‹ Vita novaChapitre 17 sur 77 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

plaisir à Fobjectivité réaliste un peu sensuelle du haut moyenâge français ; je suis d'accord aussi avec lui pour penser que le vieil Art d'aimer spiritualisé est arrivé parfois , avec Cavalcanti par exemple, à s'abstraire par trop en subtile quintessence. Mais Dante l'attendra au passage, avec son génie de vérité plastique, avec ses fermes mains d'ouvrier ; il ne le laissera pas s'amenuiser en je ne sais quel jeu aérien de métaphores impalpables. Il va au contraire l'emplir d'humanité vivante. Dans sa suprême aventure, le vieil Art d'aimer va s'épanouir en rien moins qu'en la Vita Nova et la Divine Comédie.

Dante n'avait donc pas tort de nous montrer que cette singulière transformation de l'antique poésie était chose unique et profonde. Le Doux Style nouveau n'est pas seulement une tendance générale de l'esprit du poëte vers l'idéalisme ; c'est une méthode poétique, née en un certain temps et un certain lieu : Nous pouvons préciser l'un et l'autre : le temps c'est la dernière moitié du xiii^ siècle ; le lieu, c'est Bologne. Le Doux Style nouveau est d'origine bolonaise ; son premier poète fut le bolonais Guido Guini^elli. On verra combien il importe encore de retenir ce point '.

Guini^elli n'est pas seulement un poëte à tendances idéalistes, de ceux qui s'appliquent à contempler seulement en Madame ses grâces et ses charmes les plus spirituels. Il fait

I. A l'époque où nous nous ptaçons, Dante probalilement n'avait jamais été à Bologne. C'est par voie indirecte que l'enseignement bolonais, aussi bien poétique que philosophique, était venu jusqu'à lui.

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