‹ Visite au phalanstèreChapitre 6 sur 52 · CAMPAGNES ET JARDINS · texte numérisé non relu

CAMPAGNES ET JARDINS

che, examinent si l'on ne cueille pas le fruit trop vert et si les enfants qui vont porter dans les chariots les paniers remplis de groseilles prennent les précautions nécessaires pour ne les pas fouler. »

En ce moment l*horloge du phalanstère sonna sept heures trois-quarts , et nous vîmes de toutes parts les travailleurs se mett^^ en mouvement et des groupes se former.

— Il est temps de nous acheminer vers la maison, nous dit M. Léonard : le déjeûner ne tardera pas à être servi. Les trompettes et les clairons donnent le signal du ralliement , et voici déjà nos groupes de ' groseîlUstes réunis autour de leurs guidons; les chefs examinent les résultats de la séance ; ils félicitent les plus baWles et placent leurs jeunes travailleurs par ordre de mérite.

— Mon Dieu î ditTestu, combien paraissent heu reux les enfants qui conduisent ces brillants chariots attelés de chevaux nains! Et voyez donc comme ces jolies bêtes semblent comprendre le signal du départ et se montrent sensibles aux caresses et aux chants de leurs gentils conducteurs.

» Mais pourquoi donc, mon père, nos groupes de groseillistes, suivis de leurs voitures, s'assemblentils devant le Phalanstère ? »

— Pour passer l'inspection du colonel de Série, répondit le vieillard. »

Nous vîmes en effet un enfant dont le chapeau de paille, semblable à celui des bergers de la campagne de Rome, était orné d'un panache de plusieurs couleurs, recevoir les rapports des chefs de

&I C8APITII« Il

groupe»! examiner d'un coup d'œil W» résitlUte dH tr«Tail, réunir les musiciens des eou^-fiéries, donner le paft à la sous-série des groseilles rouges, dont les sec^ires avaient Cait apparçRament.une besogne plus eonûdérable et mieux soignée, que celle de leurs rivaux \ et bientôt tous les groupes, musique en tète, se dirigèrent vers une cour sur lequeUe, nous dit M. Léonard , ouvrait leaéristère^ e'e^tà^ire les ateliers, de la confiserie.

— QueU sont ces chariots aux couleurs éclatante» * qui sortent par cette autre porte? demandai-je d notre complaisant cieerone,

•— Ce sont, répondit-il, des fourgons qui portent le déjeûner aux travailleurs trop éloignés du Ph»* lanatère pour y venir prendre ce repas. Us se séparent, comme vous le voyez, et pd dirigent au grand trot vers les différents kfoâquesoù déjà se rendent des groupes d*hommes, de femmes et d^enfants qui arriveront en même t^nps que las provi* sions. Chez nous, tout se fait ^vec tant de mesure, qu'il y a fort peu d'instants perdus, et que jamais personne ne s'ennuie à attendre.

» Mais il est temps , iiessieurs > de descendre au Phalanstère : vous devei avoir besoin de prendra quelques rafraîchissement». »

-^ N'y a-t-il pas d'indiscrétion, mon père^ demanda mon ami , à se présenter à l'iieure du re-»

— Comment donc , mais vous plaisantez? le»

étrangers sont toujours bien reçus chez les bm'me* ni^na : un oaravansérail leur est destin^» ila aout

CAMPAQffl» S¥ tàttDINS. U

Mber^, wmrrift et, au besoin , fournis de ^étè-^ ment» et de linge par la phalange hospitalière.

— Cette généreuse coutume, reprit Testa, doit vens imputer de bien grandes dépense^, et je ne veis pas trop, je ravoue, comment la eoncilier af 00 i'écononiê dont vous -voue faisiez gloire il y a un iBOOieni.

— LoiiGK}tte ftotts voyageons, repartit le -vieillard, BOUS recevons la même hospitalité dans les autres Ffaaid&etères : e'est us prêt.

• Pats , en harmonie, tous les hommes recevant «ne éducation qui développe leurs aptitudes, leurs vocations natives , la plupart d'entre eux excellent dent quelque science, art ou métier. Or, chacun aimant à moalrer son savoir-faire, les voyageurs se jotgneiit avec ardeur eux groupes qui exercent leurs arte favoris; Ils enseignent à ceux-ci les procédés qu'ils ont appris dans leurs Phalanstères ou dans leiirs voyages, et remboursent largement par leur concours les dépenses qu'ils occasionnent.

» D'ailleurs , habile ou non , aucun voyageur ne reste oisif : tous se mêlent aux travailleurs et leur donnent un coup de main. Comment, je vous le demande , les harmoniens , si habitués à Taction , pourraient-ils passer le temps au milieu d*uaé po-* pulation occupée , agissante , s'ils ne s^occupaienjb et n'agissaient eux-mêmes ?

»Les étrangers sont, en outre, nos commis-voyagenrs : ils portent en tous lieux la renommée de notre ébénisterle et de nos confitures. Us nous dou" neitl «usd destenseignemens précieux sur lesPha-

M GHAPITRBI.

langes qui fabriquent le mieux les objets dont nous avons besoin : vous voyez qu'ils paient bien leur écot.

» Enfin de combien de plaisirset de perfectionne^ ments ne sommes-nous pas redevables aux voyageurs? En ce moment, nous, avons deux jeunes dames qui nous font l'honneur de passer plusieurs jours à Sainf^Remy : Tune d'elles est occupée depuis ce matin à montrer à nos grefifeuses des méthodes nouvelles et très-délicates qu'elle pratique avec une grande habiletë pour la greffe des gro^ seiliers et des framboisiers; Tautre enseigne, à nos groupes des entremets sucrés, à préparer une espèce de crème à sept [ruitSy délicieuse, dit-on , et dont nous jugerons à dîner. Toutes deux sont d'ailleurs de très-habiles cantatrices et doivent se faire entendre ce soir à l'Opéra ; nous verrons si elles méritent leur réputation.

» Vous voyez, messieurs, que c'est nous qui de^ vrons des remerciements à de tels hôtes. »

— Mais, mon père, s'écria Testu, les villages ont -ils donc maintenant des théâtres?

— L'opéra, mon fils, répondit le vieillard, est l'école gymnastique desharmoniens.... Mais pressons le pas; le déjeûner sera servi avant dix minutes : nous n'avons pas de temps à perdre. Tantôt nous parlerons de l'opéra.

Arrivés au pied du monticule, nous trouvâmes une route large et unie comme une glace, qui aw^ été arrosée le matin môme; les accotements desti*"

CAMPAGNES JBT JAHDINS. 66

nés aux piétons étaient ombragés par de beaiucarbres et bordés d'arbustes et de fleurs.

— ^Vous voyez l*un de nos vergers, nous dit notre guide, en nous montrant »vers la gauche des bataillons de cerisiers bien espacés, dont les fruits paraissaient mûrs. Nous cultivons de nombreuses variétés de cerisesj aiin d'entretenir une émulation utile entre nos groupes de cerUUtès; mais toutes ces variétés sont de qualité excellente, car en toutes choses nous avons horreur du médiocre. »

Nous venions de voir sortir du verger et noua regardions cheminer gaiement à quelques pas devant nous un groupe de pécheurs portant des filets remplis de poissons.

— ^Ges jeunes gens, nous ditM. Léonard, ont youIu sans doute, en revenant de la pèche, s'assurer sll n'est pas temps de cueillir les cerises jaunes cultlvées^par plusieurs d'entre eux : c'est pourquoi ils ont pris, pour rentrer au Phalanstère, ce chemin qui n^est pas le plus court, mais qui, par compeo^ sation, offre l'ombrage le plus frais.

— Mon père, disrje au vieillard, vous occupezrvous des cerisiers ?

— Certainement; dans mon enfance, j'étais membre du sous-groupe chargé d'enlever les mousses des bigarreaux cramoisis, et de celui delà cueillette de cette variété que je préférais à toutes les autres. Mais comme les goûts changent avec l'âge et les forces, devenu grand, je suis entré dans la compagnie de&émondmrs de cerisiers à fruits aigres. Aujourd'hui je suis chef de cette compagnie.»

Afcoire prière, M. Léonard nous fil ccÂnaltre )«6 soins nombreux réclamés par les arbres, et nous ëomprlines comment une foule de groupes étaient néted B ta iy iw à-le euUui^ raffinée 4es variétés d'une ttémè eapèee. Les oM^ndres groupes avaient d'ail* lMrs«ilMi 4É«ntB à six cents arbtes dans leurs altri-

V^ gmnd nombre de femnies de tout âge venaient de noire eé^. Nous les attendîmes un instant pour faire ^te de compagnie. Nous les saluâmes, et lM9tre 4$uide lia conversation avec elles. Je m'approdiAi d'uiie gracieuse Jeune femme et lui fis complimeet de la beauté des fieurs qu'elle tenait à la «jaaio.

— Ce bouquet de rosias et de jasmin, me répondii^le; est destiné à mon père dont c'est demain la iète;|e viens de le cueillir dans le massif que vous

«-£(' fiées doute, madame, lui dis-je, les habitants ê^fiaint-Remy aiment les fleurs avec passion, car fMl vais èptDÏosion de tons èôtés^ et d'eut^t pluf que nous approcÀons de votre palais.

««• Lee fiêurs, akensieur^ sont les plus délideu* ses choses du monde ; et non seulement chacun lei aiia», «1^ presque tous veulent en prendre sein. Osa dames et moi nous cultivons particulièremeat to Msiersi Nous en possédons des milliers etcomp^ teiiB par centaines les variétés dont un grand nom» bre ieurissent deux el trois fols par an. Nous ve^ MNM 4e nous récréer une demi-heure à les débets vêêm des fleurs f^Mées, des feuiUes sèches et dM insecliçs*

CAMPAOUWBT^AADINS. Wf

» ^m été vîgfler aiiori iAesjairainidt nni^tffets, ear ftacher qu'iodépendainmëirt des roseï, Je toigiiB e»QQi9 bien d'autres ieitrs.

» Si Bou» mullipifons nos ina«^ %% dm ^l««a»^ bandei aoitottr xlu phaimifltère, e'M afin que tous, nous pviwoki»', dea fenêtres dt not afipartêmeiiig 09 de nos galeries, jouir de ia vue des i^anetres toujowl tairis et respirer aft air cliargé de patf^ fums.

tt li^mm ne scmutoa paa^ d'altlears, partait le» habitaos ée Saiat^ltoiy, les seuls qaî eMriiseDt kB6 fleurs^ ajouta la jeaiie fiemne en souriant al ea fioe moatrant du doigt les innombrables papillons aux freli^lias Qooieursi volligeant de tous côtés, et les aftyriaâea d'insectes butinant sur les résédas at les oiltets. Vous yof^ monsieur) ipie niw laborieuses abeilles ^ne manquent pas de pAtura^ aussi cbfrque muée faisofcis^boiià d'abdbdMtas Pkalies dHin nM ^ aeus ne changeiîoiia pas centra les pra» diitlf^ jadis si laineux de l'Hymèta.»

*— le auis surpr»^ madame, de ne pas voir d'an* faatl dana votre groupe de âeurislas; \èw aeaooaM m p^raft féclamé pour une foule d'apératioas qui ^iMgaat i)uion se courbe jusqu'à terrai

— En effet, noonsieur, la plupart dea ieuni et bien des légume sont évidemment créés pour atli^ rer l'enlance à ia culture; aussi, beaucoup d'eaftiatSy de petitea allés wr tout, eppartieiiDénl-lls à k êMè des fleuristes. Ils ne sont paa vanaa œ matin àé rendez-vous da sept heures, parce «qu'ils étalent Qa mesee à iauira ^tfmi&m. La ^^uettletli^ p^essait^

S8 CHAPITRB t.

Cependant nous traversions depuis cinq minutes un potager d'une très-grande étendue ; la plupart des légumes en étaient beaucoup plus gros que ceux que j'avais jamais vus. J'en apercevais aussi beaucoup d'espèces inconnues et nouvelles pour moi. Des espaliers, chargés des plus beaux fruits, bordaient les plates-bandes émaillées, comme j'en avais déjà fait la remarque, de toutes les fleurs de la saison. ;

Mme Kollin, — ainsi se nommait la jeune femme avec laquelle j'avais lié conversation, — me montrait, sans dissimuler son orgueil; les légumes, les fruits et les fleurs dont elle prenait soin à un titre ou à un autre. Je suis de première force dans l'art de greffer, me disait-elle encore avec une naïveté charmante, et j'exerce de préférence mon talent sur mes rosiers chéris.

— La culture des fleurs, lui dis-je, est agréable, sans doute; cependant elle exige des soins pénibles et malpropres , peu faits pour de jeunes et jolies femmes. Vous devriez, par exemple, laisser aux hommes les arrosements et les travaux à la bêche.

— G*est aussi ce que nous faisons, me répondit Mme RoUin. Une compagnie nombreuse de jeunes gens est organisée pour les irrigations qui sont ici très fréquentes, car tout s'arrose : arbres, légumes, prairies, céréales, etc. Un groupe d'agriculteurs ou de jardiniers a*t-il besoin de faire arroser ses plantations, une escouade d'arroseurs est bientôt à sa disposition. Les arrosemens , au reste , ne sont pas très fatigants ; généralement, on les opère en

GAMPA6NISS ET JABDINS. M

pratiquant une saignée à l'un de nos canaux, et quand l'irrigation est impossible de cette manière, des machines font la partie pénible de la besogoe.

» Une autre .compagnie est chargée de béchef : dans tous nos groupes de fleuristes se trouvent toujours quelques messieurs ; ce sont eux qui plantent les arbustes et se chargent des travaux où la force est nécessaire. »

Émerveillé de Tabondance et de la beauté des produits. dont la terre était couverte, je ne pus m'empêcher de m'écrier : Combien ies habitants de SaintrRemy doivent être heureux et fiers des pro^ diges de leur industrie ! Mais aussi que de peines et de soins exigent des résultats aussi prodigieux.

— Sans doute^ me répondit Mme Kollin, cette belle culture réclame des soins continuels ; mais ces soins font notre bonheur et notre gloire. Il est si doux de s'occuper chaque jour quelques heures à des travaux de son choix, avec des personnes qui nous sont chères! Jl est si flatteur de se dire : A mes amis et à moi sont dues ces belles fleurs dont l'église est parée chaque jour, et qui nous attirent mille félicitations; c'est, grâce à nos soins,' que ces melons sont parvenus à ce degré de saveur qui fait les délices des amateursj c'est par nous que ces pèches, objets d'envie pour nos voisins, ont valu à notre phalange bien aimée le premier prix à la dernière exposition des produits horticoles de la province et un prix de deuxième degré à Texposition de région.

» V<Mile8ft«irU!zefoife, monsieur; ajouta ttia belle intorloettlrice, dontranimatlon eoîorait le doux vlMige, vous ne seuHeî croire combien nous chéris- 80DS noire Phalanstère. Nous sommes si heureux daai Mie riante habitation . où notre entrée dans Ift vie m comblé les vœux de nos parents et réîoui leun amiei oè tes moindres objets nous rappellent les joiee de notre ehfauce et les douces rêveries de notre jeunesse. Ici, tout nous parle d*objets aimés; ici toul nous tetmce d'agréablessouvenirs. Ici, entonréide boseftl^nts, de nos pères, de nos aïeuls, d'uae SMile de persouties que nous chértesons dès le berceau , ei dont nous n'avons cessé de recevoir dee faémolgnages de la plus tendre afTection, nous pasdens délicieusement nos jours. Notre vie tout entière est un tissu de jouissances variées et re- Miivelées satid cesse. Nous ne connaissons ni la satiété, ni le lassitude, ni Tennui, ni le vide dq éœuf, qui faisaient le tourment de ces pauvres civilisés. I»

Tout en devisant, nous avions lonzé un parlerri I magnifique et nous étions eu Face de Tune des por* tes du Phalanstère, le saluai madame RoUin; je rejoignis mes compagnons et nous prîmes congé de nos belles fleuristes, qui entrèrent dans te palais.

£e PfaMs. Le$ Repù$, les Mtsdecin$> Vffuçiine^ Le Mtnf fnttm. Perfeethn des produHi,

LmPHALAfaprtes^cegrandédiAoeqTO oaai«?ioB0 j^MTçude }oih, éiaik un msgiiifiqiie palw dont leH aiies, répitéM flur^ks-méniea» lc>rinài0iit efttini f^ \^à% ^aatoBeoura oméea d'ailtres, de fmisàvm' jailUseantos. Sa laçide grandiofe donnail ubû haute of^aion ei du taleei dm archsteete» ai de l'epu- Xwofà des popriétaires. Les f^Riaretqiit appelaienl la ftopalnUon au déieuîier ne acnis permirent |iai de contempler à loisir eede m(Mr^*eiUe«ie eeoatrae» UoB.Keu^ âai^ime* aotre guide et moalàiiiêa avec Wi un Varge pi resplendisea»! eal^ier.

Arrivés au premier étage, now» enlrAmea qtiriM que» minutes dans un vealitôret d'où M« Léonard, Teetu el moi soriiA^es âprèa avoir réparé notre toi^ lette« Revenus dans le corridor, nous noua arfM^ mes devant une salle ffaiaenaOy dont In porte nu* verte nous laissa voir réunie an moina trois oenli enfants de six à dix ans, Lettrsbk)uaes et leura tim^ ques, aux couleurs variées, les faisiâent ressembler à une planche ^repoAOulea enfieur. Peauy^ ci^oréSi pleins de vie et de santé » ees espiègist ïim^ nui ^(Aim ^ P9dr)9ie<i^ Um ei^mble : o'fc

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tait par ma foi plus bruyant que le. gazouillement d^une nuée de dix mille hirondelles.

Un charmante petite fille, sortant de la foule, accourut vers notre guide, et lui dit en l'embrassant : Bon papa, nos amis des quatre phalanges sont venus nous aider à cueillir nos groseilles. Nous avons tant de choses à nous conter que tu me ferais bien plaisir en me laissant déjeuner avec eux.

— Reste avec tes camarades, ma chère Marie, répondit le vieillard; je me charge d'en prévenir ta mère, qui confirmera volontiers là permission que je te donne ; son plus grand bonheur, tu le sais bien, enfant gâté, dit-il en lui pinçant la joue, est de t'accorder toujours tout ce que tu désires.

Bientôt nous nous trouvâmes dans le pourtour d'une salle beaucoup plus grande encore (|Ue celle dont les belles proportions venaient de me frapper, et nous étions séparés , par des balustrades , du<;entre, resté, absolument vide. Voici, nous^ditM. Léonard, la principale salle à manger de la maison. Nous allons nous mettre à table.

Déjà nous nous regardions, Testu et moi, quand tout à coup, à un signal donné, le plancher de rimmense salle s'ouvrit dans toute la longueur et donna passage à deux rangs de tables richement servies, qui^ furent en place en moins de temps qu'il ne m'en faut ici pour le dire.

A cette apparition, nous ne pûmes retenir un mouvement de surprise. « Pourquoi vous étonner ainsi, nous dit en souriant notre guide, qui avait bien vite reconnu en nous d'ignorants civilisés

ut JPAUlSt JBTG. 4»

égarés eiC terre d'harmonie et bien ébahis de tout ce qu'ils voyaient : n'est-ii pas naturel que les bras de Thomme soient remplacés par des machines quand on fait les choses sur une grande échelle? Ces tables, dressées dans Tes cuisines au rez-de-chaussée, sont transportées dans les salies à manger par un mécanisme fOrt simple : c'est chaqi^e jour une grande économie de peines et de temps. »

Bientôt les convives furent assis à leurs tables respectives, et la salle présentait un coup-d'oeil très animé : cependant beaucoup de sociétés s'isolaient de la masse et se faisaient servir dans des salons voisins.

M. Léonard nous présenta d'abord à sa. femme, qui, malgré son âge, était fort belle encore, et conservait tout^ la fraîcheur d'une excellente santé; il nousprésentaensuiteàsafîlleetàsongendre, ainsi qu'à plusieurs vieillards des deux sexes. II y avait encore à notre table un enfant et un jeune homme d^uoe quinzaine années.

— Vous le voyez, messieurs, ndusditmadame Léonard, près de laquelle on nous avait fait Thonneur de nous placer, Testu et moi, nous mangeons en petit comité, en famille. C'est ainsi que nous avons coutume de faire au déjeuner et au goûter; mais nous dînons et soupons ordinairement en plus nombreuse compagnie.

— Ahl fit Testu, vous ne mangez donc pas, à tous les repas, avec vos enfants...

-— Leplus souvent, reprit notre voisine, nous nous

•I «HWIVIS 11.

téKontuoèy paaf diner et Bovpsr, am mkdê doittnofid partagieoiii lesjtrtovaiix ou iMgoèts g«gttt)iio«}iqiié9, el nom éloigaons les eafantf, parée que» durant eee ftfgBf ÏB GonversattoB roule sur les.mtérèts de ]a Pbidange, sur des opérations faites ou à faire, sur le»iiMivel)eB du jour, 0Qf des objets littéraires ou 8GÎeotific[ues, en un mot, sur toutes sortei de ob^ fes qui ne 80Dt pas à fai portée dee enfante, et qu'ils ne-doivent même pas entendre.

» Un antre motif nous engage'encore à en agir ainsi : les enftmts ayant besoind'une nourriture par* tieatîérB, ap(Hropriéeà leur ftge et |i leur tempérameni, noua les laissons dfner et souper entre eux et causer de leurs affaires, de leurs travaux, de leim prcfets; oe qui lein^ est infiniment plus agréa- Ut que de manger eonsiamment avee leurs pères.»

Testu ne répondit pas, et je suppose que l'expli* eatioa liii paroi serâ^. Tout le nnmde , dans la satie, était oooiq)é à foire jofoer les fourobettea awo eelAr première ardeur d'appétit qui ftut plaisir à voir; moi-même je m'acquittais de la lemcti» à

mSTTeilieu

Lea mets étlmt parfaits! et les vins excei* le9ta« Lss eonvives avaient Tair ouvert el disltnguéy ^ tours manièiei étaient aussi franches que poiies t je n'apercevais aucune trace de cbagrin sur ces visageaèpaaottiSjje n'y découvrais que rexftesaion de la bienveillance, de rafTection et du bonhettr.

Pins j'examinais les charmantes familles qui m'entouraient, plus j'étais frappé de la beauté et 4a lav^iiiçw de eetie brillante populatioe. C'était

LB' PALAIS, ETC. e&

un spectacle touchant que de voir les pères, les mères et Jes aïeuls accabler leurs enfants de soins et de caresses, et leur complaire à Fenvi.

— En vérité, madame, dis-je à ma voisine, je ne me lasse pas d'admirer cette belle réunion, et si tous vos concitoyens ont une santé fleurie comme ceux que j'ai vus jusqu'à présent, vos médecins doivent avoir peu d'occupation, ibrt minces doivent être leurs honoraires. »

— Il est vrai, monsieur, me répondit M"^ Léonard, que la santé des habitants de Saint-Rem.y est parfaite. £t comment n'en serait-il pas ainsi ? Nous sommes si heureux depuis la naissance jusqu'à la mort l Quand le cœur est content, le corps exercé, l'esprit cultivé, peut-on se mal porter, je vous le demande? »

— Ajoutez, reprit un de nos convives, que les maladies héréditaires ont cédé au régime de la via phalanst^iemie; nous ne connaissons plus que de nom la folie, l'épilepsie, les scrophules, la phthisie, et toutes ces maladies congéniales si connues avant l'Harmonie. »

t La grande loi établie par le Créateur sur l*hom^ mOi sur les animaux et sur les plantes, cette loi qui a fait suspecter jadis la justice de la Providence et nier Dieu, cette loi d'amour enfin, en vertu de laquelle Us qualUès acquises se iransmeilenl de gé^ néralian en gènéraiion^ ne propage plus de nos jours, comme elle le faisait jadis, de tristes et * d'horribles germes, mais bieo' la force, la santé et

les perTectionuemeats de toute saUice acipis pur les pères.

» tes causes d^abàtardissement ayanfc disparu , et les circonstances favorables à ramélioration de Fespèce humaine se ttouvant foutes réunies dans ïios Phalanstères, îa santé publique s^est développée au point que la maladie est chez nous une très f-âre eîbeptîon,

» C'est (jue tout confrîbue à perfectionner la raoe humaine. Chassés du lit. dès quatre heures du matn par ^énergique sëmniaRt de nos luttes et riva- Klé» i^icoles, scientifiques, industrielles, occupés le pFus spuvent durant une grande partie de l*an- 9é9i au grand air, dans nos belles campagnes ou 4aBf BOft jardins^ nous faisons nos cinq repas de ion appétit, et noire nourriture est toujours parftiite. La gastrosophie hygiénique etl'texercice intégral raffîiV^nt iooeasaminent les formes du corps, qui deviennent, toqjours plus éléganles et plus i Nouft avoB^ tou^ des santés de fer et des i 4*aGier.

a Ia culture de rinlelligence et la gymnaaUque, cette branche de l'éducation si perfectionnée aujourd'hui, concourent aux mêmes résultats : les générations croissent en vigueur, en souplesse, en beauté, marchent rapidement vers la plus haul^ perfection intellectuelle .et physique.

B Qientôt, lorsque les empires àasoeiés suivront avec aideur les preseriptions des raédeeins les plus élevée en grade, c'est«à-dire les plus habiles de la terre, on verra disparaiène les pestes et

ies épidémies qui subsistant encore sur quelques points arriérés du globe, de même que nous voyons déjà disparakre d'année en année les prantes palasites ei^ les animaux nuisibles, imj^toyablement braquée dans des battues générales exécutiéeé par des armées de chasseurs intrépides. »

— ^Biea que les maladies soient très rares, ajouta ^mK Léonard, nos médecins ne se plaignent copendant pas de leurs honoraires, par la raison fort ^imp^ qu& laurs traitements lugmentent proportiomteU^meot à la diminution du nombre des malades, et ils sont d'autant plus rétribués qu'ils d<ninentphisdesoinsà prévenir les maladie».

» Nos médecins s'occupent surtout à rechercher et à çoQ[3l>attre. les <Tat/^6« des maladies, à étudier no^ tempéraments, afin de nous donner d'utiles conseils, hygiéniques; à s'assurer si les aliments soat toujours d'excellepte qualité et convenablement prépa^é&; si la propreté des apparlemenls, des vêtements et du linge est . parfaite, si le régime des enfants est approprié au tempérament de ebeeun d'eux. Cette médecine. préventive contribue, avec toutes tes circonstances dont mon frère vient de vous parler, à nous donner une santé si robuste qu'il n'Bst pas rare de voir des centenaires s^éteindre sans douleur et sans avoir été jamais ^aalades. »

^- Parbleu ! fit Testu, je suis obligé de convenir que cette coutume de payer les médiecins. en proportion directe de la santé générale est plus ration- QelLç que. ^celte des civilisés chez le8i|«elfr les

6S GHAPtTAE II.

hommes chargés de combattre les maladies étaient seuls intéressés à ce qu'il y en eût beaucoup, comme les louvetiers seuls avaient intérêt à ce que la race des loups ne se perdit pas, les juges à ce qu'il y eût toujours des procès, les soldats des guerres, etc.

» Mais une coutume qui ne me plaît pas autant , c'est celle que vous avez établie pour les repas. J'aime beaucoup vos réunions de famille qui ont lieu deux fois par jour ; mais si je trouve très prudent et très conve\iable d'éloigner les enfants des autres repas^ je déteste encore plus les règles les plus sages dès qu'elles enchaînent la liberté. »

Cette boutade libérale de Testu fut accueillie par un grand éclat de rire. — Hassurez-vous, Monsieur, lui répondit notre voisine en souriant encore. Ici, chacun est parfaitement libre d'agir selon ses goûts et même selpn ses caprices; ici, personne ne fait que ce qu'il lui convient de faire. ^Quand une coutume s'établit, c'est qu'elle répond aux besoins du plus grand nombre , mais nul n'est tenu de s'y conformer ; vous êtes au pays de la liberté par excellence. Nous avons parmi nous des papillons qui ne mangent pas deux fois de suite avec les mêmes convives, et qui varient sans cesse la carte de leurs repas aussi bien que leur société. D'autres, au contraire, sont toujours à table près de leurs femmes et des mêmes amis ; d'autres enfin , mais c'est le petit nombre , se font servir dans leui^ appartements. »

— Quant à moi, reprit Testu, je sois d'humeur

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