XX INTRODUCTION
tater avec une extrême précision ; il a eu raison, car la chose mérite qu'on y apporte une attention très grande. Ce fut en effet une rupture étrange, une circonstance, quand on y pense, barticulière, et presqu unique dans l'histoire des lettres.
Il faut se rappeler d'où était née cette poésie amoureuse du moyen-dge, que l'on voit ici s'affiner si singulièrement. Elle tirait son origine de sources qui ne sont guère pures ; une des principales est la basse poésie galante de l'Empire Romain. Gaston Paris nous le montrait bien \ (avec les réserves voulues) ; il a fait voir aussi combien par essence cette poésie était, malgré toute apparence contraire, antimatriniofjialeet donc antichrétienne. Née profane, elle va, par le cours des siècles, fuir sacrée. D'Ovide au départ, elle va à l'arrivée aboutir à saint Thomas d'Aquin. « Cet Art d'Aimer, dit Gaston Paris, alla s'élevatit et se subtilisant de plus en plus... », — et cela est la vérité même, — mais Gaston Paris ajoute « ... et il finit par devenir si sublime et si ténu qu'il s'évanouit en une sorte d'éther mystique. » — Je ne suis pas sur de suivre tout à fait jusqu'à ce point la pensée de l'illustre maître ; sans doute comme lui, je prends quelque
I. Voir iiolannneiit sa hcUe lecture à l'Institut sur « Les anciennes versions françaises de l'Art d'Aimer et des Remèdes d'Amour d'Ovide » dans : La poésie du Moyen- Age {Paris, i8Sj). — Voir aussi, pour ce qui suivrai, sou compte-rendu de la i'^ éd. du livre de Jeanroy sur Les Origines de la poésie lyrique (tirage à part du Journal des Savants. Pans, iSc)2), — et La Littérature Française au Moyen-Age. Paris, iSSS.