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MADONE

(galerie lud'wig mond, Londres).

Vit tore Carpaccio.

Plani

Planche 8. Page 13.

LAZARE BASTIANI ET SON ECOLE

Cependant, la noblesse de la composition, où l'on retrouve l'influence de Giotto et la dignité classique de certains personnages, pourraient bien justifier l'attribution de ces œuvres à Jacques Bellini.

Le génie de Bellini apparaît mieux dans deux livres conservés, l'un au Musée Britannique, l'autre au Louvre, qui contiennent d'admirables dessins sur les sujets les plus variés, pris dans les Evangiles et dans la légende des Saints : études de nu, essais de perspective, avec d'ingénieux détails d'architecture, études d'animaux, etc.

On peut facilement imaginer l'admiration que devaient éprouver les artistes de cette époque devant les merveilles de la peinture de Jacques ; ils le choisirent tous pour modèle, sans excepter Lazare Bastiani, chef désigné de l'école, qui prit place entre les partisans de Vivarini et ceux de Bellini, et sut garder une originalité bien vénitienne, sans laisser d'accepter certaines des nouvelles formes d'art. Mais on rechercherait en vain les traces d'une influence directe de l'école de Padoue chez Bastiani, encore que Cavalcaselle ait prétendu qu'il apprit son art à Padoue de Mantegna, en retint les défauts plus que les qualités, et, revenu à Venise, après le départ de son maître pour Mantoue, se rapprocha de la manière de Vivarini, en travaillant avec Mansueti et Carpaccio. Cavalcaselle, de même, retrouve chez Bastiani jeune les enseignements et l'inspiration de Mantegna (i), notamment

(i) Le professeur Laudedeo Testi a écrit sur une esquisse de ce livre sur Carpaccio qui a été publiée en français sous le titre : Victor Carpaccio et la Confrérie de Sainte-Ursule (Florence, Bempotad, 1903), une étude critique dans VArchivio Storico Italiano (Florence, livraison I de 1904). Testi affirme que Bastiani, dans sa jeunesse, était exagérément imitateur du Squarcione. Nous serions curieux de savoir dans quels tableaux de Bastiani apparaît cette imitation. Nous profitons de l'occa sion pour remercier Testi de la courtoise appréciation qu'il a donnée de notre essai, qu'il a bien voulu trouver supérieur aux monographies publiées dans ces derniers temps sur les grands artistes de notre pays. A vrai dire, la conclusion, trop flatteuse, ne correspond pas aux prémisses où, impitoyablement, le critique combat une à une nos appréciations et nos inductions. Chacun a le droit de juger comme il lui plaît, mais M. Testi, si savant soit-il, ne doit pas être très familiarisé avec les documents vénitiens, ce qui lui fait commettre certaines erreurs de fait. Les unes peuvent être facilement corrigées si l'on connaît l'art et l'histoire de Venise, mais pour les autres, qui nous paraissent plus graves, nous croyons de notre devoir de les relever, au cours de cette étude, ne fût-ce que pour éviter que certaines inexactitudes n'acquièrent force de vérité de par l'indiscutable autorité du critique.

dans le tableau de la Piété qui est à l'église Sant'Antonino, à Venise. Mais ce tableau n'est certainement pas de la jeunesse de Bastiani, et si l'on y peut trouver quelque influence de l'école de Padoue, c'est à travers Jacques Bellini qu'elle a dû s'exercer. Pour se convaincre de la justesse de notre opinion, il n'est que de comparer le tableau de Bastiani avec deux dessins de Jacques sur le même sujet, qui font partie du livre conservé au Louvre.

A en juger d'après ses œuvres et d'après les documents, Bastiani ne doit pas, pendant sa jeunesse, avoir quitté Venise, où il était entouré d'un groupe nombreux de peintres, ses parents ou ses maîtres.

Lazare avait un frère plus âgé que lui, Marc, coltrer ou cortiner, c'est-à-dire peintre de couvertures (coltri), de tableaux d'autel, d'étendards, de gonfalons, de rideaux, de housses, etc. Sur ce Marc, mentionné pour la première fois en 1435, comme fils d'un certain Jacques, habitant San Lio, nous avons dans les documents des renseignements curieux. Dans son testament, il recommande dans les termes les plus affectueux une esclave tartare, du nom de Marthe, à ses quatre fils. De ces fils, Simon continua le métier paternel, et on peut le suivre de 1457 à 1475. Il habitait dans la paroisse de San Silvestro, où étaient groupés la plupart des artistes, coltreri, cortiner i, et autres, qui s'étaient consacrés à cette partie spéciale de la peinture.

Le nom d'Alvise, le second fils de Marc, qui est mentionné de 1457 à 1512, £e trouve joint dans les documents à celui du sculpteur en bois Léonard Scalamanzo, un des auteurs du chœur de Saint-Ëtienne, à Venise. Et comme Alvise habitait place Saint-Marc, où étaient les boutiques des peintres de caissons et de coffres de bois, connaissant ses relations avec Scalamanzo, nous pouvons en déduire qu'il était précisément peintre de caissons.

Du troisième fils, Christophe, qui était peintre lui aussi, nous ne savons rien, sinon qu'il fut enseveli dans la tombe que son frère

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LAZARE BASTIANI ET SON ECOLE

Marc avait fait élever pour lui et sa famille dans le cimetière de l'Ecole de Sainte- Ursule (i).

Nous avons de plus amples renseignements sur le quatrième fils de Marc, Paul, qui reçut les ordres, et de 1464 à 1480 exerça son ministère dans les églises des Saints-Apôtres et de Saint- Julien. Les documents nous apprennent que Paul, « homme léger et de mauvaise volonté », n'exerçait pas toujours chrétiennement son sacré ministère, comme il appert de l'anecdote suivante.

En 1478, Venise était dévastée par une terrible épidémie, et les dévots accouraient en foule à l'église de Saint- Julien où était conservé le corps de saint Roch. Les frères de l'École de Saint- Roch imploraient le secours du saint, protecteur des pestiférés, parcouraient les rues, flagellant à coups de discipline leur torse nu, chantant des hymnes et des prières. Un groupe nombreux de flagellants, qui se trouvait dans l'église de Saint-Julien, devant l'autel de saint Roch, oubliant la peste et les prières, en vint aux mains, et les disciplines, d'instruments de pénitence, devinrent armes de combat. Le prêtre Paul Bastiani, présent à la rixe, voulut l'apaiser en usant d'arguments un peu trop expéditifs pour un prêtre. « Il se plaça devant l'autel, s'arma d'une épée, en porta plusieurs coups à ceux qui se trouvaient là, et la tourna même contre son frère Alvixe Bastiani... Et, sur son ordre, un des flagellants, appelé Alvixe barbier, auteur principal de la dispute, tira son épée et en porta des coups en même temps que ledit prêtre Paul Bastiani ».

Dans le testament de Marc Bastiani, en même temps que de ses quatre fils et de l'esclave tartare, il est fait aussi mention de son frère, Lazare, dont le nom est inscrit sur un testament du 5 avril 1449 où il figura comme témoin.

La signature porte : « T. Lazarus pictor condam Sebastiani de

(1) Curti Rogco, Iscrtz. sepolcrali venete (Bibl. Marc. Lai. CL. XIV Cod. XXVI-XXVII). Au cimetière de Sant'Orsola : « Sepultum... Marci Bastiani quondam domini Jacobi et suorum heredum t.

confinio Santi Leonistestis ». A cette époque, donc, Lazare habitait à San Lio (Léon), avec son frère Marco, mais plus tard il alla habiter, jusqu'à sa mort, dans une maison qui est en face de la grande porte de l'église de Saint-Raphaël Archange, en avant du canal.

En 1460, nous trouvons déjà Lazare travaillant à un retable d'autel, commandé pour l'église de Saint-Samuel des Procurateurs de Saint-Marc. Dix ans plus tard, les confrères de l'École de Saint- Marc lui commandent un tableau représentant l'Histoire de David, et lui promettent la même somme qu'à Jacques Bellini, lequel avait travaillé pour la même confrérie avec ses deux fils Gentile et Jean. Il suit de là que Lazare devait avoir grande réputation, puisque la célèbre confrérie de Saint-Marc le mettait, pour les honoraires, sur le même rang que Jacques Bellini, le plus illustre peintre du temps.

Vers 1470, nous trouvons Bastiani inscrit dans la confrérie de Saint- Jérôme, et il peint pour cette École, en deux tableaux, certains épisodes de la vie du saint patron. En 1473, un certain Antoine Corradi de Péra (Constantinople) écrit à un de ses beauxfrères de commander à Lazare Bastiani une table avec « la figure de Jésus-Christ, mais si le peintre n'était plus en vie, il devait la faire exécuter par Zuan Bellini ». Le tableau fut fait en 1474 par Bastiani, qui poursuivit longtemps encore sa laborieuse carrière, et, de nouveau, est cité en 1494 dans les actes de l'École de Saint- Marc. En 1478, il est choisi comme arbitre dans un débat entre deux sculpteurs, et la même année il signe comme témoin au testament d'Ange Ravagnani.

A cette époque, nous croyons que Lazare fut chargé d'exécuter une œuvre des plus importantes. On appela en 1499, pour orner de peintures imitant la mosaïque (musaïcum fictitium) le bassin du chœur dans le dôme de Ferrare, un peintre du nom de Bonfadino et un certain maître Lazare. André Mantegna était chargé de recevoir leur œuvre.

Bien que notre hypothèse ait été combattue, nous croyons

LAZARE BASTIANI.

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