‹ Vita novaChapitre 40 sur 77 · INTRODUCTION XLV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLV

et très innocent assurément, pitisqn'cn ces temps si férocement délicats sur Je point d'honneur, on ne voit pas qu'aucune querelle ou jalousie soit née à Florence de l'amour courtois. Pour nous, à notre point de vue, il semble difficile que les rapports réciproques de l'amant poétique et de la dame idéale ne créassent pas une situation fausse. Elle pourra nous le paraître >noins, si nous nous aidons de quelques comparaisons. L'usage permettait qu'un artiste, un poète pût contempler et vanter les charmes d'une danw, et lui déclarer amour sans qu'aucun des siens y trouvât mot à dire. Bien plus la famille tenait pareil service à honneur : on voit le frère de Béatrice solliciter de Dante quelques vers de plus sur sa sœur. Un frère, un mari ou. un fiancé ont pris le nu'me plaisir, en divers temps, à voir quelque illustre peintre ou sculpteur contempler la beauté de celle qui leur est chère, et la célébrer publiquement. Je me persuade que les deux situations ne sont pas sans quelqu analogie : l'une, quand on y pense, n'est pas beaucoaup plus extraordinaire que l'autre '.

Remarque^ d'ailleurs quelles délicatesses l'usage imposait an poète : pour chanter sa Dame, sans offenser sa pudeur, il lui fallait noyer toute image directe de la vie vraie sous le

I. On pourrait pousser la comparaison plus loin encore ; comme les poètes du Doux Style nouveau se servaient de dames réelles pour figurer des vérités métaphysiques, de même on a vu les peintres prendre en modèle les traits de dames bien vivantes pour représenter des allégories projanes ou religieuses. L'Italie des fresques est pleine d'exemples semblables.

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