‹ Vita novaChapitre 46 sur 77 · INTRODUCTION LI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LI

Voilà qui va bien : nous sommes ici dans la fiction pure : la dame pitoyable est irréelle et il faut reridre les armes à la critique idéaliste. Ah ! que non pas ! Autant qu'à la réalité de Béatrice je crois à la réalité de sa rivale posthume. Qui a lu Dante n'ignore pas que le souvenir de diverses dames et de diverses tendres inclinations paraît çà et là dans la Divine Comédie, comme il paraît dans le Canzoniere '. Les « doux penser s » n'étaient-ils pas les dangers oit leur profession même exposait les poètes amourmix 1 J'ai dit comme le plus pur de SCS fnaîtres est apparu à Dante, à la porte même du Paradis sans doute, mais en deçà pourtant des flammes purificatrices, et tout rouge de honte. La probabilité est grande que quelque aventure réelle ait pu suggérer à un poëte, à Dante, l'épisode de la fenêtre, de l'oubli et du remords.

Il y a peut-être plus qu'une probabilité : il semble que la courte infidélité de pensée oii Dante s'abandonna a laissé quelque trace dans les œuvres de son maître Cavalcanti. Une ingénieuse hypothèse a été proposée à ce sujet ^. Ce Guido Cavalcanti qui avait ititroduit Dante dans le monde mystique du Doux Style nouveau, est celui qui sut l'y retenir. Dans les inomenîs de doute, d'erreur, car il y en eut, ce fut lui qui rappela son disciple au culte pur de Béatrice.

1. Voir surtout le commentaire de A. Sakti dans la dernière et bonne édition du Canzoniere. Rome, Lœscher, i^oj.

2. Voir le commentaire délicat de mon maître et ami Carl Appel sur un sonnet de Cavalcanti. — Das Sonnet Guido Cavalcanti's « /' vegno 'l giorno a te infinité vol te ». (Tirage à part des Mélanges Wahlukd. Mdcon, 1896).

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