LBS ENFANT» EN HARMONIE, ETC. J
mille espèces, tous fort ingénieux et propres à exercer les sens et les organes de l'enfance, et è lui faite aimer le beaii. ttien de plus charmant que les groupes qui peuplaient en ce moineni la salle : ici , de jeuDâs mères câiiâaieht entre elles d'un aîi- pârfiaiitemétit heureux et lé ëoufife sur les lètréSj tout en donnant le sein â lëut^ hourfissons; îâ, des Riartedts, plâdés dans d^ chariots de divetseâ îbttriéSi essayaient îëurs pfeîniët*$î)îte çoiis VxéW dëé sùtveillatités ; plus loirl, des enfâtiis assis autour .d'une t^e étroite, en fofhie dfe defiii*Côhite, receraieât tt>uHi-tour la bouillie qm leur distribuait me toH4« jeund filieplscée au centre de la tablé; ^aoàis que des bany^itis marchant déji seule, s'em*> pressaient à l'enVi à jeter de menus graine âux «embreux haliîtatatsâ'uae superbe Tôlière.
A mesure que lee plus petits eiifi|D(s termitiifttëfil leur repaS) les nourrices les reportatenk daoâ le«irs Woeaux ou les coQfiaient aux promeneiiBeS) aeloa que ces nourrieeetts avaient besoin de sommeil ou d'exercice.
— Rarement, nous disait M. Léonard, on entend pleurer nos enfants, parce quHl y a ici des femmes qui rarement se trompent sUr leurs besoins. Vous voyez cette vénérable matrone, la Colonelle de la Série des bonnes et surveillantes ; elle a tellement en dominance Pamour de l'enfance^ qu'elle a peut-être passé les trois quarts de sa vie dans notre Grèche-. Aussi elle a acquis une expérience incroyable et uïi tact merveilleux pour tout ce qui a rapport à ses marmots. La population entière de Saiat-ilemy la
chérit et la respecte comme une mère, et nos médecins s^enorgueil lissent de la compter dans leurs rangs, car son traité sur les maladies des nourrissons est consulté en tout pays. i>
Nous vimes parmi les bonnes la petite fille de notre guidef la douce Mariette qui ne nous avait pas encore aperçus, occupée qu'elle était à promener un nourrisson de quatre à cinq mois. Nous allâmes l'embrasser 'et son grand-père lui demanda le nom de Tenfant qu'elle portait.
— Il se nomme Jules, bon papa, répondit Marie, et bien qu'il n'ait pas encone quatre mois, il me connaît parfaitement, et dès que j^entre dans la Crèche il me sourit et me tend les bras. Si tu savais comme il est tapageur, mon Jules! Il sera bientôt aussi lutin qu'Adolphe, le chéri de Caroline. »
— Comment donc, Mariette, dis-je tout surpris, vous paraissez aimer tendrement votre Jules, et cependant vous vous réjouissez de le voir devenir tapageur! »
— Mais, monsieur, répondit la jeune fille, je ne puis souffrir, moi, ces petits sots qui ne crient jamais et restent immobiles comme des statues. Je ne conçois pas comment Louise, douée d'un goût parfait, — du goût le plus sûr de notre groupe de décorateurs, il faut en convenir, — peut aimer ces enfants tranquilles, riant sans cesse et ne sachant que vous embrasser. Vive mon Jules ! Si quelque chose le contrarie, il fait un tapage ! Moi seule sais en venir à bout. »
£b8 enfants en harmonie, etc. 155
— Il paraît, mon enfant, dit M. Léonard, que tu te plais bien près de ton Jules ? »
— Certainement; vois-tu, bon papa, je m'amuse parfaitement au jardin à cultiver ifios résédas, les plus jolies et les plus odorantes des fleurs, quoi qu'on en dise, l'ai bien du plaisir à cueillir nos groseilles ou à aider' bonne maman à mettre dans les pots nos gelées blanches. Les leçons de modes et de peinture me plaisent beaucoup aussi, mais je suis encore plus heureuse ici, quand, en compagnie de mes camarades, nous lutinons les bonnes des enfants doucereux, que je berce mon Jules ou le Deûs sauter, »
. — J'en suis charmé, nyon enfant, reprit notre guide; mais à propos de peinture, dis-moi, fais-tu des progrès dans ce bel art ? Depuis iong-temps je n'ai vu de ton ouvrage. »
-^ Sans doute, bon papa, je fais beaucoup de progrès, et, pour preuve, la maman de Jules, que j'appelle, comme tu sais , petite maman, me donne chaque jour des leçons de paysage ; elle me permet depuis un mois de colorier ses prairies, et à peine si elle a besoin de retoucher à mon travail.
a Tu ne saurais croire combien elle est complaisante et bonne pour moi, ma petite maman j elle hie préfère, je crois, à ses autres écolières. C'est qu'aussi nous avons bien du plaisir à causer de notre Jules ; elle aime tant à me faire conter les gentillesses dont il me régale chaque jour, durant mes deux heures de garde î »
Tout-à-coup, un orgue se fit entendre, et les fem-
iS6 CHAPITRE VI.
mes et les jeunes fîlîes entonnèrent ua chan4 d'une ëxqtlise ddliiiéulr. Lès ënfàhls prêtèrent unfe oreille attentive, et tout se ût avec ihesurç, la marche des ^fomèneusfeâ pçrlatil dès nourrissons et le mouvefiiènt dès bercëËut dàiis lesquels où balançait ceut ^Ui fe'eiidoi-inâiënt.
L'orgue se tut, lea chants expirèrent peu à peu i les nourrices ârent une dernière caresse ô leurs çntanis et se, Retirèrent, ainsi -que la plupart ides Dbnnes et des jeUnes filles; il ne resta dans la erèché qu'un petit noiaibre de surveillantes* .Nous sortîmes au86i^ après avoir eifibraflfié noM chère Marie et dit adieu à M«« Chalet, qur^ pré^ tefidant que son fils é^it indisposé^ voulàitj dieait-^le, passer la nuit prèd de lui^
Quand hous fûmes dand là rue-gâlerie :
— Vous avez bien raisdti, nion père, dis-jè à Rotre guide, l'économie est toujours compagne du boh et du beau. Aucune manière d'élever les nour- Hssohs hé satinait être comparée à la vôtre, sous Id tàpport des avantages qui eh résultent pour les enfatitè èl pôhr lès Inèrës, comme aucune hë pourrait pM)cUk*èr Une égale économie de temps, de dé^ pfehsés, d'èhnuis et dô pleurs. Ici quelques surveillantes âtteUtives, pÈirce qu'elles aiment les enfants 6t se plaisent â les soigner, puis aussi parce que leur surveillance est de courte durée, suffisent ft tous les besoins de Vos 50 ou 60 marmots. Quelle aifféhôncè, boribieu ! avec les anciennes méthodes I Jadis les familles riches entouraient chacun de lenrs
LSS KNFANTS EN HAliUrONIE, ETC. {S^f
fils de plusieurs personnes, nourrice et bonnes^ §$ Dieu sait encore comipent ils étaient soignés !
<r Et ces enfants, privés ^e la sQciété ()>utfe& ei^ fants, étaienl sfouvent tristes, pbureursî et laiAguii* sanfs, tandis qqe Ips familles ^ai»Yr^ per4ai<9At un temps considérable et très-précieux aiitour de l&^ nourrissons, ou, ce qui était, bé|ai^ l trop fréquent» eUesi laissaient ooustamoieut dans ïe^xfk méchanâl berceaux ces' pauvres créatures 1 Aus&i l9 priVlM*. tion de mouvemeptet laniatpropreté d^na laïquelle croupissaient ces infortunés les reud^i^^t-eHe^ Xi^ cbîtic[ues et scrophuleux , cjuand eÙeâ pa ie^ ^p^ saient pas mourir de iangusur*
» M^is qu^l beureux cbangemeut dansi )a sort dpi enfants l Elevés tous aujourd'hui, sans di^tinctiOQ de fortune, dans ce J^riHant séristère, entou^é^ ii^ çessan^ment de soins intelligents et (iévQués, toq^ grandissent en force et en bonté pour le bonbeuç et la gloire de leurs parents et de 1^ société tout entière.
» Comme tout ici, mon père, est digne d'intérêt et tait naître là réflexion ! Combien ij est touchant d^ voir vos instilutions-néducation unitaire, organisa» fion sérîaire, alternance des travaux— unir les uos aux autres les habitants de tous les rangs par les tiens les plus affectueux et en faire une famille d(Ç frères bien-aimés ! Votre petite Marie, par exeiur pie, est adorée non seulement de ses père et mère, et de vous, son père adoptif, mais aussi des nourrices dont elle a pris le sein, des matrones et des jeun^* frHes qui 6nt eu soin d'elle comme elle a soin de son
1&8 CHAPITES Vt.
Jules, d'une foule d* amies dont elle partage les tra» vaux, des instituteurs qui lui prodiguent leurs leçons, que sais-je enfin ? Je pourrais dire que leurs enfants sont aimés de tout le monde, car, depuis ce matin, je ne cesse d'admirer combien ils sont caressés dans votre heureuse Phalange. On ne leur adresse qu0 les noms les plus tendres ; ils n^entendent que des paroles d'affection et d'encouragement. Il serait bien impossible qu'ils ne fussent pas aimants et bons. »
— Ajoutez, mon fils, reprit M. Léonard, que tout le monde respecte Tenfance. Il est sans exemple qu'un harmonien ait dit un mot ou fait une action capable de flétrir cette tendre fleur; ils connaissent trop bien la portée de leurs paroles. Et d'ailleurs, la personne qui se permettrait un mot équivoque en présence d'un enfant serait blâmée de tous, et aucun groupe approchant les groupes enfantins ne voudrait l'admettre parmi ses membres.
» Ce pieux respect pour le jeune âge empêche les imaginations de s'éveiller prématurénaent. Aujourr d'hui, l'amour ne naît plus avant l'époque fixée par la nature, et cette passion conserve, durant de longues années, ce parfum d'innocence des premiers jours de son éclosion.
» Mais, mon fils, comment se défendre, dites-moi, d'aimer et de respecter ces chers petits anges si frais, si beaux, si naïfs, qui agissent toujours avec une entière franéhise I Nous avons le plus grand intérêt à savoir ce qu'ils aiment, ce qu'ils veulent, afin de bien connaître les vocations et les penchants
LES ENFANTS EN HAlIKONIE, ETC. 169
dechaoun d'eux ; aussi, jamais nous ne les mettons dans la nécessité de déguiser leurs pensées. »
— Ainsi, dit Testù, chacun suit ses tendances, ses caprices, sans que jamais vous cherchiez à les traverser ? Vous, ne faites aucun effort pour dompter les passions de vos enfants ? '
— Comment donc ! mon fils. Mais un mécanicien a-Vil jamais songé à diminuer la force de son moteur? Non, sans doute : il fait au contraire ses efforts pour l'accroître et Tutiliser. Or, Thomme ne pouvant agir aujourd'hui que pour le bien général, et les passions étant les seuls moteurs qui le font agir, la société a le plus grand intérêt à les développer toutes autant qu'il est possible. »
— Toutes, dites-vous! même les mauvaises I »
— ' Toutes les passions sont bonnes, mon fils, car
toutes s^iit Tœuvre de Dieu, car toutes sont nécessaires à l'accomplissement de notre destinée. Quand la société était hors de sa voie, quand elle était inorganisée, les passions ne pouvant agir utilement, produisaient le mal ; cela était inévitable. Mais prétendre qu'il y a des passions mauvaises toujours et d'uné^ manière absolue, c'est blasphémer le Créateur. »
— M™' Chalet , votre nièce, avait donc raison, reprit Testu, quand elle nous disait que vous ne contraignez pas vos enfants à s^appliquer à telle ou telle branche d'agriculture ou d'industrie, de sciences ou de beaux-arts. »
— Jamais, en effet, répondit le vieillard, nous ne forçons les vocations. Les pères savent que Dieu
160 GHAPITEE TI.
distribue à son gré les aptitudes et les passions, et aucun d'eux n'a la prétention absurde de fpçonner ses fils à son image, ni d'exiger que ses plai*« sirs soient leurs plaisirs, que ses goûts deviennent leurs goûts, en dépit de la nature. »
-^ Il lie faut psisf alors s'étonner, reprit mon ami, si YO^ enfants, toujours parfaitement heureux, sont si beaux , ^i aimants , si remplis de grâce ^t dit
>) Tout d'^àiUeurs concQurtà oes merveilleux résultats : vigueur des parents , nourriture choisie et Qboodante , fKÛns hygiéniques, caresses incessaort tes, exercices continus et agréables, enfin cette ex« cellenta coutufi[i§ de mêler les chants et la musique 4 toutes (as occupations et à toutes les apMons de la vie. *
•m- Cette coutume , mon fils , est si naturelle qu'elle se retrouve chez les peuples même les plua sauvages. La {uusique a pour Thomme un attrait infini. Çest par elle qu'on se parle encore quan4 on n'a plus rien à se dire. La musique diminue la £iligue, calme les douleurs, amène la gailé, polit les mœurs : c'est l'un des plus beaux présents de la bonté divine, un dos plus doux plaisirs mis à la portée de l'homme.
» Aujourd'hui , nous grandissons , nous vivons, nous vieillissons au milieu des chants ; l'harmonie nous saisit à la naissance pour ne plus nous quit^ ter ; c'ost notre élément. Aussi il n'y a pas, je crois, dans uotre Phalange deux personnes assez mal-* heureusement organisées pour être insensibles à une
LES ENFANTS EN H&liliONlE» ETC. Ht
home. exéçotiQn musicale; et nous possédons au contraire des ayptistes de première focce. Il est sorti du milieu de nous de cçlèbres çoûfpositeurs, qui font ^nptrp gloire et notre orgueil et ont porté au loin le nom de Saint-Remy. »
— Je comprends difficilement, mon père, dit Testu, coniment il peut se former chez vous de savants médecins, des chimistes habiles, des peintre» et des musiciens distingués : il me semble que chacun s'applique à trop d'objets différents pour devenir supérieur dans un art ou une science quelconque.»
— En général, répondit M. Léonard, les harmoniens s'occupent, il est vrai, de bien des choses diverses, et, sMls deviennent plus ou moins habiles dans toutes, c'est qu'ils s'attachent à de simples détails, à une parcelle de la science, de l'art où de l'industrie vers laquelle les poussent leurs vocations. C'est aussi parce que l'intelligence grandit considérablement quand elle s'exerce sur plusieurs sujets différents : témoin ces grands de l'antiquité qui étaient tout à la fois, et à un degré éminent, capitaines, écrivains, oratçurs et hommes d'état.
» Quant aux avants et aux artistes supérieurs, ils se recrutent parmi les personnes dominées par une vocation exclusive pour l'une des branches des connaissances humaines et qui trouvent le suprême bonheur à la cultiver.
» Ces natures rencontrent dans le Phalanstère les conditions'les plus favorables au développement et au perfectionnement de leur spécialité. Ainsi,
Itô CHAPITRE Vi.
d'une part, elles peuvent consacrer à Téltide tout lé temps que bon leur semble, puisque les mihifnùifh leur assurent gratuitement une existence Confortable ; d'autre part, elles trouvent près d'elles les conseils dont elles ont besoia, car les professeurs ne leur manquent pas, chacun de nous, bomme ou femme, étant parfaitement libre d*ehtrer dans le corps enseignant et d'ouvrir des cours sur les connaissances pratiques et théoriques qu'il possède.
* Quand nous reucbntrons parmi nos enfants de ce*s individualités d'élite, destinées à faire uil joui* la gloire .et le profit de notre Phalange, nous n'épargnons ni soins ni sacrifices pour les développer et faire parvenir à perfection les fruits dont noué apercevons les germes.
» Nous pouvons d'ailleurs, sans grande dépense, faire suivre à nos savants, à nos artistes en herbe, les leçons des professeurs les plus célèbres, attendu que tout le monde a droit de voyager gratuitement dans les diligences minimum qui sont entretenues sur les budgets nationaux, et que les élèves, prenant part à divers travaux du Phalanstère où ils étudient, gagnent toujours- assez pou^.payer leur pension.
» Vous le voyez, messieurs, à la rigueur, un enfant doué de dispositions transcendantes peut devenir savant ou artiste éminent, sans coûter rien à sa famille ou à sa Phalange. Cependant nous aimons à faire bien les choses. En ce moment, nous avons un jeune peintre et deux cantatrices de très-