XLVI INTRODUCTION
//()/ des mctaphores et des gestes conventionnels. Quel tact spécial et professionnel, était pour cela nécessaire! On en vient à se demander si ce n'est pas par souci des hautes convenances poétiques que Dante s'applique si heureusenu'nt à dérouter le lecteur, et à le jeter sans cesse du réel à l'idéal.
Ici, il faut le répéter, }ious touchons à une question d'esthétique bien plus que d'histoire. Nous arrivons à considérer la Vita Nova coiunie œuvre d'art.
Quand on contesterait encore, contre toute vraisemblance Tidenlificalion de Béatrice et des Portinari, on ne pourrait jamais contester cependant l'impression de vérité sensible, hunmiue, qui ressort du récit de la Vita Nova, comme d'une fine et précise peinture : c'est du moins Florence et ce sont les Florentins ; ce sont les rues étroites, les beaux jardins, le fleuve rapide et clair, les églises, les sombres palais aux salles peintes à fresque, les fêtes, les devis graves ou joyeux, les rencontres, les cérémonies, noces ou funérailles, les chevauchées, la paix, la guerre, la vie, la mort.
On ne dira jamais asse:{ quel artiste fut Dante. Sa cons- Iruction philosophique, si belle soit-elle, sa réalisation littéraire ont pu, quoique bien rarement, par endroits, recevoir les outrages de l'âge : il est immortel par sa représentation sensible des honnnes et des choses. Ce philosophe, ce théologien, était un observateur de la nature. Si l'on met à part les