XLIV INTRODUCTION
— Mais non ! il n'en était point ainsi ; et par suite même des conditions psychologiques de la vie ici décrites, il n'en pouvait pas être ainsi. Par suite de leurs habitudes pratiques et positives elles-mêmes, les hommes de ce temps répugnaient à rien concevoir qui fût entièrement abstrait et indéterminé. « Si la gentillesse du cœur les portait à dire par rimes des paroles d'amour, ils voulaient une dame à qui les adresser, une dame vraie et vivante, avec son nom et son surnom. » Et camme à cette dame « // était difficile d'entendre des vers latins » — c'est Dante même qui l'observe, — ils disaient leurs paroles d'amour en bonne et simple langue vulgaire.
Tel est le raisonnement dedel Lnngo;j'y ajouterai une seule réflexion.
Le Doux Style nouveau n'a rien changé à l'usage des amours poétiques ; il n'a fait qu'ajouter un élément de plus, par gentillesse subtile, à l'éloge des Dames. Les poètes de cette école avaient l'âme asse^ raffinée pour prendre leurs Dames en guise de symboles, se servir de leur beauté pour représenter des Vérités et des Vertus. Soit. Mais ils ne l'avaient pas asse:^^ compliquée pour chanter des Dames qui n'existassent pas ; car c'est là, en vérité, un degré de plus dans le raffinement intellectuel. Les Dames que les poètes conduisent en allégorie jusqu'au ciel, sont bien cependant au départ des dames de la terre.
Il n'en reste pas moins que l'usage des dames poétiques est une forme archaïque et bigarre de galanterie intellectuelle, que nous avons peine à comprendre à distance. C'était très naïf,