cette époque de révolution, il était difficile de travailler el de penser à autre chose qu'aux événements polili({ues. Victor Hugo se rap}iclait toujours la visite de son ami. Un grand dessin! Pourquoi pas un grand dessin? Mais il ne pouvait pas se servir ilu papier souvent mince sur lequel il <Tayonnait d'ordinaire, dans ses moments de loisir; il acheta une grande l'euille de papier solide. C'était tojijours un commencement. 11 regarda sa feuille blanche, un peu préoccupé, un peu inquiet. 11 avait sous la main « ses mixtures » comme il les
appelait, encre de Chine, sépia, café : il jeta des paquets d'encre sur la page blanche, et en examinant bien le tableau, vous verrez, en effet, des couches épaisses d'encre coagulée, et il fît sortir de cette masse noire Le Burg à la croix, se servant de la plume, du doigt, du canif, du grattoir, dessinant, sculptant, ciselant, mettant de lair dans ces ombres, des taches blanches dans ces noirs et élevant un monument fantastique, troublant et terrible, dans un paysage de désolation. Vous ne rencontrerez pas ce burg dans vos voyages, même au pays des manoirs, des forteresses et des donjons, c'est une création de son imagination. Il y consacra trois mois. Il plaça le tableau dans un cadre quelconque et le suspendit à un des murs de son appartement.
Lorsqu'il dut quitter la France en i85i, à l'époque du coup d'État, on procéda à la vente de son mobilier et de ses objets d'art. Quelques amis seulement étaient là, et les objets furent vendus à un prix dérisoire. Ils n'étaient pas riches, les amis qui étaient venus. Paul Meuzùce se fit adjuger le Burg à la croix pour quatre-cent vingt francs.
Victor Hugo avait vivement regretté que ses dessins eussent été mis aux enchères. Il tenait surtout au Burg à la croix, son chef-d'œuvre. Paul Meurice le rassura en lui disant que c'était lui qui l'avait acheté et qu'il le tenait à sa disposition.
— Si c'est vous qui l'avez, gardez-le. Seulement, je ne veux pas que vous l'ayez payé, je vous le rembourse, et je vous le donne. De plus, je vous en ferai le cadre quelque jour.
Mais le cadre se fit un peu attendre ; Victor Hugo était trop absorbé par son travail. Quand il revint en France en i8;70, il habita, pendant tout le siège, chez Paul Meurice, avenue Frochot.
— J'ai à vous payer deux dettes à la fois, lui dit-il.
A son retour définitif à Paris, il alla s'installer rue de La Rochefoucauld, puis ensuite rue de Clichy. C'est là qu'il s'occupa de fabriquer le cadre. Il assembla quatre planchettes de bois, et pendant une quinzaine de jours il les enlumina de tous les caprices de sa fantaisie, dessinant d'abord, jetant ses couleurs, semant les feuilles, les oiseaux, les papillons, les insectes, les entrelaçant, les mêlant dans une confusion de fines arabesques, enjolivant cette fleur étrange, la fleur Victor Hugo, la fleur synthèse, la fleur étoilée, lu fleur espérance, car à côté d'elle est inscrit le, mot Spes. C'était le moment où, obsédé du rêve de la revanche, il veiuiit d'achever i Année terrible.
60 LA MAISU.N DK VICTuK HUGO
Le cadre terminé, il écrivit :
Sièg-e de Paris 18^0.
5 septembre iS^o. — 3 février 18 ji.
dates du jour où il était entré chez Paul Meurice et du jour où il en était sorti.
Puis il inscrivit en caractères creux :
Victor Hugo a Paul Meurice.
Il n'avait pas ménagé ses doigts, il les avait consciencieusement barbouillés, et il avait solidement encrassé ses oncles de toute la ganmie des noirs. Il les regardait avec quel(|ue pitié, et presque avec humiliation, parce que, malgré tous les savons, toutes les brosses, toutes les pierre-ponce, tous les citrons et toutes les limes, il n'était pas parvenu à les débarrasser de leur cuirasse boueuse.
Et il disait en souriant : — Voyez mes ongles! sont-ils assez malpropres I Que va-t-on penser de moi? On dira : Victor Hugo ne se lave jamais. Quelle réputation! je n'oserai plus donner la main à personne.
On compi-end qu'un tableau si magistral, entouré de tels souvenirs, possédé, contemplé au-dessus de sa table de travail, admiré et aimé pendant plus dun demi-siècle, fi'it devenu l'objet d'un culte pailicidier. M. Paul Meurice en a fait cependant le sacrifice pour la gloire do son ami et l'admiration de ses contemporains.
De chaque côté de cette vaste composilion : A gauche, le Phare des Casquets, le phare sauvage du moyen-âge.
« C'était à cette époque un simple vieux phare barbare tel que Henri I''' l'avait fait construire après la perdition de \a Blmirlie-Nrl . un hùdier flambant sous un treillis de ler au haut dun rocher, uni' braise derrière une grille et une chevelure de flamme dans le vent.
i^L' notiinie qui rit.)
A droite, le Phare d'Eddystone, le phare du xvir siècle.
« L'ai'chilccture d une tour de phare était magnilupie et extravagante. On y prodiguait les balcons, les balustres, les tourelles, les logettes, les gloriettes, les girouettes. Ce n'étaient que mascarons, statues, rinreaux. volutes, rondes-bosses, figures et figurines, cartouches avec inscriptions. Pax in //e//f*, disait le phare dIOddystone. »
[L'/Ioin/nf fjdi rit.)
Au-dessous du Burg à la croix, une série de petits dessins : castels, burgs, donjons, beflrois, des souvenirs rencontrés en cours de route, dans ses voyages sur le Rhin et qui ne lui ont pas paru mériter une désignation spéciale, des Soirs, des Crépuscules.
— Un carrosse luxueux traîné par une haridelle : Le Char de la royauté, comme le qualifiait Victor Hugo.
Sur les panneaux qui donnent sur la place des Vosges : Dans un cadre, quatre crayons :
Château en ruine.
« Derrière la colline où j'étais assis, au haut d'un monticule couvert de sapins, de châtaigniers et d'érahles, j'apercevais une sombre ruine, colossal monceau de basalte brun. On eût dit un tas de lave pétri par quelque géant en forme de citadelle. »
[Le Rhin.) Le Rheinfels.
« Le Rheinfels a résisté aux villes du Rhin en 1225, au maréchal de Tallard en 1692 et s'est rendu à la République Française en 1794. »
[Le Rhin.)
— Un tableau offert à l'artiste Célestin Nanteuil, un ami cher.
En souvenir de nos promenades d'autrefois.
Victor Hugo.
Marine- Terrace, 19 aoùtlSoo.
C'était à l'époque où Victor Hugo était à Jersey, et c'est cette même année i855, le a novembre, après un séjour de trois ans et quatre mois, qu'il fut expulsé de Jersey.
— Un cadre entourant une glace avec ces vers :
Passereaux et rouges-gorges, Venez des airs et des eaux, Venez tous faire vos orges.
Messieurs les petits oiseaux.
Chez monsieur le petit Georges.
Dessiné en mai 1870.
Pendant qu'on méjuge et me condamne à Paris, 1870.
Passereaux et rouges-gorges aux plumages variés volent dans des entrelacements de feuilles de vigne et de lierre ; et toujours la Heur étoilée de Victor Hugo. Sa préférence pour le rougegorge n'était pas une simple fantaisie. Il avait de Tallection pour cet oiseau Ne racontait-il pas dans ses carnets, qu'à Guernesey un rouge-gorge se posait régulièrement près de sa fenêtre, et que, chaque fois qu'il revenait à Hauteville-House, le rougegorge se retrouvait près de son toit comme s'il eût voulu saluer sa venue?
Ces mots : Pendant quon me juge et me condamne à Paris font allusion à un procès que lui faisait l'empire, le ii mai, pour son manifeste sur le plébiscite.
Au-dessous : le Brise-lame. — Victor Hugo a écrit sur ce dessin :
Gi"os temps : Extrémité du brise-Iaine provisoire à Guernesey, vu de mon look-out.
13 janvier 1865.
Quatre dessins au crayon : dont l'un, la Table du Diable, 22 septembre, (i h. 1/2. Souvenir de ses voyages en i865.
— Bacharach. — C'est un souvenir de son voyage sur le Rhin.
« J'ai passé trois jours à Bacharach, façon de cour des Miracles oubliée au bord du Rhin parle bon goût voltairien, par la Révolution française, par les batailles de Louis XIV, par les canonnades de 07 et de 1805, et par les architectes élégants et sages qui font des maisons en forme de commodes et de secrétaires. »
[Le Rhin.)
— Boppart du Voyage du Rhin.
DANS LES VITRINES
Une quantité innombral)le de dessins d'une étonnante variété, depuis des monuineuts indiens, des mosquées délicatement ciselées jusqu'à des burgs, des roches sauvages. Il est impossible <le les citer tous. Notons dans les vitrines du milieu :
Lucerne. — Victor Hugo a écrit au bas de ce dessin d'une prodigieuse finesse :
Lucerne, 13 septembre iS.'JO. — Ce que je vois de ma fenêtre : pour ma Didine sa fille aînée, Léopoldine).
Le Rocher Douvres Apparot qui figure dans les Tj'açailleiirs
de la nier.
Un carton avec plusieurs dessins des Travailleurs de la mer. Saint-Sampson.
Un bateau, soulevé par l'écume au milieu de la tempête, que Victor Hugo a dessiné à Guernesey en i856, est comme le sj'^mbole de sa mélancolie. Il est depuis cinq ans en exil, il a conquis beaucoup de gloire, mais il est triste d'être loin de son pays et loin des êtres cliers qu'il aime et dont les tombes sont en France, il traduit ainsi la tristesse qui l'accable :
Au revers de ce carton, j'ai barbouillé ma propre destinée, un bâtiment battu de la tempête, au beau milieu du monstrueux océan, à peu près désemparé, assailli par tous les ouragans et par toutes les écumes, n'ayant qu'un peu de fumée qu'on appelle la gloire, que le vent arrache — et qui est sa force.
Dans la seconde vitrine du milieu on trouvera de nombreux dessins de ses voyages. Entre autres :
Bacharach,
« Au-dessus de l'église byzantine à mi-côte, la ruine d'une autre église du quinzième siècle, en grès rouge, sans portes, sans fenêtres et sans viti'aux, magnifique squelette qui se profile fièrement sur le ciel. »
[Le Rhin.)
L'abbaye de Villers.
Les souvenirs de Bouillon.
Dans les vitrines contre le panneau de gaucbe :
Un carton : Le Burg des Gris-la-Nuit. Le château situé près de Durkbeim où est mort Turenne passe pour être plein de spectres et ensorcelé. Il s'appelle aujourd'hui les Cris-la- Nuit. Victor Hugo avait probablement l'intention d'écrire un conte sur ce burg, car on a retrouvé des notes de lui que nous reproduisons ici :
« Le mystérieux burg des Cris-la-Nuit était devant ses yeux. Était-ce un édifice? Était-ce un spectre? On distinguait des toits, des tourelles, des fenêtres, de hauts murs démantelés, mais des lueurs impossibles en sortaient, et toutes ces pierres — étaient-ce des pierres? — avaient un air étrange et vivant. De sombres arches
laissaient passer des clartés, et au-dessous de l'ogive d'entrée qu'inondait une flaque d'eau noirâtre, une sorte de monstre — était-ce une lucarne en ruine? — ouvrait une gueule inexprimaMc qui paraissait prête à mordre et à crier. Ce monstre semblait poser sur le sol une patte énorme qui était un des chambranles de la porte, et un mur ou une sorte de bras terminé par une main onglée sortait de la hanche ou de l'épaule de la giande tour du Ibnd, <pii, avec sa visière à deux trous, semblait un chevalier casqué et masqué. Ce bras ou ce mur venait saisir et semblait retenir par la tête le monstre aboyant du seuil, chien de pierre du géant âc granit.
Dans la forêt, tout autour du burg, des faces de fantômes avaient l'air de se pencher et de regarder par-dessus les murs. »
Dans la seconde vitrine contre le panneau de gauche : Des caricatures bien amusantes :
Royer-Collard.
Un monsieur sous une averse. — C'est Victor Iluffo. Il veut monter dans un omnibus, mais il n'y a pas de place à l'intérieur, il pleut à torrents.
Le conducteur le prie de descendre. - Mais, dit Victor Hugo, il y a de la place sur l'impériale. » Elle était en ellet entièrement vide. Au moment où Mctor Hugo gravit l'escalier, le conducteur lui dit : « Monsieur va au soleil? > Un conducteur qui avait de l'esprit.
— H faudrait noter toutes ces figures étranges, étonnantes de vérité dans leur expression burlesque, dans la variété de leur attitude, dans les contorsions de leur physionomie, dans le mouvement bizarre de leur bouche et de leur regard. Nous trouvons : Le candidat classique à l'Académie française, malheureux ayant fait des tragédies, pas nommé et n'y comprenant rien, vieux.
Et ce magistrat cjui n'est pas content d entendre clabaudcr contre la peine de mort et qui dit : Qu'est-ce que c'est que toutes ces déclamalions-là?
Et la femme qui a l'idée quelle va surprendre son époux en flagrant délit.
Et le monsietu* (|ui prend un air lamentable en disant : Ne me parlez pas du drame moderne.
Vous verrez aussi des personnages des Misérables : Thénardicr.
0 Le front inégal, ravagé, bossu par endroits, hideusement ridé en haut... le profil féroce et sagace de l'homme de proie. »
Et Gavroche à six ans, d'après nature.
f^ Et [Navet, lamià Gavroche regardant ceux qui montent au inàt de cocagne.
Cheminée sculptée par Victor H<.:r.o.