‹ Vita novaChapitre 44 sur 77 · INTRODUCTION XLIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLIX

tel point qu'il en vient à aimer moiîis sa véritable Dame. Une apparition de Béatrice, redevenne enfant, vêtue de la petite robe rouge d'autrefois, le rappelle à son devoir : il se repent de sa faute et sollicite le pardon. Tel est, en analyse succincte, l'épisode. Dante a condensé ici en un seul récit, un fait général de son histoire comme de toute histoire morale : l'infidélité, le péché, le repentir. Or ce fait, développé, généralisé, sera tout le fond de la Divine Comédie ; car, c'est à cause de ses péchés que. Dante {représentant l'âme humaine^ devra supporter la pensée et la terreur de la damnation éternelle, puis monter les rudes échelons du Purgatoire, avant d'obtenir le pardofi et enfin la béatitude. Le sens final de cette histoire, sous la forme abrégée que lui donne la Vita Nova^ ou bien dans le développement grandiose de la Divine Comédie, est donc moral et allégorique : cela est incontestable.

Mais l'épisode eut-il un point de départ réel ? Fut-il quelque part quelque dame véritable et vivante, dont la beauté et la pitié purent un moment, dans le cœur incertain de l'amant égaré, balancer le souvenir de Béatrice ? Ou bien le sujet de l'allégorie est-il imaginaire? C'est un des points qu'ont vivement débattus les critiques idéalistes et réalistes ' . Les idéalistes ont pu triompher un peu, en citant le Convivio ; car dans ce livre, la dame qu'aime trop le poëte après la mort de Béatrice, est bien manifestement allégorique : elle n'est pas autre chose que la Philosophie. A vrai dire il existe une profonde diffé-

Page 1