SAINT-JOVITE— (CANTON DE SALABERRY
Nous possédons sur la fondation de Saint-Jovite et des missions environnantes quelques documents précieux qui intéresseront le lecteur.
Lorsque les colons apprirent, en 1878, que monseigneur se décidait à leur envoyer un missionnaire, ils se disputèrent l’honneur de le posséder parmi ; les gens de Saint-Jovite et de Saint- Faustin surtout se hâtèrent de lui bâtir chacun une petite demeure. Monseigneur, après mûre délibération, opta pour Saintlovite comme étant un lieu plus central d'où le prêtre pourrait rayonner de tous les côtés.
Le Rév. M. Sam. Ouimet fut donc nommé (20 août 1878)
missionnaire de Saint-Jovite et de toutes les missions de la vallée de la rivière Rouge.
. Ce prêtre, toutefois, ne s’installa définitivement à Saint-Jovite que 18 mois plus tard (30 janvier 1880). Jusque-là, il se contenta de monter une fois par mois dans le nord pour desservir ces missions, passant le reste du temps à prêcher la colonisation dans le diocèse de Montréal et à solliciter ies aumônes des fidèles pour la construction d’une résidence.
Voici en quels termes le curé Labelle exposait à Mgr. Duhamel l’état des choses à cette époque :
‘4 SAINT-JÉROME, 26 septembre 1878.
‘ MONSEIGNEUR, —J’ai placé quatre églises en haut de Clyde.
La première à la chute des Iroquois, près d’un magnifique pouvoir d’eau ; les terrains sont pris jusqu’à trois milles de là en remontant; le gouvernement va donner le no: üe Joly à ce canton qui nest pas arpenté mais qui va l'être. J'ai placé la seconde près de la Ferme du Milieu (l'Annonciation) ; la troisième près de la ferme d'en haut (l’Ascension, canton de Lynch, comté de Montcalm) et la quatrième à la tête du grand lac Maskinongé, entre le lac aux Sables et les îles sur la Nation (canton de la Minerve). Je n'ai plus qu’à placer une église dans Ponsonby, Addington et Arundel. Celle d'Ambherst est fixée. Je m'occupe des autres qui ne le sont pas encore. On est à arpenter le canton d’Amherst qui se colonise à vue d’œil.
‘M. Ouimet grippe partout. Dans un voyage à Québec, il a eu six ornements. Le surintendant l’a beaucoup secondé.
‘# J'ai dit la première messe à la chute aux Iroquois le jour de la Nativité M. Ouimet aimerait à baptiser Clyde du nom de la Conception, et si on continuait ainsi en remontant, nous aurions la Nativité et la Purification.
‘ La rivière Rouge, sur un parcours de $5 milles à partir du nord de Clyde, a d'excellentes terres de chaque côté. En un mot nous avons dans ces régions des bonnes terres pour au moins trois mille familles.”
A cette lettre, monseigneur répondit comme suit :
‘# EVÊCHÉ D'OTTAWA, 31 septembre 1878.
‘ RéÉv. A. LABELLE, Saint-Jérôme,
‘* Je vois avec plaisir que votre zèle pour la colonisation augmente de plus en plus. Soutenez votre œuvre. Elle est belle et le rèsultat que vous obtiendrez sera magnifique. Placez des églises, appelez la population dans ces régions nouvelles qui peuvent donner l’abondance à des centaines de families ; arrachez des villes des bras vigoureux qui peuvent travailler, et vous rendrez un service immense au pays.
‘“ Je vous autorise à prendre des lots au nom de la corporation épiscopale dans tous les cantons où vous le jugerez utile. Donnez aussi aux missions les nom de l’Immaculée-Conception,
de la Nativité, de la Purification, et plus tard, vous pourrez donner celui de l’Assomption.
TJ. THomas, évêque d'Ottawa.”
Le terrain de l’église de Saint-Jovite comprenait 213 arpents, 13 dans le village, donnés en 1878, par MM. Joseph Sarrasin et François Lacasse, et 200, non loin de là, acquis du gouvernement par la corporation épiscopale.
Sur le terrain du village, M. Ouimet construisit sa résidence. C'était une grande maison en bois, de 40 pieds sur 30, dont tout le haut servait de chapelle temporaire, jusqu’à ce que la construction d’une église définitive permit de l’aménager en véritable presbytère.
A peine installé en permanence à Saint-Jovite, le zélé missionnaire fit sentir aussitôt la douce et salutaire influence de la religion parmi les pauvres colons. Tout prospéra.
Dès le mois de septembre 1883, Mgr. Duhamel cédant, pendant sa visite pastorale, aux pressantes instances de la population, autorisa la mission à construire une église, avec cette condition, toutefois, qu’elle serait en pierre et qu’elle serait la merveille du pays. Cette condition, sans glacer l’ardeur des citoyens, les rendit circonspects, et fut cause qu'ils attendirent un peu avant de com-
mencer.
Enfin, en 1889, le temps favorable parut arrivé.
Avec l’autorisation de monseigneur le contrat de construction fut donné à MM. Martineau et Fauteux, entrepreneurs, pour la somme de $11,000. On eût la prudence de ne bâtir que les murailles et la toiture, réservant à plus tard les travaux de l’intérieur.
Monseigneur bénit, le 13 juillet 1889, la première pierre de l'édifice, et, le 19 décembre de la même année, Mgr. Labelle, protonctaire apostolique, délégué, fit la bénédiction solennelle du nouveau temple, au milieu d’un grand concours de prêtres et de fidèles. L'église de Sainte-Jovite, comme nous l’avons dit, était loin d’être terminée. Toutefois, à partir de cette époque on y dit la messe, et le Rév. M. Ouimet put diviser et aménager définitivement son presbytère.
L'église de Sainte-Jovite a cent pieds de long, et cinquante de large.
L'année suivante (1890) une vaste et belle sacristie fut construite. Cette même année, le 19 octobre, les stations du chemin de la croix furent érigées dans l’église à la place du vieux chemin de croix de la chapelle dont l'érection datait du 15 février 1880.
C'est de cette époque également (septembre 1890) que date l'établissement, à Sainte-Jovite, des sœurs de la Sagesse. Sur la demande du curé, monseigneur céda à ces bonnes religieuses un vaste terrain de cinq arpents sur lequel elles ont élevé leur pensionnat. Leur établissement a prospéré et occupe aujourd’hui jusqu’à huit sœurs.
Sous l’habile direction de M. Ouimet, la paroisse a fait de tels progrès que, en 1895, elle s’est sentie de force à faire achever l'église. Ces travaux intérieurs, qui ont coûté de huit à neuf mille piastres, ont été confiés à l’entrepreneur Fauteux et menés à bonne fin en mai 1896. L'église de Saint-Jovite, aujourd'hui complètement terminée, est non seulement la plus belle du Nord, mais elle peut réellement compter parmi les plus vastes et les plus remarquables du pays. Elle a coûté, tous frais payés, une vingtaine de mille piastres.
Pour aider aux constructions, une partie de la terre de la fabrique—cent arpents—a été vendue à M. Frs. Léonard, au prix de $1,200, ce qui a diminué d’autant la dette de la paroisse.
En 1895, un nouveau cimetière fut érigé, à douze arpents du village, dans un bel emplacement de quatre arpents, donné par Mde. Veuve Sixte Coupal.
Une croix magnirique au pied de laquelle on a érigé une petite chapelle qui sert de reposoir pour les processions, a été plantée en
On compte à Saint-Jovite plusieurs sociétés ou confréries :
L'union de prières, 30 décembre 18586.
La Sainte-Famille, 5 mars 1893.
Le Saint-Rosaire, 7 décembre 1893.
Deux retraites furent prêchées dans la paroisse ; l’une, en mars 1883, par le R. P. Jean Raynel, jésuite ; l’autre, en mars 1893, par le R. P. Gladu, oblat.
Six écoles ont été successivement établies, en 1880-81-84-87- 90. Comme nous l'avons dit, l'école du village est tenue par les filles de la Sagesse, qui possèdent en même temps un pennionnat.
La paroisse de Saint-Jovite est aujourchui la plus prospère de tout le nord. Elle comptait, en 1895, deux cent cinquante familles. Mais, depuis une année, une centaine de nouveaux colons s’y sont rendus. Les protestants sont peu nombreux, une quinzaine de familles en tout.
Il convient de rendre ici un solennel hommage à M. Samuel Ouimet. Ce prêtre zèlé est, avec M. Labelle, le fondateur de toutes les missions du nord dont il a été, pendant plusieurs années, l'unique desservant.
Le village de Saint-Jovite est déjà grand et bien bâti. Il compte cent dix familles. Construit à la jonction des routes de Grenville et de Saint-Jérôme, resté pendant quelque temps terminus du chemin de fer, il est devenu le centre commercial du pays environnant, et tout porte à croire qu'il se transformera, sous peu, en une jolie petite ville. Le canton de Salaberry est généralement propre à la culture.
Telles sont les paroisses du comté de Terrebonne. Elles faisaient autrefois partie du comté d'Argenteuil, comme nous avons vu.
Voici le tableau du recensement de 1891.
Canadiens français
Irlandais. Protestants. Total.
COMTÉ DE MONTCALM.—PAROISSE DE SAINT-DONAT ET MISSION DE SAINT-AGRICOLE,.
Les documents pour l’histoire de ces missions nous font presque compiètement défaut.
Le mouvement de colonisation ayant semblé, en 1874, vouloir se diriger vers cette partie lointaine du pays, monseigneur de Montréal résolut d'y envoyer un missionnaire qu'il soutiendrait à ses frais. Une cloche de 200 livres fut bénite dans la chapelle de l'évêché, le 25 octobre 1874, par Mgr. Fabre, alors coadjuteur de Montréal, à l'intention de la nouvelle mission de Saint-Donat, au canton de Lussier. Déjà depuis quelques semaines (7 septembre) uu jeune prêtre, M. Alexis Henri Coutu avait été nommé à ce poste de dévouement.
Le Rév. M. Coutu parvint, avec de l'argent recueilli partout, à se construire une pauvre maison, dont l'étage supérieur servit de chapelle, et qu'il bénit solennellement (1er novembre 1876) en présence de toute la colonie. L'année suivante (28 octobre 1877) il y érigea les stations du chemin de la croix. M. Coutu fut remplacé à Saint-Donat (25 novembre 1881) par le Rév. Gaspard Bérard, lequel eut lui-même pour successeur (25 septembre 1884) le Rév. Onésime Lachapelle.
Sous l'administration de ce dernier, un chemin de croix fut érigé dans le cimetière (13 juillet 1888) par un rédemptoriste, le Rév. Père M. J. Mussely, qui préchait alors une mission avec un compagnon, le Père Godts, de la même congrégation.
On doit encore au Rév. M. Lachapelle la construction d'une chapelle, d'une sacristie et d'un presbytère (1888). Par bref de la Propagande (30 janvier 1889) la mission de Saint-Donat qui se
= 6e he ee NE DO EE
trouvait incluse dans les limites du diocèse d'Ottawa, fut définitivement adjugée à ce diocèse.
Monseigneur y vint donc faire pour la première fois (été de 1889) la visite pastorale. Il constata de visu que le nouveau presbytère était complètement terminé et convenable, mais qu'il n’y avait en réalité que la charpente de l’église de faite.
M. Lachapelle fut remplacé (1er mars 1890) par un autre jeune prêtre de Montréal que Mgr. Fabre prêta temporairement à Ottawa, le Rév. M. S. G. Casaubon. M. Casaubon partit le 28 août 1892 et eut pour successeur à Saint-Donat le Rév. M. P. Garon, vicaire à Sainte-Anne d'Ottawa, lequel est demeuré dans cette mission jusqu’à nos jours. Il vient d’être transféré (29 sep. tembre 1896) à la cure de Saint-Faustin, et son frère, M. Isidore Garon, curé d’Aldfield au vicariat de Pontiac, lui a succédé à Saint-Donat. M. P. Garon a fait des travaux dans l’église de Saint-Donat et y a érigé (1er janvier 1893) les stations du chemin de la croix.
La société des dames de Sainte-Anne a été fondée dans cette paroisse depuis le 18 juin 1880.
Deux écoles y sont ouvertes : la première date de septembre 1882 et la seconde de 1883.
Cette pauvre paroisse, trop éloignée du chemin de fer, grandit à peine. Lorsque Mgr. Duhamel en prit possession en 1889, il y trouva une cinquantaine de familles. Le nombre de ces familles s'élève actuellement à 72 ; mais elles n’ont point dépassé la première et difficile étape de la colonisation ; c'est assez dire que le prêtre n'y peut vivre que grâce aux subsides du diocèse.
Le curé de Saint-Donat visite également une pauvre et petite mission du nom de Saint-Agricole, au canton d'Archambeault. Saint-Agricole ne comptait en 1893 que 19 familles, toutes canadiennes comme à Saint-Donat.
Le recensement du comté de Montcalm ne donnait en 1891, pour la partie appartenant au diocèse d'Ottawa, que 300 habitants tous catholiques et canadiens.