XII INTRODUCTION
l'âme latine ne s'était déshabituée de l'i)ifliience profonde des poètes, des philosophes, des orateurs de l'antiquité grecque et romaine '. La philosophie scientifique du xiii'-' siècle lui donnait une certaine satisfaction. Elle accomplissait, entre la sagesse ajitique et la science chrétienne, un accord et une union qu'en vain chercheront les siècles suivants. Thomas avait fait ce grand miracle, nié d'abord, contesté, puis consacré enfin par l'approbation de l'Eglise catholique, et béni, si l'on en croit la légende, par la voix du Christ lui-même ; il avait ressuscité en une vie nouvelle l' antique philosophie, il l'avait conquise à la vérité évangélique : il fondait sa méthode de démonstration chrétienne sur la dialectique grecque ; il christianisait le Péripatétisnw : il baptisait Aristote.
Pour qui sait voir, la partie morale et métaphysique de la philosophie Thomiste se devine déjà presque entière dans la ViTA Nova, A vingt-cinq ans, Dante en possédait tous les principes. Il faut se demander comment il était matériellement possible qu'il les acquît. Florence n'avait pas alors d'Université ; les leçons que pouvait trouver un enfant sur les bords de l'Arno ne devaient guère dépasser le niveau d'une modeste pédagogie grammaticale. Dante m put pas s'instruire au pied d'une chaire illustre ou auprès de maîtres fameux. Il poursuivit et découvrit lui-même la science; il fut bien de ceux
I. Cf. F. NovATi, L'Influsso del pensicro latino. {Milan iS^y). On ne saurait recourir trop souvent à cette leçon magistrale, devenue, grâce â son riche appareil de notes et de commentaires, l'introduction nécessaire de toute étude de la pensée italienne.