‹ Visite au phalanstèreChapitre 29 sur 52 · LA CODA DIT LEVER PUBLIC» ETC · texte numérisé non relu

LA CODA DIT LEVER PUBLIC» ETC

nous le sommes? Non évidemment : car notre formesociale, qai seule concilie tous les intérêts en les faisant converger vers un même but profitable à tous, qui harmonise tous les caractères en les utilisant, a pu amener sur la terre le règne d'amour, de justice et de vérité annoncé par le Christ«

» El si le premier précepte de TÉvangile est d'aimer Dieu, certes encore aucun peuple n*a pu r^imer comme nous l'aimons : d'un amour pur, sans mélange de terreur ou de crainte.

p Vous voyez donc bien, mon fils, que nous sommes chrétiens, très-chrétieDS, chrétiens par excellence. »

Mon ami se déclara parfaitement satisfait des ex^ plications de M. Léonard, qu'il remercia de sa complaisance. Il le pria ensuite de lui dire quelle était la position sociale des prêtres en Harmo-« nie.

— Les prêtres, répondit le vieillard, sont membres de la série enseignante. A eux de faire connaître Dieu, ses attributs, les lois par lesquelles il gouverne l univers et l'humanité. Â eux d'enseigner aux enfants la Loi qui a sauvé le monde, cette loi d'amour universel apportée par Jésus-Christ pour relever l'homme de sa chute. Aux prêtres à exalter les grandes vertus sociales et le dévoua ment que la religion nous prescrit.

» Il est inutile, je pense, de vous dire que les ecclésiastiques, indépendamment des fonctions sacerdotales, en remplissent un grand nombre d'autres et sont enrôlés, comme chacun de nous, dans

les groupes de travailleurs où leurs vocations les appellent.

» Les harmoniens, étant éminemment religieux, accordent à leurs pasteurs respect, honneurs et brillante position ; un simple vicaire jouit chez nous d'une considération et d'un bien-être certainement supérieur à ce que la Civilisation accordait à ses Kvêques.

Les Enfant» au Phaianttère.

Rentrés au phalanstère, nous nous complaisions, en parcourant la rue~galerie, à admirer l'ardeur avec laquelle des groupes des peliles hordes et des petites bandes faisaient la toilette de la maison, ceux-là nettoyant et balayant, ceux-ci rangeant et remettaut chaque chose à sa place.

Nous vîmes aussi un essaim de jeunes pages, allant et revenant, occupés à traîner sur de petits chariots rapides des vêtements et des chaussures souillés de boue ou couverts dépoussière, et à les reporter propres et brillants où ils les avaient pris. C'était plaisir à voir Tentrain et la gatté de cette alerte et belle jeunesse.

— Comment, dit Testu à notre complaisant cicérone, comment pouvez-vous charger ces enfants d'une besogne aussi désagréable que le nettoyage des chaussures? Ces pauvres petits ne viendront pas à bout de cirer les seize à dix-sept cents paires.de bottes ou de souliers qui ont été crottés hier. »

— Par la corbleu! fit en prenant sa grosse \olx, mais non sans sourire, M. Léonard à Tincor-

rigible Testu, il eût été plus facile de dépouiller Hercule de la robe de Nessus, que de vous décivi- User, mon fils. Vous avez une hâte de porter sur chacune de nos coutumes un jugement défavorable avant de les connaître, dont vous devriez pourtant, ce semble, depuis hier, être déjà un peu guéri; vous jugez comme oA jugeait ii j auii*iMe...Gette réprimande fut faite d'un ton éi amical et si gai, que Testuen remercia le vieillard.

VtojsA arrivâmes bientôt ad vaste séristèrô des décrotteors. Leur groupe était, comme tous tes antres, divisé en sous-grotrpes doiît chaque mem« bre ne fatsatC qu'un détail spécial de la besogne. Ainsi, deux tofants da sous-groupe occupé du nettoyage des bottes prenaient ces châu^ures des ttiah» des pages qui les apportaient; Ils \eë pfessaieat contre des tambours cylindrfqne^ armés d'4ponges humides on de brosses^ sèches, selon quÎ! s'Agissait d'enlever de la boue ou de la poufôièr«r. Les.bbttes, nettoyée^ 66 un iastant, passaient etnxt tes tnâins de deut autnes enfetitd dont Tunique occupation était de les présenter à an cylindre impi'i' gné de cirage et de tes^ remettre à deux tustreutêi qui feur donnaient te brillant au moyen dMn frpî~ sième tambour garni de brosses à longues Èolei. Leb pages s'emparaient de nouveau de ces chauasuieB et les reportaient où ils les avaient prises. .

te sous-groupe des décrotteurs de bottes était en concurrence avec le sous-groupe de décrotteurs des chaussmtfs de dames, et celui chargé des sou* Kersd'enfbnts; et chacun d'eux rivalisait d'ardeur

LES ENFAMtS kV ^tfAtàNSTÈRB. Jf&S

ptfùr âîitpasster les autres en ptomptîtudéi et en perfection.

. Led tambours étaient mus, iïest superflu de te dire, par le grand moteur hydraulique qui trftAS^ mettait }e mouvement dans tous les séristères; et comme un ventilateur emportait Ta poussière à mesure qu'elle était soulevée par les brosses, l'opé^ Hou du décrottagé, si désagréable, et qtrî exigeait Hft temps itsse^ considérdbre, en civriisation, sé faillît avec une célérité extrême, et comme par ettélianlemftht. Aussi nos espté^es, excités par la rt- Valftédes gt6upë», netloyÉrient, ciraient et hiati^aieiît CQ milieu d^s rire^ et des ple»MrrtfeHe» dedplua hitins de la bande joyeuse.

l>éBîreuii de voir à Fo^uvre les masse» ôê la pe- Htd horde, aoier âous acbemtiiâiMB vers le» éetutis où le plus gi^and nombre élafe^t éccupéff eticé A^ mém. Mais, au Itéu de sDîWè lu fue traveriffM, «ows descendîmes daas lejàrdfti pouf jouf^de la beauté dé Ift matinée, et nous longeâmes lé FMâlétistéfré» tout en devisant âir kià trâvaitji des en- ItiMs.

— Vous Tavez vu, nous disait notre ^têé", le éétSMtage Éi^aC pas fetigant, et fl a perdu Ce qu'il âvaH autrefois^ de sale et de désâgtéable. Mais fOtil encofé plus réplorghant qu'autrefois, Mo» ^4sj&ê fie se décourageraient pas pour autant : n'onMIs piis pour rivaux deif groupes bien autremeuf bravés a#x i^neli<ms répugnâmes?

9 ktrfeste^ c'est un peu ^ trudfttdnf que nôds «Mt» ettC6f e fifMfH&hé ^éfitt^nëniéi, éér \à éà-

"'TTr

360 CHAPITRE Xf.

mie, la mécanique et Tarchitecture ont fait disparaître de toutes les opérations jadis les plus odieuses tout ce qu'elles avaient de vraiment repoussant. »

— En dépit de la chimie, reprit Testu en souriant, certaine opération que vous savez ne cessera pas d^ètre fort répugnante. »

— Allons doncl pourquoi ne pas dire le mot?

Pourquoi ne pas demander tout bonnement, comme le faisait Béranger le poète le plus populaire du XIX^ siècle, un courageux lutteur dont le noblecœur était si bien fait pour comprendre la puissance du dévouement : « qui donc videra le pot dans le Phalanstère? »

» Tenez, ajouta M. Léonard en nous montrant un groupe de grands garçons occupés à tirer d'une fosse et à charger sur un haquet, à l'aide d'une moufle fixée à la muraille , une caisse d'une trèspropre apparence, et à la remplacer par une caisse toute semblable, voilà la réponse à l'œuvre. »

Et comme nous avions l'air de ne pas comprendre , notre complaisant cicérone continua ainsi :

— ^Vous avez vu nos lieux d'aisance, et vous savez qu'il y en a dans chaque logement. Vous aurez remarqué probablement aussi combien ils sont propres et inodores, grâce à l'eau qu'on y verse avec abondance en ouvrant le robinet d'un tuyau qui part des réservoirs du comble. Mais ce que Vous ignorez, c'est que cette eau tient en dissolution je ne sais quelle préparation chimique déûn

LBÀ ENFANTS AU PHALAN8TÉRI. 261

fectante ( je ne suis pas chimiste moi, c'est une science où je n'ai jamais pu mordre au delà de la première bouchée), — un sulfate de fer, je crois — et que de plus, avant de descendre la caisse dans la fosse, on y introduit du charbon pulvérisé , du noiranimal ou quelque autre substance par laquelle les matières sont complètement décomposées. La caisse que ces jeunes gens emportent ne contient donc plus qu'une espèce de terreau noirâtre sans odeur, qu'ils vont de ce pas répandre sûr les terres les plus épuisées par la culture, car ce terreau est le meilleur des engrais...

» Pour vider cette caisse, il suffira d'en ouvrir le fond, en faisant partir un ressort.

» De distance en distance, il y a des caisses pareilles à celle-ci, mais elles sont cachées en terre, on ne les découvre que pour les enlever. L'opération est bientôt faite, comme vous l'avez vu ; elle se renouvelle d'ailleurs peu fréquemment.»

— A la vérité, reprit Testu, èette opération est infiniment loin d'exciter la même répulsion qu'autrefois ; néanmoins, je le confesse, ce ne sera pas moi qui la choisirai, quelle que soit la rémunéra* tioD qui y soit attachée. »

— Loin d'être rétribué largement, comme vous le supposez, mon fils, ce travail ne l'est point du tout. Le groupe de la petite horde qui l'exécute a constamment refufté tout salaire, parce qu'il se croirait déshonoré, s'il pouvait venir à la pensée de personne qu'il se chargeât d'une opération de celle nature, pour un motif autre que l'intérêt de la société. Ce grou-

pe, c^mw^ des jeuoe^ g^ns 1^ plQ3 d^Quéf m^- ](pi l^s #voués, 3ç fpcrute de ce$ é))oardi^ ft de fm ardents fiarj^^iis que rien ne rebute e| qi^i ipi^Uea} I toutes pbosa^ ua^ dépi^iôO; uof vjgi^p^r ^t i^ lei^ çjiréines. *

P»iarr;yant prè« de$ étaWe^, »oi» y|mps 4*pftr très groupes de la JUilw de l'unité occupé* w ^0^F toyak^. Cette opératioa était bien facile : d<^ ma* çbines très-simple3 amoncelaient aux portes des écuries le fumier que d'autres machines eDlevaient f t chargeaient sur des tombereau:^. Des jeupes gejBS conduisaient immédiatement le fumier sur les 1er f e$, ou dans des lieux éloignés servant de dépôts.

— Vous voyez ce Mentor, nous dit M. Léonwd m nous montrant un homme âgé d'une quarantaine d'anpées, taillé en hercule, — - il ne sq plaît qu'du;^ travaux pénibles, et |p mondage des écu^ ries eçt ^qn affaire de prédilection, attendu qi^'U lui offre plus que toute autre l'occasion d^ fairv voir sa force et son adresse/ Tant il est vrai que le Créateur distribua leg vocations selon les begoim delaspciété.

» Ce vigoureux athlète est, comme je viens de vou s le dire, le mentor de ce groupei — vous n'avejs pas publié sans doute que tous les chœurs impubères ont des mentors pour les conseiller, les guider daos leurs travaux et leur donner au besoin un coup d*épaule. 9

— Comment donc ! dit Testu, ces grands garçons pccupés à charger une voiture de fumier pe sont pas nvembres du Vestalat ou du Damoi^ellat? »

— Kop, BioD fils, ils font encore partie de la petite horde. Ces jeunes gens sont grands et forts, il çsi vrai^ ce sont néanmoins des enfants. La puberté apparaît fort tard, en harmonie, parce qu« T^ofptncea ses habitudes à part, sa cuisine particulière; parce qu'on a soin d'éloigner d'elle toute idée qui ait trait à Pamour, tout ce qui pourrait enflammer son imagioation ; parce qu'elle se livre saA9 relâche à des travaux pleins d'attraits qui dépçn*çeat ses forces; parce que ses amitiés sont vives e| nombreuses et que son cœur est plein de piété filiale et d'a/fections de toute nature. Tant de circonstances favorables contribuent à retarder l'éclosion ^ de l'amour. Ce doux présent du ciel ne vient plus, ' trop hâtif, étioler et flétrir Thomme dès son enfaoc^, ^ pomme cela avait lieu trop fréquemment chez les ^ peuples du siècle passé, où les plus funestes leçom de libertinage étaient reçues à la fois par tou9 le^ ^ a^ns, et à tous le3 âges de la vie. »

i -" C'est sans douta pour éviter tout^ occasion

i «tpsbls d'éveiller l'amotir^ dii^e sa veilisni, iqiis TOUS ne permettes pps aux jeunes filles qui iMt » partie de la petite horde de prendre part aux tra* f vaux de ces grands garçons ? »

— Non, mon fils, si ces jeunes filles ne travaillent point ici, ce n'est pas qu'elles en soient em- ^* pèchées, c'est tout simplement parce que les deux sexes, dont les goûts deviennent de plus en plus • tranchés à mesurejqu'ils grand issent, choisissent des ^ travaux différents, surtout à cet âge où les garçons

jr

aiment à faire parade de leurs forces dans les rudes labeurs.

» Quant aux jeunes filles dont vous parlez, ces vrais lutins que rien ne rebute , elles sont occupées aux fonctions répugnantes, à la triperie, à la cuisine, dans les appartements. »

— Si je ne craignais d*abuser de votre complaisance, dit Testu, je vous prierais de nous conduire dans le quartipr habité par vos enfants ; je serais bien curieux de voir vos Écoles, et d'apprendre comment se donne cette merveilleuse éducation phalanstérienne qui forme tant d'hommes capables et rend les enfants si heureux et si dévoués. »

— Ne suis-je pas entièrement à votre disposition ? répondit le vieillard : suivez-moi donc ; nous irons visiter ce bruyant séjour que je vais voir de temps en temps, et toujours avec un plaisir nouveau.

» Ne pensez pas toutefois, mon fils, ajouta M. Léonard, que les procédés employés dans Téducatien soient nombreux et compliqués : vous seriez dans une grande erreur. En petit nombre au con-* traire, mais attrayants, ils ont pour principe la nature de l'homme, et, par conséquent, pour boussole, la volonté divine. Je m'explique:

» Le créateur étant économe de ressorts, nous pouvons dire avec assurance : toul^homme qui naît est un instrument utile dans la grande œuvre humanitaire. Cet instrument contient en germe les aptitudes nécessaires à l'accomplissement de la lâche à laquelle il est appelé, et les organes con-

formes à ces aptitudes. L'éducation se borne donc à seconder les vues de Dieu , c'est-à-dire qu'elle étudie la nature de chaque enfant, reconnaît ses vocations, et leur offre des emplois qui les développent.

n Mais avant de vous parler des moyens mis en usage pour atteindre ce but, je dois vous rappeler comment sont classés les barmoniens par rapport à l'âge.

» L'homme, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, passe successivement dans seize Tribus ou Séries, subdivisées en trente-deux Chœurs, indépendamment des groupes complémentaires. La première enfance comprend trois groupes complémentaires, les Nourrissons que nous avons vus hier dans la Crèche ; les Poupons ou sevrés de un à deux ans, les Lutins de deux à trois ans. La première Tribu for* mant transition est celle des Bambins de trois ans à quatre et demi ; puis, de quatre et demi à neuf ans, viennent les Chérubins et les Séraphins, Nous allons les voir à la salle d'asile et aux écoles qu'on pourrait nommer primaires.

• La quatrième et la cinquième Tribus, de neuf a seize ans, fournissent le contingent des deux corps appelés : petite horde et petite bande. La sixième enfin, celle des Jouveneaux et des Jouvencelles, renferme le corps des Vestales et des Damoiselles âgées de seize à vingt ans.

» Les Tribus suivantes, toujours divisées en deux chœurs correspondants aux sexes, ne font plus partie de l'enfance. La sixième ne compte déjà

5IU9 ddQ3 ce feif0 neutre. ]Le sixi^Q ohmi^ fonce i tfsm^itipa, Tanoeau qui sa lie à renfapca ç^r te Vi^$ta}ig|f ^ r4ge mûr par te PamoiselIaJt.

;» JLes chopurs p0 ,sp rçcrutwt pas des î»<lividiU3 qui atteignent précisément tel du tel âge : pour if^n\/RT d'm chœur an puivmit, Jes enfaots doivent, e^mme je vous J'e^fpliqgi^rai tout-à-rteure, s*w nwidf e diçties et remplir certaines conditions de capacité. Quant aux adultes, leurs goûts, bien plu$ mie teiirs années, tes engagent ^ passer d'nncbour a un autre. Hais pommç nous recherchons te cornp^îe des p^rsonnes dont tes manières, te ton et )a cpnvei^ation convteanent te mieux à notre humeur^ 4opt tes fonctions sont te plus en rapport avec nos g90t9| nos fiorces, et la tournure de notre jesprit^ ^ irrivQ na(ur4Mteinent qm te» diverjs cbopurs sont cp^posèsd^Pfrsonnes à peu prè^ du même 4$;e.

f L'édni^tipn d^ groupes con^ptementaires oy i$ te pr^ér4» I»nfapc9 fi(»»»Mte d^os te (tegrpsisis» lanHini des fensi et v^us «vf^ pi| r^i^nrquer con»* bien Tordre, la beauté, Tharmonie de tout ce qm ^toura nos nourrissons* combien les doux ch^n^^ qui tes Ibercpnt, teurs jeux sur tes uattesi l^ri / prom^nadea et toutes sortes de petite exercices mO' f^ré^ sont propres npn-seulementà forti6er leur^ corps, mais <»ncorf é disposer teurs sens au pçrfoc*tionnement. »

. Cependant nous étions grrivte dans la partie du Phalanstère f xcJusivement consacrée au;i epfaata ; «» quw^ter élait, pour plusieurs motifs que nous

LES BNFAN^ AU ff|4|^«TÈRB. :||7

rieei,

Bnr i0 tnste Mtfium que formu^ {» r¥(»-g9lfiw à Tendroit où nous nous trouvio^f^ Cjçnmi^diq^Jtl filles lit ta? Âortoirs 06 nom «j^ritm^es, i^ i^iotu* MB, iM s^ilfitQr<»et0ytr«i^ joriieiii^iii» éOi^nt «n hpmonie avec la dej^tmj^^ d«i lie\m^ Jm m?

pimt IIQ0 innocenta al (^i^ gaiti Ca qui Riém à mon ami Taatw, i i^m resf^mn^lmimn w boorrasquas quelqaa» idéaa civilisa; Qà ém^ mon pèra, tnouvez-vous {^lact ponr la «apbal ai iii wlia da pollca^ dana m^ i^um mr^ MyH^imf»

— Shl dajHiis quand, r^pwdit #n aofiHfml la TiaîUard, fau^-ij eoii^oyar la vû)]j^nr# ppp faira aira au]( homaim ee qui leur plaH ? :I^ ct^itimflirtl da toujtea sortes im m wagft par les fQe\éi6» s^ yarsivea das lamps fmssés ppur coo^aindf # raiifa^çf

combattra $es aspirations, «'ast-Mira àm fif voUer conira Dieu« sont toaltaiisfri i^onai^s a^jowr d'faui qua la bâton, la prison a( le bB§ff^^^ cas Im^ vitdas néeassités des paupla^ barb^as a( clviUsiib^ iaa mayei» coërcitifs soni dayt^iia inatiiea, dep^ qu'un noble attrait asi la seul vwbik 490 pcljpn» ésa hommes, comme TaUractiQa a^t Vwm» leyltr amployé par la providanoa dana la gPUvani§i9fM matériel de Tnaivars. «

I4 quartier des enfanta était A P9U prd9 déf^rl: $a population était répandue dans la i^mw^* Mous étians entrés d«BS une vastesalla oùsair^'*

vaient des établis de menuiserie, des tours et une foule d'autres instruments-miniatures, espèces de joujoux destinés aux Bambins, aux Chérubins et aux Séraphins. Reprenant le fil de ses idées interrompu par Tobservation de Testu^ M. Léonard continua en ces mots :

— Les Poupons passent à la division des Lutins vers rage de deux ans. Ils marchent bien alors et éprouvent ûh grand besoin de mouvement. Déjà ils coniniencent à toucher à tout, à tout déplacer, ils ne demeurent pas un moment en repos. Evidemment Dieu nous avertit par là que le temps est venu de fortifier par l'exercice les facultés corporelles de Tenfant. Aussi les Mentors des Lutins,-— ce sont ordinairementdes vieillards,— les iaissentfureter de tous côtés, et manier cette fouie d'objets que vous voyez destinés à exercer leurs forces et leur adresse. Ils fe's conduisent dans les divers réristè* res, aux basses-<x)urs, aux cuisines, aux salles de coulure et surtout aux jardins où se trouvent à Touvrage des groupes enfantins un peu plus âgés. Vous comprenez qu'en plaçant ainsi leurs élèves en face de tous les genres d^activité, les lÀentors ne tardent pas à reconnaître les principales vocations de cenenfants qu'ils étudient avec amour, car là est leur gloire. Au reste, il n'est pas difficile, en général, de découvrir les aptitudes natives de nos Poupons. Forts et bien portants ; excités par le besoin de tout voir, de tout manier; poussés par le penchant à imiter, tous instincts que le Créateur a prodigués à leur âge, ils s'efforcent de singer les

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Bambins, admis déjà dans les groupes industriels où ils exécutent divers petits travaux proportionnés à leur faiblesse.

» Vous connaissez maintenant les deux agents de l'éducation harmonienne : le Mentor qui étudie l'enfant, et le place dans les circonstances propres à provoquer la révélation de ses aptitudes ; Tenfant plus âgé qui stimule et enseigne le plus petit.

» Mais ici, comme dans le monde physique, Tattraction est inversement proportionnelle aux carrés des distances ; et, bien qu'imitateurs au suprême degré, les enfants se soucient assez peu de ce que font les bommes et même les autres enfants plus âgés qu'eux de cinq à six ans ; la distance est ti^op grande. Ils ob.^ervent au contraire fort attentivement les faits et les gestes de leurs aines d'un an ou d'un an et demi, et s'efforcent de les imiter. Ce que font ceux-ci est pour ceux-là Ce qu'il y a de plus admirable; les travaux, les exercices et les uniformes des premiers, ce qui excite davantage la convoitise des seconds. Ils n'ont pas de repos qu'ils ne se soient rendus capables d'être admis dans les chœurs de ces heureux camarades qui font des œuvres merveilleuses à leurs yeux, et auxquels il est permis de manier de jolis instruments industriels qui ne pourraient être confiés sans danger à des mains inhabiles.

c Puisque l'enfant est l'instituteur naturel de l'enfant, l'éducation se borne, en quelque sorte, à favoriser cette initiation de l'inférieur par le supérieur. Le principal talent du Mentor est de savoir

m èÉÀPi'tÊtm 11

téêMIAéif &iè£ Éé6 élèves le ûMf âë pmëf rmi diàmr erd d'un sotis-chiàêar âànê lé suivant, tmif atteindre plus aisément ce but, là Phalange méïkégci à éhaque 9ûti»K;ticétH^ des parures et des ornements particuliers, et des pMrogôtives propoi^ âdnnéeâ mx divers âges.

» L'éducation des Potipdits et dés Lutitt», avékiinous dit, consiste â fortifier leui% oorpd et à ri- <lherchef leurs principales aptitudes. Celle desBamhiû& de quatre et demi a neuf aiis, font eil côétittuanl la précédente, se propose leperfecfleniiémeni d^ sens, de celui du goûtéà pariîeulieri «(- Ûnàn qtm cefui-ci entrafne le perfectionnement de (^agriculture, et 6iffpé«;be de nâftré là ^outonnerié, U gourihandisé et TivrOgnene, ces vils et feux Osâors de Ton des plus puissants instruments dtt progrès. >

-^ Voils avez Bien raisoft de perfectionner le iéûi en goftt dans vos enfants^ dis-jé, en interrompant M. Léonard, e^ si, d^ttn cèté, il est proot^ t^ar réi:pérrence de tous les temps que fe^ gb^ mets ëi fins connarsseurs en bonne chère se livrent

f^ius rarement que les autres hommes auxe^ceés de â table, d'un autre côté, le moyen le plus efficace (fe pousser à Tamélioration delà culture et dé Vèàncation des bestiaux est évidemment de rendre les consommateurs très-exigeants sur Kexceilenee des fs^rôduhs. »

•^ C'est bieri cela, reprît ndt^e cîderone, mais édfitinxions de partér de nos bambins :

» bû s^apphque, dîsons-nouff, à dév^pper et

fortifier les corps et à perfectionner le sens. Ce double but est atteint par les travaux manuels auxquels nos enfants «commencent à s'initier, surtout par cm\ du Jardinage auxquels les groupes de cinq à neuf ans se livrent avec une indicible ardew et à l'aide de TOpéraoù figurent déjà les Séraphins etSéraplûnes de six ans et demi à neuf ans.

» Celte dernière prérogative, objet de l'ambition des groupes inférieurs, est un appât bien puissant pour les attirer à Tétude de la danse et de la musw <|ue^ car pour être admis au théâtre, il îsmt être capable de figurer dignement dans les ballets (m de chanter dans les chœurs. Aussi les enfants do cinq et de six ans, dont l'oreille et la voix sont déjà suffisamment préparées, rédament-ils avôc instance des leçons de ùiusique et de danse; ces legoiift, comme toutes les autres^ sont remplies a» charma grâce à des méthode» que ions nomimuis attrayantes.

» Une règle dont on ne s'écsàrte |anAai& eA éducation harmonienne^ c'est de n'accoriler aucaoe lé- Çoo théorique ou pratique qu'à la demande réitérée dea élèves,

» Paeson» à la quatrième triJba, Lycéens et Ly-céènnes.

» Vers l'âge de neuf ans, les enfants d'an teifi-^ pérament fort sont hardis^ téméraires, lia ressen* tent vivement les passions affectives majeures, l'imcilHtion et surtout l'amitié. Cet âge est celui de la camaraderie et bientôt viendra celui da dévoue^ ment. C'est le moment d'exalter ce qu'il y a dé gé-

néreux dans le cœur de l'homme. Aussi c'e&t vers leur neuvième année que nos enfants sont admis à entrer dans la Petite Horde, la corporation des tâches rudes et du dévouement par excellence. Les natures à teintes douces et féminines s'affilient à la Petite Bande. »

— Je crois comprendre, mon père, dis-je au complaisant vieillard, en quoi consiste l'éducation de la basse enfance. Toujours obéissants aux ordres ùivins, vous cultivez, vous exaltez les penchants et les facultés que le Créateur prodigue à cet âge : le besoin de mouvement, le désir de tout voir, de toucher à tout, la tendance à imiter les camarades un peu plus avancés en âge et par conséquent déjà plus habiles ; vous mettez à profit ces puissants leviers pour fortifier le corps, perfectionner les sens et initier Tenfant aux travaux champêtres, aux exercices de la danse et de Téquitation ; secondant évidemment la nature qui semble exclusivement occupée du développement physique de l'homme pendant les premières années de la vie.

» Vous savez encore aiguillonner vos élèves en mettant à profit la mobilité, Tamour des distinctions, des parures, des prérogatives, tous instincts très-énergiques dans Tenfance pour les faire progresser de tribu en tribu.

— Tout cela, dit Tendiablé Testu, est excellent pour former des baladins et des artisans illélrés; mais des hommes instruits, nullement. Je ne vois pas seulement que vous forciez vos enfants à apprendre à lire et à écrire. Que] moyen d'ailleurs

LE9 BNFAHTS AU PHALANSTERE. 373

d9 les faire étudier pourriez-vous employer, vous qui ne voulez pas les contrarier le moins du mond^f »

*^ Ab ! notre hôte, fit le vieillard, vous avez la tète un peu dure ! £coutez-moi^ cependant. Les procédés mis en usage dans les diverses branches de Tinstructioa sont identiques : ils reposent sur Tardent désir qu'éprouvent les enfants de s'élever d'échelons en échelons.

> Pour passer d'un chœur au suivant, le récipiendaire doit subir un examen qui consiste à donner des preuves, non seulement d'adresse et de force, mais aussi d'intelligence et de savoir. Pour être re« çu dans la troisième tribu, par exemple, un membre de la deuxième, indépendamment des divers exercices gymnastiques qu'il est tenu d'exécuter oonvenablement, doit savoir lire, écrire et répon* dre à de nombreuses questions de morale et de seîenoo.

» L'envie de s'élever dans Téchelle n'est pas Tu* nique mobile qui incite nos luUns à apprendre à lire; on sait encore mettre à profit leur curiosilé insatiable, ajouta le vieillard, en nous introduisant dans la bibliothèque des enfants et nous montrant une foule de beaux volumes qu'elle renfermait. — Ces livres si séduisants, les Mentors les fout entre* voirde.temp3 en temps aux lutins qui ne savent pas encore lire, ils mettent sous leurs yeux ces jolies gravures enluminccâ, portraits fidèles des fleurs que déjà ceux-ci aident à cultiver, des animaux qu'ils admirent ; ils excitent leur curiosité

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sans la satisfaire et leur font désirer ardemment d'entrer aux Bambins^dont les sectaires sont assez heureux pour être admis dans la bibliothèque, fermée aux ignorants qui, ne sachant pas lire, n'auraient rien à y faire.

» Dès que le lutin sent le besoin ou éprouve le désire d'apprendre la lecture et sollicite des leçons, les instituteurs ne lui font pas faute; la plupart des vieillards, armés de patience et amis de l'enfance, se fbnt un plaisir de lui enseigner à lire et à écrire. Ma femme a ouvert, il y a huit jours, un cours de lecture pourqiiinze enfaints qui Tadorent et l'appellent tous bonne maman, sans que leurs grand'înèresen soient jalouses.

» Pour passer de la troisième à la quatrième tribu, et en partager les honneurs et les prérogatives, celles, entre autres, si séduisantes pour les légions enfantines, de revêtir de brillants uniformes et de défiler les grandes parades sur de jolis petitschevaux nains, comme le fait la Petite Horde, — ou dans des chars élégants, comme la Petite Bande, — les postulants doivent subir un examen sévère et fort étendu au spirituel et au matériel. Ils sont aussi tenus de justifier qu'ils sont membres actifs d'un nombre déterminé de groupes de culture et d'industrie.

» Les exercices do force et de dextérité, exigés pour l'admission à la Petite Horde, sont nombreux et variés, car vous sentez bien que nos lurons sont trop remplis d'amour- propre pour recevoir, eût-il dou2e ans, un candidat malhabile qui ne leur fe-

LES ENFANTS Al) PIIALAN8TÈRB* 276

rait pas d'honneur. Un Séraphin qui ne serait pas excellent écuyer serait inévitablement refusé par la Petite Horde qui ne veut pas s'exposer aux railleries des Petites Hordes des Phalanges circoavoisines, lors de leurs réunions. Je crois vous l'avoir dît : on assemble de temps à autre les Chœurs enfantins de l'arrondissement, pour les faire concourir sur les manœuvres de parade, de procession, d'opéra, sur Texécution et la théorie de certains travaux, et des couronnes sont attachées aux' drapeaux des légions victorieuses.

» Ces réunions sont des mobiles bien puissants pour toute espèce do progrès; elles forcent aussi les chœurs à se montrer sévères pour les admissions.

» Les nombreux aiguillons qui poussent nos enfants à faire tous leurs efforts pour monter do chœur en chœur sont encore renforcés par la crainte des railleries que ne manquent pas d'adresser, aux postulants qui échouent dans les examens, les sectaires moins âgés qui ont été admis.

— Mais, dit Testu, qui donc est chargé de faire les examens?»

— Les intéressés, sans doute, répondit M. Léonard ; les membres du groupe dont le candidat postule l'entrée. Les juges toutefois s'adjoignent quelques Mentors à titre de consultants. Ces examinateurs, je vous assure, sont justes, mais sévères, car la réputation du groupe exige qu'ils admettent tout sujet capable de faire honneur au drapeau, et qu'ils rejettent ceux qui lui feraient honte.

» NI iM pleurs, ni les cajoleries, m |^uv6i|t •!• lindHr C6S juges inflexibles, et ils se rient di^'vai* nés eeières de l'aspirant renvoyé à un prochain «j^amen. Il est un seul moyen â*ôtre re^u dans un dhttur: se rendre capable d'y figurer dignement .Voilà ce qui me faisait dire hier que lea gàlerki .des parents ne.peuvent nuire à leurs enfants, ni influer d'une manière fâcheuse sur le caractère. L'enftent dont l'examen a été malheureux va sa plaindre à sa mère et pleurer près d'elle. GeUe*ei proteste que le jury n'a pas été équitable à son égard, que ses juges se sont montrés trop sévères, etc. Bt souvent la mère croit ce qu'elle dit pour «ensûler son fils: tout enfant n'est-il pas un prodige aux yeux maternels? Notre marmot accepte les eensolations et les caresses, mais il ne saurait toutefois se faire illusion sur son mérite. Bien con» iraincu d'ailleurs que la chère maman ne peut lui délivrer le diplôme, cause de ses regrets, il prend la ferme résolution de redoubler d'efforts pour réussir au premier examen, p

^*- Mais, mon père, dis-je au vieillard, que deviennent hes enfants dépourvus d'intelligence oa dliabileté ? que devient le Séraphin rejeté et par la Petite Horde et par la Petite Bande? >»

* «^ Il entre dans les cadres de ïambigu.

» Nous nommons ambigus les choses on les êtres qui forment chatnon intermédiaire entre les deux groupes conligus d'une série, ou entre deux -séries voisines. Le Créateur a mis des lunbigus dans toule la nature : la chauve-eouris est raaabigu

qui relie le» oiseaux aux quadrupèdes ; le poisson volant) les olsieaux aut poigsons ; le polype, le rè« gne végétal au règne animal, etc.

« Dieu crée aussi des ambigus parmi les heniit mes ! ce sont ces individus de goûts indécis ov miites, bizarres ou excentriques, destinés à reiiH plir les fonctions qui seraient négligées par les. •«% très hommes dont les goûts et les facultés sontpar* faitement tranches.

» Ainsi, dans le cas qui nous occupe : la Petite Horde dédaignant les travaux qui ne sont pas a^ sez désagréables pour exiger le dévouement 9 la Petite BandOf de son côté, ayant répugnance à tout €6 qui touche à la malpropreté, il faut entre ces deux corps un groupe ambigu pour le nettoyage dés vêtements et pour cent petites corvées dont se char» gent avec joie les enfants qui ne sont pas de (btûê à subir les épreuves de la Horde. Ils appartiennett presque tous au groupe de la Pagerie, LesPagesaii reste ont leurs prérogatives particulières} et ils Otti si bien mériié la considération générale par leuft efforts et leur complaisance, que plusieurs placent la Pagerie au-dessus des deux corporations rivales » C'est, vous le pensez bien, Topinion de tous les pt» ges eux-mêmes.

B De ce que nous avons dit, Messieurs, il ré^ suite que réducation est) pour ainsi dire^ termi^ née vers Tâge de cinq ou six ans, dès que les vo* cations se sont manifestées. L'esprit de eoi^ps, 1« rivalité, le désir de s'élever de groupe en grbuiie wMÊêûi désormais pour entratner Tenintet le

278 CHAPITRK XI.

reodre habile non-seulement dans la pralt<|aev»iiis aussi dans la théorie; car, chose digne de rejmarque, toute espèce de travail . manuel conduit rapidement aux études scientifiques les individus nés avec des aptitudes pour les sciences. La cordonnerie engage à Tétude de la tannerie et par suite à celle de la chimie, de Téducation des bestiaux, etc. L'agriculture surtout est l'occasion ordinaire de l'initiation aux sciences chimiques, physiques et autres, des enfants que ÏDieu destine à ces sciences. Voici comment :

» Un groupe enfantin ne réussit-il pas à cultiver une plante aussi parfaitement que le fait le groupe rival d'un autre Phalanstère? nos petits jardiniers passionnés pour leur culture favorite s'enquîèrent, dans les livres et auprès des hommes instruits, des causes qui peuvent produire cette différence, et ils se trouvent ainsi entraînés à étudier les diverses espèces de terres, leurs mélanges, les différentes sortes d'engrais, à raisonner sur riniluence des expositions, des températures, etc.

» Des circonstances analogues se présentent incesssamment dans toutes les industries, de telle sorte que les aptitudes scientifiques ont mille occasions de se manifester, et que nos enfants deviennent presque tous plus ou moins chimistes et physiciens sans s'en douter. Quant aux natures destinées à approfondir les sciences, elles trouvent les professeurs et les livres dont elles ont besoin , et d^ laboratoires munis de tous les appareils nécesflaires leur sont ouverts dans toutes les Phalanges.

» Ici encore nous suivons la marche indiquée par la nature ;'la pratique devance la théorie, et celleci vient bientôt en dide à celle-là. »

— Je conçois parfaitement, dis-je à M. Léonard, qu'il vous est facile d'amener les enfants, — ceux qui sont nés pour la science bien entendu, — à désirer d'apprendre les théories et à les étudier; mais quelle amorce employez- vou& pour les attirer à l'étude la littérature? n

— La petite Bande, ayant dans ses attributions tout ce qui peut contribuer à l'agrément et à l'élégance de la société, veille à la pureté du langage. Pour se mettre en mesure d'être juge compétent en cette matière et se permettre la critique, elle n'admet dans ses ranges que les candidats suffisamment versés dans la grammaire et les belles lettres. C'est de la Petite Bande que sortent la plupart de nos poètes et de nos littérateurs. »

— ^Tout cela, ditTestu, est très-logique, j'en conviens, et bien selon lès vues de la nature ; je vois parfaitement comment vous parvenez à former le corps et l'esprit; mais l'âme donc, ne vous en occupez-vous pas? d

— L'harmonien, répondit le vieillard, vivant dans un milieu où régnent en toutes choses le Beau et le Vrai, le Bon et le Juste, sanà jamais être exposé à se corrompre par les mauvaises maximes ou au contact des mauvais exemples, conserve son âme belle et pure, comme elle est en sortant des mains de Dieu. Durant le cours de sa vie , son âme ne cesse de s'agrandir et de s'élever par la

280 CHAl>iTRB Xt.

science et I03 enseignements religieux. Elle sefaçonneàiapratiquedes vertus sociales, à l^amourda bien collectif et de rintérêt général, dans la Petite Horde, dans la Petite Bande, dans le Vestalat, aux armées Industrielles) et dans toutes lescorporatlons. Le cœur s'élargit et ^'améliore par Thabitude des saintes af« fections de Tamitié, de la- famille, de Famour, dei la reconnaissance.

» Ainsi vous le voyez, mon fils, en Harmonie l'instruction et l'éducation sont non-seulement vèr- ' sées abondamment sur tous les homme$ sans et-* céption,mais elles sont intégrales, complètes, pomr Tâme, rintelligence et le corps. •»

.'^ Quelle distance incommensurable , dis-*ja A Testa, sépare cette éducation une, logique, aW trayantej féconde, de Téducation civilisé^ I

» Jadis, les enfants n'étudiaient qu'à grand r^m fort de menaces, deehâtiments. Oublieux du passé, les pères se plaignaient de rindocilité et de la pareM de leurs fils. La paresse de la vive et turbulente JeiK nesse! que) aveuglemenl! quelle eonfusien dans les termes I Quoi donc! était-il si difAclle de eoai« prendre que si l'écolier eivilisé était paresseux, cW que ses éludes étaient répugnantes?

» Quel plaisir en effet pouvait trouver un enfant â apprendre deà langues mortes, enseignées par des méthodes arides, des langues qu'il ne dd* siraitpas connaître, dont il ne voyait pas rutillté, vers^ lesquelles, le plus Ordinairement, sa vocation ne l'appelait pas ; des langues dent n'avaient Jâ-

LES BNFANt8 AU nlAtANSTiCRB. Ill

mai9 besoin lés Aeaf dixièmes au moiM des ptf^ sofities qui les avaient apprises?

n Cette instruction avait un seul mérilo, mérite important II est vrai, celui d'exercer les facultés intellectuelleâ. MaisLce but aurait pu être atteint, comme il Test aujourd'hui, par des études plus in* téressantes et plus nécessaires. Avouoos*le eneere à la honte de la Civilisation : cette instruction sté«i HIe était d'un prix si élevé, que Timniense majorité des enfants eu était forcément privée. Puis, par ii& mensonge plein d'ironie, on l'avait déclarée indls« pensable à l'obtention des emplois publics, dans un pays dont la loi constitutionn^le déclarait ces em*> plois accessibles à tous les citoyens !

» En même temps que Téduoation de rintelli* genre était aride et vaine, l'éducation du 63eur et de rame était nulle, sinon dfihgereuse, tant elle fourmillait de contradictions. Ainsi, de même que l'enfant devait oublier ^n grandissant la langue de sa murrice, de même aussi» en devehant homme, il devait diriger sa conduite par des principes ùp* posés à ceux qu'on lui avait inculqués dans sa Jeunesse, et cela sous peine de ridicule et souvent de misère, par suite dés entraves qu'apportait à lA réussite de ses affaires^ la stricte observance dé ces principes. »

Cette proposition semblait ^Scandaliser Tesltli -^ Êcoute-mol un instant sans m'interrompre, lii! dis-je, tu me rappelleras à la vérité êi Je m'en écerte.

» La bonne mère, IMnstitutriee-née du jeune èii-

J 282 6UAP1TREXI.

f lant, ne lui inspirait-elle pas Thorreur pour le

I mensonge et la dissimulation ? ne lui recomman*

I dait-eile pas la franchise en toutes choses^ Hé bien !

i noire institutrice , oubliant ses préceptes , se

l montrait pleine d'affabilité et' protestait de son

affection , de son dévouement même pour les personnes qui la visitaient et dont elle méd'ssit sans pitié un instant après, en présence de son fils. Bien plus, quand son élève, dans sa naïveté terri-r bïe, disait devant le premier venu ce qu'il pensait, ou, pis encore, ce qu'il avait entendu, notre chère maman le grondait, et lui recommandait sévèrement de retenir sa langue imprudente.

» Bientôt arrivaient les instituteurs de toute espèce. Les uns supportaient impatiemment, et en maudissant le sort, leur position peu brillante; les autres habitaient des palais et ne se montraient aux peuples que couverts de décorations et de riches joyaux, mollement bercés dans de fastueux équipages entourés de nombreux domestiques. C'était l'état-major universel. Tous ces instituteurs s'adressaient à notre jeune civilisé pour lui vanter à l^envi les douceurs de la médiocrité, voire même la pauvreté. Ils lui prêchaient l'humilité et la résignation sans s'inquiéter le moins du monde de la démoralisante contradiction qui existait entre leurs paroles et leur conduite, entre leurs préceptes, d'une part, et de l'autre leurs exemples et les recommandations de la famille.

» Mais figure-toi donc, mon cher, quelles brillantes affaires eût faites un marchand, un banquier,

LES ENFANTS AU VHALAN8TÉRE. 3Sâ

un fabricant civilisé, qui eût méprisé les richesses et eût pratiqué la vérité et la franchise en toutes choses? Et pour reconnaître complètement combien ^talent vaines les remontrances des instituteurs civilisés, combien leur morale était peu de mise dans leur inconséquente société, il te suffira de jeter en imagination, au milieu d'une réunion des plus fervents moralistes, un homme possédant les vertus qu'ils prêchaient, un Diogène misérablement vêtu et disant hautement ce qu'il pense des choses, des hommes et de leurs femmes, et dis-moi si la vertueuse et pudibonde assemblée , remplie d*indignalion, effrayée surtout des conséquences d'une franchise sans bornes, n'eût pas fait mettre à la porte par un laquais un personnage aussi dan* gereux et aussi mal appris? »

— Tu dis vrai, j'en conviens, me répondit Testu, mais que pouvaient faire les Civilisés? force leur était bien d^agir comme ils agissaient : soyons donc indulgents à leur égard. »

— Vous avez raison tous les deux, reprit M.

Léonard : la cause de ces contradictions se trouvait dans la forme sociale elle-même. Incapable de procurer l'aisance à tout le monde, la Civiliscition était contrainte de vanter la pauvreté. Incompatible avec la vérité, il lui fallait bien parler d'une manière, et agir tout à l'opposé. »

En devisant ainsi, nous avions quitté le quartier des enfants, veuf de ses habitants. Apr^s avoir parcouru une partie de la rue-galerie également déserte, la population presque entière étant répandue

114 CK4MTRC Xt.

dans la campagne, nous denendtmes au jardin et AOOê aperçûmea les mugiciamies étrangères oecu« pées au milieu d'un groupe de fleuristes.

A propos de ces voyageuses, M. Léonard noua parla avec tant d-éloges des splendeurs de la capi* taie où elles se rendaient, que nous lui témoigna* aoiès, testu et moi, combien il nous serait agréable 4a la visiter.

*-^ L'occasion est belle, nous dit le vieillard : 4an3 une demi-heure un convoi d'artistes doit près* ère, en passant, cas dames et quelques habitants de éaint-Remy qui vont voir TExposition. Rien ne vous empêchera de Vous joindre à eux. Mais, ajou^ t«-4»tl, comme il vous faut déjeuner avant de vooi mettre an route, noua irons d*abord au buSél où vous vous lesterez pour le voyage. »

Les voyageurs, accompagnés de quelques amis, ne tardèrent pas a venir aussi prendra une eolla* tion, et bientôt de lointaines fanlarea ianoncèrffil rapproche des voitures.

Kous nous rendîmes à rembarcadèra, et là, nous prîmes congé de nos hôtes, pénétrée de reconnais* sanee pour notre vénérable cicerona qui nous avait êi obligeamment initiés à la vie phalanstérieniia ; ftous rembressàmes tendrement, souhaitant de longsjoursà lui et aux personnes qui lui étaient chères: il ne nouls restait pas d'aatre souhail à hk9 paur son bonheur.

#^|f«^6. Le* impétè, VAtthHMimê. t$é Amêêè induêtiitUêê. Ln J^amilU danê iêê div»êêê pluuiê âùeiiUei»

Après avoir fait nos adieut à Teifêtlent vieillard, rfoiis Jetâmes un dernier regard defeconnatl^ sanee et de regret sur ce Phalanstère hosj^italiir que nous quittions à l'improvisle, et néUS roOfttAmes en voiture, ou, pour parler plus exactettient, nous entrâmes dans un salon d'une rare éléganea où se trouvaient des tables^ des instrumenta de muëique, une riche bibliothèque, et toute espèce de eomfort. De ce salon à peine élevé au-desaus du sol, franchissant un léger escalier, nous nous vt*mes avec surprise sur une plate-^fbrme Ipngoe de Èïx mètres environ, et large de quatre, entourée d'une gracieuse balustrade. Un dôme mettait les voyageurs â l'abri du soleil et de la pluie, et dé forts rideaux, repliés en ee moment, s'ouvraient aa besoin pour opposer Un obstacle au vent quand il soufflait un peu fort.

Une trentaine de personnes s^âêsirent près du balcon, tandis que lesantres se promenèrent comme si elles eussent été sur le pont d'un navire, tant était douce Talhire de notre immerna véhiculé

286 COAPITRB XII.

pofté sof huit roues> roulant sur des rails cq fer ei fraîné par six chevaux vigoureux.

Le temps était superbe et te soleil s élevait ra* dieux derrière nous, tempéré par une brise légère qui nous apportait les suaves parfums des ehamps de trèfles fleuris et des innombrables massifs de Seurs dont la campagne était émaiUée. De toutes parts, on entendait les chanls.des oiseaux et les fanfares des groupes nombreux occupés à des cultures aussi riôhes que variées. .•

Nous avions pour compagnons de voyage des artistes éminents, architectes, sculpteurs,^ musiciens, etc. Je pris place à côté d'un peintre, nommé Ëvarl, dont j'avais fait connaissance àSaint-Remy. Bientôt nous liâmes conversation , et je lui témoignai combien j'étais enchanté de la forme et de la conmiodité de notre diligence.

— Généralement, me répopdit-il, ou aime mieux les voitures de cette forme que toutes les autres pour voyager durant la belle saison. Quand vient rhiver , quand la terre se dépouille de verdure ou se couvre de neige, comme il y a peu de chose à voir dans la campagne et qu'on n'est pas tenté de faire des haltes fréquentes, on préfère les voitures bien closes, bien chauffées et mues par la vapeur. »

—Je sais, Monsieur, que les harmoniens n'épargnent rien pour rendre la vie charmante. Mais veuillez m'apprendre qui paie la construction et rentretien des routes, des rails et des voitures. Ces dépenses doivent être très-considérables, car nombre de voyageurs, m'a-t-on dit, se contentent des

dîHgences de minimum et n'ont rien, par (îoiiséqne^t, à débourser. »

— Les routes et les voitures, répondit M. Êvart, sont construites et entretenues aux frais du budget du royaume quand les routes sont royales, dubud« get provincial ou communal, quand elles appartiennent à la province ou à la commune. »

— Ainsi, s'écria Testu fort étonné, les royaumes et les provinces prélèvent donc encore des contributions ? »

— Sans nul doute, Monsieur: il faut bien pourvoir aux dépenses publiques. Mais n'ayez nul soiid des contribuables: ils paient avec plaisir des impôts exclusivement employés dans l'intérêt de tous.

» Au surplus, la perception des impôts se fait d'une manière si économique que tout ce qui est voté par la nation entre dans les caisses de TÉtat; elle se fait d'une manière si équitable, que la quote-part de chaque contribuable est mathématiquement proportionnelle à ses revenus : ce que chacun peut aisément vérifier. ».

— Vous nous contez là, reprit Testu, des prodiges que les anges eux-mêmes n'eussent pu obtenir dans les pays les plus constitutionnels, dans les républiques les plus démocratiques, et vous nous dites cela comme la chose du monde la plus simple! »

— Bien n'est plus simple en effet, reprit le peintre.

» Le budget annuel de chaque Phalange étant public, il est facile de constater les revenus des

Ht CSAPITES XII.

ft^mGm et dM royaumes, et d'en dresser Télet exact qui est envoyé à toutes les Régences de la tMrarchio Aalionale.

• Qoattd les députés d'une nation ou d'ime fUtHince, après avoir reeonnu et arrêté les travaux à faire, ont voté le budget des dépenses pour une ou plusieurs aanéesi obaoun de nous peut calculer en un moment quelle fraction des revenus sera d«nandéei et par eonséqueot quelle sera la quote-part de sa Phalange et la sienne propre» Dono tout liami6nien p.aie des impôts prôportioanelsà Hm revenu et ne saurait en payer davantage.

» Et comme il suffît d'une simple Bvertiseement pour que les Phalanges envoient au trésor public le montant do leurs contributions en effets négo^ eiables, il s^ensuit que ie recouvrement des impôts se /ait pour ainsi dire sans frais*

fi Enfin les impôts sont forc^ent dépensés en travaux uiilesi dans une société qui ne connaUplus les travaux stériles ni les dépenses de guerre et de desiruction. Us ne sauraient être enlevés à leur destination dans une société où rien n'est caché, où les coAcussions sont impossibles, la fortune de ehneutt étant ou pouvant être connue de tout le monde.

» Les impôts sont employésaujoui^d'hui non seulement à la solde des années industrielles chargées de la construction et de Tentretien des roules et des canaux, du reboisement des montagnes , de Fendiguemeatou de rencaissement des rtvièros et attiras fravaua â^uiîliié général»; mai» aussi à la

conslnictîon dés navires et des voitures nécessaires au transport dés dépêches, des voyageurs et des produits. Car si les Phalanges confectionnent les produits et les consomment, le^ gouvernements sont les intermédiaires naturels entre les producteurs et les consommateurs. Bien entendu que les objets paient des frais de transport proportionnels aux distances parcourues, quand ils ne jouissent pas de Texemption accordée à la classe de minimum,

» Aussi, bien convaincus que les impôts sont toujours employés à l'accroissemen^t de leur bienêtre, les harmoniens, élevés dans le mépris du laid et même du médiocre, donnent avec plaisir les sommes votées par leurs délégués, afin que toutes choses soient confortablement faites. »

Cependant nous traversions une contrée délicieuse dont les cultures étaient admirables. I>e temps en temps on faisait arrêter la voiture, tantôt pour contempler de charmants paysages, de merveilleux panoramas, tantôt pour daguerréotyper la façade lemarqnable d'un Phalanstère.

M. Êvart nous faisait remarquer combien l'architecture, quoique partout noble et grandiose, différait néanmoins d'un Phalanstère à l'autre. La seule circonstance qui soit la même pour tous, nous disait-il, celle qui caractérise Tarchitecture actuelle,* c'est ï'unité d'habitation pour la population entière. De là la nécessité de la rue-galerio. Mais la forme de chaque Phalanstère, mais la dis position et la dislribulion des séri stères et des loge ments varient selon le goût et le génie des archî-

190 6K4HTII11 JEU.

teelM, fitoii l08 aceidimts du terrai» et les exigeiH eef 4m eil»«t, selon rindastrie et las besoins des teiNti«(9t '--

'm» Le beau siècle pur les arts et pour rardii- ImUffùï m'éertei-je. Si vos ancêtres ont fait des eMi*dteuvre, s'ils ont élevé des monuments qui •UiroiitnNiaDre votre attention, qu9 ne doivent pas ptodiiire lesarcbiteetes actuels? ils ont devant eux une carrière bien autrement vaste que leurs devaacleral »

<-« Vous avez raison, monsieur^ dit un arcbiteeta placé près de nous ; le génie peut se déployer à l'aisé aujourd'hui ; il n^est plus embarrassé d'en- Ipaves il n'étouffé plus dans les mesquineries et la lésine de Tancien morcellement, et les encourageméiits lui arrivent de toutes parts. Les beaux-arts, ees doux présens de Dieu qui poétisent la vie, sont aimés passionnément de tous les harmoniens, le boa goèt est général, et les peuples sont assez ridies pour payer leur luxe collectif.

Une intéressante conversation s'établit alors entra plusieurs artistes. Je n'essaierai pas de redire leurs savantes discussions sur la niiRsion des beauxarts et leur organisation, sur les congrès et les expositions de divers degrés, sur les découvertes Importantes qui se faisaient chaque jour dans les sciences et dans les arts. Mon ignorance ne me pe^ mettait pas de les suivre toujours avec fruit ; et je sentis plus que jamais combien la vie laborieuse, difficile et horriblement prosaïque et matérielle, que j'avais menée, comrre l'immense majorité de

VOTA6I, ETC. 7$i

iHM e »w t6 mpo fiit8, hélas ! avait émotisaë chez moi I0 aèiiliiiienl inné de 1 art. Cette miniiatlon de mes faeultés natives n*est pas, au reste, le moindre sujet de mw douleurs, le moindre de mes griefs contre la Civilisation et ses absurdes et abrutissantes métiiedes d'ii^sthiction-

le suivis toutefois avec beoucoup d'intérêt et de ^aisir l'histoire de l'architecture, esqubsée par un de nos artistes, qui montra Comment ce grand art s'était' constamment modifié parallèlement à la ibrme de la société, de telle sorte, disait-il, que l'architecture a toujours été l'image fidèle des soelélés humaines.

» Ainsi la hutte misérable, construite de brasr ehee d'arbre, ornée de peaux d'animaux, d'armes de guerre et de crânes d'ennemis vaincus, reflète toute la vie du sauvage vagabond, chasseur et gaerrier. La tente du Barbare symbolisait la vie liôniade des peuples pasteurs; tandis que la misère des uns, Tôpulence des autres, Tinaolidarité et Tég^sme de tous, se peignent tout entiers dans le elmos qu'offraient aux yeux les amas de maisons nommés villes ou villages chez ces pauvres civili-

let mon ami Testu fit encore une légère grimace ; mais l'artiste continuant : « Partout, messieurs, INirehitecture a peint les mœurs et les habitudes des peuples jusque dans leurs moindres détails. Ces villages langeux d-autrefoîs, dont les rues étaient couvertes de fumiers et d'immondices , don tes eabanes petites, humides et sales, ne recevant

292 CHAPITAB Xn.

Tair et la lumière que par de rares et étroites lu* carnes, abritaient tant bien que mal les hommes, les femmes, les enfants et souvent même les bestiaux entassés pèle-méle dans un réduit unique ; ces affreux villages n*étaieht-ils pas, je vous le demande, Iqs emblèmes énergiques de la pauvreté, de rignorance et de la grossièreté des habitants de la campagne au XIX*^ siècle, de ces Taboureurs attachés à la glèbe et travaillant pour entretenir Toisivelé et le luxe du bourgeois enrichi qui habitait le château dont les tourelles s'élevaient orgueilleusement au dessus de leurs humbles demeures ; de ces laboureurs, les plus indispensables des industrieux qui, pour prix de leurs rudes travaux, ne recueillaient que mépris, et n'obtenaient qu*une part, insuffisante à leui:s besoins, des produits créés à la sueur.de leur front ?

» Et ces villes, ces capitales dont les Civilisés étaient si fiers, n*étaient-eiles pas un amas confus de maisons, ici fraîches et coquettes, là misérables et en ruines; les unes hautes, les autres basses, couvertes de toits inclinés dans toutes les directions et surmontés dune innombrable quantité de disgracieuses cheminées, images parlantes de Tisole* ment, de Tinàolidarité des ménages morcelés. Et ce mélange bizarre et incroyable du beau et du laid, de Télégance et du mauvais goût, du luxe et de rindigcnce, ne peignait-il pas merveilleusement la confusion qui régnait dans cette odieuse société? ne disait-il pas la misère de la majorité des ci* toyens qui végétaient dans les masures, et Toisivc

VOYAGE, BTC. 39à

opulence du petit nombre vivant dans des palais, et blasé au sein .des plaisirs et de la prodigalité ?

» Puis les monuments de la Civilisation, Tégllse, rfaôtel-de-ville, le théâtre, les casernes, les ti ibunaux, les prisons et les hôpitaux n attestaient-ils pas clairement quelles étaient les mœurs de cette époque. Ne suffiraient-ils pas pour retracer l'oisiveté des uns, la misère des autres, les luttes et les crimes enfantés par l'opposition des intérêts de tous?

» Aujourd'hui, ajouta notre artiste avec orgueil, l'aspect seul du Phalanstère proclame hautement que la discorde a fait place à l'harmonie, que les hommes ne forment qu'une seule famille. Nos palais somptueux et riants, nos campagnes fécondes et fleuries annoncent l'abondance, la richesse et le bonheur dont jouissent leurs fortuné» habitants.

» Et quand je pense, reprit l'artiste avec une colère comique, quand je pense que les graves politiques du XIX" siècle , que les notabilités de clo* cher envoyées aux chambres par un corps électoral dont la grande majorité habitait des baraques que refuseraient aujourd'hui nos ânes et nos pourceaux, que tant de petits hannetons littéraires logés dans des greniers à rats et ne gagnant seulement pas, malgré la filandreuse fécondité de leurs plumes jalouses, de quoi payer toujours à temps leur ter^ me, quand je pense que toutes ces cliques d'imbédlles raillaiept encore en 4848 la conception aussi économique que grandiose du Phalanstère, je ne puis, ma parole d'honneur ! m'empécher de penser que

3d4 CHAPITftS XU.

si nous sommes les fris de ces gens ià, il faut cretrt^ avec Téliamed, que les pères des premiers liom* mes étaient tout au plus des singes.. < »

A celte sortie tout le monde se mit à rire, a Vak" ception ne mon infortuné Teslu qui ne pouvait se faire à entendre parler avec aussi peu de rêvé* rencedes civilisés et de la civilisation, dont il avait composé et imprimé une si belle histoire.

Depuis une heure nous traversions des pays ceu« verts de vignes, et la conversation de notre groupe roula pendant quelques inatants sur les terroirs les plus renommés «t sur la perfection de leurs pr^ duits.

Un vigneron nous conta commç quoi chaque caiitOQj cultivant exclusivement les variétés de raisia qui convenaient le mieux à son terrain, il s'en suivait que les Phalanges élaient naturellement en^rivaiilé viticole et vinicole avec leurs voisines, ce qui leur faisait inventer chaque jour de nouvelles améliorations.

Et, s*adressant à rarchitecle qui venait de par^ 1er : c Vous avez fort justement critiqué, lui di^iJ, rbabitation. des civilisés dont les trois quarts euA» sent porté envie aux logements d3 nos animaux domestiques. Quelle critique ne ferais-je pas à moa tour de la fabrication et du comnkerce des vins de ces mêmes civilisés, si je mettais en regard Iça fro» cédés actuels et ceux qu'employaient ces bravta gens qui faisaient tant de couplets sur le faon vin •! eu buvaient tant d'abominable 1

» A eette époque de siorcelleDienl, chaque vi-

YOYAQB, ETC. 395

gôeron cultivait sa vigne^ eonfectionûiilt et soignait son vin comme il pouvait, comme il savait. L'igno* rance, l'insuffisance des moyens, Tincarié régnaient dans cette industrie plus encore, peutrétré» qilê dans toute autre.

» Quelle différence de nos jours I Les Phalàngea vilicoles possèdent tous les éléments nécessairéi pour réussir : science, richesse, travailleurs habiles et passionnés. Aussi aucun art n*a fait plus de pr(H grèç que rœnoiogie.

» Chaque plant de vigne logé dans le terrain et É Texposition qui lui plaisent^ reçoit la culture qui toi convient; et, lors de la vendange^ non seulëmenl ou ne mélange pas les diverses variétés de raisitt, mais on fait la cueillette en pluaieurs fois, afin 4ê na porter aU pressoir que le fruit mûr à point, toutes précautions que la crainie des voleurs et là prix de la main-d'œuvre rendaient impraticable! 60 civilisation.

» Les Phalanges vinicoles ont un grand tiOfiibW de sectaires fort habiles dans Tart de faire le Vin et aussi dans Tart non moins important de le conserver. Elles sont assez riches pour attendre qaa leurs produits aieAt acquis la perfection, avaat éa les vendre; et leurs caves sont assez vastes pour contenir les récoltes da plusieurs années, asses san aes pour les conserver et les améliora*

» Jadis, au contraire, les vint éprouvaient main« tes détériorations, causées par leur eonfectîoa souvent défectueuse, par les mauvaises petites fiitaiU laa dont les cultivateurs pauvres, — et c'étaient

300 CUAPITAE XII.

les plus nombreux de beaucoup, — étaient forcés de faire usage, par rhumidité des caves, etc.

u Dans le siècle dernier, une foule de vignerons se trouvant dans Timpossibili té de faire les dépenses nécessaires à la confection de leur vin, vendaient leurs raisins au moment de la récolte ; et si grande était la misère de la plupart des petits propriétaires, qu*une année de grande abondance se résolvait pour eux, en un désastre I

» Vous me rejçardez d'un air stupéfait, dit le narrateur en s'interrompant et s'adressant à ses au* diteurs, vous ne pouvez croire qu'il y eût jamais une société anormale à ce point que l'abondance y causait la ruine du producteur. Gela était cependant, et vous le comprendrez sans peine, en songeant que, ne pouvant acheter toutes les futailles dont il avait besoin quand la vendange était bonne, parce que les futailles étaient chères ces années-là, le vigneron pauvre se trouvait contraint de vendre immédiatement son raisin à d'autant plus vil prix que la récx)lte était plus abondante.

» Oui, Messieurs, en ces temps de douleurs et d'iniquités, les bénéfices n'étaient pas pour le malheureux travailleur, courbé toute l'année sur son boyau, mais^ur l'intermédiaireparasitequi achetait les vins aussitôt après la vendange, et les conservait jusqu'à ce qu^ils fussent parvenus à leur état parfait, et eussent quadruplé de valeur.

» Qui pourrait dire les pertes causées par les récoltes à contre-temps et par la détérioration des vms? Qui pourrait compter les falsifications aux-

VOYACI, ETC. 297

quelli^3 donnait lieu le commerce de cette précieuse boisson? La fraude était arrivée à ce point qu'on vendait à l'indigent , en guise de cette liqueur bienfaisante, de l'eau colorée par le campèche et édulcorée par des sels de plomb ! et ces boissons meurtrières lui coûtaient un prix incroyable 1

M De nos jours, les vins sont naturels, généreux, libres de toute entrave, exempts de tout impôt et accessibles à tous; la vigne est cultivée partout où elle donne de bons produits. Le vin frelaté est in* connu, et cela par une bonne raison : Une Phalange viniçole qui pratiquerait des mélanges malfaisants, qui se livrerait à des sophistications quelconques, perdrait sa réputation et verrait fuir une clientèle dont le goû^t est trop exercé pour qu'on puisse espérer de le tromper, si d'ailleurs ces abominables idées de dol et de tromperie n'étaient pas en horreur aux harmoniens. »

En ce moment nous entrions dans une. belle fo^ rêt de chênes, et notre vigneron fut interrompu par les chants d'un chœur nombreux. Je priai ma voisine de me dire quelle occupation appelait tant de monde dans un bois qu'on n'abattait pas.

— Ces groupes , me répondit-elle , émondent leurs arbres et enlèvent les mousses et autres plan« tes parasites qui les énerveraient. Dans la saison favorable, ils les tailleront, les arroseront, les cultiveront ; ils leur prodigueront en un mot tous les soins que le vigneron donne à sa vigne, que l'horticulteur donne à ses pêchers. Voyez aussi combien

0Wit vigôttreux ces ebèned bien espacés et soigtiéi (Sffmfm noÈ éyWains savent le faire. »

"-•-Ges chênes sont dans doute destinés à la ma« Hue? ^

•^ Oui, Monsieur, et an^i à la charpente. Vdlîâ pourquoi aucun d'eux ne sera enlevé dé la forél, afSfll d'avoir été préalablement injecté de li^eides ftoffenà le rendre inœrabualible ou ii}«tta€[fiable pier rhitmiditéet les insectes. •

Âtt sortir du bois, àft nouvel et gracieux epecta^ ele t'oflirit à nos yeux* FUi» de deux cent jettiiei hemiiiee placés sur une même ligne abattaient un ciMimp immense de Je ne tais quelle plaoté foiàt* ragèhi. Ces vigoureux fauchears, vêtus de sarraiu grîs^ avançaient d'un pM égal et mesuré) ils étaieal suivis d'un^ centaine de jeunes filles et d'eBlanlf occupés à étendre rherbf» pour la faner.

Nous admirions ce tableau plein de mouvement^ de vie^ et de gaité lorsque, soudain, des voix innoinbrabtes, soutenues par un orchestre monstre, firent retentir les montagnes d'un chant joyeux.

— Voilà sans doute, me dit M. Évart, le corps d'armée de dit mille hommes, attendu dans la pro* vince voisine. « Et, en effet, nous vtmes bientôt pas* sëf âVèc !a rapidité de Téclair un immense convoi doM je distinguai â peine les drapeaux et les uni* .ftifities.

le m'informai dans quel but se réunissaient ces c^ortes. — Le gouvernement, ifie répondi t le peintre, chargea, il y a vingt ans, le corps des ingénieurs dc^iaisoumëttreunprojet d'appropriation des coûfâ

V«TAâ<, tlN!. lit

d'MQ, trandg «t petits, ft Thrigalkm êë l« iiifÉM entière dy royaume. Cinq ans suffi^fit à l'éfodë âe ce travaîL Après une dlscossion approfondie, ié plan fui arrêté, et on fil un «ppelauic travattleur» de iMnne tolonté. De tootea parte, dee jevnei heM^ mes habiles et robustes se présentèrent, et eee trflh Yiitix gfgantosqoéifiirem potisséd atee ttâe i^pîdite telle que, «ommenééd ity « qtihtztf avs à péM; il§ ne tarderont pas é êth^ teftnirtéé. Getttf tMéi prjae glorieuse dotiblefB Itt Herttlité du sol d« tiôtft patrie, et noue a'ânroiia plus lé do^ieet-de if9k iKi fleuves entraîner à la met noe engrais les plM pré* cieux. Le eorps d'armée qui vient de passer éewt renforcer celui qui mité un superbe canal à deiit cents kikmièltw d^id. »

Un ing4tiiear qui amil oceypé des grades dial plusiears arméee, ^11 élaR déeoré et atall déi états de service estrémement honoralMeii^ ^ èël rebligenitee de none étpliqser Tef^nisalleÉ ées légions iAdnstrieHMi il nous Al eonilalire énesi le pregramiDe des enamefia à subir pour y être admis. Les connaissances iMoriques et pratiquer Mtgè6A des récipiendaires peur la plupart dé corperatiotié étaieni si étendues que peu de civilisés eussent |ni y être admis. Il nous conta les prét^atives dent janîssalent lu «rméeé el les tionneurs rendus aux personnesqui avaiei^t fMt nneertain nombre de campagnes; il nous fie eiifin la peinture ceinpiélé de la vie si séduisante^ si accidentée) ai variée que menaienlVses laborieuses brigades.

— Les divers eerps, nova diaciMli éBféyéspaf

300 CHAPITIiB XII.

1^3 diffôrentes provinces du royaume, emploient des procédés particuliers dans les travaux qu*il8 exécutent de concert ; et comme chacun d'eux a la prétention de faire mieux que ses rivaux, il s'établit bientôt une concurr«nco extrêmement féconde.

» Ces corps ne cessent de se. porter des défis de toute sorte, en dehors même du travail important qui les rassemble. Ainsi une lutte s'élève chaqtie jour, tantôt sur la musique, TéquitaUcn ou la danse, tantôtsur Tart théâtral, la gastronomie, etc., car il n'est pas une province qui ne prétende l'emporter sur les autres dans tous les arts. La vie des armées est un tournoi immense et continuel. »

Mais le ciel s'obscurcissait depuis quelque temps, et une forte ondée nous força bientôt à descendre au salon et à nous y tenir pendant une heure, qu'on sut au reste fort bien employer.

Deux dames et deux cavaliers exécutèrent d'une manière remarquable d'excellents quatuors; puis tous les voyageurs chantèrent avec accompagnement de piano un hymne national. Quelques jeunes gens proposèrent ensuite de danser un menuet qui fit grand plaisir aux personnes qui ne connaissaient pas cette danse antique.

Le temps redevenu serein, les voyageurs remontèrent sur la plate-forme pour voir la mer qui s'a* percevait dans le lointain. Des groupes ne tardèrent pas à se former, et nous primes place, Testu et moi, près d*un ancien marin, qui saisit avec bonheur l'occasion de raconter ses voyages.

V«YÀ6B, BTC. 301

il nom parla, entre autres choses, des coutumes des nations qu'il avait visitées. Quelques auditeurs paraissant surpris de la grande différente qu^il y avait entre les habitudes des habitants du centre de l'Europe et celles des peuples d'Afrique et d'Amérique, bien que les uns et les autres vécussent sous le régime phalanstérreii ; notre navigateur fit connaître fort clairement les causes de cette différence.

— L'éducation sociétaire, dit-il, se bornant à développer riiomme sous toutes ses faces, les harmoniens sont en tous lieux tels que Dieu entend qu'ils soient. Or, le Créateur diversifie les caractères des hommes et des races selon les climats ; comine il diversifie leurs besoins, les traits do visage, la taillé, la couleur de la peau, des yeux et des cheveux. Partout et en tout nous voyons la diversité dans l'unité ; et plus qu'aucun autre, Tétre collectif nommé humanité est composé d'éléments dissemblables.

9 Ainsi, non seulement les habitants d'un même phalanstère diffèrent les uns des autres, mais nous voyons encore les artistes naître plus nombreux sous tel soleil, lesmathématiciens, les penseurs, les mécaniciens sous tel autre. Ici l'homme est froid, là il est tout de feu. Sous certaines latitudes, rhomme aime le dolce far m'ente ; mdis s'il a une activité moins dévorante, il « aussi moins de besoins, et la nature toujours prévoyante lui fait présent d'un sol qui, tout en demandant peu de culture, fournit des fruits abondants. Sous d'autres zones,

yhmm ^fiv« m im^n A'h^ immmiJâ les tm^ani^ 46 lu euHuEA i'\xm jtorri^ plu» nHMrt m «i^P^ifipt pas A «on mmié, il y ji»iR( riNn^rift iii-

» I) 9st doua M Q^r^l. qu'il y uit 9nsm fm i$ f«6seiQlb)9ne@ «ntrii li^ coutumes ()e$ Phftliiiig«s l^iisée» sawi réq^^teur et 4a ^«lles qui ^i^isjoiit l# |»<U9, qu'il y eu a «utre l'architeetuirt de k^rs {Àalanstères, ou entre un Nègre et un L^pen. Ôftns $|iiiqii9 localité tout s'ordonne 3elûR les e^igeaces du climat, selon les produits du sol, le cara^tèrt i j'ipdustrie et les besoins 4^» habitante. >»

Quamipotre iDartn eut terminé son réeit, Testu lui demanda si le uombra des voyageurs n'étais |ias ifnm(9i)S4^, depuis que les voy9ges oifraieot i^H éa ^issance^, et pouvai^i^t 6# fpiresaiu» danger si 4épeo$^s.

-^ {.es voyageurs sont f rès-iu>fnbreux en ^^t > fépopdit le navigateur^ mais pas autaat néanaftoiiiB qu on serait porté a le croire ; attendu que Dieu a $^yneot enraciné au cœur de Tbompoe Taoïour du j^9ys natal, (H que d'aill^uni 1^ harmoniess sent raûpus daus leurs pbalaastères par des affections viy#s et mu}tipliéjes, par les plaisirs variés et le bonheur qu'ils y trouvent. Au reste, la plupart ^ l^illanstériens des deux sexes ib&t dauf laur ji^wiQpsa au moins un ou deux petits tours du mopdf |K>ur compléter leur éducation. Ils en retF0UYP9t 4'autant meilleur le doux pays de leur naissance.

9 Mai3 tous les voyages ne sont pas des parties ^ plaisir utiles uriiquement à ceui qui las font. IJ

f • parmi let T9]ng»urs des eaftsts intrépides fm V9iit, par caravanes, porter en |ou8 lieux iumi eeîMicas, et reeueillir de nouveaux faits prapres à 9»culer les bornes des connaissances, »

— Honneur surtout, s^écria une dain^, à aea hardis missionnaires qui abandpnnpnt leur patrie p9«r établir des Phalanstères sur le^ rives iea plus l|iii^ taines, aiin d'attirer à THarmonie lea popiiIalioM encore ensevelies dans les ténèbres ()e la barburie ou de la sauvagerie I

» Ces missionnaires accomplissent uneceuvra de bante cbarité et de religieui^ dévouemeat, bien d|* gna de notre respect et de notre sympathie ; aypii ll*ai"ie pu voir sans attendrissement le départ piw l'Pcéanie d'un essaim d'émigranta recrutée daaa Dne quarantaine de Phalanges de notre prf^vinee. Heureusement que nos dévoua compatriotes étaient assez nombreux pour former une phalange intégrale, et que retrouvant, dans leur nouvelle pa(rie, le langage, les habitudes et une partie des affections qui faisaient ici leur bonheur, Péloignement du pays natal leur sera plus facile à supporter. »

Un voyageur qui était resté à lire d^ns le salon reparut en ce moment. Ses amis lui dirent en plaisantant: ff Sans doute, Henri, tu quittes la bibliothèque où, selon ta louable coutume, tu auras lu quelque vieux bouquin? Ta devrais au moins naus faire part de ce qu'il t'a appris de bon. »

. — Vous Pavez deviné, répondit Henri : je m'a- Ii)usni9 9 parcourir une broçbMre qui semble av^r eu du s«)ccès, il y a nne c^ataiBe d'ann^. I^^au-

Se4 CHAPITRE XU.

teur y fait une amère critique de la découverte de Fourter, contre laquelle se déchaînaient les préjugés de répoqUe, selon la louable habitude de nos pères.

» Cette brochure est fort drôle, je vous assure; il est plaisant de lire les étonnantes raisons mises alors en avant pour prouver que l'utopie fourïériste, comme on disait, était impraticable. Mais ce qui m*a paru le plus bouffon, c'est de voir l'auteur, toujours à côté de la question, mettre à la place deTadmirable ordre de choses révélé par Fourier un échafaudage de sottises bâti par son propre cerveau et s'escrimer à Je démolir, puis s'écrier, après celle victoire remportée sur sa propre création cérébrale : « Vous le voyez, le système phalanstérien est impraticable, immoral et subversif de tout ordre ! »

— Subversif! immoral! s'écrièrent tous les auditeurs, et pourquoi donc s'il vous plaît? »

— Le Phalanstère est immoral, prétend notre zoïle,. parce qu'il détruit la famille, cette clef de voûte de l'édifice social, cette source pure de toute jouissance honnête, de tout bonheur ici-bas.

- » Un éclat de rire général accueillit cette révélation aussi bien que la suivante :

» Le Phalanstère est subversif de tout ordre parce qu'il détruit la propriété »

— Toi qui connais sur le bout des doigts l'histoire des temps anciens, dit un peintre, tu vas nous conter, mon cher Henri, «n quoi conâislail la béa-

titude familiale des civilisés, si vantée par ton critique. »

-^ Volontiers, répondit Henri, mais je seiai forcé de prendre les cboses d'un peu haut : vous sentez* vous disposés à me suivre dans ces insipides bis* toires des institutions de nos pères, qui n'ont plus de goût que pour quelques rongeurs du vieux temps comme moi?— Tous rassurèrent qu'il serait écoulé avec plaisir.

9 La famil'e, comme chacun sait, s'est modifiée avec le milieu social. Sous le régime patriarcal elle se composait du père, maître absolu,. jouissant à l'égard des autres membres de pouvoirs exorbitants qui allaient jusqu'au droit de vie et de mort • puis, de sa femmeou mieux de ses femmes et de ses ooncubines, de leurs eufants et des domestiques ou esclaves.

» L'intérieur d'une telle famille n'offrait rien 4e très-séduisant, vous pouvez le croire. C'était pour tous, le maître excepté, un joug d'autant plus diîr que ce despote était plus brutal et plus jaloux. Et cependant il est à supposer que les Civilisés étaient bien plus malheureux encore dans leurs ménages tant ils parlaient avec regret et attendrissement des mœurs patriarcales.

9 La famille se transforma peu à peu. Le pouvoir du chef alla décroissant, et la servitude de la mère et des enfants devint moins lourde. JMoïse «édant aux exigences des mœurs de son temps avait autorisé le mari à chasser de sa maison l'épouse qu'il cessait d'aimer, à la seule condition de lui

306 CHAPITRE Xlt.

remettre une lettre de répudiation. Jésus-Christ ré* habilita la femme et Téleva en droit au niveau de son mari, en condamnant également celui des deux époux qui se remariait après la dissolution de leur mariage, quand ciette dissolution était causée par tout autre motif que l'adultère.

» La famille, toutefois, ne pouvant exister sans un maître, et tout maître étant porté à abuser de son autorité, réponse continua à rester subordonnée à son mari. Aussi jamais les sexes faibles , la femme et Tenfant, n'eussent été émancipés de fait, si le groupe de famille fût resté base isolée et unique de rétablissement social.

» Quoi qu'il en soit, à l'époque où mon critique écrivait. Ta famille se composait du mari, chargé des intérêts de la communauté et devant protection à sa femme ; de celle-ci déclarée mineure par la loi, et jurant obéissance et fidélité à son mari ; enfin de leurs enfants qu'on élevait, ou qu'on devait élever dans l'amour et le respect pour l'un et pour Vautre. Les domestiques ne faisaient plus alors partie de la famille, du moins en général.

.» Si le chef de ce petit groupe,— et, en dépit de la loi, ce n'était pas toujours le mari, — si le chef était d'un caractère aimant et facile; si tous les membres avaient des goûts simples et des passions peu exigeantes , s'ils étaient doux et savaient céder de bonne grâce aux volontés du maître du logis, la vie d'intérieur, bien que monotone à Pexcès, ne laissait pas d'être supportable, quand d'ailleurs, la famille jouissait de quelque aisance; car, pour ia

VOTA«B,BTC. 107

grande majorité des pauvres, )e ménage était un enfer. Les Civilisés exprimaient cette déplorable conséquence de la misère par ce proverbe aussi brutal que vrai : « Lorsqu'il n*y a pas de foin au râtelier, les ânes se battent, j»

9 Je ne vous dirai donc rien des familles pauvres. Vous vous refuseriez à croire aux maux innombrables dont elles étaient accablées; vous re* jetteriez comme calomnieux le tableau des brutalités et des turpitudes sans nom dont le ménage indigent était le théâtre, surtout dans les grands centres industriels. Les procureurs du roi (on appelait ainsi des individus chargés de rechercher les délits et de faire la chasse aux criminels) en savaient long sur cet abominable sujet.

» Quant à la vie familiale des gens riches ou aisés, il est assez facile de deviner ce qu'elle devait être. Figurez-vous une réunion de trois, quatre, cinq, six ou huit personnes toujours en présence, et partant ayant si peu de choses à se dire qu^elles étaient réduites à lire, durant de longues heures, pour tuer le temps — suivant Theureuse et pittoresque expression des riches civilisés toujours embarrassés d'eux-mêmes, r^ Comme il était fort difficile de rencontrer une lecture faite pour plaire en même temps au grand-père et à la jeune fille, à la mère et au petit garçon , chacun lisait pour son compte, et bientôt les grands parents s'endormaient d'un côté tandis que les marmots pleurnichaient ou se querellaient de Tautre. Puis les lectures ne suffisant pas toujours pour charmer les longues soirées

loi CHA»imtt tt».

é*hinri on dveit recourd àuï charmes de l'éler'^ tiell6 partie dé carteS) aux aimables jeux de roie, duloto^ du dominq... »

Un éclat de rire homérique inlerroiApil le Narrateur. Allons l tu charges les couleurs du tableau t itti dit son voisin. Une vie assez fastidieuse pour Mre trouver du plaisir à jouer tous les soirs aut cartes on au loto n'était certes pas regrettable àa point qu'on pût faire un crime à Fonder de vouloir fa transfoi^nler et remplacer les lourdes chaînes delà faml le civilisée par les liens si pleinsde chatmea de la famille harmonienne. Passer son temps à jouar aux cartes et au loto I Mais à peitie voit-on aujour*d'hui nos malades chercher dans ce jeu un alisieat au besoin d-intrigue et un rnoyen de trumperl«iir appétit dé'cabaiiste.r.

— Cependant, reprit Henri^ je n'exagère rien; mais rien autei> ne prouve -^ue les joies du ménage fùssentce que leBGivilisesaffectaient.de dire; car tous les membres de la plus heurease famille étaient dans rènchautemént, quand un étranger venait rompre la monotonie de leurs habitudes» Il y a plus, et ceci est concluant : à mesure qu'un couple Enrichissait, on le voyait négliger de plus en |du8 le culte du foyer domestique.

x> Les personnes aisées se débarrassaient de leurs enfants dès la naissance. Elles les fourraient «n nourrice, puid dans des collèges ou des pensionnats d'où elles les retiraient pour les marier ou les établir. Quand les enfants étaient éloignés d^lea, des peraennes recherchaient hors du ménage dis

irOYAQB, ÉVG. M9

liiaiBÎrs pius variés que ceux qu'elles y trouvaient : elles se jetaient dans les fêtes, les speotaeies, les élubs, les voyages. Et quand leur fortune le permetr tait, nés époux avaient des appartements distincts, éss domestiques et des équipages particuliers; les amis de madame n'étaient pas ceux de monsieur-^ eft unjnot, ils ne conservaient pas Tombre de cette vie dHntérieur, dont ils ne cessaient èependant àp proclamer, sur toutes sortes de tons, la moralitéf la saiateté et les ineffables douceurs 1 Ces Civilisée étfiiant tous conventionnellement hypocrites : ils se «hantaient tous les mêmes rengaines morales et pas un a'était dupe de ce que lui roucoulaient les |iu» tres«.«

-^ Mais pourquoi donc, demanda M. Evart , les Civilisés vantaient-ils ainsi la vie familiale tout an Vévitant, les uns en restant célibataires, les au* très en la désertant quand ils étaient mariés? »

— Ils la fuyaient, répondit Henri, parce qu'elle était généralement fort maussade ; ils en procl^ maient la moralité, parce. que le ménage familial étante comme le disait mon critique, la clef de voûte de la Civilisation, tout changement dans la forme de ce ménage devait nécessairement amener la transformation du milieu «ocial.

» Au point de vue civilisé, Thomme le plus n^o** rai était donc celui qui contribuait le plus au maintien du ménage morcelé, celui par conséquent qui s'occupait avec le plus d'assiduité des soins réclamés par sa famille, celui qui surveillait le mieux les dépeQ$es de sa maison et savait les mettre en

SIO «HAPITfiE XII.

rapport avec ses revenus. Un tel homme tenait en effet une conduite très-morale, puisqu'elle assurait le bien-être de sa famille et le sien. Malheur au civilisé qui se déplaisait dans son intérieur I Son avenir et celui de ses enfants en étaient généralement compromis.

» Enfin les Civilisés vantaient la vie familiale, parce que, ne rencontrant partout dans le monde que froissements et déceptions, ils étaient naturellement amenés à ne croire possible le bonheur, cette indestructible aspiration de Thomme, que dans le lieu le plus calme, près de ce foyer domestique autour duquel rimagination s'ingéniait à faire asseoir les êtres les plus chers, les personnes les plus portées à s'entr'aimer jet à être indulgentes les unes pour les autres. Ils se payaient en paroles pour couvrir ces déceptions de la réalité. » Leurs poètes chantaient sur tous les tons les joies du ménage dont ils s'évertuaient à faire des peintures plus mensongères encore que séduisantes car il faut convenir que la poésie domestique et vertueuse des civilisés était généralement assoupissante.

» La famille type offerte par eux à Timitation et à l'admiration de leur lecteur habitait ordinairement la campagne oiî elle possédait un modesU domaine. »

-*- Pourquoi donc modeste? demanda une damOi en interrompant le conteur. »

— Je dis, modeste, répondit M. Henri, parce que les nations civilisées, toutes en proie à la

misère, ont dû glorifier et ont glorifié en ^et la sainte médiocrilé. Mais que ce mol ne vous effraie pas trop : les limites de la médiocrité étaient fort élastiques, et tout moraliste était parfaitement libre de les étendre au gré de son caprice ou plutôt suivant sa position personnelle. Vous n'ignorez pas, madame, que les civilisés se repaissaient de mots vides de sens, de fictions, de bavardages et de chimères.

» Mais revenons à notre famille-modèle.

» Possesseurs d'une modeste fortune et d'un domaine médiocre, les membres de cette heureuse famille, ornés de toutes les vertus champêtres, remplis de bonté, de générosité, vivaient dans un accord parfait, chéris de tout ce qui les entourait; ils faisaient régner autour d'eux Taisahce et la joie; leurs jours s'écoulaient paisibles et sereins au milieu des plaisirs purs et simples. La douce paix du cœur, le travail, père de la santé, le calme et la vertu, faisaient un lieu de délices de leur habitation bénie des dieux.

» Telle était à peu près la famille des églogues. C'était un mythe, comme bien vous le pensez; mais c'était le type du seul bonheur réel que pussent concevoir les civilisés. »

— Savez-vous, Henri, reprit la jeune dame qui avait déjà interrompu le conteur, savez- vous que votre peinture do la plus fortunée des familles civilisées va me faire horriblement bâiller, si elle se prolonge.

» Ah bon Dieu ! Quelle vie était donc, sans les

$i% GBAPITRB Xn.

épitihètoâ des poètes de ce temps^là, celle de nos ptuvres grand'mères! Je n^ai jamais pu lire trois {Miges dd leurs descriptions maussades. Ah ! certes, Hiarmonian le moins heureux pleurerait sur le sort i» oea iMnmes et de ces enfanta livi'és aux ennuis d'ttoa vie monotone, soumis aux caprices et aux boutades d'un chef qui, vraisemblablement, trouvait détestable ce qui ne lui plaisait pas» et défen* dait les amusements qui n^étaient pas ou n'étaient plus de son goût.

»i II faut en (^nvenir : vos civilisés faisaient une singulière utopie, quand ils plaçaient le bonheur dana le ménage familial, c^est-à-dire dans une réunion permanente de cinq àsix personnes d'âges, de sexes, de goûts et de caractères fort mal assortis et assujetties à une règle commune. Dans un pareil milieu, les individualités étaient froissées sans eesse; et, pour empêcher la discorde, chacun vingt fois le jourétait obligé de faire des concessions, de sacrifier ses penchants et par conséquent sa liberté. »

— Oh ! madame, reprit notre bibliophile, il eût été bien venu celui qui eût osé traiter d'utopie 1*1dole des civilisés ! On n'eût pas trouvé assez d V nathèmes pour accabler le contempteur du doux nénage et du saint égoïsme de cette petite société maussade, exigeante, disputante et le plus souvent pleine de vices.

» Outre le reproche de détruire la famille, notre critique adresse encore au Phalanstère celui dV boUr Ja Propriété. Oui, oui, madame, d'abolir la

V0TA6B, BTC. SI)

Propriété 1 je l^ai lu de mes yeux. Et cette àccnsation, qui vous étODoe, était portée au moment même où le grand grief des communistes contre les phalanstérlens italt précisément la défense que ceux-ci faisaient du droit de Propriété. Vous ne vous doutas; pa^ de rétrange raison sur laquelle était fondé ce reproche.

» Mais, dit M. Henri en s'interrompant, nous avons déjà changé quatre fois de chevaux, llieure du diner approche et probablement nouç serons tous d'avi9 de faire balte à Marcelin, ce beau village ou nous arriverons dans cinq minutes. Si donc vguslepermette?;, pou9 remettrons^ tantôt ce qu9 j'ai à vous conter au sujet de laPropriété.

Les Caravanes. La Propriété dans les différents milieux sociaux, La Compression. Les Capitales, Réveil,

Séparés, par une montagne, du phalanstère dont M. Henri venait de parler, nous ne pouvions Tapercevoir encore/Mais au sortir d'un tunnel où nous entrâmes bientôt, nous découvrîmes le plus magnifique des paysages.

Au milieu d*une plaine immense, une large rivière, semblable à un serpent gigantesque couché dans la verdure, roulait lentement ses flots argentés ; et ses vastes replis allaient se perdre dans une sombre forêt qui bornait au loin l'horizon.

Six beaux phalanstères peuplaient celte magni« fique vallée, et, à deux cents pas devant nous, celui de Marcelin, assis surle rivage, se mirait dans les eaux limpides du fleuve. Â l'exception des vergers et des jardins et d'un grand nombre d'oasis et de lignes de verdure, la plaine était d'une couleur bleue fort agréable; ce qui lui donnait un aspect tout particulier.

Des tentes nombreuses aux nuances éclatantes se dressaient de toutes parts; et attestaient que les laborieux habitants de cette belle contrée avaient travaillé cejour-là dans la campagne; mais, en ce

LB8 6AEAVANB9, BTO. 81&

moment on n^apercevait personne : chacun sans doute était rentré au phalanstère pour se soustraire à l'ardeur du soleil.

Nous avions fait arrêter notre voiture pour contempler plus à notre aise cette charmante plaine, lorsque nous entendîmes le son retentissant de la irooapelte. « La vigie de Marcelin nous a vus venir, s'écria M. Evart, car on appelle au débarca* dère. »

Et, en effet, en mettant pied à terre, nous trouvâmes un groupe de dames et de cavaliers. Les premières s'empressèrent autour de nos voyageuses, les seconds s'emparèrent de nous, et tous, nous nous rendîmes dans un magnifique caravansérail, renfermant, comme celui de Saint-Remy, tout le confort désirable. Meublés avec élégance et recherche, les appartements de ce caravansérail étaient assez nombreux pour loger dix caravanes comme la nôtre.

Nous changeâmes de linge ; quelques uns de nous prirent rapidement un bain,et nousfûmesbientôt en état de nous présenter dans les salles à maiibger.

Après le dîner, on nous offrit de visiter le phalanstère et ses environs.

Les jardins et parterres nous parurent cultivés avec autant de soin et de talent, mais distribués avec plus d'art que ceux de Saint-Remy, et dans . un goût tout différent. Les bâtiments, d'un style nouveau pour nous, relevaient aussi d'une distribution particulière.

SI6 CHAPITRE Xni.

L'industrie principale de Marcelin et des antres l^lialanstères delà vallée était I9 confection des toiles de lin, et c'était le lin, alors eu fleur, qui éier;()ait sur la campagne cette grande teinte bleue qiai nous avait semblé aussi étrange qu'harmonieuse.

Les séristères de la filature et du tissage étaient Immenses; et un moteur très-économique mettait en mouvement machines à filer et métiers à tisser.

le demandai à la persoRoe qui avait la eomplai- «anca de nous eonduire, pourquoi on avait donné à l'industrie linièré ur développement aussi eansidérabia : une intempérie, lui disait-je, paat causer un déficit sérieux dans vos revenus.

«« Nous avons choisi cette industrie, me répondit notre ctc^oae, parce que le lin se plait admirablement dans notre vallée. De temps en temps, il est vrai, en dépit de tous nos soins, cette plante souffre et la récolte s'en ressent; mais le prix de nos toiles étant calculé sur le produit moyen de vingt ans, le lia donne en définitive à cette vallée de fbrt beaux revenus. Au surplus, pour se mettre à l'abri de trop grandes fluctuations dans les bénéfices d'une année à l'autre, les six phalanges qui font ici du lin leur culture pivotale, se sontassof^iées en premier degré d'assurances non seulement entre elles, mais encore avec une soixantaine d*aQtrès qui exercent dans la province des industries pivotales-très variées. Ces sortes d'assurances mutuelles, qui s'appliquent à divers degrés, sont trèscommunes dans notre ordre social. »

LB8 CAEÀVAIVBS» BTC. 111

Au moment de nous remettre en route, je ^m M. Evart de nous dire qui s'était chargé de payer la dépense de la caravane, aûu que nous lui remis* sions,Testu et moi, notre quole*part.

— Les voyageurs qui , comme vous, se son!

contentés du minimum» me répondit te peintre, n*out rien à payer. »

— Comment doncl nous, inconnus, nous aureos été si bien traités gratuitement! J*admets jusqu'à certain point que vous accordiez une hospitalité gratuite aux voyageurs dont les dépenses sontà peu près compensées par un travail et des services de diverse nature; mais il n'est pas juste, oe me semble, que les phalanges placées sur les routes foyHles hébergent gratis les caravanes et les armées. »

M. fivart nous expliqua comment léâ armées et ^ les' caravaneâ voyageaient aux frais des royaumes ou des provinces, selon les cag; comment, pour se couvrir des dépenses occasionnées ^ar leurs pë^ sages, les communes hospitalières recevaient dés ehefe de corps ou de caravanes des bons avec lesi|iiei8 elles payaient les impôts.

— Je pensais, répondisse, qa*en hamieiild, <»> règ*e de vérité et de justice, comme vous dvtE OMlume de dins, --*- une faveur était toujeurs h prix d'un service rendu. Je conçois donc aiséliilNIt qu'il est juste d'accorder aux armées les choses aont elles ont besoin ; mais je ne vois pas qud droit les caravanes ont aux minimums. »

— Les caravanes, reprit le peintre, ne rendent

St8 CHAPITBE XUU

pas do gervices aassi directs que les armées: cela est vrai ; elles méritent néanmoins ta reconnaissance des harmoniens, attendu qu'elles poussent le genre humain vers lunité, sans laquelle on ne peut espérer jouir de tous les biens réservés aiix habitants de notre planète. Perseone ou presque personne ne voyageant isolément aujourd'hui, ce sont les caravanes, composées en général d'hommes éclairés, de savants pratteiei» ou d'artistes, qui relient de plus en phis affectueusement les provinces et les royaumes el hâtent le moment de leur complète association ; ce sont elles qui propagent et vulgarisent les découvertes et les perfectionnements.

» Au surplus, toutes les phalanges ayant intérêt à faire voyager leurs savants, leurs artistes et leurs industriels, à les envoyer aux congrès et aux expositions, et chacun de nous aimant à faire un voyage de temps eu temps, il n^est pas surprenant que les phalanges votent avec plaisir les fonds nectaires pour défrayer les caravanes.

» Je dois, vous dire aussi que cette coutume n'est pas universelle : dans Pun des royaumes voisins et même dans certaines provinces de celui-ci, les personnes qui voyagent en caravanes paient leurs dépenses soit en numéraire, soit en papier de leurs phalanges.*

Cependant le moment de nous remettre en route était arrivé ; le soleil, déjà aux trois quarts de sa carrière, lançait des rayons moins brûlants, dont rardéur était tempéi^ d'ailleurs par une brise lé-

LES CA.&A.VANBS, BTC. 2f 9

gère. Nous prîmes congé de nos nouveaux amis et nous remontâmes en voiture.

La conversation roula d'abord sur le phalanstère qui nous avait si parfaitement accueillis; on par* la de rélégance de son caravansérail et de ses salles à manger ; on discuta le mérite de ses produits, le talent de ses artistes bien connus de plusieurs d'entre nous. Mais bientôt, le groupe dont je faisais partie le matin se reforma , et nous priâmes M. Henri de nous dire quel motif avait son critique pour accuser le phalanstère de détruire la pro~ priété,

9 Je vous le conterai dans un moment, répondit notre lecteur, mais il est à propos, je pense de de vous faire observer auparavant que la propriété a subi, comme la famille, plusieurs modifications selon le milieu social.

» Ainsi , tandis que le sauvage passait sur U terre sans rien s'approprier, le patriarche s'appropria le sol nécessaire à la pâture des animaux qu'il avait soumis. Cette appropriation toutefois ne fi}t pas individuelle, mais collective ; le terrain sur kh» quel la tribu dressait ses tentes resta la propriété indivise de tous ses membres. En barbarie, le chef usurpa généralement le droit de la tribu.

» Dans les diverses phases de la civilisation, la propriété fut individuelle, mais elle ne conserva pas constamment le même mode de transmission. Possédée presque exclusivement par la noblesse et le clergé, durant la phase nommée fèodalUè nobiliaire, la terre était une propriété main-mortable

iS6 cttAMtRB xm.

dont \È poÈsèMùn dé transmettait dtl père au tib aîné.

tt Dans la phase suivante, à i'âpogée de la civi-y fisation, là noblesse ayant perdu ses privilèges ef le clergé ses biens, la terre devint la propriété d'une multitude de bourgeois, dont les enfants se tmrtàgèrent par portions égales l'héritage paternel.

» ÊnAn,â répoqueoû écrivait notre critique, la civilisation entrait dans sa phase de caducité, la fiôdaUlê induslriefle, et la propriété se transfoi^mait encore de jour en jour comme le milieu sociale Les capitaux tendaient évidemment à s'associer ett • tre eux, mais malheureusement entre eux exclusivement, en rejetatit de leur association le travail et lé talent. Déjà certaines exploitations, comme ttînes, houîllères, salines etc. ; divers grands ateliers industriels : manufactures de toiles, de ferronfuerie etc. ; des entreprises commerciales conadérabîes : assurances, banques, magasins gîganr teàques. etc. ; déjà les moyens de transport : canaut, paquebots, chemins de fer, étaient exploités pat des compagnies dont les actions se transmettaient iiVecla plus grande facilité; car remarquons to passant que la propriété, inaliénable durant la féodalité nobiliaire, devint d'une mobilité «rtrème tous cette féodalité nouvelle.

«La terre toutefois, à l'exception de quelques pefrlchements et dessèchements, avait échappé iS*^^®"'^ à ta cdaliUon des capitaux, mais elle an t^l !I®Î"^ inévilaWemeat la proie, si rassocîaiïon phalanstérienne n'eût changé le cours des

LES CARAVANB8, BTC. 321

choses ; car après s'être emparés du monopole de Tiaduslrie manufacturière, du commerce et desvoito de communication, canaux^ et chemins de fer, les grands capitaux se fussent néces.sairement abattus sur le soi et emparés de Tindustrie agricole et de la terre. »

"—Mais, mon cher, dit un architecte en interrompant le conteur, puisque les civilisés associaient leurs capitaux pour des exploitations de toute nature, sans se croire pour cela dépossédés, comment donc prétendaient-ils que le phalanstère détruisait la propriété en associant les propriétaires d'une comnAme ? »

— Un peu de patience, fit Henri; je vais vous le dire.

Le critique dont nous partons, plus franc en cette occasion, ou plus clairvoyant que ses confrères, s'exprimait ainsi : « Je reconnais que si trè»jt> peu de personnes sont aujourd'hui réellement 9 propriétaires, tout le monde, ou à peu près, le de- » viendra dans le -phalanstère, puisque tout ba- » bitant possédera, sous forme d'actions, une por- » tion plus ou moins considérable des bâtiments et » des terres; puisque, en d'autres termes, la pha- ]> lange sera la fermière de tous les propriétaires » du village, auxquels elle paiera une redevance

> proportionnelle à la part de chacun dans la pro- » prîété entière. Mais , ajoutait-il, il n'en est pas » moins vrai que Ids plus beaux droits du proprlé-

> taire seront abolis : nul ne pourra ai^attre sa

322 CnAPTTRE XIII.

» maison, arracher les arbres de son jardin ou » laisser sa terre en friclic^.-. »

*— Ah î s'écria ma voisine au milieu d^un graoïd éclat de rire„ I0 droit de laisser sa terre eii friche î C'était là un beau droit! Est-il donc vrai, bon Dieul qu*il fût une époque égoïste et impie à ce point qu'on osât y revendiquer pour le propriétaire le dtoit de ne pas cultiver s» terre? QdO^ doflc ! quelques^ grands propriétaires auraient pu à leur gré affemer une provmce entière? Quels prinerpea monstrueux et anti-sociaux 1 Et lescitilt- «ésparlt^ient morale et religion Tf-ls avaient appa* remmeiH dublîé ce passage du Lé^tique à l'adresse des propriétaires : « La terre est à moi, dit le »' Steigiifittr; vc^us êtes comau^ des étrangers à qui )) je la loue. )' La justice et le bon sens, d'accovd avec la religion, disent cependant assez haut que la terre ayant été donnée en usufruit à njumamté, comme Tair et la lumière , puisque comnae c^ux elle est indispensable au soutien de la vie, il n'est permis à personne de faire de la terre un usaiie contraire aux desseins de Dieu. La justire et îe bon sens disent encore que le sol étant Tapanage du genre humain, la plus-value seule appartient aux individus qui l*ont créée par leurs travaux, et proportionnellement à la part que chacun a prise dans cette création.

» Le phaianstère, disaient donc les civilisés aux premiers disciples^ détruit la propriété ! Comme ce* Braves gens comprenaient Fourier!

» Eh quoi f nous ne sommes donc pa« pruprié-

Uiittft, iaau«q^i possédons Ions d^ SM;UoosttH)fr4to

9aiUiMBr(tolK^.|^ro|^ûité$»40^9 q^i faisons M ^fi^g^ c^ ll^ BOH^ saœJbtto et <)q im^ vovenos ei» dqiiM Sf^tiom elktsro^me^, nous. 4iMr pouvons Mseret $Aii^ Wr, «wniane dit vatfe Zoïlo, d^BAs v4tQ(n6fU|iv.(itf 0/9» m^uMe^^ de imb. équtp4ges> de aoa )9*JAilti» Q|]9Pit.À]jakf9Ciii.té absurd». et inmorale; 4e déMrv)»^ c^Q^WitMveats et DP6 jardins» a^^oo la.p^^^ di»9,pa»),6<i„ U'keix m^rci 1 imdus la di^sûroBa mwi, eum^ ; moRs 60^ compen^ion hqus joui9$qn$f (qu% (}a.dcokioaK<kiaJ)le de vivce a«xliei«« i$^i oo^^r QW^ ¥vs naître, dec4MUribMer à TaiaélierAti^ii^il,^ l'iidl^lliss^jnetifde n/OB pcopriétés et de^ 9'eQ poitt ifoic ètrei jiujaajâ évlocés. »

•^ N^ Uioions pas tro{^ sévèreaieat, maiii,pil«iw ^09$pli|iôt ces pauvres, cl Yiiiâë^^dii. imaiwriHt^c^ ; QAT ils. «'BMaieut d/autire moyw d'^er^r k| gi^pH» {«iMM^aeite passkxD si exi^earite ^Lnou^ porte am cb4ingpra«ot, que de défère le l^ndemaio ce qu,'U« avi^^faU la veille. Pour laoi, jjb compi;ei¥^aii^tv i^^^Qt eomxoeQt l'Ladivida au caractère rnoJaile et» doué de vocation pour la bâtisse, qui, oepi^pdi^^ n'était QJ<maçein^ ni architecte,, passait SQ^tovipsà cmetfuire» démolir et. recoostrujxe sa maiaoïb qfifmài il ea avaii une« et eommejit enccure,. ïhf^mim né* poivrètse bûeberon,, et dont oa aviût kÀk u|> bi^eaV'' cmtei, se doaaait quelquefois» te plaisif" abaufd^ d'at>attre les arbies de soajardJA. » ,

— Que de personnes, reprit ma voisine, devaient non/iffKk 4aii$ ceAte id4ptoraUa ÇlviUsai^^ q^i ne

an CHAPITEI XIII.

permettait pas aux hommes de varier leurs occu-« pationset ne leur offrait presque jamais la po8sibi« lité de se livrer aux travaux pour lesquels Dieu les avait dotés de vocations spéciales? Que serait de» venu, je vous prie, à cette incroyable époque, le chefboucher de ma phalange, un colosse aux formes athlétiques et au caractère de fer, qui semble trouver un grand plaisir à verser le sang ? Si cet her* cule n^avait pu choisir le métier qu'il exerce aujourd'hui avec honneur , ou si même il eût été forcé, comme les bouchers de la Civilisation, de l'exercer exclusivement et incessamment, en sorte que cette vocation eût été surexcitée par la ^ etrodeurcontinuelles du sang, au lieu d'être liitigée par les travaux champêtres et forestiers auxquels notre homme s'adonne avec une indomptabe ardeur, que serait-il devenu? Il n'eût pas seulement souffert de la compression de sa nature , il fût sans doute devenu un homme bien dangereux. Gomment donc s'y prenait la Civilisation pour empêcher les êtres nés avec cet instinct sanguinaire, les natures ardentes , audacieuses , violentes , de causer des désordres? »

— Hélas 1 madame, que pouvait-elle faire? répondit M. Henri ; rien : elle attendait qu'aigris par la misère, cédant à la cupidité ou à la violence, ils eussent commis quelque crime ; alors on leur tranchait la tête; car encore fallait-il bien que la société se débarrassât de^ membres qui la troublaient.

» Bn temps de guerre, les hommes ardents, au-

LES CARAVANB8, BTG. 32&

dacieux et fortement trempés trouvaient à utiliser leur courage au profit de la patrie; ils devenaient colonels ou généraux ; en temps de paix ils allaient aux galères 6u finissaient par la guillotine. »

— La guerre! s'écria ma voisine. Voilà encore une de ces abominables extravagances auxquelles Je ne puis songer sans frémir.

— a Les civilisés, répondit notre historien, nV valent pas comme vous, madam|3, horreur de la guerre : loin de là; car à Tépoque où écrivait notre critique, on entendait les^popula tiens se plaindre de la durée de lUpaix. Ouf, oui, mesdames ; bien des gens disaient alors : a L'Europe s'encombre » de population; ceux qui naissent ne trouvent » plus de place; tout estpleiii, on ne sait plus que • faire. Les marchands foisonnent et leurs magasins » débordent faute de débouchés ; les fabriques sont » trop nombreuses et engorgent les canaux de la cir- 9 culation ; d^ailleurs les machines en se perfection- » nant rendent les bras inutiles. A quoi désormais » pourra-t-on employer ses enfants? Il faudrait » une bonne guerre I »

» Lesoohaitest odieux, j'en conviens, mesdames; Doais enfin il était dans une foule de bouches il y a cent ans, et nous n'avons guère le droit de nous en étonner quand nous songeons que la difficulté d'élever et de placer ses enfants était telle que la plupart des civilisés regardaient comme un malheur d'avoir une nombreuse famille. La grossesse de la femme était souvent regardée comme un mal-

tMfM''âo veiu et de \k ^oulidbe ! i>

'^VÊsà^, Mm Dieti l i^^orm de nouveau- wi it«i' sînede|)4<a8'efi tJlû6 01llpéfmte: ils i)'ét«iett(id««tt |^& ehrétietis, oes parente dénaturés? ils étaient 4ém j^pivésdeiCKui'Sefttiment humain, ces peuples cruels qui désiraieut 4a guerre et foulaient aux

?ieds la loi de fraternité apportée aux hommes par ësus-diristt

i> Et ces civilisés qui voyaient avec chagrin ïa iilai^âancè de leurs enfants, et appelaient de teuïs ^f'm^ des combats où leurs fils devaient trouver là ftïort, osaient, dites-vous, prêclié»î'les saintes joies âfe îâtamitle, les doux sentiments de là paternité *? A gueî point avaient-ils donc, hélas I porté Î*hî5)ôcWsié et la démoralisation!

» 'ïenez, messieurs, je dois l'avouer à ma CCWlrte lïÈrrite, on a voulu maintes fois m'expliquor les JT^ûftèéè de cette civilisation maudite ; j^-n^aï jaâ^'âife pu y rien comprendre. Celte ToTînte sdcîrfé est ià tt(ës .yeux si absurde, si opposée en toutes cJwses 'âtt S^tfè communie plus vulgaire, qu'îltn^est'hhïNîSsible d*y voir autre chose qu'un riÊfVe eeffàtfté par «ta «ees'vvttHX eb âéUf*e. N<m, il nM; (pM^^o^ble ««[seiles^Kécite (}0'minniéuS'«i4éHaîi«a;^âixni^é»â<des «éarlités.

» Qiioir la fgr<atideinaj(K>itédes civilisés liafr- «ituail,>dilHem, denoantitareeu n'avait qnîuneiiOttr- ^i^e insuffisante et grwBière, cft <5epeitdtiit ées «RlBoRsdebraséèatent inocteopés «t des 1hiittioii& a^heclanes déterre restaient «n frfdie 1

LES GABAVAHIES, ÈTC. ^

M Une mullitude dTiommea, fle femmes et cftenftttits étaient couverts de guenilles, et il y avait encombrement de produits manufacturés !

» Des populations entières étaient plus mal logées que les bêtes fauves dans leurs tanières ; des nuées de misérables n'avaient pas où reposer leur tête, et il y avait des carrières à exploiter, et des légions de gens qui demandaient du travail et qui n'en pouvaient pas seulement trouver pour vivre !

» La plupart des hommes buvaient de l*eau, et le vigneron était victime de l'abondance de sa récolte'.

» Enfin — ghose qu'tme personne qui n*a pas perdu la tête ne saurait admettre — à mesure que la richesse des nations croissait, les travailleurs qui créaient la richesse sociale tombaient par masses plus considérables dans le gouffre de la misère! ! !

» Puis lorsque les populations niaient nî nourries, ni vêtues, ni logées, au îieu de perfectionner la culture, de défricher les terres incultes, de <!oubîer la fabrication des tissus, de bâtir des maisons, quel remède proposait-on d'appliquer à un dénuement aussi affreux? La guerre ! c'est-à-dire le bombardement des villes, le sac des magasins^ la destruction des manufactures, Hncendie des vîflagfi» et des moissons, en un mot la dévasl ^lu u et ... ruine de toutes choses 1

» Cherche qui voudra à expliquer ces odlensp* CoyQtradictîons pour faire croire aux monsli^ueuscà folies- qu'on nous raconte des t'împs passés. Que ceux qui aiment le hideux et l'absurde se complai-

ZH CHAPITBB XUr.

sent au récit des turpitudes dont on accuse nos pères ; quant à moi, je la nie votre Civilisation ! je soutiens qu'elle n'a pas exislé, car elle était impossible ! J*aimerais autant croire à l'existence de ces temps reculés nommés avec raison fabuleux. Votre Civilisation n'a jamais été un fait; elle n'est qu'un déplorable roman, une invention absurde, . un cauchemar ! Votre Civilisation est un conte ridicule ; je n'y crois pas. »

Et mon incrédule voisine nous quitta pour prendre place à un autre groupe où Ton devait faire ou dire des choses fort plaisantes, à en juger par les éclats de rire des personnes qui le composaient. Mon pauvre ami Testu resla confondu. Je crois qu'il commençait lui-même à regarder la Civilisation comme un rêve.

— L'indignation de mademoiselle Élise n'est que trop bien justifiée par ce qui se passait en Civilisation, reprit l'architecre. Néanmoins j'aime assez à entendre conter les perfections de ce siècle des lumières, et, pour en revenir au sujet dont nous ne nous sommes pas mal écartés, je te demanderai, mon cher Henri, quelles si grandes jouissances la propriété morcelée procurait à nos bons aïeux, qu'ils ne voulaient pas entendre parler de propriété sociétaire?

— a La question embarrasse les plus érudits, répondit notre historien ; car le bonheur de posséder n'était pas exempt de soucis, comme le témoigne ce prof orbe civilisé : Qui terre a, guerre a. Et en effet, tout proD-iétaire avait à chaque instant de désa-

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