INTRODUCTION XLIII
tilJe » restait hors de la famille et de la maison : dans la maison et dans la famille, le florentin était bien antre chose que faiseur de rimes amoureuses ; il était marchand, tisseur de laine, banquier, juriste ; et puis il était magistrat, homme départi, soldat de chevauchée, ambassadeur de la Commune, gouverneur dans d'autres villes d'Italie. Mais ce n'est pas tout : il était actif père de famille, travaillant à assurer la fortune des siens ; lorsqu'il partait en voyage d'affaires, il confiait le soin de sa maison à sa dame, non pas, entendc::^-vous, à sa dame poétique, tuais à la vraie, à son épouse ; car elle avait la main vigoureuse et savait administrer son ménage. Ils travaillaient sans relâche tous les deux à la prospérité de ce ménage, et ce dictait pas mince besogne, car le plus souvent ils avaient beaucoup d'enfants ; toute leur volonté était d'assurer pour l'avenir les espérances et les desseins qu'avaient conçus pour eux-mêmes autrefois leurs honnêtes parents, lorsqu'ils les avaient unis comme mari et femme.
Et puis comme la plus pratique, la plus laborieuse des vies laisse parfois se développer, malgré mainte compression, quelque souffle d'idéal, tout ce qui en pouvait subsister s'échappait, se répandait au dehors dans les rimes d'amour. On faisait des vers, « ou disait par rimes » à la louange d' une danu' poétique . — Une idée donc vient aussitôt à l'esprit, au sujet de cette dame des rimes amoureuses : complètenwnt étrangère et extérieure à toutes les choses dont l'homme de ce temps avait souci et amour, cette dame 71' et ait, cette dame ne pouvait être, qu'une dame idéale, une figure poétique, un thème à traiter en vers.