INTRODUCTION XXIII
poé'te un trésor de ces moyens d'expression : ce sont spécialement les images radieuses par lesquelles les plus lyriques des Pères de l'Eglise ont peint la joie de l'âme sanctifiée dans la possession de l'amour de Dieu, la transfiguration des âmes dans l'éternelle béatitude. Se conformant à la pensée et à la langue même de l'Eglise catholique, le poète va béatifier Madame, la canoniser, la transporter illuminée au Paradis '.
Encore un peu plus et Madame s' immatérialise tout à fait, son amour n'est plus que la charité, sa beauté que la vérité éternelle. Mais non ! Ce restera toujours Madame, et la poésie théologique de ces poètes singuliers sera toujours, comme nous le verrons, une poésie amoureuse. Sur ces limites presqn'insaisissables de la terre et du ciel, où la tendresse humaine se confond presque en l'amour de Dieu, Dante, dans son voyage surhumain, apercevra la figure de Guiniielli, son maître. Ce sera sur le dernier degré de la montée du Purgatoire, très haut déjà sur la route de pénitence, mais non cependant tout en haut ; encore un peu plus outre, et le maître du Doux Style nouveau aura franchi le dernier échelon et effacé la dernière souillure ; sa flamme, suivant la belle expression d'un de nos poètes, aura consumé ce qu'elle avait d'impur. // n'a plus qu'à sauter le dernier pas, pour traverser le rideau embrasé, qui seul le sépare du sommet
I. Dans sa Béatrice beata, E. Proto a fait voir combien Dante, dans la V. N. notannneut, a fait d'emprunts directs aux lettres de S. Jérôme à Eustochie, où il s'agit du bonheur du ciel.