INTRODUCTION XXXVII
Faut-il chercher à la comprendre ? Ne vaudrait-il pas mieux simplement se laisser bercer par le charme des mots et des images, et ravir par leur imprécision même ? C'est un parti à prendre et j'avoue l'avoir recommandé naguère moi-même au Candide lecteur '.
Mais s'en tenir là nest pas rendre justice au poëte philosophe.
Je crois qu'il faut chercher le sens de la Vita Nota; et lorsque je considère les derniers travaux de la science, je commence à espérer qu'un jour est proche où l'arcane du philosophe nous sera presqu' entièrement révélé. Bien des points assurément sont éclairas déjà. Par la comparaison surtout du Convivio, œuvre philosophique écrite un peu après, on est arrivé à apercevoir le sens ^{énéral de la Vita Nova.
// ne parait pas douteux tout d'abord que le livre entier a pour dessein un enseignement de morale religieuse, et que fauteur a voulu éveiller en nous des pensées de vertu, de désir du bien, de vision divine, de béatitude éternelle, il a comparé toute sa vie morale à une immense entreprise à la recherche de la béatitude. Il en touchera le terme lorsqu'il aura vu Béatrice reprendre sa place parmi les dames de la vie contemplative, auprès de l'antique Rachel, au Ciel de l'Humilité, où est Marie. Il en marque le point de départ en son enfance même, lorsque l'image de la béatitude lui apparut tout d'abord dans l'inejjable attrait de la beauté d'une vierge.
I. Cf. ce qui sera dit plus loin de l'édition de luxe publiée par la Société « Le Livre contemporain ».