XIV INTRODUCTION
font des vers en langue vulgaire, et les font pour des dames qui sont vertueuses. Dans ces jardins de Florence, où folâtreront plus tard d'autres dames, leurs libres petites nièces, celles du Decaméron et du Paradis des Alberti, on voit passer graves, dignes, un peu hautaines, mais aimables pourtant, souriantes, et, pour tout dire, courtoises, les dames de la Vita Nova.
Chaque dame avait son poëtc, et chaque poëte sa dame.
Dante put se complaire en une pareille compagnie; car il était poëte plus encore que toute autre chose. Il nous indique qu'il avait appris, à lui tout seul, à faire des vers ; et des vers en langue vulgaire furent la première forme que reçut sa pensée. Quels furent ces vers ? Ils ne purent être que des vers amoureux, conformes aux principes de l'école poétique qui régnait de son temps, et que l'on nomme souvent courtoise, du nom des cours lettrées où elle a spécialement été pratiquée. Tout jeune donc, Dante a composé des poèmes, semblables par le sujet, la forme et le mètre, aux poèmes que les trouvères de France, de Provence et d'Italie composaient depuis deux siècles à satiété. Les formes de cette poésie étaient rigoureusement fixées par une tradition. Le jeune poète, au début surtout, se conforma fidèlement à cette tradition, en tout ce qui touche le langage et les termes de l'amour, et aussi les circonstances usuelles de la vie amoureuse. S'il innova, ce fut peu à peu, et chaque jour un