‹ Vita novaChapitre 28 sur 77 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

plusieurs bons manuscrits. Souvent en effet ces explications dont je parle, ce que Dante appelait les divisions, ont été considérées comme des lourdeurs pour le texte ; on les en a détachées et on les a rejetées en uuirge, ainsi qu'il était d'usage de rejeter les gloses. Et sur la foi de qui donc, les scribes se sont-ils crus autorisés à porter la main sur le texte qu'avait arrêté le souverain poëte lui-même ? Ce n'a pas été sur la foi du premier venu assurément, mais sur la foi de Boccace, l'admirateur et le disciple de l^inte, son historien et son commentateur officiel.

Tous les manuscrits qui détachent du texte les divisions dérivent d'un manuscrit type que Barhi a reconnu avec certitude être un autographe de Boccace'. Pour disposer ainsi librement du texte de son maître, Boccace se prétendait autorisé par la tradition du maître même. Il a laissé pour sa justification une note fort curieuse, écrite de sa main en tête de son nmnuscrit : les personnes, affirme-t-il, les plus dignes de foi lui ont rapporté que Dante, devenu plus avancé « en âge et en expérience », avait honte un peu de l'œuvre de sa

I. C'est le Ms. de la Bibliothèque capitulaire de Tolède (Cajon 104, 11° 6) provenant du cardinal Zelada. — Cf. l'édition de la V. N. de M. Barbi {Florence, i^o";-), notamment pp. uv et ccxw, et (pour le texte de la note de Boccace) p. xix, et le fac-similé du Ms. de Tolède, dans la même édition, avant le texte. — Barbi s'appuie, pour démontrer le caractère autographe du Ms. sur les récents travaux de Hecker et de notre distingué compatriote Hâuvetie. Ils ont dissipé, dit-il, « le scepticisme qui régnait parmi les érudits sur les autographes dt Boccace. »

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jeunesse ; mais parmi les erreurs qu'il lui déplaisait le plus d'y avoir commises était ce fait « d'avoir renfermé les divisions dans le texte ». Cette manière de faire lui paraissait digne d'un enfant. — « opéra troppo puérile ». Boccace donc, en détachant les gloses du texte, avait cru suivre le désir de l'auteur, son « appetito », dit-il, se servant de l'expression habituelle à Dante.

Il eut tort. Et en effet il ne put accomplir cette extirpation que Dante, après tout, n'avait pas faite qu'en marquant des points de suture ; ils sont asse:(^ profonds en certains endroits. Le lecteur attentif apercevra aisément ces points, et notamment l'amputation d'un passage curieux et naïf, où Dante, après la mort de Béatrice, déclare que désormais les divisions seront placées avant les poèmes et non plus après ; or, l'on sait quelle raison sentimentale il donne de cette interversion : ainsi disposées, dit-il, les chansons apparaîtront sans nul suite ni cortège : « elles sembleront plus veuves ' ,/ » Ce trait que la correction de Boccace doit nécessairement faire supprimer, nous montre combien Dante, alors qu'it écrivait la Vita Nova, attachait d'importance, même esthétique, à la présence de ces commentaires d'école, où son enthousiasme d'écolier voyait des ornements et non pas des lourdeurs.

Ce détail de composition me parait instructif entre tous, et c'est à dessein que f y insiste. Il ne faut pas regretter la pré-

1. Il y aurai l à voir si cela ne se pourrait pas rattachera quelqu usage florentin concernant le veuvage.

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