GRIMANI. GRIMANI, PLUS VIEUX
(Voir Page 143-)
LE PAPE ALEXANDRE VI (MÉDAILLE DE 1495). (Voir Page 142.)
Vit tore Carpaccio.
Planche 48. Pa
LA LÉGENDE DE SAINTE URSULE dans la langue de l'astrologie, la maison nocturne de Mars, qui
INSIGNE DE LA COMPAGNIE DE LA CalzCl DES RoyaUX.
avait une influence maligne et signifiait : amour contrarié, désirs coupables, violences, injustices, incendies, étouffements, fautes
cachées, et encore voyages malheureux. Dans le tableau de Carpaccio, le scorpion apparaît donc comme un mystérieux présage de mauvais augure.
L'étendard qui divise le tableau en deux parties porte dans un écu un lion sur champ blanc et rouge, alterné de trois étoiles. Ce blason ne se trouve ni parmi ceux de la noblesse de Venise ou de Terre Ferme, ni parmi ceux des Cittadini admis à la magistrature. Nous le trouvons au contraire dans le livre de Galvani sur les Armi délia città di Sebenico; mais Galvani ne dit pas à quelle famille il appartient. Nous ne pouvons donc pas connaître le sens héraldique de l'écu.
A droite du spectateur s'agite, aux fenêtres des maisons, dans les rues, sur les escaliers, une foule en magnifiques habits de toutes couleurs. Toute la cour assiste au départ des fiancés; et ceux-ci sont agenouillés devant le roi Mauro, cependant que la reine mère essuie ses larmes. De cette scène, reproduite par Carpaccio avec quelques variantes dans un tableau qui est à la Galerie Layard de Venise, il existe, dans la collection du duc de Devonshire à Chatsworth, une esquisse à la plume de Carpaccio.
Examinons maintenant les tableaux suivants sur le mur in cornu Epistolae.
Le cinquième et le sixième tableau, le Songe de sainte Ursule et V Arrivée à Rome, formaient primitivement, on l'a vu, un seul grand tableau divisé en deux par un listel d'or. Mais quand l'École fut agrandie, le diptyque fut coupé en deux, et on en fit deux tableaux qui furent séparés par un pilier.
Le Songe de sainte Ursule (i) est une scène de poésie familière qui nous introduit dans l'intimité de la vie de famille du XVe siècle vénitien. Ruskin, épris de la beauté naïve de cette époque qui précéda les splendeurs et la pompe du xvie siècle, a écrit sur ce tableau de Carpaccio des pages remarquables dans son recueil de lettres
(i) Académie de Venise, n° 578. Toile : haut. : 2 m. 75, long. : 2 m. 66. Signé : Vict. Carp. F. 1495. Dimensions primitives : haut. : 2 m. 95, long. : 2 m. 80.
3àoàl82A HZOOJOD A aàVIHHA'J .1] [HAO SiïOTl
PI. 8. VITTORE CARPACCIO. — VII. L'ARRIVÉE A COLOGNE ASSIÉGÉE PAR LES HUNS [Galant Je l'Acadé m h Venin
LA LEGENDE DE SAINTE URSULE intitulé Fors Clavigera. C'est une de ces fantaisies un peu bizarres, mais très intéressantes, où se plaisait l'écrivain anglais. Selon Ruskin, notre peintre veut signifier l'aurore de la vie de la sainte par cette lumière matinale qui éclaire la chambre, pénétrant doucement à travers les deux belles fenêtres, tandis qu'on aperçoit au dehors un ciel qui commence à peine à se teinter d'azur. Des deux vases de maïolique, qui sont dans la chambre, sortent deux plantes, que Ruskin n'a pas reconnues, mais qui sont un myrte et un œillet. Le myrte était cher aux fiancés, car il servait à tresser la couronne nuptiale, et l'œillet, qui, on le sait, se trouve si fréquemment dans les portraits du moyen âge, signifiait symboliquement : je t'aime. Les deux vases sont posés sur une étagère, meuble habituel des maisons vénitiennes, qui fait tout le tour de la chambre de sainte Ursule. Près du lit se trouve une belle chaise, et plus loin, dans le coin, une petite table avec un livre ouvert et une horloge à sable. Contre le mur est une petite armoire avec d'autres livres et le portrait d'une sainte, devant lequel s'élève un candélabre. Au candélabre est suspendu un vase de bronze que Ruskin croyait être un encensoir, mais qui est un bénitier.
Le lit est orné de belles sculptures dorées, de marqueteries, d'étoffes coloriées : sur la prédelle est une couronne, aux pieds un petit chien blanc, non loin de pantoufles couleur d'azur. La sainte est couchée sur le dos, les cheveux très gracieusement arrangés en deux tresses, qui forment une double couronne. Son visage pâle respire la paix et l'innocence : sa joue est appuyée sur sa main droite, comme si la vierge continuait sa méditation pendant le sommeil. Par la porte entre l'ange, un ange si petit qu'il arriverait à peine au menton de la princesse. Il a des manches et une chemise à bouffants à la mode vénitienne ; dans une main il tient la palme du martyre et dans l'autre une banderole.
Ruskin ne s'est pas aperçu que sur l'un des pompons de l'oreiller où repose la tête de la sainte est écrit le mot infantia. L'autre
pompon, sur lequel était certainement écrit un autre mot, fut coupé en 1810, quand les tableaux subirent une nouvelle diminution avant d'être exposés à l'Académie. Ce tableau, en effet, fut non seulement, comme les autres, raccourci en 1647 de quelques centimètres dans le haut, mais il subit en 1810 une double mutilation, qui lui enleva à droite une partie du lit et à gauche le chambranle de la porte.
La collection de dessins des Uffizi à Florence possède une esquisse de Carpaccio pour ce poétique tableau, avec quelques variantes peu importantes.
Ici encore le peintre a suivi la légende, d'après laquelle sainte Ursule, arrivée à Cologne, aurait vu en songe un ange qui lui aurait ordonné de se rendre à Rome. Cette explication du songe de la sainte s'imposait quand les deux tableaux formaient un diptyque ; mais séparés par un pilier et transposés comme ils sont aujourd'hui, ils ont l'air de représenter des scènes distinctes dont il est difficile de voir le rapport.
Aussi Ridolfi put-il en intervertir l'ordre et considérer le songe de sainte Ursule comme l'annonce du martyre. Pour nous, au contraire, d'accord avec la légende, le songe est l'ordre du voyage à Rome, que nous voyons en effet s'accomplir au tableau suivant.
La scène, qui dans ce tableau représente le château Saint- Ange (1), se relie de telle façon à la décoration du quatrième tableau, le Départ des Fiancés, qu'elle nous confirme que la disposition générale des peintures de Carpaccio devait être telle que nous l'avons reconstituée. Dans le Départ des Fiancés, le fond est une série de tours qui vont par degrés aboutir à la grande tour du château Saint-Ange.
Ce château venait d'être restauré complètement par les soins du pape Alexandre VI ; et en souvenir de cette restauration on avait frappé en 1495 une médaille avec l'effigie du pape d'un côté,
(1) Académie de Venise, n° 577- Toile : haut. : 2 m. 78, long. : 3 m. 07. Signé : Victoris Carpatio Veneti opus. Dimensions primitives : haut. : 2 m. 95, long. : 3 m. 07.