X.A TOtl^ H'bMAg, ETC. lU
foit disparaître lés di^tmicés, ^l H est éttfè^ëmlitl facile aux membres d'un groupe qui habitent lëi divers Phalanstères d'une province^ de se communiquer leurs pensées et de se réunir en congrès pour les discuter ou même pour faire de grandes expériences. »
— le ne saisis pas bien, dit Testii, cbmment tos groupes sont hiérarchisés, i ,
— Je.^ais, répohditle vieillard, voUë lé faii'ë eofnprendre par un exemple.-
w Notre lessiveuse en eh^f , cette femme d'uii grand savoir qm vo«s conftaisset^ et .qui est ineitt^ bre d'«fre foule dégroupes de chimie, dirige entité autres ufi gi-oUpe dont les travaux se iMhienI à étudier Id sotide , ses diverses coiàbitiaièDne avdo les corps gras, et léttt utilité dans i'tBdiisftrie:
» Ce groiipe^ eompodé de quinze flersenaos den4 douze habitent les phalantères du cantoa et. trois seulement le nôtre , ne vit pas isolémeul } il est relié aux groupes de même espèce qui existent dans les autn» cantons de la phsviùcei
é L'enèéMbiè dés grbt^êls cdiitddaut foriâè lifte sous-Série pirovinciâle, dont lé efentt* dohtfe TinApuJsiori à tous ; et lés sotfs-Sêriéè provlrtéiëtesotit dirigées à leur tour par lé cehtHi de \û Sérié ùsh tionale des chimistes.
» Les groupes adonnés à l'étude de la soude et de ses combinaisons sont en rivalité entre eux et avec les chimistes occupés de la potasse et de ses emplois , et tous s'efforcent à l'envi de se surpasser
par quelque découverte ou quelque perfectionnemenf.
1» La physique étant , comme la chimie et les autres sciences, cultivée par des groupes reliés entre 'pux hiérarchiquement, vous devinez sans peine comment se fera la répartition des récompenses votées par les Phalanges en faveur des inventeurs de réclairage électrique ? Non ! vous ne le voyçz pas clairement ? Ëh bien 1 je vais m'expliqùer.
» Nous avons dans notre canton un groupe de onze physiciens appartenant à la Série de rélectricité. Ce groupe, dont le chef habite le Phalanstère Paget, a le premier appliqué industriellement le galvanisme à Téclairage d'un appartement, et celte découverte lui donne incontestablement droit à une belle part dans les récompenses.
» Cependant ce groupe n'est pas arrivé à ce résultat d'un seul bond : non-seulement plusieurs de ses membres- y ont contribué, mais d'autres groupes ont fait avancer la solution en produisant des idées utiles, ou en faisant des expériences dont nos physiciens ont profité. Il est donc de toute justice que ces divers groupes partagent la prime que le nôtre obtiendra. Or, ce résultat est facile à attein-^ dre, vu que les titres des groupes sont exactement constatés , chacun d'eux ayant notifié ses idées à mesure qu'elles se sont produites, et publié ses expériences au moment où elles ont été faites. On s'empresse toujours de rendre public le moindre progrès , les inventeurs ayant le plus grand intérêt
LA TOUE D'OftOBB, ETC. 177
à prendre date, pour ne pas perdre leurs droits aux honneurs et aux récompenses.
»La question de l'éclairage électrique étant définitivement résolue , on ne tardera pas à connaître les sommes votées par les Phalanges. Alors la Série d'électricité , pesant les titres des groupes inventeurs^ fixera le dividende afférent à chacun d'eux ; et, vous le voyez, elle pourra le foire avec une équité parfaite^ puisque, je le répète, les groupes ont fait connaître leurs idées et leurs expériences çn temps utile.
» Les groupes partageront ensuite le dividende reçu dans la proportion de la part prise à la découverte par chacun de leurs membres, ou seulement par quelques-uns d'entre eux ; et cela encore sera facile, chaque groupe prenant note exacte des idées émises par ses sectaires. »
— Votre organisation Sériaire, dis-je au vieillard i fait marcher les découvertes avec une extrême rapidité : une vérité entrevue par un savant est bientôt rendue féconde ; car des milliers d'hommes spéciaux s'en emparent et l'exploitent à l'envi; chaque pas fait en avant par un inventeur est profitable à tous les autres. '
» Combien aussi cette organisation est utile à la société ! A Favenir, aucune découverte, aucune pensée ne saurait se perdre, puisque tout inventeur se voit, en quelque façon, contraint de rendre publique son invention, par le danger d'être devancé s'il tarde à le faire, et par la certitude d'obtenir une récompense proportionnée à la valeur
de sa découverte. ' Puis, chose merveilleuse î plus de réputation usurpée : à chacun gloire et profit, selon ses œuvres.
» Mais comment, je vous prie, réaliserez-vous les 200 francs que voussilpposez devoir être offerts par votre Phalange ? »
— Les Régences, mon fils, présentent chaque année les budgets qui sont votiSs par les Phalanges. On réserve toujours au budget, pour les récompenses unitaires, une somme proportionnée à la richesse de la commune. Cette somme est destinée à récompenser les inventeurs de toute espèce : artistes , savants , mécaniciens , hopimes de lettres, etc. En supposant cette réserve de 20,000 fr. en moyenne pour chaque Phalange , c'est, pour les 500 mille Phalanges, une prime annuelle de dix milliards, toute prête à rémunérer les. découvertes utiles et les créations honorables. Aussi nos poètes ne végètent plus misérablement aujourd'hui, comme ils le faisaient, dit l'histoire, aux plus beaux siècles de la Civilisation. Et tenez :^nous avons voté dernièrement une somme de dix francs pour témoigner aux auteurs d'un opéra le plaisir que leur pièce nous avait causé. Eh bien ! si toutes les Phalanges leur font le même cadeau, le poète, le musicien j le chorégraphe et le décorateur auront cinq millions à se partager.
» La récompense est belle, n'est-ilpas vrai ? bien
que le sacrifice soit insignifiant pour chacun de
nous : un demi-centime par tête en moyenne I Mais
quand un jour la terre entière sera couverte de
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trois millions de Phalanges parlant la même langue, un don de dix francs fait par chacune' d'elles formera la somme de trente millions. »
— Vous pensez. donc, mon père, dit Testu, que tous les habitants du globe parleront un jour la même langue? »
— Sans aucun .doute, mon fils! Dans quelques siècles, Thumanité formera une seule famille don. les membres seront solidaires et s'aimeront en frères , comme Jésus l'a ordonné il y a d eux mille ans. Déjà les Phalanges établies dans lesdiverses contrées de la terre ont adopté les m ême monnaies, les mêmes poids, les mêmes mesures déjà leurs mœurs et leurs coutumes sont polies, élé gantes, hospitalières, car les mêmes causes produi senties mêmes effets; et, dès que la langue universelle sera, définitivement arrêtée et admise en congrès général, toutes les Phalanges s'empresseront de l'adopter et de l'enseigner à leurs enfants. Ce n'est pas à dire toutefois que chaque contrée n'imprimera pas son cachet particulier au langage de ses habitants, comme elle le fait pour leurs caractères et leurs aptitudes physiques; car la na ture nous montre dans toutes ses œuvres la diversité dans l'unité. »
— Je cr%iins bien, mon père, reprit Testu, qu vous ne vous fassiez illusion rl'unité humanitair ne pourra jamais se constituer, soyez-en certain Jamaisvous ne vous assimilerez les peuples sauvages * ni même les nations barbares ; la Civilisation les a :i i tamment trouvés rej^lles à toute industrie
180 CHAPITRE Yllk
elle a été forcée de refouler sans cesse dans leurs fqrêts ou dans leurs déserts les l[)euplades aborigènes de rAmériqué et de TAfrique dont plusieurs ont fini par disparaître. »
^— Mon Dieu 1 répondit M. Léonard, la Civilisation ûe prouve al;)solument rien dans cette qne&^ tion, car la Civilisation, qui froissait toutes les passioiis de Thomme, trompait toutes les aspirations ae son âme et donnait à peine satisfaction à queU ques désirs d'un petit nombre de privilégiés, devait repousser le barbare et le sauyage au lieu de îes attirer à elle.
«Je ne puis, je l'avoue, me représenter, sans rire la Civilisation jetant ses enfants déguenillés, abâtardis et vicieux au milieu d'une nation sauvage ou barbare,' et lui tenant à peu près ce langage :
« Peuple ignorant et aveuglé ! ne te lasseras-tu » jamais de mener une vie vagabonde ? Vousi » sauvages, toujcfurs à la recherche des chosfes né- » cessaires au -soutien de votre existence, Vous » parcourez péniblement vos vastes forêts , vos im- » menses prairies, demandant à la chasse, à la pé- » che, aux racines et souvent même au pillage des » voisins une nourriture incertaine. Aujourd'hui » vous nagez dans l'abondance, demain vous seret » dans le dénùment. Et vous, patriarcaux, ne vous » fatiguerez-voiis pas de transporter vos tentes et » de traîner avec peine vo.s nombreux troupeaux » d'un lieu à un au, v>? An' croyez-moi, peuples » errants , laissez la cette vie aventureuse, cette » déplorable liberté; abandonnez pour toujours la
LA TOim I^iORDRB , ETG . 181
tt pèche, la cfaa3se, le lait de vos chamelles, la chair yi de vos troupeaux, et civilisei-vous. Donnez âmes 3^ industrieux enfants vos terres et vos forêts; ils se f les partageront et vous apprendroijt à les culti- » ver; puis ils vouscorifîeront des t^harrues que vous X! aurez la satisfaction de conduire du matin jus- « qu'au soir. Ils élèveront des filatures de coton ; tf ils creuseront des mines et des carrières, et vous » diront combien il est beau et glorieux de servir » la société en entrant dans leurs ateliers ou en p^ ^ nétrant dang les entrailles de la terre dès Tâge de » six an^ , pouc y travailler sans relâche quinze » heures par jour jusque dans la vieillesse.
^ Çn échange de ce labeur de quinze heures ti p^r jour, vos maîtres vousaccorderont un salaire « avep lequel vous pourrez, quand lesrécoltes seront ^ abpndantes, acheter, le pain nécessaire à votre )) famille, et vous vêtir tant bien que mal.
V Si l'ouvrage vient à manquer, comme cela ar- -3^ nye de tenips en temps, vous pourrez vous pro- 9 m^ner, en qya^Rt soin toutefois de ne pas mettre » le pied sur les terres de vos maîtres, si vpus ne » voulez p^s; encourir uue amende. Vous vous gary> dere? aussi de chasser sur leurs propriétés, de >> pécher j^^ps leurs rvii^eaux et leurs rivières, 4e ^ cueillir \\n fruit d§ l§urô ^rhr^ ou d'enlever xtm }) çarptte àleurç jardina, sou^ peine, de prison. Mais y> vpys aui*^z le bpnhevic de vivr^ sous des oonstitu- » tions libres, basées sur le principe saccé de la sou- I ypfaineté du peuple.
» Quand les chômages ou la maladie aurontépuisé
182 CHAPITftE VII.
» VOS ressources, vous ne tendrez pas la main aux » passants .pour leur demander un morceau de pain, » car la mendicité est une action indigne d'un hom- » me civilisé et libre, mais vous entrerez dans des » maisons dé travail quand il y aura de la place ; » quand il n'y en aura pas, vous saurez mou- » rir courageusement et sans, vous plaindre comme » il convient à des hommes vivant sous une charte )» coustitulionnelle qui garantit toutes les li- » bertés.
» Ainsi, mes amis, suivez mes conseils: laissez » là votre insouciance et votre indépendance sau- » vage; jetez au loin vos flèches et vos fusils, vos » filets et. vos armes de guerre;. donnez âmes en- » fants les chevaux sur lesquels vous passez dans y Toisiveté la moitié de votre vie; venez peupler » leurs mines et leurs fabriques, et là, à l'abri du » soleil et de la pluie, vous apprendrez à connaître » les charmes d'une existence utile et à savoir ce » que c'est qu'un état social perfectionné par la » philosophie, la morale, la législation et la po- » litique. »
» Nos pères, ajouta M. Léonard après ce' discours ironique, avaient-ils bonne grâce à s'étonner que les barbares et les sauvages rejetassent une proposition aussi séduisante, surtout quand elle était précédée, comme cela avait constamment lieu— par manière de préambule à leur conversion,— de l'extermination des tribus ?
» Oui, la vie civilisée qui enlevait à l'homme sa liberté, sans lui donner seulement le bien-être en
LA Toua d'ordre, etc. 183
échange, et qui transformait en misérables automates la grande majorité de ses producteurs, était antipathique à la nature humaine 1 Voilà pourquoi aucun sauvage ne se ralliait volontairement à la Civilisation, tandis qu^il n'était pas rare de voir des matelots et des soldats déserter leurs vaisseaux ou leurs camps pour partager la vie errante et libre du sauvage et du bédouin.
» Mais THarmonie, de tous points opposée à la Civilisation, offre aux hommes les conditions les plus favorables à Texercice de leurs facultés, à la satisfaction de leurs penchants natifs. Il n*est donc pas surprenant que Sauvages, Barbares et Civilisés abandonnent leur vie toujours malheureuse, pour embrasser la vie sociétaire, dès qu'ils voient des Phalanstères établis auprès d'eux.
» Tenez, mon hls^ croyez-moi, ne vantez jamais votre Civilisation, cette forme sociale si complète>ment contraire au développement de la nature humaine : la civilisation n'était encore que le chaos social. »
•^-Oh! mon père, s'écria mon pauvre ami Testu, qui/ avait composé un superbe livre philosophique intitulé : Histoire de la civilisationy que ditesvous? qu'osez-vous dire ? la Civilisation un chaosl la Civilisation qui a duré tant de siècles, qui a formé les nations les plus puissantes , les plus éclairées de la terre ; la Civilisation qui a fait tant de grandes' choses, tant de sublimes découvertes, vous l'appelez un chaos ! »
— La civilisation, répartit le vieillard, a duré
IS4 cHAvnnB vu.
bien des siècles, il est vrai, beaucoup trop de siècles pour le bonheur du genre humain, et c'est là. justement ce qui me la £aiit haïr. Iffîisla Civilisation n'en était pas moins une véritable Babel, si peu organisée qu'elle ne sq serait pas maintenue debout un seul jour si on Veàt abandonnée à ses propres forceps, je veux dire aux forces résultant de sa prét^iHiUe prganisation. Si les sociétés civilisées ne s'écroulaient pas à chaque instant, c^est qu'elles opposaient leurs membres les aux autres ; c'est que les hommes qui possédaieqt etjouissaieiit, armaient une portion des hommes qui travaillaient et souffraient, pour maintenir l'autre dans la subordination ! Si elles ne s'écroulaient pas, c'était grâce à la crainte de l'enfer, des gendarmes et de la prison l et si l'immense appareil de compression et de répression sous lequel étouffait la liberté eût cessé un seul instant d'agir ou de menacer, c'en eût été fait de ces sociétés qui se seraient abîmées dans le plus effroyable cataclysme, tant elles étaient antipathiques à la nature humaine, tsint l'immen^Q ms^ojcité ^e$. çm\\si^ souffrait et désirait sortir de cet odieux tohu-bohu.
» Nous pe pouvons revenir de notre étonuemei^t, pou^ autroç harïDpnîQns, quand nous lisons que le siècle qui se nommait modestement le siècle des lumières, et qui méritait bien mieux la qualification de siècle des palabres ou des déceptions, se proposait sérieusement d'améliorer, de perfectionner sa forme sociale. Améliorer une chos^ inorganisée I quelle chimère l Autant vouloir améliorer
LA TOUR BklRBRlS, ETC. ^ f 85
i'^anarcltte, le chaos; antast prétendre perfectionner la maladie ou le mensonge. Aussi rien de pliië plaisant et de plus déplorable, en même temps/qae de voir à Iksuvre Ids législateurs de celte époque inca'oyable, poursuivant en aveugles et au hasard leur travail de Danaïdes. »
— Pourquoi, demanda Testu, fipmmci-vous OEgivre de Danaïdes les efforts bien légitinjes deé^ civilisés s^évertuant à chercher de§ remèdes contre les maux qui les assiégeaient de tpute^ pfirts? V
— Parce que leurs'efforts étaient vains. Il letjr était impossible d'échapper à la douleur, puisque la douleur était la conséquence inévitable de cette forme sociale dont on ne pouvait cicatriser pne plaie sans en mettre plusieurs au vif. Oui, messieurs, les civilisés, en appliquant- leurs préItfindUB remèdes aux maux de la ^ocfété, ne faisaient que déplacer la souffrance, que remplace^* iinp douleur par une autre, souvent, hélajs ! nlus cuisante que la première. Mais vous semblez douter dp pette assertion, eh bien! voyez plutôt :
» Chez une puissante nation [d'Europe, l'Angle^ terre, lorsque, par suite du droit de conquête et des progrès d'une industrie prodigieusement développée qui avait substitué de^ machines aux bras de l'homme, les propriétés terrjtorialès, Ips capitaux et autres instrumens de travail furent ag^ômérés dans quelques mains, les législateurs, forcés de venir en aide aux hommes qui n^^vaient npn, pas même le droit au travail, — car personne n'était tenu de procurer de Touvrage à ceux qui en
manquaient, — les législateurs, disons-nous, décrétèrent la taxe des pauvres,
» Qu'arriva -t-il? Les malheureux qui recevaient des secours provenant de cette taxe purent offrir et offrirent en effet leur travail à un moindre prix que leurs i^amarades non secourus, et le salaire baissant de plus en plus, le nombre des indigents s*accrut énormément,et la taxe destinée à diminuer la misère l'augmenta au point que les législateurs se virent contraints de doubler cette taxe, de la tripler, de la décupler, et Dieu sait ce que serait devenue Topulente Angleterre si le grand Fourier n'eût découvert les lois de l'association.
«Les maisons de travail et autres institutions de même nature produisaient partout des résultats identiques.
»Dans un pays voisin de l'Angleterre, la France, une aristocratie nobiliaire possédait la plus grande partie du sol. Le droit d'aînesse perpétuait la propriété dans les familles nobles. Mais ces proprié-tés, cultivées par des mercenaires, produisaient peu, et les masses vivaient dans la misère et le servage.
«D'un autre côté, une sorte d'organisation régissait l'industrie. Les maîtres ouvriers, liés par l'esprit de corps, veillaient à la bonne exécution des produits ; et l'autorité, pouvant exercer une surveillance utile sur des fabricants peu nombreux, empêchait, du moins jusqu'à certain point, la falsification et la fraude.
•Mais cette organisation était arbitraire et despo-