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LES GROUPES, ETC

lant me donner le plaisir de vous montrer notre Phalanstère, jo ne prendrai part à aucun travail.

» Je pourrais de même m absenter tous les jours de nos réunions, sans encourir d'autrQ peine qujB. la perte des bénéfices attachés à mes lajjeurs^. mais. je m'en garde bien : nos séances si gaies et si amicales §oat les plus agréables de tous les pas^r temps.

» £t puis, nous sommes libres de choisir à c]^ que instant nos occupations et voici comment :

«.Parmi plusdQ cent groupes doDt je suis nnembre, vingt- cinq sgnt appelés à se réunk- aujourd'hui* * Supposait donc à chacun d'eux pour une heure de besQgne en iQpyenne, vous voyez que j'ai le choix entre plu^ieuis groupes différents à toute heure de la journée. Je vais donc où ma pousse ma fantai-r? sid, ou plutdt je me rends là où moii travail est plus nécessaire, où les intrigues sont plus vives et mieux' nouées, où je sais, devoir trouver telle. per*« sonne avec laquelle je suis bien aise de passer une heure. En ca moment, je pourrais me joindre à ces amateurs de roses à odeur de thé, que vous apercevez, là-basi ou à ces autres amis occupés à nos pêchers, puisque je suis membre actif de l'un et de l'autre groupe. »

Burant une demi-heure nous causâmes groupes et séries. Notre respectable, cicérone nous expli^. qua la manière de les organiser ; il nous fit voir conmientialoi qui règle les rapports des groupes de- IravailJeurs est identique à celle qui ré^it les rapports des notes de la gamme musicale, des cout

leurs du spectre solaire, dés ègcs divers de ta vio humaine, etc., etc. a Ainsi, noiis disait-il, dans ces séries régulières, comme dans toutes celles de Tu* Fiivers, les touches voistoes sont discordantes, tandis qu'elles • sont concordantes à la tierce , à la quinte, etc. Ainsi encore .dans toute écheiki sériaire les termes extrêmes se rapprochent «t se touchent : toutes tes harmonies du* monde, ^joutait^il, sont dues ^Tart de combiner ces accords et ces discords. ».

M. Léonard noua fît. connaître à quelle ccmditions on était 'admis à foire partie d*uii groupe: « Chacun de nous, disait-il, peut entrer dans un groupe quelconque en qualité de postulant, d*apprenti ou de-néophyte; mais nous ne sommes reçus membres actifs, ayant voix dans les délibérations et les élections^ et prenant part aux bénéfices, qu'après être sortis victorieux des examens déterminés pour chaque groupe, et. avoir reçu ua diplôme de capacité. »

Le vieillard nous parla des groupes qu'il afléc^ tionnait plus particulièrement, de ceux dans lesquels il avait un grade ; il nouis nomma les séries dont il n'avait pas cessé d'être membre depuis son enfonce et celles qu'il avait quittées en vieillissant, pour entrer dans d'autres plus en rapport avec ses goûts nouveaux, développés par l'Age.

Nous écoutions avec un plaisir et un intérêt extrêmes, lorsqu'un coup de canon parti de fo tour d'ordre signala l'approche d'un orage. Soudain les clairons sonnèrent la fonfore d'alarme, et les pa-

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villpns. d^abri furent arbofés sur les signaux. Les travailleurs épars dans la campagne se rapprochèrent rapidement du palais, autour duquel les appe* lait le salut des couches, des espaliers et des cultu* res délicates.

— ^Je'vaus laisse un moment, nous dit M. Léonard ; je ne puis me dispenser d'aller voir si l'escouade dont je suis le chef couvre convenablement nos mdons. Je donnerai aussi un coup ^de main à mes amis lespéehiêUêy s'ils en ont besoin. Dans les cas pressants, tout le monde doit être à l'œuvre; l'honneur de la phalange serait compromis si notre né-^ glîgence laissait, surtout en plein jout, un orage causer des dommages à nos cultures, ou casser les vitraux de nos couches. »

Désirant nous rendre utiles autant que le conH* porCaii notre inexpérience, nous priâmes notre guide de nous permettre de l'accompagner.

Descendus dans le jardin, nous vtmes sortir d*uB magasin des baquets chargés, les uns de paillassons, les autres de châssis, ceux-ci de cloches d'un verre très épais, ceux-là de toiles cirées et d'autres objets.

L'air était devenu étouffant, de nombreux éclairs aillonnaient la nue ; des tourbillons de vent, précurseurs de la tempête , agitaient violemment les arbres : tout annonçait un orage redoutable.

L'ardente population de Saint^Remy était belle à voir en ce moment. Des pelotons de jeunes gens des deux sexes arrivaient en courant au pas gym* naslique ; les vieillards occupés au loin avaieal

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quitté leurs travauxet se dirigeaient vers le Pjiakuistèce, ciï fwocipHant leur marche appesantie par l'âge. Bient<!ii' tous les hab|irantA se trouvèrent Féunis et à l'œuvre dans les lieux où ie danger les appelait plus particulièrement. L'activité était telle qu'en dix minutes ces douze otx quinze cents tcavayieurs adroits et execcés eurent mis à l'abri espaliers et jeunes plants, couches et coUectipns de fleurs^ en w^ mot, tout ce qui avait à craiodre le vent ou. la grêle.

Nous prîmes beaucoup de plaisir à voir, défiler ce mélange de tant de belles compagnies , aux costumes pittoresques et variés, aux brillants éten^ dards agiles. par lèvent.

La population fut bientôt tout enltère à l'abri. Nous remontâmes au premier étage. Arrivés dans la galerie^ nous rencontrâmes M"^<' Garti , c'é*tait le nom de Louise, la tille adoptive de M. Léonard. — Le reste de la journée sera probablement passé à la maison, nous dit-elle, et vous pourrez, Messieurs, voir nos ateliers intérieurs en activité. En attendant qu'ils soient ouverts, nous ferons, si vous voulez, un tour de promenade dans la grande Fue de notre Phalanstère : vous l'avez à peine aperçue jusqu'à préseni, et pourtant elle mérite bien un coup d'œil. Mais auparavant, ajouta-t-elle en ouvrant' la porte de son appartement, veuillez,]^ vous prie, m'attendre un instant au salon : je reviens dans deux minutes. »

Pendant que M"« Carti faisait quelque réparation à sa toilette, nous parcourûmes son loge-

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ment. Il se composait de six pièces, non compris la salle de bainis et plusieurs cabinets. Trois des grandes pièces prenaient jour sur lee jardins , et trois sur la galerie; elles avaient chacune de sepÉ à huit mètres de longueur en vh-on, puisque deux appar-

I tements contigus -faisaient ensemble Tépaisseur du bâtjinent moins la galerie : quinze mètres à peu

I près en cet endroit.

j Dians toutes les pièces, les tentures et les tapis

élaieat d'un fort bon goût, tes glaces grandes et nombreuses, les lits d'une forrne charmante. Lo cabinet de toilette de M»»* Garti était d'une élégance parfaite. Ce qui me plaisait surtout, c'était l'exquise propreté qui régnait dans tous les appartements, et ces belles et hautes fenêtres qui laissaient l'air embaumé delà campagne et la lumière bieufaisante pénétrer jusque dans les moindres cabinets du PhaJanstère,

— Tous tes habitants, nous disait M. Léonard, sont commodément et confortablement logés, quoique à différents prix, car nous avons des logements plus grands, plus somptueux les uns que les antres,, afin que chaque famille puisse trouver à se caser s^lon ses goûts et sa fortune.

n. En général, la Phalange loue les appartements tout garnie ; quelques personnes néanmoins, pré-

' férant avoir la propriété de leurs meubles, les achè-

, tant à not]?e bazar, ou les font venir de la capitale. » Lealo^enaenbs, ajoutait notre guide, sont distri-

! bues, dans le Phalanstère, de telle sorte qu'il s'en

I trouve de toutes les classes dans chaque quartier.

On a voulu, par cet engrenage, empêcher, qu'aucune des parties du palais ne fût sacrifiée. Les familles opulentes ne se trouvent point ainài concentrées sur un même point, ce qui eût établi une sorte d'aristocratie de quartiers, et eût porté -atteinte à la fusion et à Tunité de la population. »

Bientôt M"" Carti nous rejoignit. Nous sortîmes de chez elle et nous nous acheminâmes à petits pas dans la galerie, cette rue du Phalanstère, comme disait cette dame, examinant avec attention tout ce qui s'offrait à nos regards.

11 serait difficile de donner une idée de la magnificence de cette grande artère du palais, dont la largeur n'était pas moindre de huit mètres dans le corps central, et qui avait la hauteur de deux étages réunis. Elle était parfaitement éclairée par de larges fenêtres de toute hauteur, entre lesquelles des étagères de caisses de fleurs offraient à l'œil les teintes les plus variées, et faisaient de cette galerie comme une serre immense. Ici des liserons grim-* paient le long d'une arabesque de fer et suspendaient autour des croisées leurs gracieux calices bleus et roses ; là, le& fenêtres étaient encadrées par le beau feuillage et les jolies fleurs du jasmin et de la clématite. Plus loin la passiflore étalait le long des corniches ses corolles magnifiques. Des massifs de rhododendrons, de cactus, de reinesmarguerites, de dahlias nains, de fuchsias, de roses de Bengale et d'une foule d'autres plantes dont beaucoup d'espèces m'étaient inconnues, attiraient tour à tour nos regards.

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— Remarquez, nous disait M"*^ Carti, que nous n'admettons ici que des fleurs inodores ou à pai^ fum très diout , dans la crainte d'incommoder les personnes d'une organisation délicate. Au reste l'horticulture est tellement avancée que, par des crdsements ingénieusement combinés, non-seulement nous aeclimatons des végétaux long-temps réputés rebelles à nos pays d'Europe, nôn-seulement nous obtenons un nombre infini de variétés plus belles les unes que les autres, mais nous augmentons ou diminuons à vojouté déjà les arômes et les saveurs des plantes admises dans nos jardins. Nous savons en outre bâter ou relarder la floraison, de telle sorte que nous avons les fleurs à profusion , même en hiver. »

La rue-galerie s'élargissait au-dessus de nos tètes, je veux dire quelle faisait une retraite de deux mètres pour former une nouvelle galerie par laquelle on entrait dan's les appartements du deuxième étage. Cette espèce de balcon, orné d'une élégante balustrade, n'était pas la moindre parure de cette rue splendide.

Les portes des appartements étaient en bois d*é* bénisterie, et quelques-unes sculptées avec beaucoup d'art. Au-dessus de la plupart de ces portes, des médaillons de peinture représentaient des corbeilles defleursoude fruits, des groupes d'animaux, des instruments d'agriculture et divers emblèmes indiquant les goûts duminants et les principales fonctions industrielles ou artistiques des habitante de ces appartements.

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