‹ Vita novaChapitre 18 sur 77 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

plus : il s'efforce de spirituaïiser complètement Madame, de la contempler dans la seule beauté de son âme. Ce qu'il chante est encore l'amour, tels que les poètes le chantaient depuis des siècles ; mais il va le dépouiller de tout ce qui le fait charnel et périssable. Comme Dante et avant lui, il ne désire plue de Madame que le bien moral quelle peut donner à l'âme et la béatitude qui en résulte. Comme lui et avant lui, il chante l'effet du Salut de Madame, qui est véritablement Salut, puisqu'en le cœur il détruit tout vice, et qu'il y met toute humilité et gentillesse. Comme lui encore et avant lui, il pose la théorie philosophique de l'Amour, suivant les principes de la scolastique et c'est lui que Dante citera comme autorité, dans son sonnet métaphysique : Amour et cœur gentil.

Au point où GuiniÂ^elli a amené la poésie, elle n'est donc plus que l'idéalisation chrétienne de l'amour et de la femme. L'éloge traditionnel de la femme dans sa beauté, dans le charme de son être, dans le bofiheur que son amour promet à l'homme depuis le jour où Dieu au Paradis terrestre les créa l'un pour l'autre, s'est peu à peu limité à la seule part spirituelle de cette beauté, de ce charme, de ce bonheur. Pour pousser jusqu'à ce point l'éloge de Madame, le poëte reste cependant fidèle aux formules des vieux chanteurs d'amour profane. Ces formules se plient aisément au symbolisme traditionnel de l'Ecriture et des Pères de l'Eglise. Car depuis les jours du Cantique des Cantiques, on a souvent vu transposer du profane au sacré et du naturel au surnaturel les images et le langage de l'amour. La littérature chrétienne apporte au

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