INTRODUCTION XVII
I! ne faut pas h confondre avec le inouvenienf idéaliste, qui modifiait depuis quelques années déjà la veine d'inspiration des poètes courtois. La poésie amoureuse du xii^ siècle avait été très naïve et très sensuelle ; au xiii^ siècle elle tendit à se purifier. Les poètes s'efforcèrent d'idéaliser la femme et l'amour. Cela est si vrai que plusieurs poètes, français notamment, du xiii*^ et des débuts du y^v^ siècle, arrivent à se rencontrer, par la pensée, et presque par l'expression même, avec des Italiens du Doux Style nouveau. Nous trouvons dans Adam de la Halle tels accents qui font songer à la Vita Nova ;
Car via Datne est tant douche à resgarder que maiivestés ne porroit deniorer en cuer d'onie qui la voie '.
C'est ici l'expression de l'idéal féminin de la chevalerie ; la Dame ici chantée est celle pour laquelle on se croise et l'on combat l'infidèle, celle qui hait toute bassesse et toute lâcheté, et pour plaire à laquelle il n'est rien, que de bien vouloir et bien faire. Renan a dit quelque part l'influence de civilisation et de moralisation qu'eut la femme chrétienne et la pudeur chré-
I Cf. Bertoni, II dolce stil nuovo dans Studi medievali, ivl. II, Jase. j,p. 3/2, sq., et Guy, Adam de la Halle, Paris, iScjS. —A peine ai-je besoin de dire que Je ne fuis ici que résumer, telles que je les comprends, les nombreuses et souvent excellentes études pnblii'es récemment en Italie sur le Dolce stil nuovo. — Je recommande en particulier la belle Lecture donnée à Florence par Vittorio Rossi {insérée dans Lectura Dantis. Le opère minori. Florence, ic)o6, p. SS, sq.).