SAINT-FAUSTIN (CANTON DE WOLFE
Si nous en croyons le recorder DeMontigny, dans son livre La Colonisation, ce fut en 1872 que le fameux curé Labelle franchit pour la première fois la montagne de la Repousse, non loin de Saint-Faustin, et contempla la belle plaine qui allait devenir le théâtre de ses travaux. Toutefois, le vaillant curé de Saint-Jérôme ne s'arrêta point à Saint-Faustin, il poussa jusqu’à Saint-Jovite, dont il fit ie centre de ses opérations.
Tout le monde connaît l’histoire de Mgr. Labelle, l’apôtre du Nord. Cet homme extraordinaire laisse un nom dans l’histoire de la colonisation du pays, car, autant par ses défauts, qui n'étaient qu'extérieurs, que par ses vertus qui étaient nombreuses et solides, il était le type ie plus parfait du vrai patriote, obsédé par l'unique pensée de la grandeur et de l'indépendance de sa race.
Il est mort à la tâche mais content parce qu'il avait vu commencer ce chemin de fer pour lequel il a tant plaidé et se dessiner
enfin le grand mouvement de la colonisation du nord auquel il avait donné le branle.
Nous reproduisons textuellement la partie suivante de la note de M. le curé de Saint-Faustin.
‘ Saint-Faustin a été la première mission fondée dans le grand mouvement de colonisation créé par le regretté curé Labellse. Jusque-là Saïnte-Agathe était la dernière paroisse du nord et aucun colon n'avait osé s’aventurer dans l’immense forêt qui couvrait alors toute la vallée de la Rouge et de la Lièvre. La terrible montagne, la Repousse, réputée presque infranchissable, semblait les limites extrêmes de la colonisation dans cette région. Maïs quand le curé Labelle eut persuadé aux pauvres ouvriers de nos vieilles paroisses qu’eux aussi pouvaient avoir une terre, une propriété où indépendants de tout maître, ils pourraient élever honorablement leurs enfants et vivre heureux ; quand il eut démontré que ces montagnes pouvaient nourrir des milliers de familles, alors on vit les colons, la hache sur l'épaule, s’enfoncer dans la forêt. Les commencements ont été modestes et parfois bien pénibles. En automne, le père de famille se rendait sur son ‘‘ lot” pour y abattre les premiers arbres, y bâtir son ‘‘ chantier,” y défricher un morceau de terre. Au printemps il emmenait sa femmé et ses enfants. Tous se mettaient à l’œuvre pour préparer cette terre et lui confier ce qui, à l'avenir, devait leur donner la nourriture et la vie. Que de difficultés à surmonter! Que d’ennui à supporter ! Cependant, à force de courage et de travail, les colons ont vu chaque année leur position s'améliorer. Le gouvernement leur a ouvert des chemins, l'autorité religieuse leur a envoyé un missionnaire, des écoles se sont construites. Telle est en quelques mots l’histoire de Saint-Faustin.
‘* Depuis deux ans surtout (1892) jouissant enfin de ce chemin de fer tant promis par le curé Labelle et certainement dû à son influence, Saint-Faustin et touc le nord sont entrés dans une nouvelle phase de progrès. Le commerce s’est développé d’une manière considérable et nos bois si riches sont maintenant expioités sur une grande échelle.
‘{ Dans la belle saison, une foule de touristes viennent
visiter nos lacs et nos montagnes. Tous se plaisent à vanter les beautés de cette nature originale, de ces points de vue admirables.”
Voici maintenant en quels termes Mgr. Duhamel rendait compte de sa première visite pastorale en ces régions dans l'été de
‘ Depuis un an nous voulions visiter ces nouveaux cantons. Nous sommes arrivé dans le canton de Woife où une mission est ouverte depuis quelques mois sous le vocable de saint Faustin, desservie par M. Thibodeau, curé de Sainte-Agathe, qui a la charité de visiter de temps en temps cette mission et celle de Saint-Jovite, du canton de Salaberry, où nous nous sommes rendus le même jour. Nous avons marqué la place de l’église dans ces cantons ainsi que dans celui de Clyde où nous avons passé quelques heures. Une petite chapelle en bois était commencée à Saint-Faustin. Nous avons constaté qu’il était absolument nécessaire d'envoyer un missionnaire pour desservir ces braves colons qui souffrent de n'avoir pas un prêtre au milieu d'eux. Le Rév. A. Labelle, curé de Saint-Jérôme, qui est le promoteur de la colonisation de ces cantons, nous fait espérer que Mgr. de Montréal donnera volontiers un prêtre pour être missionnaire dans cette partie du diocèse. Nous ne saurions faire un trop grand éloge du dévouement qu'a montré le Rév. M. Labelle dans cette belle œuvre de la colonisation à laquelle il consacre ses talents et son indomptabie énergie.”
Ce prêtre attendu par Mgr. Duhamel fut le Rév. Samuel Ouimet qui fixa (22 août 1878) le lieu de sa future résidence à Saint-Jovite, d'où il commença à desservir toutes les missions d'alentour, et en particulier Saint-Faustin. Ce ne fut qu’au mois d'octobre 1886, que Saint-Faustin eut son premier curé.
Dans les notes de visite pastorale de monseigneur, il est fait plusieurs fois mention de la mission qui nous occupe.
En septembre 1883, l'évêque d'Ottawa constate qu’une nouvelle chapelle a été construite et que l’ancienne a été tranformée en maison d'école. La cloche était suspendue sur une chèvre, et
le Rév. M. Ouimet venait, tous les quinze jours, dire la messe à Saint-Faustin.
Au mois de juin 1886, les gens ayant supplié monseigneur de leur donner un prêtre résidant, Sa Grandeur accéda à leur vœu et ‘eur envoya (octobre 1888) un jeune prêtre de Montréal, M. C. Alphonse Brisbois qu'il tut obligé de soutenir, en partie de sa bourse.
M. Brisbois, aidé par les sociétés de colonisation. parvint à élever un presbytère, dont l'étage supérieur était aménagé, temporairement, pour servir de chapelle, jusqu’à ce que la mission fût en état de construire une église. Il y érigea (15 mars 1889) les stations du chemin de la croix.
M. Brisbois, ayant donné sa démission pour cause de santé, fut remplacé (janvier 1890) par un jeune prêtre du diocèse, le Rév. M. Louis Aurèle Corbeil.
M. Corbeil réussit promptement, grâce à la prospérité toujours croissante de la paroisse, à se passer des subsides de monseigneur, puis il jugea le temps venu de songer à la construction d'une église véritable et d’un presbytère définitif. Tous ces travaux furent terminés dans le cours de l’été de 1894, à la satisfaction universelle.
Monseigneur bénit l’église le 27 septembre 1894, comme en fait foi l’acte suivant : ‘* Le 27 septembre 1894, Nous soussigné, archevêque d'Ottawa, avons bénit la nouvelle église paroissiale de Saint-Faustin. La dite église, construite en bois, a 88 pieds de longueur en dedans, 43 pieds de largeur en dehors, 28 pieds de hauteur au-dessus des lambourdes. Le plan a été tracé par le Rév. L. A. Corbeil, curé desservant de la paroisse ; l'entrepreneur a été Magloire Gosselin. La première messe a été chantée par nous ; le sermon a été donné par M. J. P. Bélanger, chanoïine et curé de Saint-André Avellin.” Ont signé «avec Mgr. un grand nombre de prêtres.
Le même jour, Mgr. érigea dans la nouvelle église les stations du chemin de la croix. Cette église qui est fort convenable, a coûté $4,000. Le prix du presbytère s'est élevé à $2,000, tant en travail qu’en argent. L'église possédait un terrain de 200 arpents,
mais une partie, 85 arpents, a été vendue pour subvenir aux dépenses de construction.
Le Rév. M. Corbeil vient d’être transféré (29 septembre 1806) à l’importante paroisse de Sainte-Agathe. Son successeur à Saint-Faustin est M. P. Garon, ancien curé de Saint-Donat.
Plusieurs confréries ou congrégations ont été établies dans la paroisse comme suit :
Scapulaire du Mont-Carmel, 10 août 1889.
Dame de Sainte-Anne, 10 août 1889.
Union de prières, 5 novembre 18gr.
Saint-Rosaire, 8 décembre 1891.
Sainte-Famille, 7 mai 1803.
Une seule retraite y a été prêchée, du rer au 5 janvier 1888, par le R. P. Lacasse, O. M. I.
Ilexiste 4 écoles, ouvertes successivement : en septembre 1880, 1889, 1890, 1895.
Aujourd’hui Saint-Faustin est une jolie paroïsse qui grandit et prospère rapidement. Sa population s'élevait en 1895 à 175 familles toutes canadiennes.
Saint-Faustin se trouve sur le chemin de fer à 14 milles à l’ouest de Sainte-Agathe et à 8 milles à l’est de Saint-Jovite.