‹ Visite au phalanstèreChapitre 12 sur 52 · DIVERSITÉ DES GABACTÈRES, ETC · texte numérisé non relu

DIVERSITÉ DES GABACTÈRES, ETC

I) Tous les habitants de notre Phalange ont,, en lèîir qualité de travailièurs, une part plus ou moins considérable dans lés bénéfices de l'Association, mais aucun ne ^ reçoit de salaire de personne. Le groupé des palefreniers touche chaque année un beau dividende, ihais il serait déshonoré s'il acceptait la moindre gratiiication de qui que ce soit. »

— Alors, reprit Testu , je ne vois ni oomiment voiis payez les soins donnés à . vos chevaux >. ni pourquoi ces jeunes hommes se disputent la peine de les soigner. » * • . . .

— Tout cela, mon fils, est pourtant bien SHi^)ie, repai'tit le vîéillàrâ, vous allez le reconnaître;

5) i*al toujours bëaucôlip aiiné les chevaux , et*,, cbhime dans nia jeunesse je me plaisaiâ à les soighër, j'é m'étais fàil recevoir aans le groupe des palefrehiërs. Mais depuis lông-lefaips cette occupa-, tibri â cessé de ihe plaire, et j*ai quitté ce groupe; Cepêndànl , aiinànt toujours les chevaux et me troùvàhl assez riche pour me donner le plaisir d'en avoir quatre en propre, au lieu dé m'abonner avec la t*haiange , ainsi que cela se pratique généraiement, j'ai préféré, pour avoir constainment à ma disposition des chevauî de selle et de cabriolet, en aclîètér ^ prendre un abonnement pour leuj^ nourriture, leur pansement et leur traitement en cas de maladie.

» Quant a ces jeunes gens enrôlés dans .tes groupés chargés des pansements, ils sont rétribués par làthâlange poul- ce travail, comme je vous Tai expliqué tout à l'heure \ et, s'ils se disputât à qui

soignera mes chevaux de préférence aux autres, c'est par afifection pour iroi, qui suis leur professeur à tous deux. Etienne , en entrant dans le groupe de meUmistes dont je suis le chef, a reçu de moi des leçons et des encouragements, et il recherche les occasions de me témoigner sa reconnaissance. Louis est un de mes bien-aimés disciples, l'un des plus assidus auditeurs de mon cours théorique et pratique de la taille et de la conduite du pécher ; et ce jeune homme me chérit tendrement. *»

— Ainsi, mon père, dit Testu , c'est entre vous un échange de bons offices; et les fonctions domestiques, qui jadis séparaient les hommes et les rendaient souvent hostiles , les rapprochent aujourd'hui! Causes de jalousie d''une part et de mépris de l'autre, ces fonctions sont devenues une source de touchants procédés, une occasion de témoigner sans bassesse sa gratitude à un bienfaiteur, de payer un service par un service. Voilà une bien merveilleuse métamorphose de la domesticité civilisée et de l'esclavage barbare l »

Tout en causant, nousa^ons fait la revue des nobles bétes renfermées dans Técurie. Nous en sortîmes pour entrer dans Tétable à mouton6,^peupléç de vingt variétés, les unes riches en toisons, les autres précieuses pour la délicatesse de leur chair. Nous visitâmes aussi l'étable des bœufs et celle des porcs aux nombreuses espèces, puis les basises cours. Là, une foule de jeunot filles étaient occupées à distribuer la pâture à des milliers de poules

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et de poulets éclos à la chaleur des fours, et à d'innombrables bataillons de dindons, de canards, d'oies, de perdrix , de pintades et de. faisans dorés. ,

Plus loin, à un coup de sifflet, une nuée de pigeons s'abattit dans la cour, et je remarquai que chaque variété se séparait des autres entourant une des jeunes filles pour en recevoir une nourriture particulière.

Ce quarjtier, éloigné des habitants, était en ce moment plein de mouvement et de vie. Nous étions heureux du bonheur de cette belle jeunesse, si gaie au milieu de ses élèves aux formes diverses, aux plumages de mille couleurs, aussi variés'que leurs aHures et leurs habitudes.

Nous laissâmes ces gentilles ménagères à leurs agréables occupations pour retourner au Phalanstère. Chemin faisant, notre guide nous montra les magasins aux fourrages et les silos où sont en réserve des grains nécessaires à la consommation de deux années. Nous visitâmes aussi les remises aux voitures de luxe et de travail, et le parc des insrtruments de culture , où nous remarquâmes, au milieu d'une multitude de herses, de cylindres, de houes à cheval, etc., une centaine de charrues tout au plus. Comme nous paraissions surpris du petit nombre de ces instruments, M. Léonard nous expliqua en peu de mots comment se pratiquait le labourage.

— Quand le moment de labourer est venu, nous it-il, nou s choisissons un jour convenable et nous

en donnoHS, avis à nos voisins. A l'heure fixée, leis cJBa ou six Phalanstères les plus f^approchés nous dépêchent chacun .une cinquantaine de charrues, traînées par leurs n)i^i|lei)rs aUelages et condviites par leurs plus batiles laboi|reurs. Arrivés sur le terrain^ musique en tête et banniè^ç au vent, nos bataillons se livrent un rude combat, et, en quelques heures, le territoire est profondément labouré, comme vous pouve? le per^ser. Alprs une députatioa de nos jeunes filles vient çouronjier l'^te^idard du groupe vainqueur, çt tous rentrent bm Phalanstère, précédés des musiques réunies pour finir la journée p^r des fêtes, des danse^ ou d^es concerts. Le jour du labourage est, je vous Tassure, l/un des pliis beaux de Tannée. »

— Permettez-moi, mon père, dis-je à notre guide, de vous soumettre une observation. L'Harmor pie est le règne de la justice , — vous nous l'avez cuvent répété, — cependant il ne me semble point parfaitement équitable que ces laboureurs dopt vous nous parlçz, a\nsi que les jeunes çjroseillisles de ce matin, passent gratuitement leur temps à foire votr^ ouvrage ; ce sera|Jt-il pas plus juste de payer lt;llrs^ pejnes ?

— C'est aussi ce qui a lieu, répondit le vieillard, lpsThalan«es ont ui\ compte ouvert les unes chez le§ autresj et les Régences ont soin d'y porter les travaux exécutés par les travailleurs des villages voisins, çonjune ils y inscrivent les o^^^s qfl'Ws en r?Ç^^^®"-t-. 11 y a, pour les échanges ^e cohortes \\^ cinales, une comptabilité régulière. Au reste, les

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Phalanges de notre Provipce soi^t déjà reliées par une, foule d'assurances mutuelles, et bientôt,, je ifcpère, elles seront cojnplètement associées. »

Arrivés au palais, nous nous arrêtâmes un instant à la bibliothèque des adultes, dont nous admirâmes Fordre parfait et ^arrangement des ouvrages en séries, groupes et sous-groupeg.

Nous visitâmes encore plusieurs salles dont chacune avai^ upe destin8|tion particulière. Ici, ^tait la Bourse où' se traitaient les affaires ayant rapport . aux trav2[ux, aux achats, aux ventes et mitres transactions de la commune avec |e dehors. Là, nous vîmes Iq salie destinée aux cpncerts, phis loi^ les salles de bal. ' m ■• -

--r Durant l'hiver, nous disait notre guide, quand nous n'avons ni spectacle ni concert, une grande partie de la population se réunit ici, après souper, poi^r dan^r pendant quelques heures. Çhe? pous un bal s'improvise ei; un flioment, car tout le monde est m\isieien, et il y a \ Saint-Reniy plus de ^ix cents personnes folles (Je la danse. Tout viei^x que ie suis^ je îïie plais Ipeaucoup dans ççs réunipns de jeunes gens : c'est un entrain incroyable. Les dapseuses et les danseurs se reposent* en prenant place à Torchestre toujours nombreux , et ces changements de rôle tiennent tout le monde en haleine. j>

Soudain des chants aussi allègres que puissants vinrent frapper nos oreilles. — Suivez-moi , nous dit M. Léonard, je vais vous introduire dans la salie des couturières et des tailleurs. Cette utile et nom-

breuse Série est renommée au loin, non-seulement pour son habileté dans la confection des vêtements d'hommes et de femmes, mais aussi pour la force de ses musiciens et leur ensemble parfait.

Quelques instants après notre entrée dans la salle, les chants cessièrent à notre grand regret, et le chef, une dame âgée, leva la séance. Â peine si nous eûmes le temps 4e remarquer comment les travailleurs étaient partagés en groupes, dont chacun était chargé d'un détail spécial de la coupe ou de la couture; à peine si nous pûmes entendre les derniers sons d'un orgue puissant dojit les accords soutenaient les chanteurs.

Il se forma près de nous un groupe de six belles et jeunes couturières , qui se réunissaient pour se rendre ensemble au Séri^tère de la basse enfance, dans l'intention de donner l6^ seia à leurs nourrissons.

Désirant connaître la manière dont les enfants étaient soignés , nous proposâmes à notre guide d'accompagner ces dames, ce qu'il accepta d'autant plus volontiers que parmi elles se trouvait une de ses hièces dont il était bien aise d'aller embrasser l'enfant.

Lei Enfants en harmonie. L'inêtructimet le Profeêioraê. 'Mvyitu th eêtntifondantev La Cave.

Vorage était dissipé, le soleil brillait de tout son éclat, et, au moment où nous sortions de la salle de couture, les trompettes sonnaient pour Tenlèvement des toiles et des paillassons dont on avait couvert les fleurs, les couches et les espaliers.

Voulant s*asgurer si rien de fâcheux n'était arrivé à ses cultures favorites, M. Léonard demanda prmission de nous quitter un moment. — Je vous laisse, nous dit^il , avec nia nièce» M'"« Chalet, qui aura la complaisance de vous faire voir nos crèches ; au reste, je vous rejoitfdrai dans un quart d'heure.

Chemin faisant, Testu disait à M"« Chalet :

^^ Je ne puis comprendre comment des hommes jeunes et vigoureux comme ceux que j'ai aperçus parmi vos couturières se plaisent, à manier Taiguille. Cette occupation devrait, ce me semble, être réservée exclusivement pour les femmes. »

— Quelques-uns de nos tailleurs, répondit notre jolie conductrice, sont des hommes de nature douce et aimante, qui trouvent, c'est leur expression, un charme indéfinissable à passer une heure ou

deux au milieu d'une réunion de femmes. D'autres aiment instinctivement les travaux à Taiguille, et se plaisent à la coupe des habits et à la confection des vêtements d'hommes. Ces occupations tranquilles sont pour eux. un délassement agréable , après des travaux qui exigent l'emploi de la force. * •

» Puis, je dois le confesser, ajouta M°>« Chalet en souriant, certains tailleurs ne sont pas attirés dans notre ouvroir uniquement par un louable dévoûment au surjet , mais bien aussi par les beaux yeux- de quelques gentilles couturières.

» Au reste, quel que soit le motif qui nous les ait amenés, les jeunes hommes , devenus habiles dans Tune des branches de la couture, continuent généralement une industrie à laquelle ils ont pris goût par habitude et qui n'est pas sans attrait, exercée dans noire élégant Séristère, au milieu des chants et des propos joyeux de notre brillante jeunesse féminine.

«Nos penchants industriels sont souvent modifiés par nos passions affectives , et je suis moi-même un exemple de cette vérité. Ainsi , depuis quelque temps, je déserte la salle des repasseuses parmi lesquelles j'ai un grade élevé , pour fréquenter la salle de couture , afin de me trouver, autant que possible, avec ma fille aînée. »

— Il me semble. Madame, reprit Testu, qu'il eût été plus naturel de faire de votre fille une repasseuse que de devenir vous-même couturière ? »

— Comment ! Monsieur, répondit vivement M"**

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Chalet , moi qui adore mon enfant, je devais, dites-vous, contrarier sa vocation- et ra'opposer aux vues de Dieu en la forçant d'apprendre un métier qui Teût vraisemblablement ennuyée, comnie tout ce que l'on fait malgré soi ! et dans lequel elle fût restée inhabile toute sa vie ! ! Il fallait priver notre Phalange d'une bonne couturière et lui donner en échange une mauvaise repasseuse , et cela afin de satisfaire mon égoïsme 1 ! Mais c'est de la folie ce que vous me dites là ,. Monsieur, et je vais vous prendre pour un échappé de Civilisation. Ah ! vous voudriez que nous fissions de la tyrannie avec nos enfants!... Eh ! n'était-ii pas plus convenable que je nie fisse couturière? Si la couture me plait moins que le repassage, je trouve une ample compensation à ce léger désagrément dans le plaisir de voir ma chère Henriette et de causer avec elle deux heures de plus chaque jour pendant quatre mois d'hiver et quand le temps ne permet pas de travailler au jardin. »

Après cette petite discussion, nos jeunes mères s'entretinrent de leurs nourrissons, vantèrent leur beauté, leur force, leur gentillesse ; elles se disaient la joie qu'ils manifestaient en les apercevant et le bonheur qu'elles-mêmes trouvaient à les accabler de caresses, après quelques heures d'absence. Pas un mot de, plainte ou de regret ne sortit de leurs bouches. Ces heureuses nourrices ne cobnaissaient évidemment que les délices de la mater* nité ; elles ne soupçonnaient pas le moins du monde les impatiences, les insomnies, les ennuis innom-

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brables et sans noiq des mères civilisées charge defaixiiHe.

Çientôt nouj armâmes §tt géflstèrp 4e |â ÎP^figç Çilfauce, nooun^ g^ys^j la Crèche ; c'était »nç $^11^ imraepse divisée en trais nanties conaiï^upiquanf çnire êllçs. P^^ chacune 4e ces âççtipu^k ét^ei^ réunis les enfants 4e wême (îçiwtère, Naus \x^ versâmes la pièce h^J^itpe W.le^ ftourr\sspii$ içm çt tranquilles, puis celle destinéçi ^um, enÎ8w;its plu§ bruyapts , et ^lovis eptr^me? dans \^ çhpnibr§ 4^ mutins ; ils étaient ^yirpa ijn^ vingtaine, ^^ ^\^ an, et gu-desspuSr

M'^'' Cbali^ 9'Appoeba d'un gi^ 9«^ ^ ainq 4 @iXi 9^ qui aouril en rapepeevM et \^ tS^éii se« l^etit» bra» : c'était son filt. Bile l'ea^r levft d^ son bar^au, 0I Teia^popta, tout en l'em^ brassant, dans une pièce latérale «ux dcurtairs que aous venions de ^yersev, et eomniuBiquant av<(e eux. Cette pièce, destinée à la promenade etautrep eii^erciçes, se pqmn^f^U le p^^eiH^r. I^hi^t^ s'y rendaient pour donner le sein à leurs aoui^i^ismid,; nous y suivîmes 1^ nièce de ^, Léon^gird.

— Vous voyez, nous dft-élle, comme nos enfents sent légèpemeiit vêtus. La douce température de NOS crècbes, la même en toutes saisons, permet de ne jamais leur faire porter de vêtements plus chauds m pkjs gênants ; et l'ampleur de leurs robes laisse à e«3 frêles opé» tures la liberté entière d^exercer et par eoBséqaeirt de fortifier leurs membres. Aussf, Die» sak eemme ite remuent braa et jambes : ite

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