‹ Vittore CarpaccioChapitre 4 sur 87 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

PREFACE

que possible, de notre peintre préféré. Le premier fruit de cette collaboration fut F étude, parue en içoj, en français, des peintures de Sainte-Ursule (i).

Le succès de cette étude et plus encore les discussions auxquelles elle donna naissance nous encouragèrent à poursuivre avec une ardeur nouvelle notre œuvre qui devait être publiée en italien.

Mon pauvre ami était animé du plus noble enthousiasme, encore que son terrible mal ne lui laissât pas de répit et qu'il eût entraîné une maladie de cœur, en langage médical la myocardite fibreuse. Il supportait d'indicibles douleurs avec un héroïsme chrétien et une sérénité stoïque. Il eût fallu voir de quelle âme forte et comme joyeuse il acceptait sa triste destinée, pour comprendre de quoi le cœur d'un homme est capable, et pour trouver dans ce rare exemple de bonté sincère la force d'affronter avec courage les malheurs de la vie. Plus encore que le souvenir de son esprit remarquable entre tous, celui de sa bonté et de sa modestie, et en général celui de son admirable caractère, demeure inoubliable au cœur de tous ceux à qui il a été donné d'être admis dans son intimité. Des régions mêmes de l'au-delà, où, selon la forte parole de Dante, « l'on se rend sans espoir de retour», m' apparaît encore comme en pleine vie l'image de l'homme qui a laissé de lui de tels souvenirs que le temps ne saurait les emporter et un si parfait exemple de vertu qu'il reste ineffaçable dans l'âme.

Il vécut modeste et sincère, intègre et fort, soucieux de la dignité en sa personne, comme dans la personne des autres. Encore que son esprit inclinât à la mélancolie, il montrait souvent une vive gaieté, et il aimait à plaisanter avec esprit; et bien qu'il écoutât les conseils de la sagesse et qu'il apportât à juger les hommes et les choses la plus belle indulgence, il ne laissait pas de s' enflammer du plus chaud enthousiasme pour une bonne cause, ou de la plus vive colère en face de la malveillance ou de la malhonnêteté. Ignorant l'envie ou la jalousie, prodigue de conseils et d' encouragements à tous les travailleurs

(i) Vittore Carpaccio et la confrérie de Sainte-Ursule à Venise. Florence, Bemporad, 1903,

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