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JEAN MEMI.ING. CHASSE DE SAINTE URSULE, A BRUGES

{Voir Page 115.)

Planche 33. Page 96.

ce plan ne nous donne pas des indications exactes sur la topographie vénitienne, et qu'on doit y voir plutôt une reproduction artistique de l'aspect général de la cité.

Au milieu de la façade de la chapelle était le portique à l'ancienne mode, dont nous avons un autre exemple dans l'église de Saint-Jacques du Rialto ; et les mesures en sont indiquées dans un plan du xvine siècle conservé aux Archives de Venise. Une ligne tirée sur la placette qui est devant la chapelle jusqu'au côté est de la grande fenêtre de l'église, nous donne aussi la position des colonnes du portique.

Nous l'avons déjà dit : il y avait entre l'église et la chapelle un espace libre sur lequel, suivant les indications d'un ancien plan, s'élevait la sacristie. Nous voyons sur les documents la mention d'un hôtel ou salle pour les réunions ; il devait se trouver au-dessus de la sacristie, qui était donc à deux étages.

Il semble encore ressortir des documents que l'ancien oratoire avait une seule porte d'entrée ; mais il faut supposer que dans le chœur à gauche il y avait une autre petite porte, car on voit une coupure dans le tableau l'Arrivée des Ambassadeurs, le premier de la série. Cette coupure fut faite, nous le verrons, par le peintre lui-même pour adapter le tableau à une petite porte, qui donnait probablement accès à un espace couvert entre les deux édifices, une sorte de passage du chœur de la chapelle à la sacristie.

Après avoir reconstitué de la sorte le plan primitif de la chapelle, tâchons de la représenter vue de l'extérieur. Dans l'espace compris entre l'église et la chapelle était, nous l'avons dit, la sacristie, qui avait probablement une fenêtre grillée, et au-dessus devait s'ouvrir une autre fenêtre, certainement ogivale, celle de Y hôtel. Au centre de la façade principale s'avançait le portique, soutenu au moins par quatre colonnes avec des chapiteaux et desbarbacanes. La forme du toit de ce portique n'est pas reproduite exactement sur le plan de De Barbaris : tout nous donne à penser qu'il devait plutôt ressembler à celui que Carpaccio a peint dans

L'ECOLE DE SAINTE-URSULE son Saint Jérôme qui apprivoise le lion de l'Ecole des Dalmates. Sur le toit du portique s'ouvrait certainement le grand œil de la façade et peut-être son fronton était-il orné de petits arceaux.

Le plan de De Barbaris nous fait voir le côté sud soutenu par trois contreforts, qui divisent la surface tout entière en quatre

plan (1750) de l'école reconstruite en 1647. a, la chapelle; — b, tombes; — c, l'ancienne sacristie; — d, passage découvert particulière; — /, rue; — g, cimetière; — h, église de Saint-Jean et Saint-Paul.

• e, maison

compartiments, chacun d'eux étant divisé à sa partie supérieure en deux petits arceaux.

Pour l'intérieur nous avons de nombreuses indications tant dans les documents que par la disposition des tableaux de Carpaccio. Comme le tableau qui se trouvait sur la grande porte ne fut pas coupé, et que les tableaux étaient placés à la suite autour des murs, on peut conclure qu'ils devaient être pendus environ à deux mètres de terre, c'est-à-dire à la hauteur de la porte d'entrée. L'espace était occupé au-dessous par des bancs à dossier, comme on en peut voir encore à l'École des Dalmates.

Si nous considérons le grand tableau d'autel la Glorification de sainte Ursule, nous voyons que la scène se passe sous une voûte

soutenue par des pilastres ornés de chapiteaux romains. Les deux pilastres peints sur le tableau devaient être accotés de deux autres pilastres semblables en bois, qui, comme sur beaucoup d'autels vénitiens, formaient le cadre, réalisant ainsi l'architecture peinte sur le tableau même. Les autres toiles étaient indubitablement séparées par des pilastres de bois, et l'architrave qui court au-dessus des chapiteaux sur le tableau d'autel devait se continuer le long des murs au-dessus des autres tableaux.

Tel devait être à peu près l'aspect des parois latérales de la chapelle. Reste à retrouver l'ordre dans lequel se suivaient les tableaux. Trois étaient à gauche in cornu Evangelii, et quatre à droite in cornu Epistolae. Ces derniers n'étaient pas séparés par quatre piliers, parce que l'un des tableaux formait un diptyque. En fait, pour la symétrie et par manque de place, le tableau du Songe était séparé de Y Arrivée à Rome par un simple listel, et les deux toiles formaient ainsi un diptyque où l'Arrivée à Rome se présentait comme le complément du Songe.

La paroi où s'ouvrait la porte principale, qui n'était pas au centre, n'était ornée que d'un seul tableau, le Départ des fiancés, divisé, au moyen d'un étendard peint, en deux parties inégales. La partie la plus petite était au-dessus de la porte, la plus grande au-dessus du banc de la présidence de l'École, placé le long du mur.

Le mur de l'autel avait, au centre, le grand tableau, encadré, comme il a été dit, par deux pilastres de bois, une architrave et un arceau. Aux angles devaient être des pilastres semblables, réunis à ceux de la corniche au moyen de l'architrave ; et à droite et à gauche de l'autel, entre les pilastres, restaient deux espaces vides, probablement recouverts de plaques de marbre comme les parois des autres églises.

Voyons maintenant le premier tableau, l'Arrivée des Ambassadeurs.

Le professeur Pierre Paoletti, dans le Catalogue des R. R. Galeries de Venise (1903, page 165), écrit à ce propos : « Et précisé-

L'ÉCOLE DE SAINTE-URSULE ment dans cette toile... on voit la trace d'une porte, pas très ancienne, qui existait dans l'ancien mur méridional de l'édifice ». En autres termes, on nous donne à entendre que le premier tableau se trouvait originairement in cornu Epistolae (mur méridional) et qu'après l'année 1785 on a fait une coupure à la hauteur de 53 centimètres et à la largeur de 1 m. 32 pour ouvrir une porte d'entrée latérale à l'École, qui avait déjà, outre la porte principale, deux autres petites portes à droite et à gauche de l'autel. Nous disons après 1785, parce que sur les estampes de Del Pian, qui sont de 1785, on ne voit aucune coupure sur la toile. Prenons un dessin très exact de la porte du mur méridional haute de 1 m. 90, qui existe encore dans le cloître de Saint-Jean et Saint-Paul, et indiquons l'endroit où le professeur Paoletti croit que se trouvait le premier tableau au-dessus de cette porte latérale. Or la hauteur où se trouvaient les tableaux résulte de la hauteur de la porte principale, qui avait 2 m. 15 et au-dessus de laquelle était placé le Départ des Epoux. On doit donc répéter que tous les autres tableaux devaient être pendus à la hauteur de 2 m. 15, et si, comme le croit le professeur Paoletti, Y Arrivée des Ambassadeurs avait été placée au-dessus de la porte pas très ancienne du mur méridional, il n'était pas nécessaire de couper le tableau pour ouvrir cette porte qui n'a que 1 m. 90 de hauteur. En outre, comme on peut le voir dans le dessin, le découpage du tableau ne correspond pas au vantail de la porte.

L'entaille n'a donc aucun rapport avec la porte. Et, en fait, on ne saurait croire que les contemporains d'Antoine-Marie Zanetti et de François Algarotti, qui avaient le culte de l'ancienne peinture vénitienne, redevenue à la mode au xvme siècle, puissent avoir commis le sacrilège de couper l'œuvre du grand peintre pour faire une ouverture, qui conduit à une cour étroite. En réalité, la toile, audessous du trône du roi, porte une entaille, mais cette entaille a été faite, nous le répétons, par le peintre lui-même pour adapter la peinture à la porte qui conduisait à la sacristie. Les bons artistes

savent profiter des difficultés mêmes, et Carpaccio tira parti de la porte pour placer au-dessus le trône sur lequel, dans le tableau, se tient assis le roi Marc. Or, il ne fut pas nécessaire de couper le tableau qui était au-dessus de la porte principale ; ce qui démontre que cette porte était en contre-bas de celle de la sacristie, laquelle, évidemment, ouvrait sur le chœur, qui était plus élevé. La différence devait être d'un pied six pouces (53 centimètres), car l'entaille est à cette hauteur sur la toile.

Et, à ce qu'il semble, trois marches conduisaient de la nef dans le chœur.

La première toile, donc, est divisée en deux parties inégales : l'une représente l'arrivée des ambassadeurs et l'entretien de la sainte avec son père; l'autre, plus petite, nous montre un groupe de spectateurs sous un magnifique portique. Or, la dernière toile, elle aussi, est divisée, par une très belle colonne, en deux parties inégales : la plus longue représente le martyre de la sainte, la plus petite ses funérailles. Si nous supposions une ligne qui aille du portique de la première toile à la colonne de la dernière, cette ligne marquerait la balustrade du chœur, en laissant en dehors les parties les plus petites des deux toiles. Ainsi, le chœur occupait un tiers de l'espace entier, et le reste était pris par la nef : proportions harmonieuses et conformes aux habitudes du temps.

Devant les degrés de l'autel, suivant des documents certains, était la tombe de Pierre Lorédan.

La hauteur et la longueur de la chapelle étant déterminées delà sorte, il nous reste à fixer l'emplacement de l'autel. Comme nous avons déjà déterminé la position du tableau sur le mur, et, par suite, le point précis où arrivait l'extrémité même du tableau, nous pouvons conclure que, immédiatement sous le tableau, il y avait une marche qui n'était pas peinte, et sous la marche la table de l'autel, où l'on montait par trois autres marches.

Considérons maintenant le plafond de la chapelle. Ce serait une erreur de croire que l'École, à ses débuts, quand elle ne disposait

L'ECOLE DE SAINTE-URSULE que de faibles ressources, pouvait se permettre le luxe d'une voûte murée, et tout nous porte à croire qu'elle était simplement recouverte d'une charpente. Le toit devait avoir la forme d'une

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