SECONDE CHAMBRE
A gauche en entrant, une belle photographie de Victor Hugo mort, par Nadar .
Au-dessous :
Un coin du cimetière de Villequier, de J. Adelixe.
C'est à Villequier que sont enterrés les êtres chers. Sur la pierre en avant, on lit : Adèle, femme de Victoi^Hugo. En 1868, lorsque M™^ Victor Hugo mourut, le poète exilé ne put suivre la morte à Villequier. De loin, debout sur la frontière, il vit le cercueil disparaître. L'adieu suprême fut dit sur la tombe par Paul Meurice en ces termes :
« Elle était la femme de l'homme le plus grand qui soit, et, par le cœur, elle se haussait à ce génie. Elle l'égalait presque à force de le comprendre.
« Victor Hugo ma dit à la frontière hier au soir : « Dites à ma fille qu'en attendant je lui envoie sa mère. » C'est dit, et je crois que c'est entendu. »
Sur une autre pierre on lit: Charles Vacquerie, âgé de 26 ans, et Léopoldine^'acquerie, née Hugo, âgée de 19 ans, i843. Sur les tombes poussent des fleurs. Et chaque année un ami allait cueillir sur la tombe de Léopoldine une fleur qu'il envoyait au père en exil. Victor Hugo la gardait précieusement dans les carnets ou les cahiers sur lesquels il inscrivait chaque jour ses occupations de la journée ou les incidents et les événements du jour, il mettait la fleur séchée dans une enveloppe ou la fixait en la collant avec cette suscription ou une semblable: « X... m-a rapporté une fleur cueillie sur leur tombe à Villequier. Je l'ai baisée, puis j'ai refermé l'enveloppe. »
C'est sur un de ses carnets qu'il écrivait quand il alla en Normandie au retour d'exil et qu'il séjourna à Villequier :
LA MAISON DK VICTOK HLGO
« Après le déjeuner je suis allé au tombeau de ma fille. Le cimetière touche à l'église. Le tombeau de Léopoldine est au rentre d une grande tombe de famille composée de tombeaux s<''parés. Son mari est près d'elle avec une ins<ription qui rappelle leur mariage et leur mort. On lit : De profundis clamavi ad te. Devant est le tombeau de ma femme, avec cette inscription : Adèle, femme
de Victor Hugo. Autour sont les tombeaux de la famille Yacquerie. Je suis resté là jusqu'à six heures ilu soir. Je suis entré dans ["église.
L'église de Villequier du xv" siècle est simple, mais belle et bien tenue. Je suis allé au tombeau prier. Ils m'entendent. Je les entends. ')
La maison natale de Victor Hugo à Besançon. — Elle donne sur la place de Saint-Quentin :
construction sévèreàtrois étages du xviii*= siècle.
\ ictor Hugo la quitta six semaines après sa naissance. Son père, alors chef de bataillon, avait reçu l'ordre de partir pour Marseille. Victor Hugo ne devait jamais revenir à Besançon. C'était sa première maison.
— La maison de l'avenue d'Eylau, 130 (aujourd'hui avenue \ ictor Hugo), la dernière <juil habita et dont on a vu la chambre à coucher au second étage. Le dessin représente la façade de derrière qui donne sur le jardin. C'est devant cette maison qu'eut lieu le grand défilé du peujjle de Paris à l'occasion de ses (juatre-vingls ans.
Sur le panneau qui fait suite, à côté de la fenêtre. En haut :
— Chambre à coucher «le Léopoldine et de son mari Charles \'acqtierie au Havre, quand ils habitaient chez M. Lefèvre, beau-frère de Charles.
1^^ «J*. ^ \\V,>y. VU^o
Maison natale de Aictor IInj^o, par Gaston (joindre.
— Une photographie de Victor Hugo, avec son petit-fils Georges âgé de i5 ans.
— Victor Hugo et ses petits-enfants, de Benjamin Constant (1878), avec une allégorie au fond. Georges avait neuf ans, Jeanne huit ans.
Au-dessous :
Le voyage d'Espagne. — Le général Hugo, lors de la campagne d'Italie et d'Espagne, avait suivi Joseph Bonaparte qui, à peine installé comme roi de Naples, était devenu roi d'Espagne. Il était séparé de sa femme et de ses enfants depviis trois ans, il désirait les revoir. M™*" Hugo se mit en route pour Madrid avec ses enfants, au printemps de 181 1. Victor Hugo avait neuf ans ; mais comme les routes n'étaient pas sûres, il fallait profiter du départ d'un de ces convois qui transportaient quatre fois par an le trésor. Le trésor, c'était largent envoyé par Napoléon à son frère Joseph. Et il était escorté par des soldats et des canons afin de le protéger contre les convoitises des guérilleros espagnols. M'"" Hugo avait un grand carrosse rococo; la gravure représente le défilé du convoi et de l'escorte composée de quinze cents fantassins, de cinq cents chevaux et de quatre canons.
Les ruines du château de Vianden. — Dédié à Son Altesse le prince Henri des Pays-Bas,
C'est une gravure que Victor Hugo acheta lors de son séjour à Vianden après son expulsion de Belgique en 187 1. Et il a écrit cette phrase :
Le passé n'est beau qu'ainsi... en ruine.
Le quai d'Anvers, de Lix. — Victor Hugo exilé s'était réfugié à Bruxelles le 11 décembre i85i après avoir épuisé jusqu'à la dernière chance de résistance au coup d'Etat. Là, il écrivit V Histoire (Vun Crime et Napoléon le Petit. Le gouvernement belge fit une loi, la loi Faider, du nom de son auteur, qui était dirigée contre la liberté de penser et, en réalité, contre Victor Hugo. Le poète dut chercher un autre asile. Le i*"' août i852. il s'embarquait à Anvers pour l'Angleterre. 11 fut accompagné jusque sur le quai par les libéraux belges, et les proscrits français; Madier de Montjau, Emile Deschanel, Dus-
soubs, Agricol Perdiguicr lui adressèrent des paroles d'adieu. Il leur répondit :
« J'ai été exilé de France pour avoir coinbattu le guet-apens de Décembre, et m èlre colleté avec la trahison. .le suis exilé de Belgi(iue pour avoir fait Xapolcon le Petit. «
Et il prononça un discours affirmant sa foi dans le triomphe et l'avenir de la République.
A côté de Victor Hugo se tient Alexandre Dumas.
Sur le panneau du fond :
Gentilly. — Victor Hugo a écrit ces vers sur ce dessin :
Vallon, j'ai bien souvent laissé dans ta prairie Comme une eau murmurante errer ma rêverie.
Il a écrit aussi ces lignes :
Ce dessin représente la tour que j habitais en 1822 et 182.3, près du clocher de Gentilly. 11 m'a été donné par Boulanger, le jour de ma fête, 21 juillet 1832.
M. et M""^ Foucher avaient loué une petite maison à Gentilly pour y passer leur villégiature annuelle avec leur fille Adèle. Le général Hugo avait consenti au mariage de son fils Victor avec Adèle en i8a2. Les Foucher avaient installé le fiancé dans un ancien colombier en forme de tourelle situé dans le jardin attenant à la maison. Victor prenait ses repas chez les Foucher. C'est à cette époque que parut le volume d'Odes et poésies diverses dont Victor Hugo olfrit à Adèle le premier exemplaire : il se trouve dans la vitrine au-dessous du dessin. Ce premier volume lui rapporta sept cents francs, qu il consacra à l'achat (1 un cachemire français poiu' sa fiancée.
Mort de François- Victor Hugo, un bois, par Chifflart. — Le second fils de ^'ictor Hugo est étendu sur son lit de mort, le 2(> décembre 1873. A ictor Hugo est là. à son chevet. Dans rombi'c la figure de Charles qui vient consoler le père. Il perdait son dernier fils, sa crainte terrible se réalisait, sa maison était désormais sans enfants.
.Seigneur! préservez-raoi, préservez ceux que j'aime. Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triompiiants, De jamais voir, .Seigneur, 1 été sans fleurs vermeilles, La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !
(/,t"5 Feuilles d' Automne.)
Il lui restait heureusement ses petits-enfants qu'il a adorés et qu'il a chantés.
Renée-Louise Le Normand du Buisson, épouse de Jean- François Trebuchet, mère de la générale Hugo, grand'mère maternelle de Victor Hugo, native de Saint-Fiacre, petite commune à trois lieues de Nantes. Elle s'était mariée le 22 septembre 1767, et sa lîllc. Sophie-F'rançoise Trebuchet. qui devait épouser le général Sigisbert Hugo, naquit le 19 juin 1772 pendant que son père était en mer. (Don de M. Léon Trebuchet).
Au-dessous un portrait de Victor Hugo, daté de 1820. n avait dix-huit ans. C'est l'année où il composa les odes le Rétablissement de la statue de Henri IV, les Vierges de Verdun, Moïse sur le Nil et où. il eut l'amaranthe d'or, le lis d'or, et devint maître es jeux floraux de l'Académie de Toulouse. C'est l'année où il publie avec son frère Abel la revue le Conservateur littéraire, où il commence son roman, où il écrit VOde sur la mort du duc de Berrj', où il consacre une ode à Chateaubriand qu'il aime et qu'il admire, le Génie. C'est l'année où il publie son ode la Naissance du duc de Bordeaux.
Le portrait de 'Victor Hugo, peinture de Chifflart, de 18G8. H avait (>(> ans.
Jean-François Trebuchet, grand-père maternel de Victor Hugo, père de M'"'' Hugo, la mère du poète, capitaine de navire, l'inventeur du sextant, instrument dont se servent les marins pour mesurer les angles. 11 était né à Auverné, petit bourg de l'arrondissement de Chàteaub riant, (Don de M. Léon Trebuchet.)
Au-dessous, un portrait de M™° Victor Hugo (Adèle Foucher), par Devéria (1825).
Plantation de l'arbre de la liberté place des Vosges en 1848, de A'oGEL. — A cette cérémonie Victor Hugo prononça un discours. Il est debout sur une chaise.
« Le premier arbre de la liberté a été planté, il y a dix-huit cents ans, par Dieu nième sur le Golgotha. Le premier arbre de la liberté, c'est cette croix sur laquelle .Jésus-Christ s'est offert en sacrifice pour la liberté, l'égalité et la traternité du genre humain. )>
(Extrait du discours de Victor Hugo.)
[Actes et Paroles.)
^2 LA MAISON DE VlCTuH HUGO
Au-dessous :
Une pliotograghie bien curieuse Je Victor Hugo avec un chapeau mou, vers i853.
Un portrait de Victor Hugo, de Célestin Nanteuil, de i832. (juand il avait 3o ans.
Dessin d'après nature, qui lui a servi pour mettre au centre des eaux-fortes, qu'il fît pour l'illustration projetée des Q'^uvres de A'ictor Hugo dont il n'exécuta que quatre planches.
Dessin à la mine de plomb.
La dernière photographie de Victor Hugo. — Elle a été }»rise chez lui par M. Gallot, le V2 avril i885, c'esl-à-dire un mois et dix jours avant sa mort.
A l'angle des panneaux, un buste de Victor Hugo, de Deloye.
— Un portrait de François-Victor enfant.
— Anankè, de B()Ui,A.N(iEu. — G est ^ ictor Hugo avec un manteau noir, montant l'escalier en colimaçon des tours de Notre-Dame, et il voit le mot grec Ananké (fatalité) écrit sur le mur dans un recoin obscur.
« II y a quelques années qu en visitant, ou, pour mieux dire, en furetant Notre-Dame, 1 auteur de ce livre trouva, dans un recoin obscur de l'une des tours, ce mot gravé sur le mur :
AN'ArKlI
Ces majuscules grecques, noires de vt-tusté et assez profondément entaillées dans la jiierre, je ne sais cpiels signes propres à la <alligra|)hie gothi(|ue empreints dans leurs formes et dans leurs attitudes, comme |)our révéler cpie «était une main du moyen-àge qui les avait écrites là, surtout le sens lugubre et fatal quelles renferment, frappèrent vivement lauteur.
Il se demanda, il cherclia (juelle pouvait être l'âme en peine qui n avait pas voulu quitter le monde sans laisser ce stigmate de crime ou de malheur au loiid de la vieille église.
Depuis on a badigeonné ou gratté je ne sais plus lequel), et lins- < riptiun a disparu. »
(Introduction de yoirc-Danie de /'ari.<;.) Au-dessous, un cadre contenant quatre photographies du
poète, c'est L'avant-dernière photographie de Victor Hugo en 1885.
Le poète était triste, il avait été frappé par un deuil cruel, et son expression traduisait la douleur dont il était accablé. Le photographe Ghalot invitait Victor Hugo à sourire un peu.
« C'est impossible, dit-il, j'ai trop souffert, je souffre trop, et je ne puis changer d'expression, et je n'en changerai pas avant longtemps. »
Le photographe ne parvenait pas à vaincre cette tristesse. Il eut alors l'idée de faire entrer sa petite fille, un bébé de deux ou trois ans. Victor Hugo sourit à l'enfant, et le photographe saisit instantanément la seconde où la physionomie s'illumina. Dans ce cadre où se trouvent les trois épreuves prises successivement avec des expressions diverses de mélancolie et de tristesse, on peut siu'prendre les tentatives du photographe, pour obtenir du poète qu'il modifie son expression, et suivre en même temps les efforts de Victor Hugo pour satisfaire au désir qui était manifesté. Mais le photographe avait échoué. A la quatrième épreuve il réussit, la physionomie est toute souriante, le sourire rapide, instantané, fixé sur la plaque au moment de l'apparition du bébé.
A côté :
— Une petite gravure représentant un groupe de maisons sur la Place de l'Hôtel de "Ville à Bruxelles. Sur l'une d'elles on lit : Débit de tabac. C'est cette maison que Victor Hugo habita lorsqu'il fut proscrit au coup d'Etat. Il y resta du 5 janvier au i'^"' avril i852. Il avait dit à M""" Victor Hugo de lui adresser là ses lettres sous le nom de M. Lanvin.
« J'ai prévenu mon hôte, lui écrivait-il, que si l'on demandait M. Lanvin c était moi, et que si l'on demandait Victor Hugo c'était moi. Ainsi je vis là sous mes deux espèces. »
Il avait loué pour presque rien les meubles indispensables. Il écrivait encore à M""* Victor Hugo :
« Je travaille à force un récit du 2 décembre. »
Son livre Y Histoire d'un Crime ne fut publié que vingt-cinq ans plus tift'd.
Il menait là une vie stoïque pour ne pas dépendre des autres, et n'être pas livré sans défense aux éditeurs.
94 LA MAISON DE VlCToU HLGU
« J'ai un grabat, une table, deux chaises, je travaille toute la journée et je vis avec lliUU fr. par an. » Lettre à M™'^^ Victor liugo.j
Il avait établi ainsi son devis par jour : loyer, i franc ; Déjeuner (une tasse de chocolat), o,5o; dîner, i fr. 2.5 : feu, 0,^5 ; soit 3 francs ou 90 francs par mois, le reste (10 francs) pour le blanchissage, les pourboires, etc.
Son fils aîné, Charles, était venu le retrouver en sortant de la Conciergerie où il purgeait une condamnation de presse.
<^ Or, écrit Victor Hugo à sa femme, l'autre soir il (Charles) était sorti. Je travaillais. A minuit on frappe à ma porte. — Entrez. — Monsieur, me dit l'hôtesse, monsieur votre fils a-t-il la clef? (de la porte du dehors). — Non. madame. — Comment faire alors? — Couchez-vous. Je vais descendre dans votre boutique rentrée de mon logis est une boutique de tabac , j'écrirai tout aussi bien sur votre comptoir que sur ma table, et j'attendrai mon fils.
Je me suis installé en effet dans le comptoir; je me suis perché sur le haut tabouret de la marchande, et j ai écrit là. »
On raconte que, parfois, des passants attardés, voyant de la lumière encore chez le marchand, entraient et demandaient du tabac. L'homme qui écrivait s'interrompait et servait les clients. C'est dans cette boutique qu'il écrivit des pages de VUistoire d'un Crime et de Napoléon le Petit.
Sur le panneau de droite, un Portrait de Victor Hugo, portant le ruban de la Légion d'honneur. 11 fut décoré en même temps que Lamartine en 182(3, il avait vingt-quatre ans ; il allait à cette époque rejoindre son père à Blois avec sa femme et sa petite Léopoldine, âgée de deux ans. Le père le reçut à la descente de la diligence, et lorsque Victor lui apprit sa promotion dans la Légion d'honneur, le général détacha aussitôt d'un de ses uniformes son ruban gagné sur les champs de bataille et lattacha sur la poitrine de son fils.
Eugène Hugo, le second frère de Victor Hugo, le compagnon d'études et de jeux.
Tu dois te soi; -m* des vertes Feuillantines Et de la grande .-.lée où nos voix enfantines.
Nos purs gazouillements, Ont laissé dans les coins des murs, dans les fonlaincs, Dans le nid des oiseaux et dans le creux des chênes
Tant d'échos si charnjants !
i^Lcs Voix intérieures.)
Francis Hugo, un des frères du général Hugo, un des oncles de Victor Hugo. Victor Hugo avait sept oncles. Cinq furent tués dès le commencement de la guerre, aux lignes de AVissembourg ; deux survécurent, Francis, qui devint major d'infanterie, et Louis, qui mourut général de brigade.
Au-dessus :
Le portrait de son père, le général Sigisbert Hugo, qui fit la campagne du Rhin, la guerre d'Espagne, la guerre d'Italie, la campagne de France. 11 admirait le grand guerrier.
Toi, mon père, ployant ta tête voyageuse, Conte-nous les écueils de ta lutte orageuse. Le soir, d'un cercle étroit en silence entouré. Si d'opulents trésors ne sont plus ton partage, Va, tes fils sont contents de ton noble héritage : Le plus beau patrimoine est un nom révéré.
Lègue à mon luth obscur l'éclat de ton épée,
Et du moins qu'à ma voix, de ta vie occupée,
Ce beau souvenir prête un charme solennel.
Je dirai tes combats aux muses attentives,
Comme un enfant joyeux, parmi ses sœurs craintives,
Traîne, débile et lier, le glaive paternel.
[Odes et Ballades.) Août 1823.
Il célèbre l'Arc de triomphe dans les Voix intérieures ; un regret se mêle à son chant, c'est que le nom de son père n'ait pas été inscrit sur le monument.
Alors, sous ta grandeur je me courbe effrayé, J'admire, et, fils pieux, passant que l'art anime, Je ne regrette rien devant ton mur sublime Que Phidias absent et mon père oublié !
Le portrait de Louis Hugo, le frère de Sigisbert Hugo, l'oncle de Victor Hugo. Il était colonel à l'époque de la guerre d'Espagne en i8ii, Victor Hugo se souvint toujours d'un récit qu'avait fait son oncle sur la bataille d'Eylau.
A mes frères aînés, écoliers éblouis,
Ce qui suit fut conté par mon oncle Louis
Qui me disait à moi, de sa voix la plus tendre :
— Joue, enfant! — méjugeant trop petit pour comprendre.
J'écoutais cependant, et mon oncle disait :
— Une bataille, bah! savez^vous ce que c'est? De la fumée. A l'aube on se lève, à la brune On se couche; et je vais vous en raconter une, Cette bat;iille-là se nomme Eylau. Je crois Que j'étais capitaine et que j avais la « roix.
Et Victor Hugo ;i l'ait, dans la Légende des Siècles, un des plus poignants récits de cette bataille.
Sur le panneau près de la porte de communication des deux chambres :
Hauteville-House à Guernesey. — La salle à manger, le salon, la galerie de cli«}no. le look-out. A'ictor Hugo écrivait à Jules Janin :
« La maison de Guernesey, avec ses trois étages, son toit, son jardin, son perron, sa crypte, son look-out et sa plate-forme, sort tout entière des Contemplations. Depuis la dernière ])Outre jusqu à la dernière tuile, les Contemplations payeront tout, ce livre m'a donné un toit. »
La Salle à manger, aux murailles couvertes de faïences de Hollande du xvir siècle , avec une immense mosaïque à fond bleu et blanc représentant de gros bouquets de fleurs peintes et jetés dans des vases par des animaux bizarres. Tout autour, des bancs de chêne aux dossiers élevés: au milieu, une grande table carrée en chêne ; une cheminée en carreaux verts et bleus sur laquelle est une Notre-Dame de Bon-Secours, transformée en liberté, dont Victor Hugo a fait le dessin qui se trouve au premier étage.
Le Salon bleu avec cheminée en bois doré, des tentures do jais blanc. Au milieu, les quatre encriers de Lamartine, George Sand, A. Dumas et ^'ictor Hugo qui se trouvent au premier étage du musée.
La Galerie de chêne. — Au centre, un inmicnse chandelier en chêne derrière une balustrade en chêne, et, après la balustrade, un vaste divan.
Le Look-out ou belvédère, ressemblant à la cabine d'un capitaine avec une vue magnifique sur la nu'r : une planchette sur laquelle N iclor Hugo écrivait debout et des divans i\\i\ étaient couverts de ses manuscrits. C'est de là que partirent les Misé-
rables, William Shakespeare, les Chansons des Rues et des Bois, les Ti'avaiUeiivs de la mer, l'Homme qui rit. La plus grande partie des Contemplations et des Chansons des Rues et des Bois, avait été composée en France, mais, sauf les premiers chapitres, les Misérables furent écrits là.
La visite domiciliaire, de Lix. — (Journées de juin 1848).
Ceci se passait au numéro 6 de la place Royale, dans cette même maison, alors que Victor Hugo était membre de l'Assemblée constituante.
« Cette maison avait une cour qui, par une porte de derrière, comniuniquait avec une impasse donnant sur une des grandes rues de Paris. Le concierge nommé Desmasières, ouvrit cette porte aux insurgés, qui, par là, se ruèrent dans la cour, puis dans la place.
En entrant dans la cour un d'eux cria : « C'est ici la maison du pair de France! »
Ils montèrent au second étage. Ils emplissaient le grand escalier et la cour. Une vieille femme qui gardait le logis en l'absence des maîtres, leur ouvrit, é^ierdue. Ils entrèrent pêle-mêle, leur chef en lèie. L'appartement désert avait le grave aspect d'un lieu de travail et de rêverie.
Au moment de franchir le seuil, Gobert, le chef, ôta sa casquette et dit :
— Tète nue!
Tous se découvrirent.
Une voix cria :
— Nous avons besoin d'armes.
Un autre ajouta :
— S'il y en a ici nous les prendrons. »
Les insurgés ne touchèrent à rien. Sur l'une des tables du cabinet (le travail il y avait la boussole de Christophe Colomb portant la date 1489 et l'inscription la Pinta.
Le chef Gobert s'approcha, prit cette boussole, l'examina curieusement, et la reposa sur la table en disant :
— Ceci est unique. Cette boussole a découvert l'Amérique. »
[Actes et Paroles.)
Victor Hugo termine en disant que le défilé avait duré plus d'une heure et que pas un objet précieux ne manquait, pas un papier n'avait été dérangé. Et il compara cette attitude respectueuse du peuple avec celle de la jeunesse élégante qui assié-
geait su maison à Bruxelles, le 27 mai 1871, et jetait des pierres dans ses vitres lorsqu'il voulut ollrir un asile aux réfugiés.
Réception de Victor Hugo à l'Académie française, de A'oGEL. i> juin 1841 ■ — Le public habituel des réceptions académiques, élégant, pressé. Au fond, Victor Hugo debout entre ses deux parrains et lisant son discours ; devant la porte de face, le bureau: le directeur, M. de Salvandy, qui répondait à Victor Hugo, entre le secrétaire perpétuel et le chancelier.
DANS LES VITRINES
Dans la vitrine près de la fenêtre :
— Un volume précieux, c'est le premier volume publié par Victor Hugo en 1822 chez Pélicier, libraire, place du Palais- Royal. Il portait le titre Odes et poésies diverses par A'ictor Hugo.
M. Paul Meurice a retrouvé ce premier exemplaire. Il est relié avec une couverture marbrée bleue et un dos de basane vert.
Sur la page du titre on lit :
Premier exemplaire :
A mon Adèle bien aimée, à l'ange qui est ma seule gloire comme mon seul bonheur.
Victor.
II y a tout un poème dans cette dédicace et dans l'écriture de cette dédicace.
Les mots premier exetfiplaire ont été écrits évidemment avec une plume fatiguée, trop grosse, trop chargée d'encre. Les caractères sont gras parce que le papier est mince, presque transparent et a bu l'encre.
Victor a rejeté la mauvaise plume. Songez donc, c'est sa première œuvre et le premier exemplaire sorti des presses et un exemplaire qu'il offre à sa fiancée. Double motif de fierté. Il veut s'appli(juer. Il prend une plume neuve parce (ju'il va écrire les mots : à mon Adèle bien aimée ; et alors les traits sont plus minces, plus déliés, plus nets; on sent une main plus ferme, plus décidée, surtout lorsqu'il annonce à celle qu'il aime qu'elle n'a
rien à redouter de la poésie. Elle est sa seule gioù^e, son seul bonheur. Gomment ne serait-elle pas rassurée? Sans doute il est fier de lui envoyer le volume, non comme un rival mais comme nn garant qu'il est digne d'elle et de son amour.
Mais comment l'exemplaire de ce petit livre « mal fagoté »,
Passeport de Viclor Hugo, représentant du peuple (1849).
comme disait Louis XYIII, quand son lecteur le lui apporta enveloppé d'une couverture rudimentaire, fut-il mis entre les mains de Paul Meurice ? Car jusqu'en ces derniers jours, on en ignorait l'existence. L'histoire vaut d'être contée.
Un matin, Paul Meurice reçut une lettre d'une personne qu'il ne connaissait pas, et dont l'attention avait été attirée par des
tOO LA MAISON DE VICTOK HLGO
notes de journaux annonçant l'inauguration prochaine de la Maison de Victor Ilugo.
Celte personne, qui n'habitait pas Paris, l'avertissait quelle avait entre les mains un petit volume de Victor Hugo qui pourrait lintéresser.
La curiosité de Paul Meurice était déjà vivement excitée; elle le fut plus encore lorsqu'il vit le volume et lut la dédicace. Mais comment ce petit livre était-il devenu la possession de cette personne !
Lu jour, une de ses voisines ayant besoin de faire une recherche dans le dictionnaire de Douillet lui dit : — Vous avezun Douillet, voulez-vous me le prêter?
— Certainement; le voici.
La voisine le prit, le rapporta et demanda : — N'auriez-vouR pas une édition antérieure ?
— Parfaitement.
— Alors, vous avez deux Douillet ?
— Oui.
— Voulez-vous m'en céder un. et, en échange, je vous donnerai un petit volume de Victor Hugo?
C'vldiiile pî'cmier exemplaire d'Odes et poésies diverses avec la dédicace à la fiancée.
Comment ce livre était-il entre les mains de la voisine? Elle le tenait sans doute d'une autre personne? Il avait été dérobé. Il a passé de mains en mains. Gomment? Sait-on jamais la destinée des livres, l'histoire de leurs pérégrinations, comment ils nous ont échappé? Nous savons seulement parfois comment on les retrouve, et, dans la circonstance, c'est le dénouement heureux de l'aventure qui nous intéresse.
— Un volume très curieux est le volume des Châtiments avec l'abeille d'or sur la couverture qui a été donné par M. Koch.
N'iclor Hugo a raconté lui-même tlans des lignes manuscrites en tèle du volume l'histoire de celle abeille.
« L'jiheille (jui est sur la couverture de ce livre, avant d orner les i'Iidtiments, avait orné le trône impérial. Elle était ijiodée sur le velours de l'imincnse manteau pourpre (|ui descendait on laml>requiii du dais et couvrait le trône aux Tuileries. l'^n septembre 187() M. Jules Claretie, membre de la Commission des recherches des papiers de lîonaparte, a détaché lui-même cette alteilli- du manteau du tronc et me l'a apportée.
Victor Hue.o.
21 mai I8'<2.
Sur une seconde page il cite ses vers des Châtiments:
Filles de la lumière, abeilles, Envolez-vous de ce manteau.
Sur une troisième page :
Premier exemplaire :
Aux pieds de ma Providence.
Victor Hugo.
— La canne ofïerte par B. Juarez « A l'illustre Victor Hugo. »
— Les plumes d'oie, avec lesquelles Victor Hugo a écrit les Misérables, aux becs usés, largement ouverts, écrasés.
— Les médaillons de Victor Hugo et d'Adèle Hugo, par David u" Angers i 1828 . Victor Hugo avait vingt-six ans.
— La médaille de Victor Hugo, par Chaplaix.
— Pain du Siège, le morceau d'un pain mangé chez Paul Aleurice, le 26 janvier 1871.
— Des morceaux de fer^ des balles, un fer à cheval, trouvés par Victor Hugo en 1861, à Waterloo, dans la terre, sous le tertre de Napoléon.
— Moulages de la main de Victor Hugo, en 1877, en i883, et en i885.
— Des cheveux de Victor Hugo châtains, puis grisonnants, puis blancs en i835, i845, 1867 et avril i885, un mois avant sa mort.
Dans la seconde vitrine près de la porte : Des passeports.
— Le bail de la place Royale, l'appartement du second loué par Victor Hugo au prix de i5oo francs.
— Les cocardes tricolores, cueillies par Victor Hugo dans la plaine de A\'aterloo, juin 18G1 (bleuet, marguerite, coquelicot).
102 LA MAISON DE VICTOR HU(jO
^'ictor Hugo a écrit de sa main :
Cocardes tricolores f|ui repoussent dans la ]>laine de \Vaterlof> (espèce vivace). Celle-ci a été trouvée par moi le 18 juin 1861 au pied de la butte du lion.
C'était l'époque où Victor llivj;o écrivait les Misérables et recueillait des documents pour son chapitre de Waterloo.
— Des lettres adressées à Victor Hugo à tous les domiciles qu'il a occupés à Paris.
— La couronne de Marie Tudor, achetée à la vente de M"'= Georges.
Dans un cadre un document fort intéressant, la Proclamation de la révolte contre le coup d'État de 1851 écrite pur Baudin sous la dictée de Victor Hugo et ainsi conçue :
Louis-Napoléon Bonaparte a violé la Constitution f/n'il m'ait Jiirrr. 11 s'est mis hors la loi!
Les représentants républicains rappellent au peuple et à l'armée l'article 110 ainsi conçu : « L'assemblée constiluante confie la défense de la présente constitution et des droits qu'elle consacre à la garde et au patriotisme de tous les Français. »
<^>ue le |)euple lasse son devoir. Les représentants républicains marcheront à sa tête.
/'■ />fii///r drsoi'iiiais cl à jamais en possession fin snffra^c nni^ersel l'i (jiii n'a besoin (Caueun prince pour le Ini rendre sanra eiuitier les rehetles.
Au dos de cette proclamation ^'ictor Hugo a écrit les lignes
suivantes :
Ceci est la proclamation de la gauche pour appeler le peuple aux armes. Dictée par moi dans la réunion de la rue Blanche numéro 70 le malin du 2 décembre.
Baudin prit une plume et celte feuille de papier et écrivit sous ma di<'lée :
Celte pro( lamation est entièrement écrite de la main de Baudin. Les corrections sont de ma main.
Bruxelles 12 décembre 1852.
Victor-Hlt.o.
Nous avons souligné dans la proclamation les corrections de Victor Hugo.
Au plafond, un étendard célèbre (jui fut donné à Victor Hugo par le lieutenant Éblé, fils du général, et autrefois son camarade
à Louis-le-Grand en mathématiques spéciales et devenu son collègue à la Chambre des pairs. A la prise d'Alger en i83o, Eblé, dont la batterie avait ouvert la brèche, entra le premier dans la ville avec son camai'ade Daru. Et pendant que les troupes arrivaient pour se ranger, Eblé et Daru obtinrent la permission du capitaine de pénétrer dans la casbah, et le jeune lieutenant rapporta cet étendard qui figura dans le salon de la place Royale et qui décore aujourd hui le plafond du musée intime.