‹ Vita novaChapitre 50 sur 77 · INTRODUCTION LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LV

teiir. Mon ignorance lui ajoutait peut-être pins de mystère encore qu'elle n'en a : et c'était un charme de plus.

Ainsi arriva que je me mis à chercher des mots français pour m' expliquer à moi-même ces exquises phrases italiennes. Je le fis tout d' abord, comme on dit, pour rien, pour le plaisir. Mais je m' attachai à ce travail. Je m'y remettais chaque fois que je le pouvais, pour interroînpre surtout et détourner le flot continuel de devoirs multiples et monotones. Ce m'était un repos et un réconfort. Je voyais se répandre jusqu'à moi un peu de la béatitude que respire le « petit livre » .

Ainsi les poètes, à distance, sont nos bienfaiteurs.

A nu'sure pourtant que f avançais, je reconnaissais, à chaque pas, de singulières difficultés que le premier coupd'œil n'avait guère pu me révéler. Rien ne paraît à première vue limpide comme le récit de la Vita Nova : on la lit tout d'un trait. C'est un beau jardin fleuri, un peu sauvage ; à peine y est-on arrêté çà et là, à quelque tournant un peu encond^rè de broussailles. On va jusqu'au bout, et lorsqu'on y repense, il ne semble pas qu'on y ait eu beaucoup plus de peine que l'on en prendrait à suivre, dans un beau manuscrit, l'ordonnance générale d'une belle suite de miniatures. Mais si l'on revient et si l'on veut préciser, on s'aperçoit que la chose n'est pas simple : si Von insiste, on finit par concevoir à chaque pas des doutes, et par se convaincre que l'on a devant soi un des documents les plus difficiles qui soient, à entendre clairement et complètement. A présent que je le connais bien, je n'en aperçois plus guère que les incertitudes.

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