‹ Visite pastorale de Mgr. J. Thomas Duhamel dans le haut de l'Ottawa [microforme]Chapitre 270 sur 348 · RS UE RS RS D CES ES 2 RS · texte numérisé non relu

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Dans la réserve établie sur le haut du lac par le gouvernement, se trouvait un certain nombre de familles métis écossais qui, loin de périr, se maintenaient et vivaient dans une prospérité relative, grâce sans doute à leur santé plus robuste et à leur esprit plus industrieux.

Les Pères y faisaient des visites régulières et disaient la messe, en attendant la construction d’une chapelle, dans la maïson de M. McBride, un de leurs chefs les plus respectés.

Nous noterons le 4 juin 1882 comme un jour mémorable dans l’histoire du lac. Ce jour-là, en effet, on entendit pour la première fois sur ses eaux paisibles le sifflet d'un bateau à vapeur. Ce bateau construit au Témiscamingue par M. Olivier Latour, marchand de bois, pour le transport des voyageurs et des vivres des chantiers, était le précurseur de plusieurs autres qui devaient se succéder chaque année et l’avant-coureur de la colonisation.

La colonisation commença par les Pères oblats eux-mêmes.

À deux ou trois milles au nord de la mission, dans la province de Québec, se trouve une vaste baie appelée alors baie de Kelly du nom d’un pauvre irlandais qui y avait bâti sa hutte en 1871, mais connue aujourd’hui sous le nom de baie des Pères. La inontagne des Laurentides expire au pied même de cette baïe pour faire place à une plaine immense et fertile d'autant plus facile à cultiver que la forêt y avait été dévastée par le feu. C’est sur le bord de cette baie que le Père Paradis et le frère Moffat fondèrent la fameuse ferme des Pères qui leur fut d’un si grand secours et qu’on peut considérer à juste titre comme le centre du pays et le noyau de la colonisation.

Mais avant de parler des colons, il convient de résumer ici brièvement l’histoire religieuse du pays.

La mission du Témiscamingue reçut pour la première fois, en juin 1884, la visite de Mgr. Lorrain. Ce prélat, accompagné des PP. Paradis, Gladu, Dozois et du Rév. M. Proulx, de Montréal, poussa plus loin sa visite, et descendit jusqu’au poste d'Albany, sur la baie d'Hudson, dans un grand voyage, dont les péripéties ont été racontées par M. Proulx.

Le 14 septembre 1884, le Père Paradis quitta le Témiscamingue et fut envoyé en résidence à Maniwaki.

Le 15 mai 1885, le vieux Père Déléage accablé de fatigues et d’infirmités, quitta à son tour la mission. Il se fit conduire à l’hôpital d'Ottawa où il mourut pieusement le 13 d'août, belle date pour un oblat de Marie. Quelques semaines plus tard, ie 4 octobre, le vénérable Père Laverlochère le suivait dans la tombe, à l’âge de 72 ans. Il fut enterré au pied de la grande croix du cimetière du fort, au milieu de ses chers sauvages qu'il avait jadis évangélisés et convertis et dont il est resté, encore après la mort, le protecteur.

La maison de Témiscamingue, appauvrie par cette triple perte, avait besoin d’être fortifiée et rajeunie par l’infusion d’un sang nouveau. Le 17 septembre 1885, le Père Méderic Prévost, supérieur de Maniwaki, revint au Témiscamingue, où il prit la direction de la mission. Quelques mois auparavant, le 31 mars, un jeune religieux, le Père Fafard, avait succédé au Père Paradis, de sorte que les œuvres se poursuivirent sans avoir eu à souffrir des changements.

L'année suivante, en mars 1886, le Père Prévost, malade, partit pour Ottawa pour ne plus revenir ; il fut remplacé par le Père Thérien.

Le Père Guéguen fut à son tour transféré à Maniwaki le 27 novembre 1886. Mais son changement de résidence n'ayant influé en rien sur ses attributions, il continua, comme auparavant, ses missions chez les sauvages et n'eut pas hesoin de successeur, de sorte que le personnel de la mission de Témiscamingue se trouva réduit aux PP. Thérien, supérieur, Mourier et Fafard, mission-

naires.

La chapelle de la mission des sauvages au Grand Lac, fût bâtie pendant l'été de 1885, par les PP. Guéguen et Fafard. On ne comptait déjà plus à cette époque (1886) dans tous les postes environnants que quelques centaines d’indiens, comme l'indique la

statistique ci-dessous :

Familles. Ames.

Algonquins du Témiscamingue.... 20 ve la téte du LaCie emenves 25 190 A Mate Wan sans mauvais 20 Bras Au Grassy Lake... sis 24 107 Au Grand Lac Osbibwanine es £5 17

Soit environ 500 âmes.

Cependant, si les indiens disparaissaient, les blancs prenaient leur place, En décembre 1887, 112 famiiles de colons étaient déjà établies dans le pays, surtout autour de la ferme des oblats. Dans ces conjonctures, il fut jugé urgent d'abandonner la pointe de sable sur laquelle s'élevait la mission et de s'établir définitivement à la baie des Pères. L’arpenteur Dumais y traça le plan d'un village ; le 14 mai 1886, les PP. Antoine, Gendreau, Poitras et Fafard vinrent déterminer l'emplacement où l’on devait bâtir à la fois l’église, le presbytère et la maison des sœurs-grises, et dès le mois suivant, ordre de commencer les travaux fut donné. Le Père Fafard fut la cheville ouvrière de cette grande entreprise. L'église, le presbytère et le couvent sont en bois lambrissés de briques ; ils se ressentent un peu de la rapidité avec laquelle ils furent construits, sans laisser pour cela d’être fort convenables et de présenter un bel aspect au fond de la baïe qu'ils dominent.

L'église a 90 pieds sur 45; le presbytère, à deux étages, est long de 46 pieds sur une largeur de 36 sans compter la cuisine ; enfin, la résidence des sœurs est un joli corps de bâtisse également à deux étages avec deux ailes, l’une pour l'hôpital, l’autre pour l’école.

Ces constructions furent ouvertes et livrées le 25 décembre 1887. L'ancien titre de Saint-Claude disparut et la nouvelle église fut dédiée à Notre-Dame du Rosaire. Dans les premiers jours de 1888, les sœurs ouvrirent simultanément leur école et lhôpital, où malades et enfants ne tardèrent pas à affluer. Dars le courant de cette année 1888, les frères Lapointe et Tremblay construisirent des bancs, le Père Saint-Ourens, des frères prècheurs, vint, comme il convenait, ériger dans la nouvelle église de Marie l’archiconfrérie du Saint-Rosaire, et le Père Augier, provin-

cial, bénit une cloche de 600 livres, présent de M. Emmanuel Tassé. Parmi les bienfaiteurs de l’église, citons le bourgeois de chantiers M. J. R. Booth, qui donna le bois, la société de colonisation du diocèse d'Ottawa, qui fournit $100, le Père Poitras et M. Loughrin, député provincial, de Mattawa. A ia fin de cette année, un commencement de village d’une vingtaine de maisons s'était déjà formé autour des Pères.

L'ancienne chapelle de la mission fut démolie, en 1890, et ses matériaux furent transportés auprès d’une mine d’argent qui donnait alors de grandes espérances ; ils s’y trouvent encore aujourd’hui. Quant à la vieille chapeile de M. de Bellefeuille, située à côté du fort, elle disparut également eu 1890, avec les magasin de la compagnie de la baie d'Hudson.

En 1888, on construisit à la tête du lac, dans la réserve des métis écossais, une chapelle à laquelle on donna la vieille cloche de la mission. Depuis 1875, cette réserve possédait un cimetière bénit par le Père Guéguen.

Le 30 août 1888, le Pére Thérien, fatigué des responsabilités du supériorat, remit sa charge au Père Fafard ; à la même époque, le 14 août, le Père Desjardins arriva au Témiscamingue. C’est alors que le Père Fafard commença les démarches pour la fondation d’une résidence permanente dans les régions abandonnées de la baie d'Hudson, à Albany. Déjà, en 1880, il avait remplacé le Père Nédelec dans cette mission périlleuse. Le Père Martinet, visiteur, lui accorda en 1891, la permission sollicitée, et dès le commencement de 1892, l’intrépide missionnaire, accompagné du Père Guinard et d’un frère, partit pour Albany, où les voyageurs arrivèrent en juin après des souffrances de toutes sortes.

Le Père Thérien redevint donc supérieur à la baïe des Pères. Il y reçut de nouveaux auxiliaires : le vieux Père Nédelec, qui quittait Mattawa, et le Père Deguire, jeune prêtre récemment ordonné, qui, d’ailleurs ne fit que passer à Témiscamingue. Le Père Desjardins, malade, rentra à Ottawa.

Pendant l’année 1891, deux nouvelles chapelles avaient été construites : l’une à la mission des sauvages du lac des Quinze et l’autre à la tête du Long Saut, au Gordon Creek, Cette dernière

fut bénite le 6 septembre 18c1, par Mgr. Lorrain, sous le titre de Notre-Dame de Bonsecours.

À partir de cette époque, la grande procession du 15 août, fête nationale des sauvages fut transférée à la tête du lac, poste devenu plus central pour eux que la baie des Pères.

En 1892, le Père Langevin, d'Ottawa, prêcha avec de grands fruits une retraite à la paroisse. Cette même année, on construisit le clocher et l’on bénit les deux statues de saint Joseph et de sainte Anne.

En 1893, le progrès de la colonisation dans le canton Guigues rendit nécessaire la construction d’une école qui sert en même temps de chapelle temporaire. Le Père Nédelec mourut, comme nous savons, à Mattawa, le 24 février 1896. La communauté de la baie des Pères se compose actuellement d’un nouveau supérieur, le Père Perrault, nommé en juin dernier, des PP. Thérien, Mourier et Beaudry, ce dernier, arrivé depuis le printemps et chargé des sauvages, à la place du Père Nédelec, et enfin du Père Valiquette, sorti du collège d'Ottawa en septembre 1896.

Le Père Lacasse, un moment nommé à la résidence du Témiscamingue n’y a point séjourné.

Il nous reste à raconter maintenant l’histoire de la colonisation autour du lac dans la province de Québec.

‘€ Jusqu’en 1883, lisons-nous dans une brochure du temps,* la colonisation de cette région n'avait été qu’une série d’efforts isolés. A cette époque, le Rév. Père Paradis explora la vallée du lac Témiscamingue et démontra qu’une quarantaine de riches paroisses pourraient facilement s’y fonder.

‘“ Sur sa demande, le Père Gendreau, procureur du collège d'Ottawa, fut envoyé par ses supérieurs faire l'exploration de ces terres. Ce révérend Père nouvellement entré dans la congrégation des oblats était l’homme voulu: il avait établi une dizaine de paroisses nouvelles dans les cantons qui forment aujourd’hui le diocèse de Sherbrooke et acquis dans ce ministère une expérience précieuse.

* Colonisation au Lac Témiscamingue, &c., publiée par le ministère de l'Agriculture à Ottawa,

‘© Il constata, en effet, que la région du la: Témiscamingue offrait un vaste champ à la colonisation, mais ne se dissimula pas les obstacles qu'il y aurait à surmonter.

‘ Ne faudrait-il point lutter contre des intérêts tout autres ? Et puis quelles difficultés n’y aurait-il point à vaincre pour établir des moyens de communications ?

‘{ Le Rév. Père Gendreau ne se laissa point arrêter par ces obstacles, et à son retour, il adressa à ses supérieurs un rapport dans lequel il endossait les dires du Pères Paradis sur la facilité du défrichement et la richesse du sol. Mgr. l’archevêque d'Ottawa, dont le cœur bénit tout mouvement généreux, convoqua une assemblée dans son palais archiépiscopal et soumit aux personnes intéressées dans cette œuvre religieuse et patriotique un rapport du Rév. Père Paradis imprimé depuis sous le titre de Za région du Témiscamingue.

‘ De ce jour date, on peut le dire, le projet de fonder une société de colonisation du lac Témiscamingue.

‘* Dès le mois de septembre suivant (1884) le Rév. Père Paradis organisait une excursion à Témiscamingue, mais pour des causes qu’il serait inutile de relater ici, l’excursion fut remise au mois d'octobre. Sur ces entrefaites arrivèrent de Paris à Ottawa deux messieurs en cherche de terrains propres à la colonisation et chaudement recommandé par un ami sincère du Canada, M. Claudio Janet. Accompagnés du Rév. Père Paradis, de M. Laperrière, de M. Armstrong et de plusieurs autres personnes, ces messieurs profitèrent de l’occasion qui se présentait, se rendirent au lac Témiscamingue et en revinrent enchantés. Ce fut l’occasion d’un mouvement en avant dans l’organisation de la société. Une assemtlée des principaux citoyens s'intéressant à cette œuvre fut convoquée au palais archiépiscopal d'Ottawa vers la mi-novembre et un rapport verbal fut fait par les expéditionnaires. Séance tenante un comité composé du Rév. Père Gendreau, de MM. Laperrière, Chabot et Ennis fut chargé de préparer les règlements et constitutions de la nouvelle société.

‘4 Ce comité se mit à l’œuvre sans retard et bientôt, dans une séance convoquée sous le haut patronage de Nos Seigneurs les

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