LVI INTRODUCTION
Aussi lorsque ma traduction, tant bien que mal, fut menée à bout, je ne me lassai pas de la reprendre entre temps et de la retoucher, pour la serrer au texte et la conformer à la tensêe du philosophe. Peu à peu elle s'améliora. Elle circula cependant dans un petit cercle de lettrés amis ; sa simplicité toute nue et son âpre fidélité en irrita quelques-uns, mais elle eut l'heur de plaire à d'autres ; le suffrage des uns et les critiques des autres, les conseils de tous me furent précieux '. Je leur dois beaucoup et je les remercie. Mais pour continuer l'histoire de mon premier travail, il me faut arriver à dire la bonne aventure qui vint assurer sa fortune. Je lus mes pauvres phrases à nuni ami le peintre Maurice Denis; et il faut bien croire que leur cadence s'adapte en quelque façon à la cadence de Dante, que leur couleur imite en quelque chose sa couleur, puisqu'elles ont pu inspirer au peintre profond et sincère le désir de composer une illustration figurée de la Vita Nova. Maurice Denis, par ses peintures, a donné de la Vita Nova un commentaire si approprié, si pénétré de foi et de poésie, de sentiment dantesque, toscan et médiéval, — que c'est une pure merveille à voir. Le malheur est que si peu la pourront voir parmi ceux qui en jouiraient dignement. C'est peut-être h propre dhvuvres d'art semblables d'être cJwses rares et réservées, et il vaut mieux sans doute qu'il en soit ainsi.
1. Je remercie surtout mes amis Pierre de Nothac, gui te premier avait eu la confidence de mon effort, André Pératé et Léon Dore;^.