‹ Visite au phalanstèreChapitre 21 sur 52 · U CHANTAS VIII · texte numérisé non relu

U CHANTAS VIII

» Les groupes d'économes, au reste, reçoivent . sur les revenus généraux desdivideud^s proporiiou* hels à leurs services. » .

Quand la cloche sonna le souper, tous les aduU tes se rendirent dans les salles à manger, à l'exception de quelques habitants qui, désirant passer une heure en tète-à*tèle avec leurs nouveaux hôtes, se firent servir dans des cabinets pariiculiers ou dans leurs appartemeflts.

Le souper fut splendiçle à la table où nous allanaes nous placer. Les mets, même les plus ordinaires, préparés avec un soiaet un art parfaits, étaient excellents; et la convei'sation, très animée, fut aussi gaie que fme et spirituelle.

Après le souper, chacun alla faire sa toilette pour se rendre au théâtre. J'offris le bras à Mme Léonard, et, accompagnés de son mari et de Testu, nous nous dirigeâmes vers les apparlcments du vieillard et de- sa femme.

Leur logement se composait de six pièces non compris les cabinets do toilette et la salle de bain. L^ameublement d'un fort bon goût était simple, mais d'une propreté et d'un confortable qui ne laissaient rien à désirer.

Le salon de M, Léonard était garni de meubles d'un style différent de ceux des autres pièces; il i^ous en oxpli({ua ainsi je motif;

— Mon logement a été celui de ma famille depuis la construction dpPhalaastère. Tout ici est rempli pour moi des pUis chois souvenirs, tout me rappelle ma mère, mon père et mon aïeul. C'est dans ma

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chambre à concher , qui était celfe de ma mère, que j'ai reçu le jour. Ce salon a été consacré dfc tout temps à nos réunions de famille; il a été meublé, comme vous le voyez encore, par mon bisaïeul dont Je nom est inscrit parmi les^phalans'ériens qui ont propagé bravement là doctrine et préparé le succès de la Cause en CiyiUsaiion ; aussi qous faisons-nous un pieux devoir de ne rien changer à cet ameublement -qui date de la fondation de rHarmonie. A la mort de notre père, mes sœurs et frères m'ont feft cadeau, à moi leur aîné, de ces meubles vénérables, et je me donne le plaisir de réunir ici à souper deux fois par an, mes frères, nies sœurs et leurs enfants, pour célébrer ensemble les anniversaires des naissances de notre père et de notre mère. Dans ces repas, nous redisons les douces joies de notre enfance, les caresses de nos parens ; nous nous rappelons avec bonlieur les nombreux témoignages de leur amour et les surprises agréables que nous . leur avona causées, lé jour de leurs fêtes ou dans telle autre occasion. En un mot, nous consacrons, à parler de ces mille riens qui nous rappellent les objets dq nos affections, une grande partie de ces réunions délicieuse?, pour mai surtout dont la passion dominante est le famiUsme.

n Dans cette chambre, nous avons fêté les principaux événements de la vie des membres de nos femilles. Ici, nous avotis fait les adieux â mon frère, la veille de son départ avec la dernière mission d'Afrique ;. ici nous avons donné des repas à l'occasion des naissances et des mariages de nos ne-

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veux* Nous espérons qu'ici on parlera encore de nous quand nous ne serons plus; aussi n'épargnonsr-nous rien pour que nos enfants se rappellent avec plaisir les réunions de la salle du grandpère, ».

Mine Léonard nous rejoignitr bientôt et nous sortîmes. Cent pas plus loin, elfô jious pria d'entrer un moment avec elle chez Mn^è Moreno, une de ses amies qu'elle avait promis de prendre pour aller au spectacle.

Le logement de la famille Moreno était .loin d'avpir la simplicité de celui de notre hôte. Nous restâmes éblouis du luxe inoui du salon dans lequel on nous reçut ; ce n'était que glaces et dorures ; je n'avais rien vu de pareil dans les palais des princes.

Nous trouvâmes l'amie de W^^ Léonard prête à sortir avec un jeune homme et deux grandes jeunes filles; mais son mari, occupé à parcourir un recueil de gravures, tout enfumant un cigarre dans une pièce voisine du salon» refusa de venir avec nous.

Teslu prit le bras de Mine Moreno, et nou$ nous dirigeâmes vers le théâtre.

—Le mari de votre amie, dis-je'à M^ae Léonard, me semble un franc original. »

— Vous l'avez dit. Monsieur ; Don José, — c'est ainsi qu'on le nomme généralement, — a un caractère excentrique. Né dans une ville civilisée d'Andalousie, cet Espagnol, en voyageant dans nos contrées, s'éprit d'une de mes amies, l'épousa et se fixa à Saint-Remy.,

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» Le caractère de Don José a cela de bizarre, que fdein de feu pour entreprendre des choses nouvelles, il s'en dégoûte avant qu'elles soient terminées. C'est ainsi qu'après être parvenu, à force de démarches et de sollicitations, à passionner une dixaines de personnes riches pour la culture des plantes tropicales, et avoir dépensé beaucoup d'argent à l'ameublement d'une serre magnifique qui est chauffée presque toute l'année et inondée de lumière pendant la nuit, il abandonna l'entreprise avant l'arrivée des collections de plantes, pour préparer le projet de quelque autre innovation. Mais ses amis ont été plus persévérants, et grâce à eux et à de nouvelles recrues qu'il firent parmi les personnes mêmes qui avaient le phis vivement critiqué l'entreprise à son début , nous possédons la plus brillante collection' de plantes tropicales de la province.

» Chaque soir. Don José Moreno, qui n'a pas entièrement dépouillé le vieil homme, se réunit avec une couple d'originaux conune Ipi, pour causer de leurs projets, tout en vidant une bouteille de vin de Xérès. En ce moment, en vrai civilisé qu'il est encore, il charme les ennuis de l'attente en fumant le sale et puant cigare. C'est, au reste, un excellent homme que Don José ; en faveur de ses qualités nombreuses, on lui passe volontiers ses excentricités. »

— liais, dis-je à Mme Léonard, si vous aviez un peu pressé M. Moreno, il se serait probablement décidé à venir avec nous. >

}ie CBAPITKB YIII.

— J*en doute, répondit mon interlocutrice. Pourquoi d'ailleurs Je presser ? chacun ne doit-il pas être maiirede ses actions; et ne serait-ce pas une grande impolitesse de contraindre quelqu'un à faire par complaisance ce qui lui serait peu agréable ?

Sortis depuis un instant du Phalanstère, npus nous trouvions à la porte de la salle des spectacles dans laquelle nous entrâmes.

Les f^êêfales. Le» Damoîteaux. Lo petite Horde* ta petite Bande* L'Opéra, Enquête ioeimle sur VAmow^ j

Je n^essaierai pas de faire la descriptiondu théâtre de Sainl-Rémy : cette tâche est au-dessus de mes forces ; je dirai seulement que, comparable aux plus beaux théâtres civilisés pour rélégaiic« de rarchilecture , le bon goût et la richesse dei décors, il était plus commode sous plusieurs rapports.

Nous trouvâmes la salle déjà garnie de spectateurs, bien qu'on ne dût pas commencer avant vingt minutes et que personne n*eùt à craindre de n'avoir pas de place.

A peine fùmeg-nous assis, qu'une cohorte d'une soixantaine de jeunes filles de seiv.e à vingt ans environ la tête ornée dé couronnes de lys, et d'uM quarantaine de jeunes hommes de même âge, fit son entrée dans la salle. Tout le monde se leva.

Ce groupe charmant alla prendre la place qui lui était destinée ; et je pus l'admirer tout à mon aise.

Après un moment de silence, je dis à M. Léonard: Quelle brillante jeunesse, mon père '.jamais je n'ai rien vu de si radieux : on croirait contempler de» héros et des déesses.

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— C'est en effet notre milice d*éilte, répondit le vieillard ; ce sont nos vestales et nos vestels, la gloire et l'orgueil de la phalange.

» Le groupe vestalîque est formé des Jeunes gens nubiles qui ont reçu de la bonté suprême des caractères d'un titre élçvé et chez qui les passions de Tàme dominent fortement celles des sens.

» Les jeunes filles attendent dans cette chaste corporation que leur cœur ait fait un choix. Quelquesunes y sont retenues jusqu'à vingt-un ans par la pudeur ou par les prérogatives et les honneurs dont jouit le vestalat. Bien des jeunes hommes y passent aussi plusieiirs années, engagés souvent par un pur amour pour les vestales.

» Arrivés à cette époque de la vie où l'homme éprouve un immense besoin d'affection qui se répand comme un parfum sur tout ce qui l'environne, les membres du corps vestalique sont les plus aimants et les plus aimés de tous. Ils sont les idoles de nos enfants dont ils partagent la manière de vivre, et pour lesquels ils ont des bontés et des corn-» plaisances de chaque instant; ils sont adorés de rage mûr, attiré vers cette belle et pure jeunesse par un charme indéfinissable, un sentiment InefTaj>le d'amour et de respect ; ils sont chéris de nous autres vieillards qu'ils comblent d'attentions délicates, de soins et de caresses.

» Le chœur vestalique a contribué pour une large part à donner au sexe faible la place élevée qu'il occupe aujourd'hui ; car l'homme qui a aimé une

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vestale conswve toute sa vie un culte respectueux pour la femme.

» Entre autres prérogatives, le corpsvestalique a celle de tenir la première place dans les cérémonies religieuses. Eh! qui donc, ajouta le vieillard ens'animant, qui donc pourrait disputer à ces vierges si nobles et si gracieuses le droit d'élever nos hommages vers le saint des saints, de lui adresser l*hymne d'actions de grâces ? Quel encens pourrait être plus agréable au père des hommes, que celui des plus pures, des plus belles et des meilleures de ses créatures? »

J'étais vivement ému de Penthousiasme avec lequel notre hôte vénérable nous parlait de ses vestales bien-aimées.— Heureux, mille fois heureux, me disais-je, les hommes de ce temps-ci, qui trouvent, depuis le berceau jusqu'à là tombe, des âmes pour les comprendre, des cœurs pour les chérir, et qui reçoivent incessamment de tendres caresses et des soins toujours désintéressés I

Les Vestales furent suivies d'un groupe de jeunes gens de même âge qu'elles et non moins gracieux. « Voici, nous dit M. Léonard, nos Damoiseaux et DavMiselles qui forment le chœur rival du Vestalat. Si dans le vestalat les femmes sont en plus grand nombre que les hommes, dans le damoisellat c'est le contraire. »

Ces jeunes gens allèrent prendre leurs places sans provoquer les témoignages éclatants qui avaient accueilli les vestales, mais ils furent accueillis par un murmure amical et flatteur. Je re-

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marquai parmi les Damoiselles les deiis fiîles de Don José avec lesquelles nous étions venus.

— De quelles personnes, demandai-je à notre cicérone, se recrute le Damoiseliat? »

— A l'âgenubfle, répondit le vieillard, les jeunftâ gens entrent tous dans le corps vestalique ; mais bien des caractères, bien des leinpéramenis né sont pas faits pour demeurer long-temps dans cette corporation qui conserve les habitudes de l'erifancd et demeure étrangère à tout propos, à toute relation d'amour. La plupart des hommes et beaucoup de femmes ne font que passer par le vestalat : les natures dMlite, les personnes qui ne ressentent de Tamourque les feux les plus purs, y restent seules josqu^gu moment du mariage.

«Nos Damoiselles qui ne se piquent pas d'une retenue aussi austère que nos vestales reçoivent, sons rœil de leurs mères, les assiduités et les hommages de leurs prétendants, parmi lesquels elles font bientôt un choix.

» Nos Damoiseîles sont chastes et loyales dans leurs amours , car la femme est en possession de sa di,!;nilé depuis le jour où THannonie l'émancipa socialement en la rendant indopendante de l'homme et son égale ; aussi ces jeunes filles rougiraientelles de tenir une conduite trop différente de celle des Vestales leurs rivales , si honorées pour la pureté, Taustérité de leurs mœurs. »

Un détachejnent nombreux déjeunes garçons de neuf à seize ans environ, parmi lesquels se trouvaient aussi des jeunes filles de même âge, fit son

LES VfiSTA{.BSv £TG. 2$|

entrée 4aQs la salle, Des applaudissements prolongés raccueillirent et il alla ^'asseoir dans sa loge.

— Quels sont, dis-je à ma voisine, ces gaillards à Tair si déaidé , %u cosiume brillant, aux allures si Hères, auxquels vous rendez de si gtiinds bonnaupa? Cçci en vérité ope désoriente un peu. »

>^ Ce sont, me dit en souriant M. Léànard, nos illustres sacripants, le» membre» de la p^<î(#àor<fe, corps qui di^pvte aux Vest^es, que d'ailleurs ii idolâtre, le premier X0ugdans les sympathies delà

» L« petite horde se recrute parmi les enfants de c^rac^e hardi, entreprenant, fortement trempé, que rien n'arrête et ne dégoûte i qui se charg^l passionnément des corvées et des travaux répugnants qui devraient être exécutés par des parias, si une corporation ardente et dévouée n'en récla* njait l'honneur.

. » En levant cette grande dilScuUéi» la peiita horde rend à l'harmonie le plus grand de tous le$ services : aussi porte-t-elle le glorieu^t nom de Jlf»^ lice de Dieu ou Milice de VUnité.

»> I^ désintéressement et le dévouement sont les mobiles de ces nobles enfants. Les généreux instincts régnent sans partage à cette époque de la vie d^ns les natures fortement trempées. Cet âge est d'ailleurs celui des vives amitiés, et nos enfants en contractent, dans leurs ardentes fonctions, qui ne s'éteignentjamais.

» Indépendamment des travaux répugnants dont elle se charge par dévouement et^ point d'honneur,

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la petite horde protège les animaux et veille à ce qu'il ne leur soit fait aucun mal inutile» à ce que jamais ils ne soient brutalisés.

» Pour être fidèle à sa mission, la horde intervient partout où l'Unité serait en péril : voilà pourquoi la Phalange permet à ces enfants, — fort éloignés de leur majorité, — de disposer d*un tiers de leur fortune , afin d'apaiser les dis-^ eussions d'intérêts, si par hasard il en survenait lors du partage des bénéfices annuels. Dans ce cas la personne ou le groupe qui-'se croirait lésé serait contraint, par la coutume adoptée depuis la fondation de rkarmonie, d'accepter le don que lui ferait la milice de l'Unité du montant de sa réclamation.

» Les contestations à l'occasion du partage des dividendes sont toutefois extrêmement rares : un peu plus ou un peu moins de fortune, cela influe bien faiblement aujourd'hui sur le bonheur. L'intérêt pécuniaire est peu exigeant parce que la richesse est partout. Quand la table est abondamment servie, les convives ne- se disputent pas les morceaux.

» Une des prérogatives dont jouit la petite horde est de défiler la première aux grandes parades, montée sur ses beaux chevaux nains. Vous seriez étonné de l'agilité et de l'adresse surprenante dont ces jeunes cavaliers font preuve. Cette prérogative est, de toutes, la plus enviée par les enfants moins âgés: elle est pour eux un appât tout puis-sant etsuffirait au recrutement de la Milice de Dieu dans les rangs de la moyenne enfance.

liBS YB8TALB9, BTC. 2^3

» Nos fwrdiers ont bien, comme vous l'avez remarqué, un air fier et lutin qu'on se garde de combattre quoique parfois ils l'exagèrent par esprit de corps. Ce ton décidé, conséquence de leqr caractère hardi' et entreprenant, est, du reste, en harmonie avec la nature de leurs travaux qui doivent être attaqués résolument,

» Ne soyez pas surpris, Monsieur, si, volontairement chargés des travaux répugnants, ces et^ fants paraissent néanmoins très-rrechercbés dans leur mise quand ils ont quitté la blouse de travail. C'est précisément la malpropreté des occupations de leur corporation qui les excite à afficher la plus grande propreté dans leurs vêtements, car ils seraient au désespoir si on pouvait supposer qu'ils se complaisent dans l'ordure et qu*un penchant aussi bas, et non le noble dévouement aux intérêts généraux, les a poussés à postuler leur admission dans lapetUehorde. a

M"* Léonard fut interrompue par l'arrivée d'un groupe d'enfants du' même âge que les précédents, mais dans lequel, è l'opposé du premier, les jeunes filles étaient beaucoup plus nombreuses que les garçons. Ce groupe, accueilli par un murmure fla^ teur, alla prendre sa place accoutumée en face de la petite Milice de l'unité.

— Cette corporation, nommée petite bande, me dit ma voisine, diffère de la petite horde par le ton eXles manières; et vous devinez aisément, à la tournure élégante et un peu maniérée de ses membres, que son caractère contraste avec celui du

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groupe rival. Ce corps, en effet, composé des mfan& qui aiment Tordre, le raffinement,, le luxe, prend soin d'embellir le Phalanstère et ses campagnes ; il décore notre église, nos salles de réunion et de réception ; il cultive les parterres. A la petite bpfde le aoiQ des. animaux ; à la petite bande le soin des fleurs.

. » Plus que toute autre, cette corporation se pique de politesse, de bonnes manières et de pureté de langage, Si la petite horde combat et éloigne tout QS qui pourrait blesser nos sens, la petite bande nous entoure de tout ce qui peut les flatter. Celle-ci arrive au bon par la route du beau, cellelà arrive au beau par la rouie du bon, comme disait rimmortel Fourier. »

Tandis que M^i^ Léonard entrait dans ces intéressants détails, les chœurs d 'enfants «u-dessous de neuf ans Itvaient pris leurs places, et un coup éclatant de tam-tam appela à leurs postes les personnes qui devaieni figurer dans la pièce ou à Torchestre.

Bientôt ee ôt entendre une ravissante ouverture admirablement exécutée par une centaine de musiciens des deux sexes. Je remarquai que les instruments à cordes étaient ea général joués par les dames, et les instruments à veut par les hommes. Puis le rideau se leva, et une pièce en beaux vers, mêlée de chants et de ballets, fut jouéeavec un ensemble digne des premiers théâtres du monde.

Ce public d'élite, tout composé d'artistes, était ch^ mant à voir. J'avais un plaisir infini à observer ces connaisseurs^ examinant et écoutant, avec

LK9 vestales; etc. 3$5

une attention soutenue, des acteurs qui leur étaîen attachés par des liens de parenté ou d'amitié* Je me plaisais à voir les acteurs-faire de leur côté tous leurs efforts pour mériter les applatidissementa de l'auditoire, et surtout des aniiateurs des phalanges voisines, ilont chacune avait' la prétention de jouer Topera mieux que les artistes de Saint-Remy .

Parmi les ballets, îl y en ent un des plus délicieux, dansé par trente-deux petites filles et autan d.e petits garçons de six à huit ans. Elles étbien jolies à ravir tes charmantes créatures au Sourire gracieux et plein d'unf innocente gatté ! ils étaient bien heureux ces enfants, et . c'était un spectacle touchant de voir l'admiration générale qulls causaient et les nombreux applaudissements qu'ils recueillirent à piusieûrs reprises. Aussi plus d'une mère versait de douces larmes.

Pendant un entr'acte, je dise ma voisine : « Je conçois qu'élevés comme vous Tètes au son des instruments, il se trouve pami vous un grand nom bre de musiciens habiles; je comprends encore que vous ayez des peintres capables de flaire d'auss magnifiques décorations, mais je ne vois pas bien comment vous pouvez former autant de bons acteurs et d'exceUents danseurs. »

— Les mouvements mesurés, me répondit Mme Léonard, surtout quand ils sont exécutés par des masses, exercent le pluspuissant attrait sur Thomme témoin Tentraînement des enfants, des sauvages et des Civilisés pour les bals, les marches et les évolutions militaires, les processions et les concerts.

Au«si le but le plus élevé de l'ambition de nos bambins e.*t-il de figurer à l'Opéra; pour y arriver ils apprennent avec une ardeur incroyable la danse, la musique et la déclamation. •

» Ainsi, l'Opéra, est l'école gymnastique de la phalange ; secondé par l'introduction des mouvements mesurés dans-une foule de" travaux, il développe, il perfecùônne notre populaiion» il la rend souple, forte et bien portante.

». L'opéra orne" la mémoire de nos enfants, il cultive leur esprit et enflamme le«r cœur pour le beau et le grand; il est encore l'école des beauxitrts, et plus d'une vocation pour la.peinture ou la poésie 9'<'sè révélée à l'occasiott d'une représeftta-tioa théâtrale. .

» Cessez de vous étonner si les .pièces sont bieii jouées et les ballets bien exécutés. Songez que too^ les habitants de Saint-Remy £Ônt acteurs, danseurs et musiciens, non d'égale force,- bien entendu, cap chacun a sa- spéciidité, et tel, bon 'comédien", est faible dans la tragédie ; tel, chanteur excellent, est un danseur fort médiocre: cependant il n'est pas un artiste -qui ne trouve des rôles à m convenance* Si donc nous comptons dans notre Phalange environ quinze cent acteurs passionnés et j )uant depuis Fenfance, il n*est pas surprenant qu'on puisse réunir un personnel- capable de monter une pièce mieux que ne pouvaient le faire les iWâlres des capitales civilisées, qui n'avaient pas à choisir dans un aussi grand nombre de sujets. »

Après l'opéra qui fut couvert d'applaudissement,

LES VESTAfcSS) JBT€. i%J

et c'était justice, les musiciennes étrangèt^s se firent entendre, à la grande satisfaction des nombreux connaisseurs. Puis tous, acteurs, danseurs et musiciens se répandirent dans fa salie. Les enfants de tout âge vinrent embrasser leurs patents, qui les accablèrent de caresses et ne manquèrent pés'de donner des éldgeâ exagérés à ceux d'entreeux qui avaient rempli .quelque rôle. Petite Ma-* riëite vint aiissi 'recevoir nos félicitations et nos baisers ; et après une demi-heure donnée aux doux épanchements de famille, les ( nfants reformèrent leurs* groupes et se retirèreiit dans leurs -dortoirs^ tous bien fatigués d'une journée dont aucun instant ne les hyéii vus dans Tinaction ; tous parfaitement disposés h dormir d'un profond sommeil.

■^Voiei, me dit M'"« Léonard, l'heure dti coucher des enfants : ils oui besoin d'un repos plus prolongé que les adultes, et doivent être sur pied dès quatre heures du liitilini Le groupe testalique, fidèle 'Six habitudes de l'enfance, sb l-etire également. Quanta la population adulte, y compris les damoiseaux, elle consacrera le restd de la journée aux causeries amicales et aux entretiens d'amour, rf

Nous sortîmes de la salle. Le temps était "superbe, le ciel parfaitement pur > la lune, dont le croissant brillait à l'horizon, jetait sur le paysage sa douce lumière j la pluie tombée pendant le jour avait rafraîchi ratmosplière : tout nous invitait à jouir de eette belle soirée.

Quand les étrangers furent partis, à l'exception de quelques jeunes gens retenus par les beaux yei^

des jolies Damoiselles de Satnt-Remy, la populaliou entière, à l'exception toutefois des personnes qui avaient ce jour-là une surveillance à exero-er, soit aux dortoirs des ^enfants, soît ailleurs, se répandit dans le jardin. ^

Nous parcourûmes des Heux charmants que j'avais à peine entrevus. A chaque pas mon admiration était excitée : ici, par des treilles et des espaliers admirablement dressés et distribués avec élégance et bon goût; là, par des massifs d'arbres fruitier^, ou des autels de fleurs dont le suave parfum embaumait Tair. De tous côtés s'offraient à nos regards des canaux d'irrigation,, formant, de distance en distance, des réservoirs, et de jolis bassins sur lesquels on avait jeté d'élégante popceaux. Rien ne saurait donner une idée de cette campagne enchanteresse, à la luxuriante végétation, aux aspects variés à l'infini.

Les Civilisés, me disais^je, étaient bien incapables de faire de semblables prodiges, eux qui n'avaient, pour cultiver les jardins des rois eux-mêmes, que des manouyriers sous les ordres de jardiniers, fort habiles à la vérité, maispeu nombreux et médiocrement intéressés à la réussite de leurs travaux. Ici, au contraire, plus de quinze cents personnes peutrêtre travaillent avec passion, et guidés par des chefs capables, à f embellissemeift de leur domaine. Oui, en vérité, leur domaine; car, dans celte cité de Dieu, dans cette nouvelle Jérusalem où la pauvreté est inconnue, le Phalanstère et ses dépendances sont bie^ la propriété de tous , à

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