TORTRAIT DE JEAN BELLINI, AU MUSÉE DE CAMPIDOGLIO
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Planche 40. l'âge 1
LA LEGENDE DE SAINTE URSULE moindres détails, plaçaient toujours leurs personnages dans les tableaux de façon que les ombres tombassent dans la direction de la lumière qui venait des fenêtres de l'église ou de la salle ; et en fait les ombres dans les toiles de Carpaccio sont projetées conformément à cette habitude; de sorte qu'il est nécessaire d'admettre notre hypothèse si l'on se rappelle que la chapelle de l'École recevait la lumière par un grand œil, placé au-dessus de la porte.
Un autre argument, de grande importance, c'est que les Lorédan, bienfaiteurs de l'Ecole, représentés dans le premier tableau, devaient se trouver en face de l'autel et non lui tourner le dos ; ils devaient donc être placés non pas dans l'angle obscur de l'extrémité, où ils se trouveraient dans l'ordre en question, mais en évidence et en pleine lumière. De plus, la coupure, qu'on voit dans la première toile au-dessous du trône du roi, prouve" qu'à l'endroit où était placée la toile dans la chapelle il devait y avoir une porte, comme nous l'avons déjà dit. Or si l'on consulte le plan attribué à De Barbaris, qui nous montre le côté méridional de l'Ecole, on n'y trouve trace d'aucune porte. C'est donc que la porte s'ouvrait dans la partie nord, c'est-à-dire a cornu Evangelii, et conduisait de la chapelle dans la sacristie.
Considérons maintenant le « point de vue » d'où le tableau est peint, et qui nous est donné à peu près par la grande nef qu'on voit au fond. Nous avons démontré plus haut que les deux tiers du tableau se trouvaient dans le chœur fermé par une balustrade. Le visiteur qui restait en dehors voyait par suite le tableau selon la perspective voulue par l'artiste, c'est-à-dire du point de vue indiqué de la grande nef : d'abord se présentaient aux regards le groupe des Lorédan, sous les voûtes du portique, bien éclairé et à la place d'honneur, puis, de face, le roi Mauro avec ses conseillers, et enfin, dans le coin le plus obscur, au troisième compartiment, l'entretien intime d'Ursule avec son père. De ce dernier compartiment partait un escalier qui, si l'on admet la perspective que nous proposons, devait, semble-t-il, se continuer
dans la chapelle. Sur la paroi méridionale in cornu Epistolae, à partir de l'autel, devaient se trouver, séparés par deux piliers : l'Arrivée des Ambassadeurs, la Réponse du roi, père de la sainte, et le Retour des Ambassadeurs auprès de leur roi.
Puis le visiteur, en se tournant à gauche, voyait les trois autres tableaux, séparés par deux piliers, sur la paroi nord in cornu Evangelii. Le tableau le plus long du cycle, le Départ des Fiancés, occupait tout le mur transversal, où était la porte d'entrée.
Carpaccio a aussi tenté d'harmoniser les deux parois longitudinales avec la paroi transversale au moyen d'une disposition particulière des fonds des trois tableaux contigus, en faisant en sorte de former comme une transition de l'un à l'autre. De fait, si l'on considère le troisième et le quatrième tableau : le Retour des Ambassadeurs et le Départ des Fiancés, on verra que les deux bannières déployées au vent dans la même direction se complètent de façon à encadrer une partie de la composition. Et d'autre part, dans le fond du quatrième tableau, on voit des tours et des châteaux, qui ont leur complément et leur correspondant dans le grand môle du château Saint-Ange sur le fond du cinquième tableau, V Arrivée à Rome. Toutes ces harmonies seraient perdues si l'on admettait une disposition différente de celle que nous
proposons (i).
Ainsi Carpaccio, grâce à l'exquise finesse de son sens décoratif, sut tirer partie de tous les détails, et même des moins favorables, pour ordonner harmonieusement les différents aspects d'un même sujet. De plus, si l'on admet notre disposition, la série des événements représentés se déroule sans contradictions. L'observateur se place devant le premier tableau et le considère, comme on lit un livre, de gauche à droite. D'abord il voit l'Arrivée des Ambassadeurs et l'Entretien d'Ursule et de son père; puis, dans
(i) // Martirio di Sant'Orsola e délie sue compagne, dipinto in nove quadti ecc. dedicato aU'eccellentissimo seg. G. B. Giovanelli, procuratore di S. Marco del P. G. Toninotto dcmen^no Venise, 1785. Les neuf épisodesprès des tableaux deCarpaccio sont gravés par Del Pian, Gahmberti, etc.
V1TTORE CARPACCIO.-II. LE ROI MAURO KFÇOTT LES ADIEUX DES AMBASSADEURS ANGLAIS.
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LA LEGENDE DE SAINTE URSULE
le second tableau, le Congé des Ambassadeurs, et, dans le troisième, leur retour auprès du roi d'Angleterre. Le quatrième tableau représente deux scènes : Hereo faisant ses adieux à son père et le Départ des Fiancés. Le cinquième et le sixième tableau, le Songe et l'Arrivée à Rome, formaient le diptyque divisé par un simple listel doré et compris entre deux piliers. La légende raconte qu'à Cologne Ursule reçoit en songe l'ordre de se rendre à Rome, et ce fait concorde parfaitement avec notre hypothèse. Si l'on regarde le diptyque de gauche à droite, on verra d'abord le Songe, puis l'Arrivée à Rome, qui en est la conséquence. Au contraire, avec la disposition adoptée à l'Académie, le Songe suit l'Arrivée à Rome, ce qui est un anachronisme manifeste. Le septième tableau représente la seconde arrivée d'Ursule à Cologne en compagnie du pape Cyriaque. Enfin le huitième et dernier tableau était naturellement placé de la même façon que le premier : les deux tiers avançaient dans le chœur, et un tiers était en dehors du chœur. La scène du martyre occupait la partie la plus grande, celle qui était dans le chœur ; la plus petite, en deçà de la balustrade, était suffisante pour la représentation des funérailles de la sainte où le peintre fit figurer parmi les assistants d'autres membres de la famille Lorédan.
Ainsi les portraits de ces deux groupes de bienfaiteurs se trouvaient en face les uns des autres.
Examinons maintenant de plus près les trois premiers tableaux, qui sont intimement liés entre eux et présentent une très exacte reproduction des cérémonies, des coutumes, des costumes du temps.
Le premier tableau, l'Arrivée des Ambassadeurs, est divisé en trois compartiments (i). Avant tout, à gauche, un élégant portique de la plus belle architecture de la Renaissance vénitienne. A travers les arceaux on aperçoit une gondole qui glisse sur les
(il Académie de Venise, n° 572 du Catalogue. Toile : haut. : 2 m. 78, long. : 5 m. 88. Suscription : Op. Victoris Carpatio Veneti. Les dimensions primitives étaient : haut. : 2 m. 88, long. : 6 m. 12.
eaux, et plus loin Venise. Le doute n'est pas possible; nous sommes vraiment à Venise et ces cavaliers élégants sous le portique sont bien des Vénitiens. Carpaccio y a peint certains membres de la riche famille patricienne des Lorédan. C'est par eux que la magnifique œuvre d'art fut donnée à l'École; il était donc juste et convenable que le peintre, au début de son travail, leur donnât la place d'honneur. Ce sénateur de noble apparence, vêtu de rouge, au premier plan, est Pierre Lorédan (né en 1456), et un peu plus loin, derrière la grille, ce jeune homme élégant, dans son splendide costume de la Calza, accompagné d'un fauconnier, c'est Georges, frère du sénateur Pierre. Enfin, à côté de la troisième colonne, de profil, s» tient un homme à la physionomie un peu égarée, au regard vague et fixé au loin, avec deux demi-lunes dans les cheveux; nous croyons ne pas nous tromper en affirmant que nous avons là le portrait du troisième des frères Lorédan qui, nous l'avons dit, avait perdu la raison et était enfermé au couvent
de la Madonna dell'Orto des frères bleus.
Dans le second compartiment, les ambassadeurs du roi d'Angleterre sont introduits en présence de Mauro, roi de Bretagne, à qui ils sont venus demander la main de la princesse Ursule pour le fils de leur maître. Le roi Mauro, assis sur le trône, est entouré de ses conseillers assis à ses côtés. Le premier des conseillers, qui a sur la tête le bonnet vénitien et qui est habillé en sénateur, port"; sur le bras une broderie représentant un cœur traversé d'une flèche, qui signifiait l'amour de Dieu et était aussi l'emblème des Augustins. La physionomie mobile de ce personnage offre beaucoup de