INTRODUCTION IX
constater qnc Florence lui offrait la paix, et c'était là le plus rare des bienfaits. Au sortir des rudes guerres du milieu du xiii"^ siècle, et avant de tomber dans les atroces désordres qui devaient en désoler la fin, Florence a connu une sorte de trêve de Dieu ; on l'appela la Paix du Cardinal Latino, pour perpétuer le souvenir du légat apostolique aux bons offices duquel elle était due. Elle dura, plus ou moins complètement, pendant plusieurs années. Il n'a janmis fallu plus qu'un coup de soleil à Florence, pour qu'elle refleurisse après les orages les plus sombres ; ainsi fit-elle pendant les jours qui suivirent la paix de 12S0. Elle s'épanouit dans le travail, l'industrie, le commerce, par l'amour de la vie, de l'art et de Dieu ; elle étendit ses domaines ; elle bâtit des églises et fit peindre des fresques ; et, pour repos des rudes besognes, elle connut des joies, des rende:{-vous de société, des fêtes, tous les nobles et galants plaisirs de la chevalerie d'autrefois, où prenait vite goût la bourgeoisie prospère des temps nouveaux.
C'était donc une heure favorable, l'heure où le jeune Dante arrivait à la virilité. Voilà u)i point qu'il ne faut pas oublier, et que l'on néglige trop souvent. Les malheurs qui briseront sa vie, les ténèbres et les épouvantes qu'il lui faudra traverser, n'e^aceront jamais tout à fait ce qui en lui est lumière et fête, grâce chevaleresque, élégance, toutes les images nobles ou délicates de bravoure et d'orgueilleuse assurance, de gai té, de danse, de chant, de jeu ou de chasse. Il nous faudra toujours l'apercevoir, au moins de loin, sous les traits d'un enfant de bonne race, fier de son peuple et de son sang, se plaisant en