‹ Visite au phalanstèreChapitre 7 sur 52 · LB PALAIS, ETC · texte numérisé non relu

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constante, et je me plais d'autant plus avec mes amis, que je les vois plus souvent. Néanmoins, je conçois parfaitement qu^on ait des goûts différents des miens, et qu'on trouve du cEarme là où j'éprouverais de Tennui : soyons heureux chacun à notre manière. J'adopte la devise du Phalanstère. »

Lorsque ce sujet de conversation fut épuisé, je demandai à M''*^ Léonard comment se réglait la dépense, sans doute très inégale, q\\e faisaient les sociétaires pour leur nourriture.

— Monsieur, me répondit-elle, nous sommes tous abonnés avec la Phalange pour la nourriture, comme pour le logement, le blanchissage, et voici comment les choses se passent :

» Dans tous les services on a établi trois classes différentes, dont les prix d'abonnement sont p«>portfonnës à la dépense que chaque service occasionne à la Phalange. Tous les habitants, sans exception, reçoivent gratuitement les objets de la troisième classe, dite de minimum. Ainsi, il n'y a rien à porter au compte des personnes qui se contentent des minimum ; il suffit de débiter les abonnés de première et de deuxième classes de la différence des prix de leur classe à ceux de ces minimum.

» Cette échelle d'abonnements permet à chacun de nous de satisfaire ses goûts ; nombre d'entre nous fréquentent les tables de la dernière classe, tout en prenant des abonnements de première classa; ou hors classe pour le linge ou le logement; tandis que d'autres se contentent des appartements lès plus

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modestes oi lont toujours !À meilleure chèr^. Ghïicun suit ainsi sans contrôle ses goûts éaffm-^

BMtS.

r> On porte d'aîlteurs au compte particulier xie ehacun les objets quMl lui plaît de demander en dehors de ses abonnements. Voulons-nous inviter (Quelques amis à un repas d*extrâ et hors classe, nous commandoîis le repas à Tavance, à notre fantelisie^, et Ton nous débite de la différence du prix de ce repas à celui des abonnements dès convives.

T> La Phalange, n'ayant pas à gagner sur ellemême, donne ses objets de consommation au prix de revient.

» Vous voyez, autour de cette table en face, les amateurs d'huîtres les plus passionnés de l'endroit. Ils se sont réunis pour fêter quelques paniers d'huîtres vertes que vient de recevoir, de son frère qui voyage en ce moment, cette dame placée à gaudie, leur amphitryon. — Ce sont des fantaisies que peuvent se passer souvent les moins fortunés du Phalanstère. »

— Ne craignez-vous pas, Madame, demanda Testu , que plusieurs se contentant des minimum^ qui me semblent très confortables, ne vivent sans travailler ? »

— Cela ne serait qu'en cas de maladie, répondit notre voisine , car nous sommes tous forte, bien portants, pleins d'activité; et le travail varié et exécuté dans nos groupes touyouFs ^is H intrigués est

Lift ^A1LA19, Me. %\

«h piiâsk dont la privatioD mcymenianée est pour nous un véritable supplice.

» Qimhà nous lisons Thistoire des civilisés, noua avons peine h comprendre comment chez eu^ il pouvait être bonorable et de bon ton de ne rîe^ faire. Il Tallait que le travail fût bien répugnant à celle raalbeureuse époque? Celui qui ne s'occupe^ rait pas d^jourdluji serait un phénomène ; 11 ^e trouverait si complètement isolé et si malheureux qull sérail digne de toute commisération.

» Le plus gpaad plaisir des harmoniens 4Uèïïi 1« travail* tout voyageur s'occupe utilement poarbi Phalange 4aB6 laqjielle jl s'arrête. YoiU pourquoi la coutume accorde gratuitement aux étrangers tous les minintcm, comme aux habitants mêmes* Touti»fois, lorsque nous recevons la. visite d'unpersoMiafp de distinction, nous ne nous bornons pas à ki offrir les minimum , nous le traitons d^une manim digne de son rang , et chez nous le rang représenta le mérite. La dépense alors est au compte de la Phalange ou à celui de la série qui nous a valu la visite de Vétran^r, et qui le reçoit et le festoie â ses frais. »

Ma voisine m'avait fait accepter une trancJie de carpe tellement exquise, que je la priai de me dira où Ton s'était procuré d'aussi excellent poisson, el comment on parvenait à lui donner une chair «i ei^ IraordinaiTement délicate.

— EL l-exieepiion de la marée, toet le poisson ^ paraitfCH'aos taèles8ortéeiioscéBermi«,i

M*»^' Léonard d'un ton d*amour-propre satisfait; ei voici en gros la manière de le soigner :

» La série des poissonniMes, composée de plus de deux cents personnes, est divisée en groupes qui prennent soin, les uns des brochets, les autres des perches, des truites, des écrevisses, etc.; nos. groupes sont d'une extrême jalousie les uns à Tégard des autres; et leur concurrence acharnée leur fait opérer des prodiges dans Tart de perfectionner Tespèce dont chacun d'eux s'occupe exclusivement.

» Le groupe dont je fais partie s'occupe des carpes étoilées, et moi je suis chargée, avec deux de mes amies, de pourvoir à leur nourriture. Quatre jeunes garçons de notre groupe tiennent propre notre réservoir, d'autres pécl^ent et désignent le poisson qui doit être mangé.

» Chaque groupe reçoit une partie des restes de table dont sespoîssons sont avides, et depuis soixante ans nous avons si bien étudié les besoins et les mœurs de nos prisonniers que nous avons complètement transformé les espèces, créé de nombreuses variétés et obtenu des produits qu'on n'eût jamais soupçonnés.

» Nos carpes surtout sont vantées par tous les connaisseurs; Cependant plusieurs voyageurs nous ont assuré dernièrement que dans una province d'Allemagne on avait obtenu des variétés qui l'emportent encore sur les nôtres. Vous sentez bien , Monsieur, que nous entendons n'être surpassés par personne : aussi notre groupe vient-il d*e«voyersur

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les IÎ6UX et à ses frais une commission chargée de faire une enquête approfondie auprès de nos confrères allemands, et de nous rapporter quelques-uns de ces poissons perfectionnés. Si le climat et la qualité de l'eau ne nous sont pas absolument défavorables, il ne sera pas dit qu'on fasse mieux ailleurs qu'au Phalanstère Saint-Reniy/ » j

J'admirais le feu avec lequel notre voisine nous parlait de ses carpes, et je me disais : les groupes ne mourant jamais et se recrutant sans cesse de sectaires passionnés, pleins d'ardeur et d'esprit de corps, doivent nécessairement pousser à la plus haute perfection tous les travaux auxquels ils s'adonnent en véritables maniaques. . Combien les choses étaient différentes en civilisation I Une foule d'établiSBements industriels sMteignaient avec leurs fondateurs ou tombaient dans des mains inhabiles. Les pères eux-mêmes trouvaient rarement dans leurs fils des successeurs passionnés pour le but qu'ils avaient poursuivi toute leur vie.

— Vos poissons, Madame, fit observer Testu, exigent beaucoup de soins et de dépenses ; comment donc , je vous prie, vous et vos amis« éte^ vous payés de vos peines et rentrez-vous dans vos déboursés? »

— I^ série des poM<Ofiii^«te#, répondit notre voisine, touche chaque année environ cinq millièmes des bénéfices nets de la Phalange. Ce beau dividende est réparti entre les groupes, proportionnellement à la quantité et à la qualité de poisson fournie par chacun d'eux.

74 OPAPITES II.

» Chaque gnw|>e|)^tagesa portioa de dividepde entre ses in^}>reSy ea proportion de la difficulté des travaux de chacun et du temps que chacun d'eux y a donné dans Tannée. »

Pendant que nous causions ainsi, notre gentille Marie vint toute joyeuse sauter au cou de sa Bière, en lui annonçant (qu'elle avail été placée ie matin en tète de son groupe de groseiUiileg^ et qu Vile avait respoir d'en être nomniée chef aux prechninas élections.

Tous les convives la félicitèrent ; lit'"' Léomtd surtout Tembrassa tendrement, la prii sur ses genoux, et lui fît mille caresses. C'était à qui lui offrirai quelques friandises de notre dessert «u lui dirait m mot aifect^ieux.

r^ Conte«nous donc, Ma^i^tte, lui dit «a 9fière, ce qui s'est passé tout"à4'heure dans votr« salte à manger : il m'a semblé que vous y iaisiez encore plus de tapage que de coutume. »

— Mon Dieu ! maman;, Léopold Rioard s'est ettpopté oootr-e un caaarade qiÉ raillait le grôspedes 7ra»m^e«,doatil est chefjpnroe qu'en avait trouvé un limaçon dans un de leurs parcs. Ce reproche, n'est-ii pas vrai» étak bien humiliant s surtout ea présence des étrangers. Léopold et ses «mis sê défendirent vivenoent. LalWte, disnient-ils, n'en était pas à eux ,oar ils avaient cueilli ées fraises dans ce parc le matin méine, et ils n'nvaieiit v« ni limaoe ai Umaçon. Si pl«6 tard <m en wait trouvé un, c'était «ans deute qn'il était tookbé d'un cerisier. Les eermsies ripoetèl^nt^ et Lénpold, qni

LE ^ÂI.AfS, IM^G. fS

apëti de patiètrce, comme to sais, commençait là se mettre en colère quand Adèle Bcrton lut cria : « Fi doncl Tnonsieur Léopold, fil que c'est ïaîd de se fâcher ! » Et toutes les pétiles filles ont répété en chœur : « Fil que c'est laid ! » Alors Léopold ^ eendu en riant là main alix cérisistes, et c^'est comme cela que tout a fini. Les mentors n'ont pas eu seuietnent besoiti d'intervenir. Nous avons pn- ^aile causé de notre belle partie de tantôt. »

. — De quelle partie veux- tû parler, mon enfranî,"? lui demanda sa nière. »

— Les j)elits voisins qv nous ont aidés ce matin à cueillir nos gri>âeilles^ répondit Mane^ se sont vantés de savoir H»eux qtiè no«s extirper les mau*vaises herbes. Nous leur a^^ons iporté van défi. E* ce moment on ëf«sse les ien^jes à l'alyri 'desquelles nous allons iTettoyer les cinq dernières grsfMÉ&S couches qui sont assez sales. On verm feteto qui, d'eux ou de nous, fera en une demi-lîeiire plus de besogne. Quel plaisir nous allons avoir ! Nous sè»^ rons plus de deux cents en bataillet, et je suis sùf^ que nous l'emporterons sur las quatre détaoheave&ls qui se sont si bien vantés. »

Et là-dessus notre espiègle embrassa sa mère, et. conrut rejoindre ses compagnes.

— Sans doute, dis-je à madame Léonard, ces luttes intérieures et extérieures des groupes ruraux sont pleines d'attrait, et fécondes en résultats utiles; fnais, dHin autre côté, elles doivent être la source dequereltes fréquentes, surtout parmi les enfants.

-*- iN«ttem©nt, monsieur, me fépotïdft *toà Yoi-

sine. Éiêvés avec une douceur extrême, et comblés d'incessantes caresses, nos enfants sont aimants et bons. Puis, imitateurs par nature, les enfants se conforment sans effort au ton de la société au sein de laquelle ils naissent et grandissent. Or, le ton collectif, en Harmonie, est à la bienveillance» à la concorde, à Taffection collective : nous sommes constamment heureux; nos intérêts, loin d'être hostiles, sont toujours identiques. La colère est un vice qui déshonorerait chez nous un homme tout aussi bien que Tivrognerie.

» Si les haines sont à peu près inconnues parmi nous, les amitiés sont nombreuses, vraies et durables, attendu que, n'ayant de rapports forcés avec personne, nous nous lions exclusivement avec ceux que nous aimons, et nous nous abstenons de fréquenter ceux pour lesquels nous n'éprouvons pas de sympathie.

» Le ton, en Harmonie, c'est donc la politesse véritable, celle qui vient du cœur ; c'est Télégance des manières, conséquence naturelle de la présence des femmes dans toutes les réunions de travail ou de plaisir.

» Dans un pareil milieu, il serait difficile au tempérament le plus bouillant de devenir querelleur, et Jamais une discussion ne peut dégénérer en dispute.

» Au reste, les rivalités les plus ardentes ne se changent pas en haine, car, grâce à l'alternance des travaux, votre rival passionné dans une indus-

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trie quelconque est votre collaborateur tout aussi passionné dans plusieurs autres.»

— La tendance des enfants et même des adultes à prendre le ton de la société où ils. vivent, ajouta un vieillard, est une loi de Dieu qui peut se for** muler ainsi : l'individu est attiré et passionaénieai entraîné par la masse, à proportion que cette masse est pius considérable el plus homogène; c'est la loi d'attraction morale, correspondante et analogue à la loi d'attraction matérielle.

» Le Créateur a fait cette loi, conune toutes celles qui régissent l'humanité, en vue de la société harmoirienne, où elle est constamment utile, tandis qu'elle avait , au contraire, une- foule de consé* quencea futiles, bizarres ou funestes, dans les sociétés passées. »

— Cette loi, répondis-je, explique en effet rempire des modes les plus incroyables, les plus opposées au sens commun et les plus nuisibles à la santé. Elle montre pourquoi chez les civilisés un jeune soldât incorporé dans une compagnie de tapageurs devenait bientôt tapageur lui-itiéme, pourquoi dans les écoles nombreuses les nouveaux venus se conformaient tout de suite aux bonnes ou aux mau* vaises habitudes de ton établies dans ces écoles. »

— Auriez-vous la bonté, demanda Testu en s*adressant à M«« Léonard, de me dire comment vous punissez vos enfants? Quel châtiment, par exemple, aurait-on infligé à Léopold s'il eût frappé l'un de ses camarades ?»

— Les autres en&nts, répondit notre voisine,

18 CHAPITRV U. ,

Veiy^Si»it privédu plaisir de comi^^nder aujourd'hui son groupe à la bataille des mauvaises herbes, et jMut-être mêine coiid:amné à les regarder faire sans %ji, permettre de mettre la main à l'œuvre. »

Cependant les convives s'étaient peu à peu re- UP^â^pour retourner à leura. travaux. M'"^ Léooard mas quitta la dernière, ivqos i:aissai^t seuls, Testu et moi, avec son. mari.

Bientôt les tables, chargées de leur préciieusc vaisselle de porcelaine, de.teu,rs cristaux, de leur q^geaterie et des^ çestes du. déjeuner, disparurent, ^connme elles étaieUjt vemjes, à. travers le plancher, et un groupe de sept ou huit jeuues iilles envahit Is^^Lle pour en faire la toUette. Les unes remireivt ^ lems pJ^es les chaises et les fauteuils, les autres secouèrent les tapis; celles-ci, armées de balais de .cluses, enleyèren.t le peu de poussière qui avait pu se d^çposer sur les tableaux et sur les glaces su^perbesdont les murailles étaient CQuvertes ; cellés-lâ çirèreul; ou balayèrent à l'aidç de machines qui ahsorbaieojt L^ p.04.issière, La besogne était si biendistribuéç^ et chaque pagesse accomplissait avec taat de promptitude sa part de besogne, qu'en quelques minutes tçu^t fut remis en état dans cette immense salle où tout-à-l'heure plus de six cents personnes Vivaient déjeuné.

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là Dhiormi

M. LéoNARD nous conduisit dans un salon voisin où s'étaient réunis les aniaieurs de café, et là, tout en prenant une tasse d'excetlent Moka, nouscauflànies de divers sujets et surtout dés mœurs pbaknsiértennes.

— le suis vivement touché de la tendre affection qui semble régner entre tous les membres de vos beTles^mttles, dis -je au vieillard : j'ai pris un plaisir extrême, Je vous le jure, à contempler, duradt le déjeuner, ces parents ravis d'admiration pour tous les faits et gestes de leurs enfants et petitsehfanlSj et ceux-ci, heureux et fiers dé se voir l'objet au culte universel. Ces groupes étaient charmants; je ne me lassais ni de les examiner Ai d'entendre les personnes dont ils étaient cotnposés échanger entre elles les noms les plus doux, les plus tendres caresses. *

— L'amour familial, répondit l6 vieillard, est une passion si vive chez la plupart doshomrties, qu'il a régné en maître, pour le bonheur de touç, dès le début de l'Association, c'est-à-dire dès la disparition des causes de désaccord et de haine énlfe proches, dont la civilisation était si prodigue. »

80 CHAPITBB lU.

— Mais, mon père, répliqua vivement Testu, les civilisés recommandaient sans cesse l'union dans les familles; ils enseignaient à l'enfant le respect pour son père ; au père ^ la tendresse pour ses enfants; au mari, l'amour et la complaisance pour sa femme ; à la femme^ Is^ fkléUté et robéissaoce pour son mari ;' à tous, ils recommandaient la douceur, la patience, la paix, l'indulgence. Gomment donc accùsez-vous la Civilisation d'avoir détroit les sentiments affectueux de la famille ? »

— De bons sermons, de belles maximes, répondit le vieillard, sont des choses excellentes et bien dignes de louanges assurément, mais,'^— convenonsen — fort peu efficaces, comme l'ont surabondamment prouvé cinquante siècles d'expérience.

» Sur ce point, voyez-vous, comme sur une infinité d'autres , les directeurs des peuples anciens , au lieu de logo-moral iser les individus, eussent bien mieux fait de rechercher les causes des discordes et des souffrances, et les moyens de détruire ces causes, car cette recherche les eût amenés bientôt à conclure à rAssociation-domestique-agricole, seul remède à tous les maux de l'humanité. »

— Quelles.causes, mon père, dis-je au vieillard, s'opposaient, selon vous, à la bonne harmonie des familles civilisées , et comment les moralistes auraient-ils pu les reconnaître? »

— Les moralistes, cessant pour un moment de blasphémer Dieu , en accusant la perversité native de l'homme, auraient dû se poser ainsi la question :

N Les mères aiment leurs enfants aviv» passion,

LA FAMILLE, ETC. 9t

quand rien ne les empêche de s'abandonner à leur tendresse de mères; elles trouvent leur bonheur à les caresser , à leur complaire en toutes choses : pourquoi donc voyons-nous tant de femmes négliger, gronder, maltraiter et souvent, hélas ! abandonner ou détruire le fruit de leurs entrailles ?

n Les enfants sont nalurellement aimants : pour- ^fHoi donc ne cbérîssentrils pas- toujours leurs parents t Pourquoi s'en trôuVe-t-il qui les rudoient, les abandonnent dans leur vieillesse , leur refusent des secours et vont même jusqu'à les frapper, jusqu'à à attenter à leurs jours?

» Pourquoi les frères ne èonservent«ils pas toute leur vie l'affection quils ont généralement lés uns pour les autres dans leur bas-âge?

» Les sexes sont entraînés l'un vers l'autre par la pfe puissante des passions : pourquoi rien n'est-il plus- rare que l'amour entre mari et femme? pourquoi se haïssent-ils même fort souvent?

» Aces questions nettement formulées les civiliséseussent répondu facilement. Ils eussent reconnu sans peine que des circonstances extérieures et indépendantes de la nature humaine étaient Tes causes uniques de l'affaiblissement ou de la dissolution des Kens de famille. »

— Auriez-vous la bonté , mon père , demanda Testu, de nous faire connaître quelques-unes de ces circonstances? »

— Voici les principales , reprit M. Léonard : la misère, le ménage morcelé ou familial et la cupi • dite.

Il CtlAPITRB m.

» La misère faisait regarder comme un malheur la naissance de l'enfant ; la misère rendait les pères grondeurs, emportés, brutaux, ivrogness, et les enfants maladifs, pleureurs, malpropre?, toutes choses bien faites pour désaffectionaer les êtres les plus portés à se chérir.

» Le mariage familial, en isolant les familles, faisait peser sur chacune d'elles les mille soucis iofléparables de Téducation individuelle. Logés peu commodément, en général, les civilisés élawni jour et nuit entourés de leur^ronfants. L'un de ceux-ci tombait-il malade, la fanjille entière paswt les nuits sans dormir. Se pori^ientils bien, désireux de tout voir, de toucher à iQpl, animés d'un besoin indomptable de mouvement^ de bruit, les enfants brisaient les joujoux et les meubles; ils se querellaient, se blessaient les uns les autres; ils criaient, tapagaient et faisaient un enfer de la maison. Do là les gronderies incessantes, les pénitences, les coups, les pleurs ; de là, le plaisir avec lequel la mère la plus tendre voyait arriver l'heure de l'école, qui devait la débarrasser de ses enfants; de là bien souvent le désaccord entre les parents, de là la désaffeciion générale.

» £l, dès que les frères étaient devenus hommes, la cupidité, ce mobile principal des civilisés, semait entre eux la jalousie efc l'aversion. La cupidité était la source ordinaire des haines les plus violentes et des crimes les plus, odieux : c'était elle qui faisait désirer aux enfants la mort de leurs parents ; c'était elle qui armait le frère contre le frère.

LA FAMfLtK, ETC. fié

» De' ces diverses circonstances inhérentes à la Civilisation et à l'isolement des ménages naissaient inévitablement, vous le sentez, la froideur, la désaffection, Fimmitié , la haine, et les civilisés étaient bien aveugles de né pas voie queles plus beaut sermons du monde étaient impuissants pour empé* cher ces dissolvants de Tamourfamilial de produire leurs fruits ; autant eût valu prêcher aux ronces de ne plus porter d'épines, à la vipère de n'avoir plus de venin. »

— Mon Dieu ! dis-je à M. Léonard, combien cela était facile à trouver! Alén était-il plus simple et plus logique que ce raisonnement : détruisons les causes de désunion entre les. parents, et aussitôt Tamour familial renatfra, car Dieu Ta implanté vivace au cœur dé l'homme.

« Permettez -moi cependant une observation.

Des trois 'dissolvants des liens de famille que vous avez cités, la misère et le ménage morcelé , qui étaient dus à des circonstances extérieures, ont pu disparaître et sont en effet disparus ; mais la cupidité, cette passion dont le créateur a pétri le cœur humain, ne saurait en être arrachée; et je ne vois pas pourquoi , aujourd'hui comme jadis , «lie n'amènerait pas les mêmes Conséquences. »

— Sans doute , répondit M. Léonard , l'homme recherchera toujours son bien-être ; il mettrait toujours, s'il rentrait dans la vdië jiés conflits , son intérêt personnel au-dessus d^ë bpiur des autres; mais, en Harmonie, rinlérêt est toijt'peu exigeant, et cela pour bien des motifs, et d^abord parce que

94 C9A^ITIMe.I4I<y

1^ fbrtuoa s'est plijs néci^ss^iir^ pour se procui^ep le biea-êlre physique et les jouissances intelledjtielleB,

» D'ua autre côté, la forti^qe est absoluroeat.pejw SQOiaeil^ aiujjouiçd'hui ; elJç Be saurais dc^n^Plimiiti par conséquent, à la, plu^ Ifg^i^e .coiUestati<^n(.^ La fortuA& de la ifnome ne pouvant se confondra ^veo C«l]^ de S0a mm, la fortune de V enfeini é^t hàé^ pendante ô^ celle du père , toute peirsonne mnji^ure étapt parfaitement libi<e do disposer de SQra. bien comme elle l'entend, nul n'a intérêt à souhaiter la iiu)rt de qui que ce soit, car nul n'est certai^i d'hériter;, ei uû h^tage, d'ailleurs, ne change pas, comixie en civilisation , la. position dW homme. Gh/m nous, chacun, est ric^ie : il n'y a que du plus ou du ijaoinsv des degrés. »

— Je ne comprends pas , mon père , dit Testa » comment toutes ces fortunes ont cessé d'être soli-

— La chose est bien simple pourtan.t , répliqai le complaisant vieillard ;

» ta Çbalange élève unitai rement , et aux trais A* ÏH^get communal, tous les enfants du Phalanstère. Dès l'âge de ciaq ans, nos enfants remboursent par leur tra^ ail tes dépejjses qu'ils occasionnent ^ à suc ans, ils font déjà des économies qui sont inscrites au grand-livre au compte du propriétaire , — ^^^ chacun de nous a un compte ouvert sur le gr^no" livré, — ces économies produisent des.intér(5tsquc la Régence capitalise.

» Oç ces économies , plus considérables cliaqi*^ 0W*> g!;Q$sies, par des, présents, des Fécomp^^»

LA ¥AmfittM, 4s*rc. M

dès keg», consittuent la fortufte ^e ckacfirei^H^Kvidci», et cette fortune v accrue ou diminoée , ^eft le C9h raeeère .écenoBwque ea prodigue de cfiac^sA, suit sfm possesseur, femme ou lkoinme,fosqu'Â la mort^ BMHB^ee fiiéler à aucune autre.

» A rtotre majorité, hqus entrong en jou{dsaAi6e^ notre fortune, dont, je vous le répète, noussoirtmes fflal«re$ de disposer eOmfffe bon nous semble.

» Vous voyez donc; messieurs, qu'il ne petft y avoir «nlre wous^e moindre coDflil d'intérêts, et que )a f<»i,Uffe dont les titres s66t ^ clairs ne saurait émnet Ueâ à de hointeux conflits!

» Remarquez -encore que personne aujourdliiai ne peut devemrun fardeau pour sa famille, et yoyex combien celle circonstance est favorable au maintien de l'«nion eîitre les parents.

— Évidemnttent, répondit Testa, les enfants iiù sont jamais une charge pour leurs pères, puisqu*î1ë èont étevés gratuitement par les Phalanges; mais les pères ne- sont-ils pas quelquefois dans leur VîéffK iesse une charge pour leurs enfants ? »

— Non, répondit M. Léonard, cafr le Aro^ft dti mfif^îmum nous reste toujoufrs.

» Les vieillards, d'ailleurs, ont toujours de beaux revenus jusque dans Tâge le plus avancé. Lètfr expérience et leurs conseils, bien précieux aut groupes industriels au milieu desquels ils ont passé leur vie, sont largement rémunérés, les vieillards étant généralement chefs de groupes et de sérieà. Ils sont encore pour' la plupart professeurs, membres de TAi^éopage ou de la Régence et reçoivent

86 CttAPITft* III.

des émoluments proportionnels à l'importance de ces diverses fonctions.

» Cependant, un père riche a-t-il dissipé s? fortune par sa prodigalité, — * il nV a pas d'autre moyen de se ruiner, — ses eiffants lui viennent presque toii^'ours en aide^ a6n de lui épargner des privations dans sa vieillesse, mais non pour l'empêcher de tomber dans le dénûment, car nous ne courons jamais ce danger. »

— Si je ne craignaisd'abuser de votre complaisance, dis-je à M. Léonard, je vous prierais de m'expliquer coiAment il se fait que votre douce Mariette donne à trois personnes le nom de bon papa : il m'est impossible de trouver le mot de cette énigme. »

— Questionnez-moi sans crainte^ répondit le vieillard, je me ferai toujours un plaisir de satisfaire votre curiosité.

» Si notre petite Marie a trois grands-pères, c'est que sa mère n'est que ma fille adoptive. »

Et comme nous paraissions surpris de cette réponse, le vieillard ajouta :

— Quant à moi qui ai toujours beaucoup aimé les enfontSy ces naïves et caressantes créatures, je fus tellement contrarié de n'en point avoir, qu'après quatre ans de mariage, je divorçai et bientôt me remariai avec la femme que vous connaissez. Mais je ne fus pas plus heureux : nous eûmes un seul enfant qui, chose devenue déjà excessivement rare aujourd'hui, mourut au bout de quelques jours.

» Je pris alors le parti d'adopter une jeune fille.

LA FMIII«LB,.BTC. 87

ma Louise ; et j'ai pa depuis ce temps gâter à mon. aise monearant d'abord, puis, plus tard, ma chère Mariette sa fille. »

— Et pourquoi, demandai-je, avez-vous adopté Louise pèôtôt que tout autre enfént? »

— Parée que cette jeune fille était l'espoir d'un groupe de melcniêla dont j'étais chef.

3» Au reste nous voyons tous les jours, des pères et des mèrèsde famille faire de semblables adoptions; car telle est la volonté de Dieu. »

— La volonté de Dieu I s'écria Teslu : je ne comprends pas. Et le vieillard continua :

— Le créateur, afin que les hommes forment une société de frères, a multiplié dans leurs cœurs les germes des attractions destinées à les unir. Ainsi, bien souvent il donne aux enfants des goûts opposés à ceux de leurs parents. Ceux-ci, voyant leurs fils déserter le groupe qui fait leur bonheur, s'attachent aux jeunes adeptes de ce groupe qui son'i, doués des aptitudes nécessaires pour continuer à perfectionner leur industrie favorite; ils leurprjo-. dîguent les leçons et les caresses et presque toujoun» les adoptent »

— Par conséquent, dit Testu, chacun non seulement peut connaître les joies de la paternité, mais chacun est assuré que l'un de ses enfants continuera avec passion ses recherches,. ses. travaux ou ses collections commencées? »

— Ajoutez, mon ami, di$»je à Teslu, que nul enfant n'est privé des caresses maternelles, et qu'aujourd'hui il n'y a plus d'Orphelins. »

m GiiAm»sifi. .

— VoUà., reprit eelui^^iy de prodigieux etéafi^ résultats de voire ordre social, mon père : je vois seulement avec douleur que vous permettez ledivoree, cette grande immeraèi té* »

— Où donc est- Timinoitililé, répondit M.. Léonard, de permettre à * dès époux qui ae peuvent être heureux Tun par l'autre de eè quitter et de chercher le bonheur daâs de noaveaiuK liens ?

» Non, mon fils, les rapports des sexes n*ont rien d'immoral en eiix-mémes : ils soAt, comme ioates 410S actions, moraux où immoraux selon qu'ils maintiennent ou troublent l'ordre, selon qu^ilsproénisent le bien ou le mal, en un mot, selon qu'ils «ont utiles ou nuisibles à ia société on 'atix individus. ()r, le divorce, produisant, dans notre société, le bien à l'exclusion du mal, ne saurait être immoral II l'était souvent au contraire chez les peuples civilisés, car il apportait de graves perturbations dans les intérêts et les affections do la famille.

» Mais voyez «n peu, messieurs, rinconséquence de la Civilisation : ses lois qui autorisaient la séparation de corps et de biens des époux, tout en les empêchant xie se remarier, quoique jeunes et sans enfants, permettaient aux personnes veuves, mtoe chargées de famille, de convoler en secondes noces. Et pourtant! le mariage d'un veuf, père de jeunes enfants, entraînait presque toujours de funestes conséquences, tandis que le célibat forcé des époux séparés était une source de désordres et de scandales.

» Aujourd'hui, je le répète, le divorce ne nuit à

personne, léim de là : il déiivpe les époux maA assortis d'un lien pesant, dès qu'il cesse d'être agréa* i>le ; il procure aux enfftiLts des divorcés un redou* biement de caresses, car leurs beaux-pères ou leurs beltes-mères «tovieiimeiit pour eux. de nouveaux gàteurs : Dieu a mis tant de diannes, tant de sé^ ductions dans Fenfance, qu'il serait impossible d'avoir avec elle aucune relation qui ne fut «ise» tueuse.

» Quàfid des épmx divorcent potir des motifs élrangers à rincompaiibiiité d'bumefur, ils iie œ»seat pas pour cela de s'aimer. Ils s'étaient pris par amour ; lorsque xette passion devenue moins vive cède aux exigences de quelque autre passion, ils peuvent se séparer, mais ils conservent l'un pour Taulre utie affection mixte, tenant de l'amour, de Tamitié, de4'i)abitude ; cette affection a une douceur infinie. Je n'ai pas de meilleure amie que ma première femme. »

— Le mariage, dis-}e au vieillard, cette chaîne jadis si pesante aux époux civilisés, fait donc au* JQurd'hui le bonheur des hommes? »

— Oui, mon ûls, à peu d'exceptions près, et cela parce que l'amour seul, la sympathie, fait contracter les mariages, suivant la volonté de celui qui a créé Tamour; puis encore parceque les causes destructives de l'harmonie conjugale ont disparu. »

— L'amour seul fait les mariages, reprit Te^tu, Topinion des parents n'est donc plus consultée par les enfants? »

— Les pères , qui ne votent pas avec des yeux

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d'amaatof peuvent bîea donner des conseils à leurs enfants, mais jamais ils ne s'opposent opiniâtrement à leurs choix; ils n'auraient aucun motif raisonnable pour le faire. Le mariage laisse à chacun des époux sa fortune, sa position fk même ses habitudes et sa manière de vivre. »

Et comme Testu ne paraissait pas bien comprendre encore, cette conelusion si peu d'accord avec ses idées civilisées, le vieillard ajouta :

— Aujourd'hui, mon fils, le sort d'aucun individu n'est entre les mains d*un autre. L'avenir de la femme ne dépend point de celui de son mari, non plus que l'avenir de Tenfant de celui de son père, car, ne l'oubliez pas : leurs fortunes ne sont pas confondues, et rien, sinon l'amour, n'est obligatoirement commun entre les époux; comme, entre amis, rien n'est obligatoirement commun que l'amitié.

. » Et c'est là, messieurs, poursuivit M. Léonard avec exaltation, c'est là la véritable liberté ! Voilà ce qui fait que tout Harmonien est le fils de ses œuvres et que notre valeur se mesure à notre mérite. »

«-Mais, mon père, fil observer Testu, l'amour est aveugle ; en cédant à ses conseils ne risque-t-on pas souvent de se tromper? >

— Cela arrivait très-fréquemment jadis, répondit le vieillard, quand mille considérations étrangères à l'amour faisaient contracter les mariages; car alors les jeunes gens des deux sexes, ayant intérêt à cacher avec soin leurs défauts et à feindre des qualités qu'ils n'avaient pas, restaient inconnus

LA FAVILLS, feTG. $t

les uns aux autres jœqu'au moment de leur union. Il n'en est plus de -même aujourd'hui que les actions de notre vie entière sont connues de tous. Et d'ailiers, Téducation phalanstértenne consistant à développer lès vocations et les penchante natifs des hommes, chacun est tel que Dieu vent qu'il soit. Or, ce que Dieu fait étant bien fait, chacun se montre avec orgueil tel qu'il est, et Ton ne peut plus être trompé sur le caractère de la personne à laquelle on veut s'unir. »

— Èh bien ! soit, reprît Testu, vos jeunes mariés sont tous fous d'amour ; mais rien ne me prouve que ce beau feu ne fera pas bientôt placQ à l'indifférence et peut^tre à la haine , comme cela se voyait chez les civilisés. » ...

— Ce changement, mon fils, n'est pas sans exemple, et voilà pourquoi nous avons établi le divorce ; mais le divorce est infiniment plus rare que jadis : les causes de désaccord entre les époux ayant disparu avec le ménage morcelé et le conflit des intérêts.

» Puis l'éternel tète-à-téte, inévitable dans la plupart des ménages civilisés, bien capable à lui seul de faire fiiir à tire d'aile les amours les plus robustes, est ignoré àes heureux couples phalanstériens. Les rapports entre époux sont maintenant ce qu'il leur convient; ils n'en ont pas d'autres que ceux qui sont agréables à tous deux.

» Ont-ils des goûts gastronomiques différents? L'un ou l'autre des époux n'est plusforcé.de sa-

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criôer les siens à la paix du ménage ; mais diaetin d'eux se fait servir "à sa guise.

» L'un des époux esNl passionné 4)012 r le luxe des «ppartèmefnts, tandis que l'autre préfère les meubles simples et modestes ? ils se logent chacun comme ils Tentenden*.

» Souvent lemari a des penchants industriels différents de ceux de sa femme, ce qui rend leurs entrevues peu fréquentes. Aussi, nous voyons un grand nombre de couples qui, vivant séparés presque tout te jour, se retrouvent avec d'autant plus «de plaisir aux séances du soir, consacrées aux douces causeries et aux tendres épanchcments. Ces derniers ne sont pas ceux qui s'aiment le moins long-temps et le moins vivement ; leur amour conserve au contraire pendant de longues années toute sa vivacité et sa fraîcheur première.

» Cela vous étonne, mon fils, et vous ne pouvez croire à des amours de quelque durée entre époux? Cependant, dites-moi, n'est-ce pas afin que la femme sache conserver la tendresse de son mari aussi long-temps qu'elle sent pour lui de l'amour; n'estce pas afin qu'elle sache lui faire trouver le bonheur à rendre à l'épouse les petits soins, les attentions délicates prodigués à l'amante, que le créateur a doté le beau sexe d'un tact si fin, d'un amour si tendre, si vif et si pudique ? En même temps n'estce pas à cette fin que le Créateur l'a doté d'une aussi séduisante coquetterie ? On ne saurait en douter. »

— Heureux temps que celui-ci pour la femme 1

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s'écria Tesfcu ; elle est, je le vois, ïe maître dans voire société. »

— Dîtes, mon fils, heureux temps pour tous ! répendit le vieillard. En Harmonie, je ne puis trop vous le répéter, la femme et l'homme sont parfaitement libres de leurs personnes et maîtres de leurs destinées. Nul individu ne commande à un autre qu'autant que ce dernier trouve son plaisir dans Tobéissance, selon la volonté divine. »

— Comment l la volonté divine? répliqua vivement Testu. »

— Mon fils, quand le créateur veut attacher deux êtres l'un à l'autre, illes unit par l'attrait; si ces deax êtres sont de forces inégales, il rétablit Téqui- Hbre en soumettant le fort au faible. Ainsi, les pères se sentent portés à complaire, à céder à leurs en£ants; ainsi, nous trouvons un bonheur ineffable à obéir même aux caprices de notre bien-aimée : rappelez-vous vos premières amours.

» La femme commande donc généralement en relations d'amour et de famille , parce que Dieu le veut ainsi ; ri le veut en lui donnant un cœur plus aimant que le nôtre, en la chargeant de porter dans son sein, de. nourrir de son lait le fruit de nos amouis, en inspirant à la mère une affection plus vive et plus dévouée pour ses enfants que celle dont il a doté le père.

» N'est-il pas de toute justice, je vous le demande, que la femme choisisse, parmi ses adorateurs, le père futur des enfants qu'elle chérira par-dessus toiiies choses, de eea enlants qui lui coûteront dou-

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