INTRODUCTION XLVII
songes, on ne trouvera pas, dans l'affabidation de la Vita Nova, autre chose que l'observation de faits fort siniples, et des circonstances les moins extraordinaires de la vie quotidienne. Pour décrire chacun de ces faits, Dante a toujours le trait facile et révélateur. Il a quelque chose des facultés spéciales que l'on rencontre che^ ces peintres et ces sculpteurs qui, au niênie temps que lui, se formaient comme lui, à l'expression d'un idéal religieux par l'imitation sincère de la nature. Il voit comme voyaient Giotto et les premiers sculpteurs de l'école des Pisani ; il peint et il sculpte comme eux.
Dante a trouvé un mot excellent pour définir l'art des artistes du dessin ; c'est un langage, a-t-il dit mais qui s'adresse aux yeux et non plus aux oreilles, — un parler visible, — parlai' visibile '. fe voudrais trouver, pour définir à mon tour l'art de Dante, une expression de semblable portée ; il semble qu'il ait le regard du peintre et du sculpteur, et qu'il sache comme eux observer et retenir les formes de la nature : mais il exprime sa vision, non pas comme eux par des lignes, des couleurs et des reliefs ; il l'exprime par des mots. S'ils ont le « parler visible », ce qu'on trouve en lui, c'est une « vision parlée. »
fe sens pas à pas, et je ne sens que trop, l'immense difficulté qui m'arrête à chaque mot pour rendre compte claire-