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. devant les vagues effarées, mais elles sautent
par-dessus en hurlant et rien ne les arrête.
ge et là se présentent des impasses effrayantes, es abîmes pleins d'attractions, des tourniquets effroyables, des embüûches périlleuses. Autour de nous quel bruit ! quel fracas ! quel tourbillon ! Singulière mobilité que celle de l'eau qui, coulant sur un lit tourmenté, manifeste les mêmes convulsions que si elle était soulevée par la tempête. Les courants se déchaînent et le mouvement accroît leur puissance. Ils se rencontrent, ils se combattent, et les ondes qu'ils charrient se resserrent, s'écrasent, tournent sur elles-mêmes et décrivent des spirales qui attirent comme des gorges profondes tous les objets passant à la surface. Tantôt ce sont des ondulations inégales et pleines d’aspérités, des crêtes superbes couronnées d'aigrettes blanches, des lames éperdues se brisant en des milliers de gouttelettes qui jaillissent comme des étincelles. Tantôt ce sont des chocs de houles et de contre-houles, des bouffées de vagues irritées qui nous sautent à la figure, des gouffres profonds qui mugissent à nos côtés et qui nous engloutiraient au moindre écart, ou pour un coup d'aviron manqué.” Cette page est de Monsieur votre frère, Son honneur le juge Routhier; elle est extraite de son charmant petit livre En canot, et cette description des rapides du Saguenay peut s’appliquer à la lettre aux rapides du haut de l’Ottawa. Notre bateau se lance au milieu des bouillons et est emporté avec la rapidité de la flèche, il fournit une course des plus effrénées. Les mains saisissent fortement la planche du siège,
AU LAC ABBITIBI.
le regard se fixe sur l’abîme, les lèvres sont muettes et le cœur palpite d'émotion. Chaque fois que le bateau, comme pour s'effondrer, descend dans ur: cave, les sauvages poussent du fond de leurs poitrines un cri de joie sourd, le frisson vous passe par tout le corps. Vous diriez ue l’embarcation, emportée à l’épouvante, va aller se briser sur un rocher, déjà elle n’en est plus qu’à quelques pieds, mais soudain Wawati et Pichou d'un coup de rame l'ont virée bout our bout, et elle continue sa route sautant, ndissant, longeant un autre abîme, montant et descendant sur le dos des vagues qui l’emportent comme des chevaux au galop.
Nos guides sont devenus d’autres homumaes, ils ont perdu leur allure lente et un peu nonchalante ; l'œil dominateur, la tête haute, la chevelure au vent, l'air inspiré, ils sont debout à leur poste. Leur commandemeut est bref, leurs mouvements sont vifs et saccadés ; ils se penchent sur la rame, ils se baissent, ils se relèvent, d’un bond ils sautent d’un bord à l’autre du bateau. Puis, quand le pas périlleux est passé, quand l’abîme est franchi, il faut voir comme ils se redressent dans leur fierté, une main sur la rame, le poing sur la hanche, triomphants; ils sont sublimes. Une fois dans ma vie j'aurais désiré être guide de grand canot, ç'aurait été pour sauter le Long Sault.
Restaient encore le rapide de la Montagne, le rapide des Erables et la Demi-charge. Aux ÆErables les vagues bondissent, s'entrechoquent, se brisent ; notre esquif, tête baissée, se jette
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au milieu du conflit. Une lame furieuse arrive en flanc, saute par-dessus bord, nous enveloppe d’un voile humide, et laisse cent gallons d’eau au fond de l’embarcation. Il était comique de voir la triste figure que faisait l’un des passagers. À genoux au milieu du bateau, les mains jointes, murmurant des prières, incliné et le dos tourné au péril, il reçoit sans broncher l’avalanche liquide sur les épaules, tout en poussant un cri de désespoir et en f&isant une grimace des mieux conditionnées. Le regard effaré, il reste à genoux dans un demipied d'eau, tranquille, résigné, attendant trois autres vagues quise préparent à enfaire autant. Heureusement le bateau emporté à toute vitesse, est déjà loin du danger. L’Eloile de chaleur et le Chat rient à cœur-joie et tout l’équipage s’en tient les côtes. Si vous me demandez quel est ce brave, je vous répondrai que la charité chrétienne me défend de le nommer, d'autant plus que, comme disent les Anglais, charity begins at home. Du reste, quant à ceux qui ont montré des visages impassibles et flegmatiques, j'aurais bien voulu voir ce qu'ils ressentaient au fond du cœur.
À 93 h. notre bateau, glissant au milieu des ombres, accoste au quai de M. Timmens. Sa Grandeur était attendue. En un instant une procession aux flambeaux s'organise, le jour revient au milieu de la nuit, et accompagnés d’une foule compacte nous nous rendons à la maison des Pères, à la lueur des torches vacillantes. Monseigneur remercie les citoyens de leur empressement et de leur délicate attention,
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AU LAC ABBITIBI.
et bien volontiers nous allons rendre au sommeil ce que nous lui avons dérobé la nuit précédente.
Ce matin, Monseigneur a äonné la confrmation à une dizaine de personnes qui n'ont pu arriver à temps lors de son passage il y a quinze jours. (C'est la troisième fois depuis trois semaines que Mattawan reçoit la visite de son premier pasteur. Ça lui sera sans doute une source de bénédictions qui le fécondera au spirituel comme il se développe rapidement au matériel.
Vers 1860, en se rendant dans ses missions des chantiers, le Rév. P. Reboul passait par Mattawan pour la première fois; il n’y avait guère alors qu'une couple de maisons. En 1869 le P. Nédelec y hiverna; en 1870 il fut décidé qu'on y ferait une résidence permanente; le Rév. P. Poitras en fut le premier directeur, ayant le Rév. P. Nédelec pour compagnon.
Pendant quatre ou cinq ans encore les Pères furent les hôtes de M. Timmens. En 1874 ils bâtirent la maison qui est occupée aujourd’hui par l'hôpital ; ils l’habitèrent jusqu'à l’année dernière, alors qu'ils élevèrent, à quelques pas de là, un joli presbytère en brique à deux étages. Deux Pères seulement, les PP. Déléage et Emery, résident habituellement à Mattawan pour desservir une étendue de pays de plus de soixante-dix milles carrés ; ils sont obligés de se multiplier pour faire face à tous les besoins. C'est bien le cas de répéter que la moisson est A neane et que les ouvriers sont peu nom-
reux, ,
112 VOYAGE Les Sœurs de Charité d'Ottawa vinrent s’6établir à Mattawan dans l'hiver de 1876. Celles
ui y exercent aujourd'hui leur zèle dans les onctions d'’institutrices, de garde-malades et de sacristines pour l'entretien de l’église, sont la Sœur Saint-Jean, supérieure, les Sœurs Saint-Alexis, Sainte-Suzanne, Sainte-Thècle et Marie-Denise.
L'hôpital de Mattawan est une véritable providence pour cette multitude d'étrangers
ui travaillent dans les chantiers ou sur la ligne du chemin de fer. Il ne se passe guère de semaine sans que quelques-uns de ces travailleurs tombent victimes de quelque accident. Tous, qu'ils soient ou non en état de payer leur pension, trouvent chez ces bonnes Sœurs un asile pour abriter leur infortune et des mères pour soulager leurs souffrances.
Depuis le premier janvier de cette année, l’h6pital a ouvert ses portes à 150 malades, et 15 actuellement y occupent des lits. Jusqu'içi cette institution n’a eu d’autres ressources que le dévouement des religieuses, le secours des Pères et les charités du public; il est à espérer que, reconnaissant enfin les services incalculables qu’elle rend à cette partie du pays, le gouvernement d'Ontario lui accordera sa part des sommes d'argent destinées aux œuvres de charité et de bienfaisance.
Nous sommes à l’ancre. Les chars qui devaient nous conduire à Deux-Rivières, à vingtcinq milles d'ici, ont jugé à propos de ne pas marcher aujourd'hui ; le stage qui aurait pu
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les remplacer a trouvé bon de se briser, et il n’y a plus d’autres grosses voitures dans le village, toutes étant employées sur la ligne du chemin de fer. Cependant on a pu trouver un petit buggy pour conduire Monseigneur à destination, il est parti seul à 3 h. p.m. Nous le re-
joindrons demain, si nous le pouvons.
Des lettres qui nous attendaient ici ont donné sur l’état de M. l’abbé Duhamel des nouvelles qui sont bien loin d’être rassurantes, ce sera un nu à l'horizon pour le reste du voyage. Ce bon monsieur reçoit le secours de bien nombreuses prières dans toutes ces missions ; partout on fait de ferventes neuvaines + pour le rétablissement de sa santé. J'espère … : que la vôtre se soutient toujours, vous en avez grandement besoin pour pouvoir rencontrer ces occupations multipliées qui vous assaillent de toutes parts. Pour moi, ce voyage m'a reposé tout à fait, et je retourne parfaitement rétabli, étant du reste parti très-bien portant.
Je demeure avec la plus haute considération, Monsieur le Grrand-Vicaire, votre tout dévoué et très obéissant serviteur.
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