‹ Vitraux de Bourges; vitraux du XIIIe siècle de la cathédrale de Bourges;Chapitre 61 sur 70 · LES APOTRES · texte numérisé non relu

LES APOTRES

PLANCHES XLIT-XLVII

Planche XLIU, n°5 1 et 2, saint PIERRE et saint Pauz. — Le peintre a suivi les traditions de l’Église, en mettant l’un près de l’autre les deux grands apôtres quelaliturgie catholique honore ainsi dans ses prières:

« Comme ils se sont aimés pendant la vie, ainsi n’ont-ils pas été sépas

rés dans la mort». De la main droite saint Pierre porte l'instrument de son martyre, la croix sur laquelle il demanda à ses bourreaux d'être attaché la tête en bas, ne se jugeant pas digne d’une ressemblance plus parfaite avec son Divin Maître. Attaché d’abord à une colonne conservée depuis dans la basilique vaticane, il subit le supplice de la flagel lation, préliminaire obligatoire, selon les lois romaines, pour les esclaves condamnés à mort. Puis les deux apôtres s'étant embrassés ten= drement avant de se réunir dans le ciel, saint Pierre fut conduit sur la colline du Vatican, au point le plus élevé surnommé le mont Gitorio, c'est-à-dire le mont d'or, en l'honneur de l’auguste et glorieux martyr. De la main gauche, le prince des apôtres porte une clef, symbole dela puissance dont il fut investi par délégation, de la bouche de Celui qui la possède souverainement en lui-même. |

« Je te déclare que tu es Pierre, et sur celte pierre je bâtirai mon église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donneraimtes clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu auras lié sur la terre sera hé dans les cieux, et ce que tu auras délié sur la terre sera en même temps

délié dans les cieux. » Par cette expression, les portes, synonymes ici de

puissances, l’évangile s'est conformé aux mœurs des Orientaux, quise réunissent en conseil, à l’une des portes de la capitale de l'empire: C'est ainsi que l’on dit encore aujourd’hui, la Porte ottomane.

Saint Paul tient un glaive à la main, mais seulement par la pointeet

la garde au-dessus de l'épaule ; signe caractéristique de l’arme quilui

trancha la tête, mais dont il ne s’est jamais servi lui-même. Sa qualité de citoyen romain ne permettait pas un autre genre de mort. On sait aussi qu'il sut noblement se prévaloir de cette dignité

pour se faire conduire à Rome devant César, le seul juge dont il reconnaissait l’autorité.

C’est tout près de la superbe basilique élevée en son honneur qu'il reçut la palme du martyre, dans l'endroit connu depuis sous le nom de Saint-Paul-trois-Fontaines. La tradition rapporte que la tête fut détachée du tronc par un coup si violent qu’elle fit trois bonds sur le sol, et que trois fontaines y jaillirent aussitôt et n’ont pas cessé de couler jusqu’à nos jours. Saint Paul était petit de taille et très chauve. Saint Pierre au contraire conserva toute sa vie une abondante chevelure. C'est bien ainsi que les a représentés le peintre du moyen-âge, plus fidèle que les imagiers modernes, aux traditions de l'antiquité.

Planche XLIV, n° 4, saint ANDRé. — Frère de saint Pierre l’apôtre, saint André eut comme lui le bonheur de confesser la foi de Jésus- Christ sur une croix, mais une croix de forme particulière qui porte son nom bien connu des charpentiers. Les actes de son martyre relatent avec admiration les paroles enflammées dont il la salua dès qu'il l'aperçut dressée pour son supplice. Il y resta attaché pendant deux jours, ne cessant de prècher les fidèles accourus en grand nombre, et les exhortant à persévérer courageusement dans la foi.

No 2, même planche, saint JEAN L'ÉVANGÉLISTE. — Nous avons eu déjà l'occasion de parler de l’apôtre bien-aimé du Divin Sauveur, en décrivant le vitrail légendaire, à lui consacré dans une chapelle absidale de la cathédrale. Quoiqu'il ne soit mort d’après la tradition, qu’à l’âge de 102 ans, le peintre de Bourges l’a représenté sous les traits d’un jeune homme, les jugeant sans doute les plus convenables à l’apôtre cher à Notre. Seigneur, à cause de sa virginité. Rien de mieux placé non plus qu'un livre entre les mains de l’auteur inspiré de l’Apoculyjpse. En sa personne sont réunis tous les titres à la vénération des peuples, qui l'honorent comme prophète, comme apôtre, comme évangéliste, comme docteur, martyr et vierge. La vision d'Ézéchiel lui donne l'aigle pour symbole. Son regard a pénétré jusque dans les profondeurs de la divinité, et l'Église a voulu que la première page de son évangile füt récitée chaque jour par les prêtres, en achevant à l'autel la célébration des saints Mystères.

Planche XLV, no, saint JACQuEs. — Dans la description des witraux des chapelles absidales, nous avons eu l’occasion de raconter les principaux événements de l’apostolat de saint Jacques-le-Majeur. Au bas de l’image en pied, dans la galerie supérieure, que nous mettons sous les yeux du lecteur, le peintre a représenté les coquilles, signes caractéristiques de la dévotion des pèlerins, qui se rendaient en foule au tombeau du saint patron de l'Espagne.

Après la mort de saint Jacques, décapité en Judée par ordre d'Héro-

de, les disciples de ce saint, craignant que son corps ne füt profané

par les Juifs, le mirent dans une barque qui, guidée par un ange, fut miraculeusement emportée sur les côtes d’Espagne. On le déposa sur

une large pierre qui, s’amollissant alors comme de la cire, se faconna

d'elle-même en forme de cercueil, pour le recevoir. Ce miracle et beaucoup d’autres aussi merveilleux inspirèrent aux habitants dela Galicie et de toutes les autres provinces de l'Espagne, une si grande dévotion, qu'ils se mirent sous le patronage du saint Apôtre en lhon= neur duquel s'établit le célèbre pèlerinage de Compostelle. Les Chré tiens de l'occident s’y rendaient en si grand nombre, que le langage

populaire en a consacré le souvenir par le nom de chemin de saint

Jacques donné à cette longue trainée d'étoiles qui traverse le ciel d'orient en occident. C'était un pieux usage, dans les siècles de foi, de désigner les astres, les fleurs et les plantes par des noms de Saints;ce

qui parlait ainsi plus noblement au cœur que les expressions emprun:

tées aux souvenirs du paganisme.

Dans un intéressant ouvrage attribué au général duc de Mortemart, on lit que Bayard, le bon chevalier sans peur et sans reproche, avait grande dévotion à saint Jacques. Après la célèbre retraite de Venose,. il tomba malade à Lyon, et ne pouvant obtenir de la médecine la gué= rison d'une fièvre tierce qui le minait sensiblement, il se rendit en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, pendant que Louis d’Ars (notre compatriote berrichon), son compagnon d'armes, passait parde Bourbonnais, la forêt de Tronçais, le château de Meillant et Bourges, pour se rendre à Blois près de Louis XII. A son retour à son château d’Ars près de La Châtre, on rendit à Louis des honneurs magnifiques; dont le souvenir existe encore dans le nom de Venose donné à la longue rue de cette ville qu’il traversa triomphalement en se rendant au château du gouverneur. |

A ces souvenirs patriotiques viennent heureusement s'ajouter des souvenirs religieux trop oubliés dans la ville de Bourges qu'ils inte-= ressent particulièrement. L'église paroissiale de Saint-Bonnet a le bon= heur de posséder une insigne relique de saint Jacques, don précieux de Charlemagne, miraculeusement échappée à l'impiété sacrilège du protestantisme et dela grande Révolution. Les fidèles l'avaient jadis en si grande vénération qu'il s'était établi autour d'elle une confrérie très importante, et que dans un grand nombre de paroisses du diocèse elle avait provoqué l'érection d'autels et de fondations pieuses en l'honneur de saint Jacques.

Le 25novembre 1885 Mgr Marchal, archevèque de Bourges, publia au sujet de cette relique et du culte de S. Jacques, dans la ville de Bourges;

une lettre pastorale très documentée que l'on peut lire dansla Semaine Religisuse de cette époque. Quelques jours après, le 2 décembre, le vénérable Prélat officia pontificalement pendant la solennité qui accompagna l'ouverture de l’ancienne châsse et la déposition de la relique dans une autre châsse en bronze doré offerte par Sa Grandeur. La Semaine Religieuse a rendu compte de la magnificence de cette solennité précédée d’un triduum prêché par le R. P. Pascal, de l’ordre de saint Dominique, et célébrée avec l'assistance du chapitre métropolitain, de la maïtrise et du clergé des autres paroisses de Bourges dans

église de Saint-Bonnet que le zèle et le bon goût d'un jeune vicaire,

aujourd'hui notre dessinateur des vitraux, avait transformée en un palais de verdure et de fleurs au milieu desquelles étincelaient les flammes de lustres nombreux prètés pour la circonstance par les négociants de la cité.

Les circonstances d'alors n’ont pas permis le rétablissement de la confrérie désirée par les habitants, demandée par eux à Mgr de Mercy en 1804; demandée aussi par l’autorité civile, qui mit en 1807 la fabrique de l'église de Saint-Bonnet, comme siège de la Confrérie de Saint- Jacques, en possession d'une rente appartenant jadis à cetle association. Espérons que la reconstruction de l’église de Saint-Bonnet permettra bientôt la réalisation de ces vœux.

“N°2, mème planche, saint PuiLiPre. — Le nom de cet apôtre se retrouve plusieurs fois dans l'Évangile, avec des circonstances dignes de fixer l’altention. C’est lui qui, remplissant déjà sa mission d'apôtre,

"conduit Nathanaël auprès du divin Sauveur. Lors du miracle de la

imulliplication des pains, c'est à lui que Jésus demande où l'on pourrait acheter des vivres pour toute cette multitude. Au moment de la Pâque des Juifs, plusieurs étrangers venus à Jérusalem désiraient voir le Messie dont ils avaient entendu raconter les miracles ; c'est à Philippe qu'ils s'adressent pour obtenir cette faveur. Le peintre de Bourges songeait peut-être à cette circonstance en donnant à la main droite de l'apôtre un geste indicateur. Les historiens de l’Église nous disent qu’après la descente de l'Esprit-Saint, il alla porter la doctrine évangélique dans l'Asie supérieure, en Scythie, et, de plus, si l’on en croit saint Isidore, dans Ja région de la Phrygie colonisée par les Gaulois, plus connues sous le nom de Galates.

N° 3, même planche, saint THomas. — De tous les apôtres, saint Thomas est celui qui jouissait à Bourges de la plus grande popularité dans les siècles du moyen-âge. On ne peut s’en faire une idée, qu'en relisant le programme du mystère dont les scènes magnifiques, représentées dans chaque quartier de la ville, réjouissaient la population

Ur pendant près de trente jours. Dans les lraits et dans l'attitude de la “Es tète, l'artiste semble avoir voulu donner une idée de l'originalité du caractère de cet apôtre. Pour les détails de sa mission dans les Indes, nous renvoyons le lecteur à la description de la grande verrière que és nous avons donnée plus haut. | Ko

Planche XLVI, ne 1, saint BARTHÉLEMY. — Dans la main de cet apôtres le peintre n’a mis qu'un long couteau, en signe du genre de supplice qui lui Ôôta la vie. C’est en Arménie, théâtre de son apostolat, qu'ä l'instigation des prêtres des faux dieux, la barbarie d’un prince du nom d’Astiage le condamna à être écorché vif, torture horrible dontlaæ pensée seule fait frémir. C’est dans un accès de rage causé par la chute d’une idole pendant l’interrogatoire que ce prince faisait subir au" martyr, que fut prononcée par lui l’affreuse sentence. De la tête aux | pieds, disent les Actes, ce n’était que chair sanglante, en plusieurs endroits déchirée jusqu'aux os; et cependant le courageux martyr respirait encore, et ce n’est que le lendemain que les bourreaux furent obligés de lui trancher la tête.

Par une juste punition de Dieu, ajoutent ces mêmes Actes, Asliageet ses complices, prêtres des faux dieux, furent tourmentés pendant trente jours par les démons qui les étranglèrent, pour continuer éternellement" à les tourmenter dans les enfers. Rien de plus admirable que la conservation pendant plusieurs siècles du corps de saint Barthélemy, trans= porté à Rome après de longues pérégrinations, et spécialement honoré dans la basilique élevée dans une île du Tibre. :

N° 2, même planche, saint Marrareu. — Dans l’'évanoile qu'il écrivit en hébreu, à la prière des autres apôtres, saint Matthieu se qualifieluimême de pauvre publicain, favorisé d’une vocation, dont il n’était pas. digne. On peut le regarder comme le premier fondateur des commu nautés religieuses de femmes. En voici le motif. Après la descente du Saint-Esprit, les apôtres se dispersant, pour aller à la conquête des âmes, l'Éthiopie fut le théâtre assigné à saint Malthieu. Il y fut recu par cet eunuque de la reine de Candace, dont le baptème par saint Philippe est raconté dans les Actes des apôtres. Dans le cours de son apostolat, la princesse Iphigénie, fille d'Égype roi de la contrée, étant morte; et les magiciens appelés par le roi n’ayant pu, par leurs enchantements; la rappeler à la vie, l’apôtre appelé après eux la ressuscita en invoquant le nom de Jésus-Christ sur le corps de la défunte.

Ce miracle fut suivi de la conversion du roi et de la jeune princesse; laquelle, après son baptème, entendant parler du bonheur des vierges qui choisissent Jésus-Christ pour époux, résolut de se consacrer à” Dieu, et de concert avec d’autres jeunes vierges qui prirent avec ellela

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