XXXIV INTRODUCTION
sencedes gloses archaïques ; il faut y reconnaître un des caractères de l'œuvre. Nous avons ici une construction d'un modèle inconnu jusqu'alors ; celui qui l'édifie, toute neuve ainsi et toute hasardeuse, est un homme très jeune et très sincère, au, cœur ardent mais pieux, savant déjà, mais encore sans expérience ; et ce jeune audacieux s'élève peu à peu jusqu'aux plus hauts sommets de la vérité morale, entrecroisant, pour appuyer son ascension téméraire, les échelons légers de la lyrique courtoise et les gradins massifs de la philosophie scolas tique. Quelle œuvre étrange il construit ! C'est nue œuvre de science et d'amour^ : il est seul à en connaître le secret ; il sait quel trésor est caché sous les apparences gracieuses de la vie amoureuse : ce sont les doctes émotions des études solitaires où son âme chaque jour se plonge ; ce sont les conclusions des premiers raisonnements dialectiques dont son droit intellect ait pu se satisfaire. Il s'avance donc, il approche du trésor avec prudence et avec une lenteur consciencieuse : il assure solidement chacun de ses pas. « Ses scrupules, dit très bien 0:{anam, sont allés fusqii à vouloir rendre compte ex professe^ par une rigoureuse analyse, des sonnets et des ballades où sa jeune
I. Une pensée, fatniliîre à la philosophie scolastique, qu'il faut sans cesse garder à l'esprit, pour entendre la V. N. est celle-ci : « Le principe de l'amour est la science ». Cette pensée qui peut à première vue paraître extraordinaire et propre seulement aux développements mystiques, se résout cependant en une vérité première évidente, lorsqu'on la prend sous ces formes : « Pour aimer, il Jaut connaître », et surtout: « Nul n'aime ce qu'il ne connaît pas. »