‹ Visite au phalanstèreChapitre 8 sur 52 · CSAPITBB* UI · texte numérisé non relu

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leurs et soins? Pour moi, je ne puis penser sans indignation aux temps déplorables où. Ton imposait à la jeune filiô un époux qu'elle n*aimait pas^ qu'elle détestait quelquefois, et avec lequel cependant elle était condamnée à passer tous les instants de sa vie entière 1 Le mariage civilisé n'était 4e plus souvent que le viol légalisé et moralisé.

» Si ia femme domine par droit divin, c'est-à-dire à cause de la supériorité de ses passions amoMr et amour familial^ dans les rapports où ces pasaions sont en jeu, Thomme, de son côté, ayant en général les passions amiiié et ambiiion plus développées que la femme, prime plus généralement aussi dans les relations dont ces passions sont les mobiles. »

-^ Ces détails sur la famille harmonienne m'intéressent vivement, dit Testu à notre guide ; vettUlez donc me permettre de vous demander quelques éclaircissements.

» Les enfants, aveas-vous dit, sont élevés aux frais de la Phalange. Cette coutume ne me semble pas absolument irrréprochable : d'abord elle fait eon-* tribuer aux dépenses causées par cette éducation les personnes privées de famille, et cela me parait peu équitable ; ensuite elle enlève aux parents le plaisir d'élever eux-mêmes leurs enfants. »

— Le droit de faire élever ses enfonts par la Phalange appartient à tous, c'-est vrai, répondit le vieillard. Toutefois, chacun est libre de ne pas en user, si cela lui convient, et d'instruire ses fils comme il le désire. Mais personne n'est assez fou, je vous jure, pour vouloir soustraire ses enfants

LA FAMILLSf lETC. M

à l'éducation commune, par là rftîgon qu'il serait impossible à Thomme le plus riche et le pfus instruit de leur donner une éducation aussi complète, aussi utile et qui rendit ses enfants, aussi heureux que celle qu'aecorde à tous la Phalange la moins opulente. Nous visiterons ensemble le quartier liabité par notre jeunesse, et vous en jugerez.

» Au surplus, le përe qui éprouve le désir d'instruire son fils peut s*ettr6ler dans le professorat : il a Pavantage de donner des leçons à son enfant, en noéme temps qu*à plusieurs autres, et seulement sur les branches de Tinstruction qu'il affectionne plus particulièrement, et d'être rétribué et honoré pour ce travail.

• Quant à la dépense occasionnée à la Phalange par rédocation, elle est peu considérable. Nos enfans, comme je vous l'ai dit, rendent des services dès rage de trois à quatre ans. Prélevée sur les bénéfices généraux, celle dépense est proportionnelle aux revenus de chacun et fort légère, même pour le plus riche.

» Ne dites pas d'ailleurs qu'il est injuste de faire participer Tbomme sans enfants aux frais de l'éducation générale, car, aujourd'hui, tout le monde a des enfants au moins adoptifs ; puis, la Phalange ayant donné gratuitement l'éducation à chacun de nous, nous ne faisons que lui rembourser ses avances, en contribuant à élever ceux qui entrent après nous dans la vie et dont les talents, en faisant un jour la gloire et la fortune de notre chère Phalange, feront en même temps les nôtres!. »

Ml GSAFITAK IH.

— A quoi donc, i&on père, dis-je aa vi^Uard^ vous engage L'adoption que vous.avez faite de votre Louise? n

— - A la traiter consne si etie était issue de mon mariage, répondit M. Léonard, c'est-à-dire àTan mer, à la caresser, à lui complaire en toutes choses, car voilà le principal devoir des^parene barmoniens envers leurs énlans : devoir bien doux, surtout pour les mères, qui toutes voient dans leurs fils deS' miracles de beauté, de geniHlesse et d'es« prit.

» Ma Louise, d'ailleurs, ne sera pas oubliée dans mon testaments Nos lois permettant, i5omme jevons l'ai dit, à tout harmonien majeur de disposer de'sa fortune selon son bo» plaisir, nous )a pien^ageons tout natureMement, à notre mort, entre les personnes que nous avons aimées d*^amour ou d'amitié et }es groupes dans lesquels nous avons passé notre vie. »

— Mais, mon père, dit Testu, j'ai toujours entendu dire qu'il est dangereux de gâter les enfants. »

— Aujourd'hui, répondit notre guide, les çàit" ries des parens ne peuvent plus nuire aux enfants, qui sont constamment en contact avec des lurons de leur âge et qui se forment entre eux le caractère. Les enfants, chacun le sait, loin d'être des gâteurs, se redressent sans miséricorde les uns les autres. Une visite dans le quartier des enfants vous édifiera mieux à ce sujet que tout ce que je pourrais vous dire.

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I» Quand donc j'ai adopté ma Louise, c'clait, je le répète, afin de pouvoir la gâter tout à mon aise; et mon plus <;rand plaisii* a toujours été de lui cornpiaîM, de. lui donner tout ce qu'elle désirait : je n'ai jamais su lui rien refuser v

» En retour de ma tendresse, ma fille m'a constamment témoigné la plus vive affection, la plus entière confiance; elle m'a toujours consulté avant de prendre une di^rminatron un peu importante. Vous sentez, au reste, messieurs, qu'il ne pourrait en être autrement, car lesenfiants s'affectionnent né* cessairement aux personnes qui ,^sans.Ieur adresser jamais un mot de reproche, condescendent à tou« tes leurs volontés, et satisfont tous leurs désirs. »

— Ce que vous venez de nous dire, mon père, fisje au vieillard, de la tendance des parents à gàler leurs enfants, me rappelle et m'explique des impressions fort anciennes, auxquelles je n'étais pas maître de me soustraire. Dans mon enfance, mes camarades pouvaient me badiner sur les bizarreries de mon caractère ou sur des maladresses : je prenais en bonne part leurs railleries que je leur rendais à l'occasion, et je faisais eu dedans des efforts pour me corriger. Mes professeurs pouvaient me^punir : je supportais sans nje plaindre les châtiments mérités. Mais lorsque mon père me faisait \Qà plus justes reproches, je nuirmurais, j'allais iH^mo Jusqu'à le laser de partinlilé, de prcfCMcnce pour mes frères. J'eusse bien voulu, je vous assure, n'avoir pas cette disposition d'esprit, maisj'y codais malgré moi.

9H CHAPITRE Itf.

1» Je compr(*nds maintenant que si mon père souffrait d'être forcé de me punir dans mon intérêt, et si je souffrais de mon côté en me regimbant contre ses châtiments, c'est que mon père n'était pas 'dans le rôle-assigoé aux parents "par le créateur, et que le "milieu social le contraignait à a^ir dans un sens •Opposé à ses' attractions, aux impulsions de sa nature de père. . .

)) Je comprends aussi comment Torganisation actuelle qui dispense les parents de faire à leurs enfants aucun reproche, aucune répfinîfande, tout en leur permettant de les gâter autant qu'il leur plait, je comprends, dis-je, comment cette organisation a ^établi les choses' dans l'ordre voulu par DieUi et rendu les liens iJe famille les plus doux et les plus indestructihlçs.

» Mais si l'amour familial. est ai^ourd'hui une Source intarissable de joie pour les heureux harmoniens, il m'est difficile d'admettre qu'il en soit de même de l'amour. Il me semble, par exemple, que rîen ne pourra détruire la jalousie,^ et pourtant la jalousie est une poignante douleur. »

— La jalousie, répondit le vieillard, est moins poignante depuis que les personnes trompées dans leurs espérances amoureuses trouvent une foule de consolations, une foule de compensations — si je puis ift'exprimer ainsi — dans l'affection des parents et des amis dont elles sont entourées.

» La jalousie ne cause plus ni troubles ni scandales depuis que l'émancipation complète de la femme ** rendu son choix sacré aux yeux de tous.

LA FAMILLE, BTG. 99

» Je Tavoue, néanmains, l'amour cause encore des frémissemeots et des douleurs de plus d'une sorte , et il conlinuera à le faire jusqu'à ce que les rapporta amoureux, soient complètement organisés; car, sans orgj^nisalioiî,. point d'harmonie. .

» Déjà une enquête sociale est ouverte à l'effet de constater les souffrances causées par l'amour et les lacunes dans les lois qui régissent actuellement le mariage. Or, vous sentez, mon fils, que du moment oii Ton aura bien déterminé le mal et reconnu le remède,* rien n'empêchera le législateur d'appliquer, ce remède; cpr, dans le milieu harfnonien, les institutions matrimoniales no sauraient^ quelles qu'elles soient, froisser les intérêts de-persônne. »

J'allais rc^ndre à M. Léonard quand soudain un grand mouvement qui se faisait au dehors appela notre attention. Je me promis toutefois.de demander à l'occasion des éclaircissements sur les lois projetées concernant le mariage.

L€9 Groupes, lÀbre option des travaux, Kef appartements et leur distribution. Fm Hue-Galerie,

Nous nous étions placés^ popr prendre le café, dans t^embrasure d'une fenêtre, d'où nous jouissions de la vue de la campagne. Tout efn causant, nous admirions les sup.erbes pàrlerreâ qui formaient autour du Phalanstère comme une immense ceinture de verdure enchâssée de millions de rubis, de perles et d'opales. Rien n'était plus* charmant que les 'lignes d'arbustes fleuris qui, s'-échappant des parterres, allaient en serpentant ^e perdre dans les potagers et les grandes cultures. Rien n'était plus délicieux que les parfums dont cette multitude innombrable deflirurs de* toute espèce embaumait l'atmosphère.

Au moment où j'allais répondre à M. Léonard, le clairon résonna de divers côtés*. C'était des signaux de manœuvres. Un grand mouvement se fit soudain dans toute la plaine Nous Vîmes se rompre des multitudes de groupes, et de nouveaux groupes se reformer bientôt autour des étendards qui flottaient au centre des lieux de rendez-vous. Bientôt ces groupes se mirent en marche ; peu nombreux d'abord, ils grossissaient en avançant de notre côté.

LBS GROUPES, BTC. 101

— Mes amis se rapprochent, nous' dit notre guide, car voici l'heure fixée hier pour attaquer ks parterres. En eflTet, une série composée d*une centaine de dames, d'une vingtaine d'hommes et d'une cinquantaine d'enfants venus de droite et de gauche, firent halte à deux cents pas devant nous; puis ils se partagèrent en groupes, dont Tun entra dans un massif de balsamines, Tautre entoura une platebande couvei:te d*œillets ; celui ci se dirigea vers une immense collection jde tulipe<, celui-là vers un champ.de dahlias. Enfin, quelques groupes attaquèrent, suivant l'expression phatanslérieone, qui les jacinthes, qui les renoncules, tandis que d'autres prenaient position dans les bosquets de rà^ siers.

En un moment les tentes furent dressées, et les opérations commencèrent.

— Quelle célérité dans les manœuvres î s'écria mon ami. Les harmoniens sont bien les hommes les plus économes de temps qu'il y ait jamais eu, ils ne perdent pas une minute.

» Mais dites-moi, je vous prie, ajouta -t-il, en s'adressant à M Léonard, comment chacun sait-il où ii doit $0 rendre à tel moment donné ? »

i^Tous les soirs à la bourse, répondit le vieillard, chaque chef, au ncm de son groupe, fait ronnaître qu'il y aura séance, le lendemain, et quelle en sera la durée. Les chefs de séries, après avoir entendu les demandes de services faites aux groupes hors rangs, arroseurs, bêcheurs, etc., et reconnu l'urgence des travaux projetés, fixent

rheure à laquelle chaque groupe se rendra au travail. Si aucune objection sérieuse n'est faite, oa in,scrit sur un grand tal)leau la distribution des travaux du lendemain en cas de^beau temps, et les modifications à cet e dlstrii^ution en cas de pjjiiie. Si des changements à l'ordre du jour deviQuiienJ nécessaires pour une cause quelconque, on les fait à Igi petite bourse qui se tient après ledétile. -rr Nous nommons ainsi le premier repas, celui de cincj heures. — Vous voyesi que chacun, connaissant ainsi les heures des séances, s'arrange facilement pour employer ses journées comme il lu! plaît. »

— Comme il lui plaît l s'écria Testu. Mais il me seml?le, au contraire, que vous n'êtes pas ^maîtres du choix de vos occupations : il vous faut aller au travail avec l^s groupes dont vous êtes membres, et, qui plus est, aux heures indiquées au tableau. ».

— Les heures de travail sont fixées à l'avance, sans doute, reprit le vieillard, et fort heureusçr ment pour notre liberté ; si elles ne l'étaient pas, nou-j serions esclaves les uns. des autres : il noi-s faudrait attendre celui-ci, courir après celui-là; les coupes ne parvicDdraient jamais à. se fonder : cq serait un désordre complet et, uneimmensp perte de.

)» Jfais vous allez juger de l'é'çnduede notre li-. berté :

» D'al^ord, quand cela nous plait, nous, sommes parfaitement libres de ne pas travailler : Tabsence (te quelques membres ne pouvan/. empêcher yn fF9W 4e,t^re sa l?psogne. Ainsi 9AJiour4'hui, voi*^

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