LES ATTRACTIONS SONT PROPORTIONNELLES AUX
PESTINÉES.
Aucun appartement ne débouchait sur la plaee Fourier, de telle sorte que, située dans l'un des angles formés par les bâtiments, elle prenait jour et sur là campagne et sur tine cour intérieure.
Nous allâmes nous asseoir près d'une fenêtre donnant sur les parterres, et là, placés sur des fauteuils au-dessus desquels les branches- entrelacées des lianes formaient un charmant berCéau, nous continuâmes notre conversation.
Bui putovidaniiel di la diveréit^ dts eoracibres, Ateliert ou Sérisièrei. La Cuiéitie, La Buanderie , etc, IWanfiormaHion d» la dvmtislicUe.
La fîHe de M. Léonard nous faisait la description d'une fête splendide donnée l'hiver précédent, à Toccasion du passage par Saint-Rémy d'un jeune ppîucc de la famille royale, lorsque la cloche du dîner se lit entendre.
Bientôt nous vîmes passer près de nous, se rendant aox salles à manger, une foule de groupes, les uns causant sérieusement, les autres riant, et folâtrant.
-— Voici, nous dit M"»« Çarti, en nous montrant un groupe gai entre tous, voici les meilleurs comiques de notre théâtre et les plus joyeux vivants du Phak«stè¥e. Cette dame surloufa, et ce g,ro8 homme ont une verve intarissable etia plus spirrtuelle du monde. Qand vous voudrez passer gaimettt une heure, allez prendre votre dîner avec ces aunables convives ; mais choisissez le jour où vous aurea peu d'appélit, car je ne réponds pas que vous trouviez le temps de manger. »
— Ces gais compagnons, fit observer M. Léonard-, 066 francs rieurs, l'âme des groupes et des réu- Bm», sent bien heureux de noe jours: rien ne
les empêche plus de s'abandonner à leur fol et coih tagieux enjouei^ient. II n'en était pas de même autrefois. Nesongeant qu'à jouir du présent, Insouciants de leur avenir, tourmentés d'un incessant l)esoia de changement et par conséquent fort peu stables dans leurs occupations, «eis joyeux imprudents dissipaient follement leur patrimoine, s'ils en avaient ; et, après avoir beaucoup ri et beaucoup fait rire durant leur jeunesse, ils allaient mourir à l'hôpital; souvent même ils tombaient dans la dégradation et pourrissaient dans les prisons, ces abominables hospices mçraux des civilisés.»
— Ainsi, reprit M"'® Carti stupéfait^, des hommes auxquels Dieu avait fait présent d'un caractère destiné à aiguillonner les travailleurs, et à faire le charme de la société; des natures si richement organisées pour le bonheur traînaient une existence misérable I Les sociétés anciennes ne savaient donc pas utiliser les plus beaux dons du créateur? •
— Non, ma fille, répondit le vieillard ; loin de là. A ces époques incroyables où les moralistes, refusant à Dieu l'intelligence qu'ils accordaient au premier mécanicien Venu^ déclaraient l'homme mal fait, et avaient l'outrecuidante prétention de i6 façonner selon les exigences de leur forme sociide, on niait l'utilité de la diversité des caractères, et chacun, prenant le sien pour type, faisait effort pour y ramener tous les autres. Le prodigue bafouait l'économe, et celui-ci à son tour sermonnait le prodigue. Lorsque ce dernier était ruiné, l'avare
DIVERSITÉ DB» CAKACtBRES, ETC. f 1 9
s*'&n réjoôlssait dans son'cœur, et, fier de sa facile perspicacité, il disait à toat venant: « D*honneur, Je siiis désolé de la raine de ce pauvre diable, car c'est un excellent garçon. Mais aussi c'est sa faute I que ne suivait-il mes conseils? cent lois je lui ai prédit ce qui lui est arrivé. »
» Les économes et les dissipateurs avaient des natures trop opposées pour se comprendre; aussi se traitaient-ils réciproquement de fous, tandis que rbomme né avec autant d'éloignement pour l'ava. rice que pour la^prodig alité tançait les uns et les autres, espérant, mais en vain, les convertir à sa manière de voir et d'agir.
> AinsilesCivilisés,loinde rechercherjes moyens d'utiliser les caractères et les penchants créés par Dieuv s'obstinaient à vouloir mutiler Thomme, et le rendaient malheureux et criminel. Jç veux vous donner encore une preuve de l'incurie de nos aïeux.
I» Il est bon nombre 4'individus, de femmes surtout, qui, dotés d'une organisation exquise, n'aiment que le beau en toutes choses; ce qui est vulgaire les blesse; la médiocrité les fait souffrir. Vous sentez combien ces natures délicates étaient mal à Paise dans les sociétés anciennes où la grossièreté el la misère faisaient pulluler partout le laid au matériel et au spirituel. Si, par exception, les personnes ainsi organisées avaient quelque fortune, elle était en grand danger d*étre dissipée en élégantes toilettes, en appartements luxueux, en brillants équipages. Si elles naissaient dans des fa->
milted pauvres m peit aisées, ^ et &'^«^ié ^m grand npiabre, -^ ces personnes souifraieat, igoQnmi pr^ue toujoufô la eause de. leur ^am, éd totic dégeÂfc de la vie^ ou bien, eAtralaées par teur nature^ elles^ demaadaieikt au vice eb parfois %y crime .des satisfactions que Ja sociélé l^r refosail. CombieB, W9».\ de. jeiui^s tilles c^vii^isées^ le beeoiià d^ ^u et dp lus^r u'a-t-ll pp& je(ées dasis, to lil)ert^age ?
B^Anûôitx avisée que la Civiiisation,rHaa»a- »ie ne Jcomprimàe pjms» m, QéU^il plus ce» aateises d'élite.'; elle en déxeîioppei» ati. contraire, tûuitas.kBis richesses; car elle sait eii, {aire sen profi.t. ».
•^■M^. ! q^oii. ^vo&k ppi*viMi-vawakirer Ui^ ces fro^ digues élégaii9ilP(t (le ces aimables, coque^tiss^ aMlqi}el^ Mh^i tr^ail i^épogaç^? fiit> bcM»^Qwea^ letMMh rs^t^e Testu, ea interreoipaat i^ vi€(iliard.«.
— * Un pea <;(e patience, i^n âl$, répandH^ qcMci ; je vais vous lé dire.
» ixà iftdifvidu^ pas^ioi^nés: po«r l» beau et le hiie muBi ecingQji^, l» spi-i)^ dec #coi;e« aojtret é^im, mk^ \bi^r», nm^tiiQn&i ip^s gai^^es*. tls soiM' «batgéftrck l'a^bat des^^ éKiiViipaies» de^ objets ^ toileMp ^ de» touto 1^ ebosÉ^ qui deautadenlb un ^U fin ai &Xf^Q^ Co^ma cesvin^vidus. ^d^ g.énéra1eiiMi«t aés. %Fti^ies, m^m aa f^^sQns, ^ pieiBtres, dus m^H^m^&i, ^ foèim: '4» spai keucaicjL, \Mk •» embelUssaiQ^ la vi^^de ebai^n de n^ou^ U>at aa p^ib^aaal (te- plu8^ en plus le ton e(, les maoÂàre^ d»
^ Uaia« v^ff'ik Teatu^ <|ue pouxeiirveiis. km éè
DIVERSITÉ BB8 CABACTÈRBS, BTC. Itf I
cette aqtre espèce de prodigues qui gaspilleraient la fortune la plus brillante en repas et en fêtes ? » • — Ces hommes généreux jusqu'à îa çrofusjon, répondit M. Léonard, étaient bien à plaindre jadis. Pauvres, ils dissipaient le fruit de leur travail à iéter quelques camarades. Riches, les imprudents , ouvraient leurs rpaisons à toiît venant. Au rçstd, riches; ou pauvres, nés généreux et imprévoyant^^ ils trouvaient leur bonheur à exercer cçtte hospitalité qui ne tardait pas à amener I^eur ruin^ et l'abandon des parasites leurs soi-d;§ant amis.
*) Aujourd'hui les personnes de ce car^ptère pp^pqrent et ordonnent les fêles du i:'haIan?l<èJ:ç ; elles font aux étrangers l.^s hprineur^. de noti^ palais. Toujours empressée^, toujours bjçnyçiiîantes , elles trouvent un ch^rnie ipdicibje d"a,BiS racromplissementde ces actes d'hps^)itaHtés9ci^le, si fréquents en harm.onie, où n^iîle autres ne trouveraient qu'ennui et fatigue et qui réclament ui^e verve intarissable.
M Nous ne saurions trop admirer leâ œuvres du €réateur^ mes enfants : elles sont pleines d'Une sagesse infinie. Plus nous étudions Thomme, le plus bel ouvrage de Dieu, plus nous reconnaissons c^uô se» penchant» natifs sî divers, si opposés d'un itidfcirfdu à Vautre, sont des rouages nécessaires du mécanisme de THarmonie, pour lequel Qpus avons évidemment été créés. Et ces caractères qualifiés de vicieux par nos ancêtres inhabiles à découvrir leur destination, qu'ils ne cherchaient seulemei^ pas, ces caractères, tant et si inutilement sermoii-
nés aiitrefoifl, remplissent les missions les plus utiles et les rôles les plus honorables dans notre heureuse société. »
Nous avions quitté nos sièges pour suivre^ les groupes qui se rendaient à l'appel de la cloche, et tout en causant nous étions arrivés dans une superbe salle à manger décorée avec le plus grand goût et beaucoup de richesse. Nous primes place à table près dès personnes avec lesquelles M. Léonard avait coutume de dîner.
Le repas, bien que de deuxième classe, fut splendide, la cuisine excellence, les boissons délicieuses. Une grande bienveillance, une entière liberté, une politesse exquise présidaient à ce banquet, et la conversation, pétillante d'esprit était encore excitée par la présence de plusieurs artistes étrangers des deux sexes et par vingt gracieux et séduisants minois. Bien peu de fêtes civilisées pourraient donner une idée de tout ce qu'il y avait de charme dans ce simple diner quotidien des bourgeois d'un village d'Harmonie.
La terre était si trempée de pluie qu'il fallut renoncer aux travaux de la campagne pour le reste du jour, comme l'avait prévu M™ Carti.
Après le repas, chacun alla donc prendre part à quelque occupation d^ intérieur, soit de ménage, soit d'industrie manufacturière, soit d'art ou de science. M. Léonard nous proposa de visiter les différents $érisièrei en activité. — On nommait ainsi les salles destinées aux travaux des Séries.— Nous acceptâmes, et bientôt nous sortîmes de la
DITBBSITÉ ]>B8 GAVACTfcRBS, BTG. ttt
saile à manger. M^ Garti nous laissa pour aller an Séristère des modistes.
Chemin faisant, notre guide nous parla du dtner des enfante, de la gatté bruyante qui y préndait; il nous conta les -précantionB hygiéniques prises par les médecins pour approprier les aliments et leurs préparations aux divers tempéraments de cbaeiin d'mix : il entra à ce. sujet dans les plus intéressante détails.
Arrivés à un escalier large et commode, nous descendîmes au rez-de-chaussée et nous entrâmes dans les cuisines.
Nous fûmes surpris de la simplicité des immeurses appareils dont ce Séristère était muiii, et de l'incroyable économie de fatigue obtenue par des madiines fort ingénieuses. Les cheminées étaient armées de superbes tourner-broches et de grils gigantesques.^ Les nombreux fourneaux placés sur une cuisinière, les chaudières, les fours, les ustensiles en argent et en acier poli étaient d'une propreté irréprochable. Les plus remarquables cuisines des grands établissements publics de la civilisation ne sauraient donner une idée de ce que celle-ci avait de grandiose.
Les cuisiniers étaient en petit nombre, et nous comptâmes plus de femmes que d'hommes.
Dans une pièce attenante et dépendante de la cuisine proprement dite, nous vîmes une demi-douzaine de personnes occupées au lavage de la vais* selle.
Cette opération, comme toutes celles qui étsdent
if)poBi|ia^L8s avec la conaervatian. de la douoeuf
de la peau et de la finesse du. lact,.avait été.abandion^iée aux machines^ Voici à.ppu près coflnment se faisait ce lavage jadis si diésagnéable.
Sur m\& roue horizontale divisée en CQmpartLmentSi on plaçait la vaisselle, à nêUoyer. CeUo TQM^j en tournant, présçnt^^ i^çcasslvemenb. ses ça^es, d'abord à un filet d'eau, houlHante spuà lequel chaque objet retenu quelques instants recevait Les ifrott^naents rapidi^s d'ui^ éponge, il passait ensuite sous, i^n jet d'eau froide; après quoi l'objet, parfaitement net, était essuyé par des éppnges sèchea et chaudes. I^es çaux de ia^vagè étai/ent recueillies et réservées pouc les porcs.
Nous vî^çs plus loin des hache-légumes et des hache-viandçs; mais ce qui nous intéressa le.pLus, ce fut unç petite sjèrie d'enfants de trois à quake ans occupés à écosser des pois. Ces bambins faisaient trois lots de ces légumes, sçlon leur grosse^:, et cela au moyen d'un, système de cribles à travers lesquels les pois, passaient et étaient reçus d^^ trois corbeilles placées au-dessous,
Partagés en groupes^ ces beaux enfants rivalir saient d'ardeur, et opéraient av£C une grande célé^ rite. Ce travail dopt la durée, nous dit le mentor, était au plus d'une demi-heure, paraissait leurplaiçe l^e^ucou^.
De la cuisine où Ton travaillait peu en ce nuh ment, nous passâmes à la blanchisserie, spacieux et élégant séristère où se trouvaient à peine uàe douz^ne de pçrsonç|çs.
DIVBRSITÉ DfiS GABIkCVÉRES, BTG« Itft
Notre guide nniins présenta à «ne daWie dé(â'<i*un certain âge, chargée de la dtrectkm des travaux. Cette dame, cfaiiitiste très distinguée, comme nous l'apprit M. Léonard > eut la complaisance de nom acconîpagner polir faire le tour de la buanderie ^ de iKHis doimier quelques explications.
— Ces bassins, nous disait-elle, reçoivent du Fingo de qualités différentes, dont chacmie est traitée par des lessives plus ou moins fortes, plus ou moins chaudes, selon sa grosseuret sa malpropreté. Ces chaudières contiennent des dissolutions dépotasse, de soude, de savon et autres agens chimi-* ques à divers degrés de coTicentration; cellèâ-ià renferment des chlorures dont nous faisons un grand usage.
» Vous voyez, messieurs , comment ces liquides sont transvasés des chaudières dans leâ bassins au moyen de syphons, de tuyaux armés de robinets et de pompes mises en mouvement quand noué le vou? Ions par notre grand moteur. Et en même temps noire complaisante blanchisseuse nous indiquait une courroie passée sur le tambour d'un arbre de fer, prête à être tendue et emportée par la révolution incessante de ce tambour. Puis elle nous expliquait comment cet arbre horizontal ou ses coordonnés, mus par la rocie hydraulique, passaient par la cuisine et la buanderie, le moulin et la brasserie, la scierie et Tatelier des tourneurs, les mi^sins et la cave, en un mol, par tous les sérisières où l'on avait besoin de force, ne fût-ce que pendant quelques instants chaque jour.
126 GKâPITRB y.
» Lorsque le liogeasiibi les différentes opérations du blanchissage, ajoutait notre chimiste -en nous faisant entrer dans une pièce voisiné, on le lave dans ces machines inventées il y a plus d'un siècle, mais bien perfectionnées depuis et appropriées à toutes les qualités du linge, même les plus fines. »
Je prenais beaucoup de plaisir à admirer la propreté et Télégance des nombreux appareils de ce séristère. J'étais surtout enchanté des explications savantes et dès bonnes et belles manières de notre colonelle de la blanchisserie. Combien, me disais-je, la science ennoblit le travail ! combien ces BerthoU lets du vingtième siècle ressemblent peu aux lessiveuses du dix-neuvième ! Et m^adressant à Testu : Nous avons sous les yeux, mon ami, un des brillants résultats du trayail exécuté^ en grande échelle, un bel exemple de l'accroissement de la puissance humaine par l'emploi des machines. Dans ce vaste atelier, huit ou dix personnes , sans se fatiguer, se mouiller ni se salir, suffisent, en travaillant quelques heures seulement chaque jour, au blanchissage du linge nécessaire à dix-huit cents individus qui doivent en changer fréquemment, à en juger par la grande propreté de tout le moude..
Testu ayant demandé pourquoi le linge n'était pas tout d'une finesse égale.
— Les habitants de Saint-Remy, répondit notre chimiste, à l'exception pourtant d'une douzaine de familles qui on^ leur linge en propriété, sont abonnés à l'année pbur le linge de corps et de lit, c'està-dire que la Phalange, moyennant un prix conve^
DlVBftSrn DB8 4:ARAGTàRB8, BTG. 1)7
nu, diffik'ent bien entendu selon la qualité du linge, se charge de fournir à chacun celui dont il a besoin pour son usage. Notre linge est de. trois qua. lités, et les personnes qui se contentent de la qualité inférieure, du reste très jolie , comme vous voyez, n'ont rien a payer : cette qualité étant un minimum dû à tout le monde.
Quand nous eûmes fait le tour du Séristère , nous prîmescongé de notre obligeante blanchisseuse et de ses compagnes, et nous passâmes dans la salle à repasser. Là encore les machines jouaient le principal rôle, et avaientltransformé en occupation agréable et facile un travail assez pénible jadis.
M. Léonard nous conduisit de là dans la partie du Phalanstère consacrée aux travaux bruyants et à ceux qui, par des émanations quelconques, pou» vaient incommoder les habitants et troubler le calme de leurs appartements. Là se trouvaient la chute-d'eau, le débarcadère, le moulin, la brasserie, etc.
Nous entrâmes dans un immense atelier, propre et coquet, comme tout ce que nous avions vu jusque là. Il renfermait des scies, des tours et une foule d'autres instruments dé menuiserie. Cinquante travailleurs étaient occupés à refendre des planches ou à tourner différentes pièces.
— Dans ce Séristère, nous dit M. Léonard, nous préparons les bois nécessaires à notre fabrique de boites à ouvrage. Ces planches passent ensuite dana
128 C0APITRB V.
Tatelier d'ébénisterie ûù ces meubles sont coofectiorinés.
» Ici, comme partout, ajouta notre guide en parcoûtant avec nous le Séristère, les machines font à peu près tonte la portion fatigante de la besogne : la machine fournit la force, l'homme l'inteiligence., et sa tâche se borne, dans l'industrie manufacturière, à surveiller, à diriger, à ajuster. Vous ne devez donc pas être surpris de voir plusieurs dames efiffblées parmi nos tourneurs et nos scieurs de long, d'^nt les métiers si pénibles autrefois étaient abandonnés aux esclaves.
Si vous voyez divers systèmes de machines appliqués à des opérations identiques, c'est afin d'entretenir Pémulation parmi les travailleurs dont chaque groupe do'nne ià préférence à une machine différente de celles ûott se se^^^ent les groupes rivaux.
— 'Mais, mon père, <3is-je au vieillard, puisque Vdufe jugez la rivalité des grotipes si utile au perfectionnement des industries, pourquoi ne l'avoir pas introduite dans la cuisine et la buanderïé ?
— !*ardon, répondit tioti*e guide, tousTios travàHlefurs, ^afis éScception, sdftt aiguiïlonnés par la rivalité. Ainsi îës cuisiniers soht incessaitiment en Itrtfe les uns kVec les afrtres, et vous né pourriez croire combien il y a chaque jour d'intrigues, au sujet des potages seulement, entre une dizaine de groupes, dont l'un se passionne exclusivement peur le préparation du riz ou du tapioca , l'autre pour leB.jollemteB^ tes çùrées oa telle et telie «apèee'dt
DITBBSITÉ DBS GABACTÈBBS, BTC. 129
fécule, et chacun de ces groupes, bien convaincu de la supériorité de son potage favori, Ifait de constants efforts pour le perfectionner,' lui attirer des éloges et accroître le nombre dé ses partisans. Il en est de même à Tégard des autres mets.
» Quant à la buanderie, la principale rivalité naît entre les blanchisseurs des Phalanges du même canton qui , souvent emploient des procédés ûiffé-^ rents.
» Toutes les communes voisines rivalisent d'ailleurs en toutes choses , et cet esprit de corps qui s'étend des Phalanges aiix Provinces, des Provinces aux Royaumes , est un des principaux mobiles des Harmoniens. ».
— Vous nous disiez, mon père, reprit Testu, que vous confectionniez des meubles en cerisier. Cependant je ne vois ici aucune planche de cette nature : tous ces bois sont veinés de mille couleurs diverses, dont quelques-unes ont un éclat métallique qui ne rappelle en rien le bois du cerisier. »
— Cela tient, mon fils, à ce que tous no s arbres sont injectés par un procédé découvert il y a cent ans et plus par un Français, le docteur Boucherie. Ce procédé a subi et subit tous les jours des. perfectionnements, et ce jeune homme, environné de trois aides, occupé là-bas à une machine à refendre, est un physicien habile qui accroît la renommée de nos produits, en infiltrant de dissolutions métalliques, aux couleurs brillantes , les cerisiers destinés à la fabrication des boîtes de luxe. »>
En sortant de ce vaste atelier si bien éclairé et
|;)0 CHAMVRB T.
si fr-a», malgré la pbateur du dehors, nous parcourûmes le Séristère dans lequel se confectioBHaient les roeublos, puis la ferronnprie où l'on forgeait les ferrures nécessaires aux maobines, à l'agnculture et aux bâtimeats.'
-— Qaant aux terr\:ires servante à notre ébénisterie , nous dit M. Léonapd, nous les aehetons aux Phalanges dont Uinduslrie pivotale est la confection de ces sortes d'objets. Ces Phalanges, placées sur les lifeux oà se. renccHitrent abondamment et les mines de fer et le combustible, fabriquent sur une éohella immense, et nous livrent eas ferrures bien au-ilassous du pçix auquel ailes nQus lieviandraient si nous les faisions nous-mêmes. €'^ ainsi que (^què pay&> chaque locaFité se cansacro particulièrement à la production agricole et r»ianufacturièro qui lui est indiquée par JaProvidenpe, je vei^x #ipe par les qualités de soti sol et les diverses cir- (iO&stances de températora, d'eixposition, etc., dont iUubU Vi«ftu«iice. Le jour n'est pas éloigné qù l^uçmtfi popAilsi^ion Qe se livrera à une industrie parfaite. »
Dans ce Séristère, nous vîmes, comme dans tous les autres , des machines admirablement confectionnées et des outils d'une élégance remarquahlp. Partout l'ouvrage était si bien distribué qvie les travailleurs n'étaient pas un instçint oisif$ et que pas un détail n'était négligé.
En sortant de la ferronnerie nQu* PQU3 rapprochas de 1^ partie dy Phalftnstèw QCêUI^ par les
BITERSiTé Dm CARACTÈRES, ETC. Ut
ai^Ptemefib e» les Séristères destinés aux travaux tranquilles.
Nous entrâmes dans la salle où Pou peignait les boites à ouvrage; nous la trouvâmes peuprée d'un nombre plus considérable de fem^n^s que ^%ommes, à l'opposé de ce que npus avions vu dans les Séristères précédents. '
Dans cette salle i\ y avait plusieurs c^téc^ories çle peintres. Ici, un groupe peignait exclusiveinent lepapage; là, un autre groupe peignait les animaux. Un troisième ne feisait que des tablej^qx d'histoire ou représentait les diverses nations avec ïeurs costumes variés. Et dans chaque groupe une même personne ne s'occupait généralement que d'un détail : celle-ci faisait les arbres, celle-là les eaux, les bâtiments, etc.
Notre guide nous fit remarquer deux peintres étrangers, de grande réputation, arrivés avec une petite caravane d'artisteâ qui se rendaient à une exposition provinciale de peinture. Cette caravane Rêvait passer la nuit à Saint-Remy, et bos deux peintres s'amusaient en ce moment à donner un échantillon de leur savoir-faire.
Noqs admirions depuis un quart d'heuœ redresse et la célérité de ces peintres et dessinateurs, lorsque le chef de la Série leva la séance, dont ia dujée ^vait été de deux heures. Tout le monde quitta le crayop ou le pinceau et se disposa à sortir, à Texception toulerois d'une vingtaine de personnes , parmi lesquelles deux dessinateurs qui se trouvèrent sans doute en vepve de composition, plusieurs peîA-
très occupés à donner à leur travail le dernier coup de brosse , et nos deux étrangers entourés d'une douzaine de jeunes gens si attentifs à la leçon que cctrtaineihent ils continuèrent la séance long-temps encore après notre départ.
M. Léonard nous montra, dans ce dernier groupe, une jeune fille qui, disait-il , était si passionnée pour la peinture qu'elle passait la plus grande partie de son temps à étudier et à copier les grands maîtres. Le besoin de délassement et l'intérêt de sa santé pouvaient seuls la décider à se livrer à d'autres occupations.
— Ces quatre dames qui sortent ensemble de la salle, nous dit notre guide, sotit des laitières qui vont de ce pas visiter leurs vaches bien^aimées. Si vous êtes curieux de connaître comment «les animaux sont traités chez nous, nous accompagnerons nos belles laitières. »
Nous acceptâmes de grand cœur.
Au sortir de la rue-galeriè, nous entrâmes dans un long corridor ou rué vitrée, soutenu sur des colonnes et conduisant aux écuries et aux magasins de fourrages situés à quelque, distance du Phalanstère.
— Noils éloignons les étables de nos habitations, nous dit M. Léonard, afin de n'être pas incommodés par les cris des animaux et l'odeur des fumiers. Nous éloignons aussi nos granges pour éviter la communication du feu , s'il prenait aux fourra^ ges. Au reste, ajouta-t-il, les incendies sont peu à craindre aujourd'hui, toutes les précautions étant
BIVBBSITÉ BBS OABACTÈRES, ETC. 188
prises pour les éviter et pour s'en rendre maître au premier signal. Ainsi non seulement Teau se trouve partoutdans notre palais, comme vous savez, mais aussi on n'emploie dans les constructions, avec la pierre, le marbre et le fer, que le bois rendu incombustible par des injections salines. »
..Nous arrivâmes dans une cour immense formée par les écuries et les é tables de tous les animaux domestiques de la Phalange.
Nos laitières et quelques autres groupes de femmes de tout âge et déjeunes garçons entrèrent dans retable à vaches où nous les suivîmes.
Là se trouvaient réunies plus de mille bètes superbes, séparées entre elle^ par de jolies cloisons à ' jour, peintes de diverses couleurs. Quoique habitués depuis le matin à voir partout une excessive propreté, nous fûmes néanmoins surpris de celle des animaux et de toutes les parties de Tétable. Un ordre admirable» régnait en toutes choses. Près de chaque vache, un écriteau indiquait les noms des personnes qui lui donnaient des soins, puis le nom de Tanimal, son âge, la race à laquelle il appartenait, la qualité de son lait et la quantité fournie chaque jour.
Chacune de nos dames, après avoir déf^osé dans le vestiaire les vêtements qui pouvaient craindre les souillures et s'être revêtue d'un surtout approprié à sa nouvelle fonction, revint, armée d'un instrument, traire ses vaches favorites, non sans leur distribuer force caresses auxquelles ces belles et douces bètes paraissaient très*sensibles.
Remarquant qu'on ne mélangeieiit pas le iait de toutes les vaches» j'en fis l'observation à une teitière qui me répondit ; — Avant ëe procéder à bertiélange on s'assure de la qualité dû lait de chaque vache, au moj^en de divers réactifs et de iâctoinè^ très ; puis on fait trois lots distincts : i'uh du laifc destiné à la préparation du belirre, l'atltre de celui qui convient à la confection d\i fromage; le li^isiènie, enfin, est servi sur nù^ tablés sousBa fbfme naturelle ou employé À la cuisine. »
Ptiis elle me cotild corniherit on trayait ttois fois par jour Jes mille Vâchés él les cihq riiille brebis de la Phalange, et combien, hialgré la gràhdé ébiisômmation de laitage faite par la population de Saint-Remy, on ext)()rtàil tous lés àhs de bfeùrre salé et de fromaged.
Je remerciai notre gracieuse laitière de ses renseignements, et m'àdressàni à M. Léonard : Mon pfel-e, lui dis-je, il in'est impossible de reconnaître d'Où pelit ilaîtré ici la rivalité. Ce mobile de tout progrès, selon vous, n'exislerait-il pas pour les éleveurs dô bestiaux'?
— L'harmonie, mon fils, répondit le vieillard, tie recoanaît qu'une loi d'orgenisalionv la loi sériaire qui engendre nécessairement les rivalités. Dand cette étable comme dans nos autres séristÔi^eSi Vêmulation, l'esprit de cabale est fortement mis en jeu. Ainsi, nous avons ici plusieurs racfes de vaches et dans chaque race plusieurs variétés. Chaque groupe de laiUères afiéctioniie pârticùlfôteii
DIVERSITÉ DSa QA&ACTSRBS, ETC. 195
ment une variété) ia prise plus que les autres et fait de continuels efforts pour la perfectionner^
» Grâce à cette rivalité, la science de l'éducatioil des aiMmaux a fait d'immenses progrès. On est t)arvenu à créer des races qui possèdeat toutes les quà-^ lités désirables) et, par exemple, un canton siiissè est arrivé a produire des vaches dont le lait eon^ tient un tiers plus de crème, H de crème esCelietl** te, que les autres espèces connues. Vous vo^es là six de ces belles bêtes dont Tune de nos plus ri-* ches laitières, Mme la comtesse de Saint-Retny^ a fait présent à son groupe. Depuis cette acquisition ce groupe affiche la prétention de faire le beurre plus délicat, non seulement que nos autfes ^roa* pesi mats aussi que les Phalanges à dix lieues à la ronde.
j» Or, les rivalités, je vous l'ai dit, ne s'arrêtent pas aux groupes similaires dans chaque Phalange; ils s'établissent encore entre les groupes des Pbaûmges voisines; et œ& rivalités sont des plus vivaces^ attendu lesrappôrts nombreux et fréqnehsq^i exis^ tent entre ees Phalanges. Ainsi, ce soir, quand arriveront des Pftalianstères environnants lésa amateurs dé musique et de spectacle^ les laitiéâres et laitiers qui se trouveront parmi eux s'empresseront dé visiter notre étable; ils goûteront le lait^ ie bëtirre et le fromage, et le groupe possesseur des six vaches à crème les montrera avec orgueil et âeirà Jiêuréux des éloges que lui attirera sa récente &c« quisition.
• > il eti Sera de même de tous les autres produite s
136 CHAPITM V.
ils seront examinés, loués et critiqués par des connaisseurs très-compétents, puisqu'ils s'occupent chez eux des mêmes industries.
» Cette rivalité incessante entre les Phalanges voisines qui, placées dans des circonstances atmosphériques et des conditions de terroir à peu près identiques, se livrent aux môfnes cultures et aux mêmes industries, rend le goût plus fin et plus sûr, et excite singulièrement à Tamélioration de tous les produits.
» D^autres motifs d'émulation très-puissants sont les fréquentes expositions cantonales et provincia-les. Peu de jours se passent sans qu'il y ait concours entre quelques producteurs rivaux : aujourd'hui, les cultivateurs d'artichauts exposent dans la Phalange>chef-Iieu où nous avons envoyé deux sectaires de ce légume avec des échantillons. Les rosiS' tes se sont donné rendez-vous pour demain au Phalanstère Paget. Après-demain les ceriHiUê exposeront dans un autre village, et dimanche nous serons témoins à Saint-Remy d'une lutte provoquée par nos éleveurs de chevaux : nous aurons une course de jeunes bêtes de trois et de quatre ans. »
Tout en écoutant avec intérêt notre complaisant cicérone, nous regardions de nombreux groupes de grands garçons et de jeunes filles occupés à distribuer aux vaches diverses espèces de potages* M. Léonard nous apprit que la nourriture des bestiaux était appropriée à leurs tempéraments; qu'elle était différente pour les différentes races de vaches et qu'elle variait encore selon la qualité de lait qu'on
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voulait obtenir. Il nous fit connaître Timmense économie produite par la cuisson et les assaisonnements des légumes destinés aux animaux, par la salaison ou la fermentation de leurs fourrages. Grâce à ces diverses préparations, nous disait-il, et aux monstrueuses racines que nos terres convenablement fumées et arrosées à propos donnent en abondance, un hectare peut nourrir au moins quatre vaches.
Nos laitières, après avoir trait, ouvrirent les robinets placés près de leurs vaches favorites pour renouveler leur eau) elles examinèrent attentivement si rien ne leur manquait, leur firent une dernière caresse, passèrent au vestiaire pour déposer le surtout, se laver les mains et faire une légère toilette ; puis elles quittèrent Tétable se rendant, qui à la cuisine afin de préparer le goûter, qui à la confia* série, qui à la salle de couture, etc.
Pour nous, en sortant de Tétable, nous entrâmes dans récurie aux chevaux, vaste et beau local, bien aéré, parfaitement éclairé, plus élégantet plus confortable cent fois que les habitations où s'entasrsaient autrefois les trois quarts des Civilisés.
En ce moment, des hommes jeunes pour la plupart étrillaient et bouchonnaient de superbes chevaux. Un garçon d'une vingtaine d'années s'approche de nous, et s'adressant à notre guide : Cher vénérable, lui dit-il, votre bel alezan est parfaitement guéri de sa blessure ; vous pourrez le monter quand vous voudrez.
— En effet, répondit M. Léonard en s'avançant
pour flatter cie la main un beau cheyai de race, je v3ié que moii bàÙVre K'âragheusë est biëri rétàbfi, el belâ gfâbé à Voè bbtxs ôbihâ; chëh Ékiehhë. ïé Tdbs Miis tfë§ bcohhaisidht (les ^biheà qiië Voua avez pHsè'à prèé de Bette jetitië bêle ; J'y Ufenâ bëàiic^hp i t'e^ VA feotivëhli* ijue Pilfi de mes frères mé laissa ëli bârtaiil àVec là dëhnîèté ffliââîod à'Afl^i-
qhè. i»
— JBSiiià gnctaBlè, ^èpl}'4iiâ PiiëM, â'àVb^ trouvé roccasion de vous être agréable. VbùààVéz tôtijoûffe Ki p&dr ttioi tâht dé bdiitfe qûll Hl^eèt bien doux Ût pbuvbir VdiiS tëtnbigribr M gMitli'dë.
fc Maîfe ëâvéJ-vous qlië Louis torlHâ, ië jilus jeuhè mfeiiibrë de iiolre groujJe,. ofcbtiitë lâ-bââ à pâiièer léà éhevaui arabes, est fprt jaloux dé liibfi bbtihéurl^ Il S6 gliàlhl àmèremeiii de rie rleh faite tfdiir vous, el, en ce moiàifetit, il Sollicité fedh âdlîilèfeidfi partrii l€É îtàg;ë§ fle votre tiuàrtîër, aflH db ^UVbir sbigner vos vêtements. »
^.ïtt diras à Louis, cher Ètiérihô , répondit le vieillard, cbiribifeu je èiiis Sensible à son àltacliemèfat ; lli l*ëh remercieras flfe hià part. »
t^Uàrid Étièithè hôuS ëbt quittes pbUr FelourUer à ses chevàiik . ïtidô àihi testu dit à M. Lëdtidrd : Vôiife Jjàyëi fldhc blëd lârgeméhi: voS domesliqUèS, mShriéili^, Que ces Jëliiiéâ é^HS se disjputeht entré ebk rhbnhebi^ de tbilà Servir ?
-f^ tbpihiëlil ! ^ëyéf méâ domestiques? Voua n'àVët dotîc pas éhcore comjif'is tju'il il 'y à pas dé doïilfeslKliiës Bii Hàrtndniê? Êcoutez-moi bn mo-^ n^ent.