‹ Visite au phalanstèreChapitre 10 sur 52 · CffAPITKB IV · texte numérisé non relu

CffAPITKB IV

Dans des nieties ptapées de distance en distanee, nous vîmes des statues de marbre ou de bronze. Nous les examinâmes avec intérêt et nous reconnûmes qu'elles représentaient les grands hommes que l'humanité compte parmi ses bienfaiteurs. Nous remarquâmes avec plaisir celi^es de Moïse, de Socrate, de FrankHn,deNewton,.de Vincent dePaule, de.j'abbée de Léspée, etc.j puis celies des inventeurs de la charrue, des moulins à vent et h eau, de l'inaprimerie , de la machine à vapeur et autres découvertes qui ont contribué aux progrès du genre humain.

— Bien des niches sont encore i\ remplir, nous dit M. Léonard, mais nos artistes y pourvoiront : si nous aimons passionnément le luxe, nous n'aimons pas moins l'économie, et, darts toutes les circonstances, nous procédons avec mesure. »

j^me Qarii ayant ouvert un vasistas pour dire un mot à Mariette ,qui passait dans la cour audessous, je m'aperçus que l'air du dehors était plus chaud que celui de la rue-galerie. J^'en témoignai ma surprise à notre guide, et. le priai de ^'expliquer la cause de cette différence.

— Plusieurs causes, répondit le vieillard, contribuent à produire la fraîcheur dont jouit l'intérieur du Phalanstère. Voici les principales : La grandeur et l'élévation du corridor, des salles et d'une foule d'autres pièces; le soin qu'on a de fermer le3 volets ou d'abaisser les stores des croisées exposées aa soleil ; puis les jets d'eau et les bassins réservés dans les atrium, l'épaisseur des murs dont la masse

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8*éclimiffe difficilement. Enfin, quand il en est be» soin, des ventilaeeurs chassetit ici l'air frais de ïios caves. ») '

Arrivés dans un endroit où le mur du Phalanstère, prenant la form.e d'un vaste deihi cercle, faisait de la rue un large alrinm^ nous retnarquâfmès que nous avionâ au-dessus dé nos têtes deux étages, dont l'un formé par un entresol, de manière que cette place, était décorée de deux balcons au lieu d'un. Au milieu, un jet superbe d'eau limpide et fraiche s'élevait à une grande hauteur, et relom- 'baît en nappe dans un élégant bassin, puis s'écoulait dans un canal de marbre, pour aller rafraîchir le rez-dç-chaussée.

Surpris de tant de luxe, je dis à notre guide :

— Vous nous vantez souvent votre économie, mon père; il me semble cependant que le mouve-ment de ces eaux ex\%e des dépenses considérables relativement à son utilité. »

— Les dépenses occasionîiées par ce jet d'eau et par plusieurs- au Ires que nous verrons tout à l'heure, répondit le vieillard, ne ^sont pas aussi considérables qu'elles voua paraissent. Celte eau est élevée dans les réservoirs placés dans les greniers par

. la force perdue de l'un de nos moteurs. Ainsi, ce matin, tout le monde ayant été occupé aux champs, nos roues hydrauliques avaient peu de travail pour les ateliers, et la force de notre clmte d'eau eût été perdue si on ne l'eût utilisée en remplissant les réservoirs.

» Les phalanges privées de cours d'eau suffisants

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ont recours les unes aux madnnes à vapeur, les autres, plus généralement, mettent à profit le vent pour s'approvisionner de force. Quand lé vent est favorable, on lui fait emplir d'air comprimé à plusieurs atmosphères des dépôts considk^ràbles, où les phalanges trouvent le moteur qui met en mouvement leur moulin à farine, leurs pressoirs, leurs pompes et leurs machines de toute espèce.

» Vous le voyez donc, la force coûté peu aujourd'hui, et bientôt elle coûtera encore moins. D'ailleurs la dépense nécessaire à Télévation de Teaa dans nos réservoirs, fût-elle beaucoup plus grande, ne serait-elle pas couverte et au*delà par la besogne qui sera faite, celte après-midi-, en sus de celle qui eût été faite- si nous eussions été accablés d*unecfaaleur étouffante, bien plus propre à provoquer le sommeil qu'à disposer au travail ? Et comptez-vous pour peu de chose , mon fils , la sécurité que ces dépôts de liquide nous donnent contre Tincendie, le bien-être que nous procure cette température agréable et les maladies qu'elle nous épargne ? »

—Vous avez bien raison, mon père, répondis-je; on ne peut agir plus sagement que vous io faites et tirer un meilleur parti des forces motrices momentanément perdues. Mais sans doute, durant Thiver, vous chauffez vos corridors comme vous les rafraîchissez pendant Tété ? »

— Certainement, mon fils. Notre rue-galerie étant la grande artère, celle qui porte la, vie dans toutes les parties du Phalanstère, vous sentez combien il impîorte d*y entretenir toute Tannée une douce tem-

voie tenlâre qtti masquati^e ^ostayaox de&>iil6i» v<>ici«iioâ c<mdeit8 de clorteor. A la oMÛadre froi^ dui^, la vi{M»r rea^Iitoesiid^es et .parcourt avec eux le palais tout entier.

f Mais M y aœièiix encore : corame à chà^ae iné* tant oh a betein d*eau, ua. tobè phis petit, rempli en tout iempg dece h^juide, cinaile dans Timérieur du gros ; et vous avez pu remarquer qu'où ne fait ipas trente pas sans trouver une borne -fontaine qui donne de l'eau, chaude en hiver et fraicbe e& été; l'eau, c'est la propreté, c'est la vie.

» des coi^duits courent donc dans nos côrridora, B06 «teliera, nos salles de bains et nos apparte^ Bsents, et aussi tians le débarcadère et autres lieux ; en un mot, partout où il- est nécessaire d'entretenir une tafl^>érature artificielle. Ils contribuent puissamment à la. conservation de la santé. Nos jeunes fiiies^ en sortant de l'Opéra ,^ échauffées qu^elleiB sont piff la ^nse, le cl^nt et ta déclamation, n'oat pas à craindre de se refroidir en Fetouraant daaa leurs chambres à coucher.

. ^ 'Pour entretemr la chaleur pendant l'hiver, fo d^mse est plus considérable que pour se jH-ooffer de^ frak^éur durant Tété; cependant il nous finÀ bien moins de eombustible pour chauffer :toui le Phalanstère au moyen de quelques calorifères que pour faire du feu dans toutes les pièces où il serek ifldi^p^œable.

» Nos appareils de eombifôtion ont d'ailleurs attekittHie'haale^dection : tous lesgaziaiammablet»

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sont brâlés, le combustible dégage tout son calorique, et ce calorique est toujours mis à profit. Ainsi nous avons des appareils qui chauffent de l'eau en utilisant la chaleur perdue de notre cuisine, de nos fours, de nps ateliers. »

Nous ne cessions de contempler lescréations merveilleuses de Part et de la science qui s'offraient à nos yeux à chaque pas. Nous ne pouvions nous lass^er d*admirer ce qui avait été fait pour rendre commode et agréable -celle magnifique galerie, toujours une, quoique toujours variée dans ses aspects.

— Tout ce que nous voyons, dit Testu, fait infiniment d'honneur aux talents de vos architectes et de vos mécaniciens, et au goût parfait de vos décorateurs. Jamais je n'ai rien vu de comparable à la beauté de celte galerie. »

— Ah ! monsieur, répondit M»« Carti, nos corridors méritent tous nos soins à plus d'un titre. Nos galeries sent.nos promenades d'hiver, les lieux de i^union des habitants après la sortie du spectacle, du bal, du concert ou de toute autre fête. Dans Tatriumde la bourse, où nous avons passé tout à riieure, nos peintres et nos sculpteurs exposent leurs œuvres, afin de sonder Topinion publique. Dans Tatrium Fourier se réunissent fréquemment, durant les soirées d'hiver, des chœurs nombreux de chanteurs, pour essayer les compositions nouvelles de nos auteurs. Cest le long de ces corridors que sont dressées les tables, lorsque nous re« oevons la visite d'une nombreuse caravane, ou que, dans un jour de fête, nous traitons les habitants des

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pbalanstères voisins. Nous ne devons donc rien épargner pour embellir notre grande-rue^ aussi les plus jolies fleurs de nos serres-chaudes brillent ici de tout leur éclat, lorsque Thiver a jeté son linceul de neige sur nos campagnes.

• Vous admirez notre galerie, messieurs, ajouta en ô'animant la fille de M.Léonard; mais si vous la voyiez pendant une nuit.de décembre, quand elle a fait sa toilette pour recevoir nos amis ! Si vous la voyiez inondée de la lun\ière de ses milliers de jets du gaz le plus pur, pavoisée de ses verres de couleur, oméè de nos jeunes femmes et de nos belles voisines dans tout Téclat de leiirs brillantes parures î Si vous la voyiez quand notre vive jeup esse, cédant àl entraînement des orchestres, tourbillonne emportée par la valse rapide, tandis que les mères et Jeurs .gradeux petits-enfants, assis sur le balcon, lui forment une fraîche et ravissante couronne. Oh ! alors vous vous croiriez transportés dans un palais enchanté... B

Cependant, nous avions déjà presque fait le tour de la galerie, quand nous arrivâmes sur la plus vaste des plaças du Phalanstère, nommée place Fùurier. La statue du révélateur des destinées humaines en occupait le centre. Sur ia base de son piédestal, je lus ces deux axiomes dans lesquels il a résumé toutes les vérités de ses conceptions sublimes :

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