De Gloria Marlyrum, cap. Lxx
7 Pour cela tout d'abord demandons-nous ce qu'est le vitrail, sa nature, son caractère propre, dans le domaine de l’art.
Le vitrail est avant tout de la décoration. Voilà ce qu’on ne doit jamais perdre de vue si l’on veut conserver au vitrail son caractère propre. Mais comprenons bien que cette décoration est attachée et … subordonnée à l'architecture. Couvrant les vides, fermant les ouvertures, reliant les colonnes et toutes les parties de l’appareil de pierre, elle continue et achève le monument. Elle reste une surface, mais une surface translucide, non transparente, une surface qui doit toujours être éclairée du dehors, et verser à l'intérieur de l'édifice une lumière harmonieuse, j'oserais dire idéalisée. Sur ce verre le dessin obéira aux lois de la décoration des surfaces, et évitera la perspective qui est en opposition avec ces mêmes lois, cornme la couleur obéira aux lois de la lumière et de l'optique suivant lesquelles elle doit s’éclairer et rayonner du dehors au dedans et à travers la matière vitrée, d'une façon absolument différente que sur la porcelaine ou que sur Ja toile d'un tahleau. C'est pourquoi, dit Viollet le-Duc, « vouloir reproduire ce qu'on appelle un tableau, c’est-à-dire une peinture dans läquelle on cherche à rendre les effets de la perspective linéaire et de Ja perspective aérienne, de la lumière et des ombres avec toutes lenrs transitions sur un panneau de couleurs translucides, est une entreprise aussi téméraire que de prétendre rendre les effets des voix humaines avec des instruments à cordes ». Le génie des artistes chrétiens du moyen-âge a donc conçu le vitrail comme une partie inté- grante du monument, soumise également au style de l'architecture et aux lois immuables de la lumière et de l'optique. L'Orient n’a pas connu le vitrail, quoique l’on trouve dans une antiquité très reculée l'usage du verre coloré chez les Asiatiques, de même que chez les Grecs et les Romains. Dans leurs édifices les fenêtres étaient petites et rares. Mais le vitrail naîtra sous le ciel d'Occident, sur notre terre de France ‘. IL rehaussera la dentelle de pierre; il favorisera l’élan sublime de l'ogive, la hardiesse de ces voûtes, l'élégance de ces colonnes, la profondeur mystérieuse de ces nefs, et mettra dans l'édifice un corcert sublime passant des tons froids et calmes de la nefaux tons plus sombres et plus ardents de l’abside, pour remonter aux clartés radieuses, plus vibrantes encore des galeries supérieures des hautes fenêtres du chœur ?.
4 L'art du vitrail fut dès l’origine un art francais. Théophile, au xu® sièele, énumérant dans la préface de son ïivre Ier les Arts de chaque peuple, attribue à la France :a supériorité pour les vitraux: « Quidquid in fenestrarum pretiosa varietate diligit Francia. »
s 2: Cf. LASTEYRIE, Quelques mots sur la théorie de la Peinture sur verre.