LE FILS DU ROI DES HUNS (FRAGMENT DU HUITIÈME TABLEAU DE
la Légende de Sainte Ursule.) (Voir Page 148.)
LA LEGENDE DE SAINTE URSULE
et de l'autre une vue du château restauré. Sur cette médaille l'antique tombeau de l'empereur Adrien est surmonté d'un ange ; et, pour rendre la copie conforme à l'original, nous avons rétabli sur le haut de la tour, dans notre tableau, la figure de l'ange qui, assurément, s'y trouvait avant la mutilation de 1647 (1). Il est impossible d'admettre que Carpaccio ait représenté le château Saint-Ange sans l'ange.
Toute la scène de l'arrivée à Rome est inspirée de la solennité vénitienne qui accompagnait l'arrivée du doge : le cérémonial est le même. Nous avons devant les yeux les douze Comandadori vêtus du manteau d'azur, avec leurs étendards, entourés de joueurs de fifre et d'autres instruments. Aux longues trompettes qui étaient en usage sous le doge Foscari, si longues qu'elles devaient être tenues par des enfants, Carpaccio a déjà substitué les nouvelles trompettes, plus courtes.
Le pape est à l'abri d'un baldaquin d'honneur, semblable à celui que le pape Alexandre III avait accordé au doge Ziani ; à cette différence près que le baldaquin des doges était surmonté d'une image de l'Annonciation, tandis que celui du pape peint par Carpaccio porte au sommet un pélican. D'innombrables évêques et prélats, tous mitres, accompagnent le pape ; devant lui sont agenouillés les fiancés sans couronne sur la tête. Puis viennent d'autres vierges, agenouillées elles aussi, et plus loin d'autres encore : l'une d'elles porte une bannière blanche. Notons dès maintenant
(1) De ce simple détail, à propos duquel il est seulement dit que le pape fit frapper une médaille et que Carpaccio, ayant à représenter le château Saint-Ange, devait logiquement avoir mis à la cime l'ange traditionnel, le professeur Laudedeo Testi, dans son étude déjà citée, publiée par l'Archivio storico de Florence, prend texte pour montrer en des pages nombreuses son érudition. Avec un grand luxe d'information, après avoir rappelé, entre autres choses, qu'en 1497 la foudre frappa l'ange du château, le professeur Testi conclut que Carpaccio doit avoir copié le château d'après nature ou d'après les dessins de Julien de SanGallo, et que la peinture de Carpaccio fut exécutée avant la restauration, et que par suite l'ange, qui avait été enlevé, ne devait pas s'y trouver. Nous répétons encore une fois qu'il ne nous semble pas probable que Carpaccio ait peint le château Saint-Ange sans l'ange, qui n'y manqua que peu de temps. Carpaccio a pris pour les dessins les grandes lignes, mais il a introduit des éléments de fantaisie comme la colonne qui porte au sommet un empereur romain et qui, certainement, ne se trouva jamais sur le château. Les chevaux du pronaos de Saint-Marc restèrent à Paris de 1787 à 1815, mais si, pendant ce temps, un peintre avait représenté une fête du temps de l'ancienne République sur la place de Saint-Marc, nous ne croyons pas qu'il aurait oublié les quatre chevaux sur la façade de la basilique.