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pait, et les Civilisés, qui se voilaient la face par pudeur quand l'immortel Fourier prévoyait qu*uii jour la société donnerait plus de liberté à cette noble passion, les pudibonds civilisés vivaient dans un cloaque infâme de débauche et.de vices. Leurs magistrats, leurs juges, leurs écrivains farouches, leurs moralistes les plus puritains, ceux qui anathématisaient le plus impitoyablement ce qu'ils appelaient Vimmoralité de. Fourier, vivaient tous, à Texception des impuissants et de»- tempéraments glacés, dans l'adultère, dans la fornication, dans le concubinage, ou fréquentaient le Hipanar. Voilà ce qu'étaient ces vengeurs de la morale et de la dignité humaine outragée !..... »
Et M. Léonard, déroulant à nos yeux la tableau des mœurs du dix-neuvième siècle, nous en étala toute l'ignominie.
— Combien cependant était coupable, ajouta-t-il rinftdélité des époux si fréquente alors l Le mari infidèle portail la dopleur dans le cœur de la femme qu'il devait proléger, il troublait la paix de son ménage, dissipait la fortune de SQS enfants avec des maîtresses, et cela sans égard pour la fpi jurée à sa compagne qui n'avait la plupart du temps, pour compensation aux ennuis et aux soucis d'une vie monotone, que l'affection de son époux.
» La culpabilité de la femme était plus grave encore quand, malgré ses serments de fidélité, elle se livrait à un amant, au risque d'introduire dans la famille des enfants étrangers, et cela sous le régime de lois qui mettaient les enfants à la charge
du mari, obligé de pourvoir à leur entretien^ à leur éducation, b leur dot, à leur établissement.
» Et voyez rinconséquence de cette inqualifiable Civilisation : après avoir fait des lois contre la femme infidèle, elle se riait impitoyablement du mari lâchement trompé, du père malheureux! Et tandis que SCS chaires religieuses retentissaLeat d'anathèmes contre l'adultère, son théâtre en faisait le thè^ me favori de ses plaisanteries.,
» 11 serait difficile de rien imaginer de plus ijttmoral que ce cloaqup social des Civilisés, ajouta le vieillard dont Tindignation aflait croissant, ki, uu homme employait Tesprit, les promesses et les dons pour séduire la femme de son ami. Là, un Doiaitre abusait de sa position pour corrompre une pauvre fille, sa domestique ou sa subordonnée. Partout ou voyait de misérables créatures placées dans cette alternative horrible : ou chercher à se soustraire au déshonneur en commettant le crime leplusincroya^ ble, le plus en opposition avec leur nature de mères, en abandonnant, en. tuant même leur enfant! ! ou bien subie le déshonneur et le mépris, et forcées à demander du pain à la prostitution, cette dégoûtante infamie, la honte des deux sexes, l'opprobre . et la condamnation de la société réduite à la régle> monter et à la protéger! Et, qui pourrait le croire? Les Civilisés avaient des louauges pour les séducteurs et ne trouvaient pas assez de termes flétrissants pour les victimes] ..
» Les unions illicites, qui certes n'étaient pas rares en civilisation, outrageaient la morale, en
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violant les lois du pays et en donnant la vie à des êtres sur lesquels pesait éternellement la tache de leur naissance. Les unions légales, de leur côté, étaient généralement viles, sinçn immorales, puisque le ressort animique^ de Tamour y entrait rarement ; et si rhomme achetait des maîtresses à prix d'argent, lesiemmes achetaient des maris avec des dots. -
» Mais si les mariages dus à d'ignobles spéculations étaient immoraux, combien Tétait aussi le célibai qui enfantait toutes sortes de scandales et de débauches? Causé par la crainte des charges nombreuses et des chances hasardeuses du mariage, le célibat des hommes entraînait forcément celui d'un pareil nombre de femmes abandonnées sans protection dans un monde plein d'embûches,. e\ n'offrant à leurs travaux qu'une rémunération parcimonieuse, et le plus souvent dérisoire.
» Hélas! Messieurs^, la plus poétique, la plus angélique des passions était devenue pour les Civilisés la source de mille infamies que ma boucha refuse de nommer, dont ma pensée se détourne avec un indicible dégoût, infamies qui flétrissaient la jeunesse danà sa fleur et gaBgrenaieBt l'homme dans tout le cours de sa vie!...
» Oui^ j'ose rafi&rmer, les mœurs des honunes du dernier siècle étaient tontes immorales, à quelques honoraUes exceptions près. Je dis quelques exceplionSçCJf elles étaient en effet peu nombreuses, et le civUM^ en descendant dans sa conscience, pouvait bien rarefoent se rendra ce témoigna^ :
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qu^en fait d'amour, il ne s'était jamais rien permis dont il n'eût à rougir, rien de contraire à la morale.
» Mais détournons les yeux de tant de faits honteux, inévitables fruits des époques de subversion. Plaignons la Civilisation et remercions Dieu de ce queces faits sont désormais impossibles, les causes qui les produisaient ayant disparu pour toujours. »
Depuis quelques instants, on désertait la Cour du lever public et Ton passait dans une salle à manger où un grand nombre d'habitants se rendaient pour prendre un léger repas nommé le délité. Nous acceptâmes une tasse de chocolat, après quoi nous descendîmes dans une des cours du Phalanstère pour voir défiler la parade du malin.
En parcourant le corridor, mon ami disait à M- Léonard : « Je pensais, mon père, en prenant votre excellent chocolat, à ce que vous nous contiez tout-à-riieure touchant les deux mobiles de nos passions, et j'ai cherché en vain quel pouvait être le ressort animique du goût. Auriez-vous la complaisance de me le faire connaître, car jusque-là je serai porté à croire que la gourmandise est une passion vile et méprisable. »
— L'amour de la bonne chère serait vil en effet s'il n'avait d'autre mobile que la sensualité; et l'égoïste qui se séquestrerait dans sa chambre pour savourer de bons morceaux serait inconfestablcment dominé par une passion digne de mépris.
Mais ce goût eimplUte, incomplet, ne se rencontre
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plus chez nous. Les mets n'ont pour nous tout leur prix qu'autant que nous les partageons avec nos amis. La tab'e, mon fils, est Tune des plus puissantes causes de sociabilité et de rapprochement entre les hommes ; un bon et joyeux repas non seulement resserre les vieilles amitiés; mais il nous lie plus intimement avec un inconnu que vingt visites cérémonieuses ne sauraient le faire. »
M. Léonard s'interrompît pour ouvrir une fenêtre, et nous vîmes les Séries se former en un moment.
« Cette parade, nous dit le vieillard, est celle du travail. Ici les groupes reconnaissent leur personnel dé la journée, et se disposent à attaquer Touvrage. Mais aux principales fêtes de Tannée, nous avons des parades solennelles dans lesquelles la population tout entière, distribuée en trente-deux chœurs suivant les âges, ayant au centre le chœur des vestales, ornées des joyaux de notre trésor, va, musique en tête et bannières déployées, offrir à Dieu ses hommages et ses actions de grâces. C'est là, je vous jure, un grand et religieux spectacle qu'on ne peut voir sans attendrissement. »
Les Groupes, après avoir défilé sous les yeux des chefs de Séries, s'acheminèrent vers Téglise où nous les suivîmes.
L'Église, œuvre bien conservée du XV« siècle, était reliée par une large galerie vitrée au corps du Phalanstère. Élégamment ornée de fleurs et do tentures, de tableaux et de statues, elle offrait 1© plus charmant coup d'œil.
2S% CQAPITBE X. ,
Après une messe courte» écoutée avec uii religieux siieace, le curé dît à ses auditeurs:
tt Voici le momeut solennel où une multitude de È nos frères, communiant avec nous de cœur et » d'esprit, adressent leur prière au Très-Haut, » Nqus dirons le cantique d'actions'de grâces, après tt avoir médité un instant sur la sainteté du Ira- » vail et l'infinie bonté de Dieu qui, nous ayant » fait ses- co-associés dans le gouvernement de la tt terre; a placé le $oùverain Jîonheur dans le tra- » vail créateur p# lequel nous accomplissouano- » tre tâche sublime. ^
Un silence absolu régna durant quelques minutes ; puis les Vestales entonnèrent un chant d'une expression angélique, que Ta.^semblée tout entière répéta en chœur. Cette admirable musique, exécutée avec un ensemble parfait par plus de quinze . cents voix exercées et soutenues par les sons religieux d'un orgue puissant, me fitéprouver une émotion indéfinissable: je pouvais respirer à peine, et des larmes s'échappaient de mes yeux.
Quand l'hymne lut finie, rhacun se retira en silence et comme absorbé par de graves pensées. Mais bientôt les clairons sonnèrent une marche et les groupes de travailleurs se dirigèrent vers leurs travaux respectifs. Pour nous , nous retournâmes au Phalanstère, afin de voir la Petite Bande à l'œuvre.
Tout en cheminant, je disais à M. Léonard: Mon Dieu l que votre prière est belle et touchante, mon père! que vos chants sont majestueux l et à quelle